Matin 2

 

11. Visite annoncée


À table, papa nous informe qu'à ce même couvent où je sers la Messe, un de ses confrères, franciscain, prêche la retraite de la Communauté.

"Ça ne me surprendrait pas qu'il trouve un moment pour venir me voir."

La remarque ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde.

Ma soeur, qui travaille à la banque voisine, le demande un peu plus tard au bout du fil à son bureau, et changeant sa voix:

"M. Vigneault?"

"Moi-même."

"Nous vous appelons de la part du P. Nelly."

"Oui, oui, oui oui, oui oui!"

"Il vous fait demander si, ce soir, vous pourriez le recevoir?"

"Certainement, mais certainement."

"À sept heures trente?"

"Entendu".

"Je l'savais qu'il viendrait", nous dit-il au retour du bureau.

Après le souper, il se fait la barbe de nouveau et enfile une chemise fraîche.

Nous sommes en avant avec des amis à nous amuser.

"Quand ça va sonner, je ne veux voir personne dans le salon. Vous ch'naillerez en arrière."

7 h 30 pile! Ça sonne. Nous ch'naillons!

Toussotant pour s'éclaircir la voix, il ouvre la porte: c'est ma soeur, vêtue de la robe de tertiaire de mon père, les mains dans les manches et la tête baissée.

Il la prend par le collet: "Maudite folle... quel air aurais-tu eu s'il était arrivé en même temps?"

Ma soeur nous dit après: "Je ne suis jamais entré si vite dans la maison."

Papa ne réalise pas tout de suite que c'est un tour. Il reste dans le salon, attendant sa visite. À 8 h15: "Il ne viendra pas, j'cré ben"!

 


12. La famille citrouillard


Mon père est un homme joyeux; on ne s'ennuie pas à la maison. Il joue des tours souvent et s'en fait jouer aussi. Parfois, alors, la riposte n'est pas longue à venir. Nous en faisons un jour l'expérience.

Nous savons qu'il déteste voyager en famille par le transport public, la famille Citrouillard comme il dit.

À la fête de l'Épiphanie, c'est la coutume, nous allons voir un oncle et une tante demeurant à Côte des Neiges.

C'est moins loin qu'autrefois puisque, depuis quelques mois, nous habitons Outremont. Un tramway seulement; nous montons et descendons à la porte.

Toujours que, sur le point de partir pour la visite d'un six janvier, papa nous dit: "Allez-vous-en tout de suite, vous autres, les enfants. Votre mère et moi partirons plus tard, et nous nous rejoindrons."

Nous partons en effet, mais sachant ce que nous savons sur les sentiments de notre père au sujet des voyages familiaux, et pour "l'étriver", nous nous cachons dans le portique d'un immeuble, et attendons que nos parents arrivent, laissant passer une couple de tramways.

Ils arrivent. Nous restons invisibles jusqu'à la venue du prochain transport.

Ils montent et nous enfilons derrière eux.

Papa, en arrière, ne réalise notre présence qu'après l'arrêt suivant.

Il se lève, alors, et les bras en l'air, tournant et retournant ses mains, il annonce d'une voix forte:

"J'ai des maudits beaux gants, hein? C'est ma femme qui me les a donnés comme étrennes du Jour de l'An. C'est elle, ma femme."

Étonnement général et silence dans le tram.

"Les deux jeunes filles au milieu, oui, oui, celles-là, les trouvez-vous jolies? C'est à nous autres ça, hein vieille? Une commence à lorgner du côté des garçons et l'autre voudrait faire une hôtesse de l'air."

 

Tout autour, ça commence à être la rigolade. À chaque arrêt, il y a accalmie, et ça continue.

"Celui qui est en avant, debout, c'est mon plus vieux. Ça rien que 15 ans, ça. Il a allongé tout d'un coup: pas mal plus fort sur les sports que sur les études. Il voudrait faire un joueur de baseball: je ne sais pas ce que ça va donner. L'autre, qui est assis devant lui, c'est notre plus jeune: lui, par exemple!"

(Je dis à Jean qui rit: "fais semblant que tu ne le connais pas!")

Arrêt - re-départ.

"Il y en a qui dise que je ressemble à Hitler. C'est vrai. Si j'avais la petite moustache noire et la couette collée sur le côté, ce serait à s'y méprendre.

Comme la femme, l'autre jour, qui a dit à sa voisine: «Mon Dieu que c't'homme-là ressemble à Hitler». Je l'ai entendue et j'ai dit: «c'est mon frère, aussi!»"

Arrêt - Là, tout le monde a du plaisir. Prenant alors un ton à la française:

"Vous pensez que je suis en état d'ébriété, n'est-ce pas? Que non! Ce serait indigne d'un avocat, et je suis du Barreau." (Reprenant l'accent ordinaire): "Un avocat pas riche, par exemple. C'est rare ça. J'ai pas d'char. Ça fait qu'on voyage en tramway. On aime ben ça, voyager comme ça, la famille ensemble."

Arrêt - Arrêt - Arrêt. On a hâte d'arriver.

Une fois descendus, et gentiment, papa nous regarde, nous fait un petit salut, et dans un sourire: "À quand notre prochain voyage ensemble?"

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La famille citrouillard quelques années plus tard

13. En recherche


À la fin de mon cours classique, je commence à m'enquérir sur les Communautés missionnaires susceptibles de m'accueillir éventuellement.

Je me doute un peu de la difficulté de cet accueil, vu le handicap physique qui m'accompagne, mais que j'ai, maintenant, complètement assumé.

Communauté missionnaire, car je veux remettre un peu de cet amour que je reçois depuis vingt ans, et pour moi, ça consiste, non pas à aller porter Dieu ailleurs, car Il y est déjà, mais à aider les autres à Le découvrir, dans la personne du Christ.

Je frappe donc à une première porte:

Il m'est dit: "Nous avons peur que vous vous découragiez à la longue."

J'ai beau rétorquer: "Ne pensez-vous pas que si j'avais eu à me décourager, ce serait fait depuis longtemps?" La réponse reste négative, quoique polie et onctueuse.

 

Deuxième porte:

"Votre intention est louable, mais nous ne pouvons accéder à votre demande; nous allons prier pour vous."

Ça, j'aime ça! Ça m'avance!

Troisième porte:

"Il y a beaucoup de bien à faire dans le monde aussi, vous savez."

Thank you!!!

Au fur et à mesure que ma demande reçoit la même réponse, mon espérance baisse, et, en y pensant bien, c'est vrai que dans le monde, il y a beaucoup de bien à faire aussi.

Mais elle n'est pas morte, mon espérance, et je me dis: "Je vais frapper à une quatrième; si c'est le même résultat, ce sera signe que je dois rêver autrement."

Une cousine de maman l'avait abonnée à une revue missionnaire: "Le Bulletin des Pères du Saint-Esprit".

De temps en temps, je le parcourais en diagonale, tout en lisant toujours le poème qu'écrivait un certain Marcel-Émile, car j'ai toujours été poète sur les bords (pwète, disait M. Gérard, le mathématicien).

Un jour, une photo avait attiré mon attention: "Deux missionnaires étaient assis sur le bord de la route, le casque colonial de travers, en train de se restaurer. À côté d'eux, une belle motocyclette, ancrée sur l'herbe."

Pourquoi pas moi.jpg

 

 Pourquoi pas moi?

 

 

Je m'étais dit: "Ces gars-là n'ont pas l'air achalés". Après la 3e porte, c'est le souvenir qui me vient.

Mais les Pères du Saint-Esprit, personne ne les connaît dans mon entourage.

Je m'informe, et j'apprends que l'un d'entre eux, chaque semaine, vient donner un cours de philosophie à l'Université, et avant de retourner à Hull d'où il vient, passe la nuit au Collège Ste-Marie. C'est ma chance.
Pourquoi pas moi?

Je prends rendez-vous, de bonne heure le matin au parloir, et je le vois arriver: un homme solide. Il semble qu'il vient de déjeuner, car il mâchouille un cure-dent.

 

Je me présente, en même temps que mon dessein de vie. En toute honnêteté, je lui parle de mes démarches antérieures et du résultat qu'elles ont eu.

Il m'écoute avec grande affabilité, me pose quelques questions et m'indique le processus à suivre pour mener à bien mon projet.

Mon handicap? Ce n'est pas grave.

Au pis-aller, je n'aurai qu'à cultiver une barbe!

C'est au Collège St-Alexandre de la Gatineau, berceau de la Congrégation du Saint-Esprit au Canada, que je suis référé.

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Ayant pris rendez-vous par correspondance, je m'amène par train, un beau jour de fin de mars, et descends à la gare d'Ottawa où un employé du Collège m'attend. Sans doute averti de "ma spécialité", il n'a pas de difficulté à penser "que... ce doit être lui" et me conduit à Ironside qui était devenu Limbour, et deviendra Touraine, puis, finalement Gatineau.

C'est beau, le paysage: la rivière Gatineau qui ne gèle jamais en raison de l'impétuosité de son cours, les grands sapins devant le Collège, ce Collège en briques rouges qui a fière allure avec son campanile où se niche l'horloge qui sonne les heures.

Et tout autour, la ferme: étable, vacherie, porcherie et, à proximité, l'immense érablière.

La bâtisse où loge le Noviciat a une odeur rustique d'une grande simplicité.

Je suis impressionné.

Le P. Maître m'accueille. Je pense que c'est un vieillard, à voir sa barbe grise, pour apprendre ensuite qu'il n'a que 42 ans. Nous causons un bon moment sur les motifs de ma venue et les conditions de mon éventuelle entrée, peut-être!

Arrive le P. Sous-Maître qui, lui aussi, me souhaite la bienvenue: il parle, il parle, mais à cause de son accent (il est de Mulhouse), je ne comprends pas un traître mot de ce qu'il dit. Je suis à la gêne de ne pas saisir, et me contente de sourire et de faire "oui" de la tête, le plus intelligemment possible.

En récréation, on me présente aux novices, une dizaine de jeunes hommes qui ont l'air heureux et qui me renseignent, à leur manière, sur la vie au Noviciat et sur son règlement. Je vais même faire une grande promenade à l'érablière avec l'un d'eux. Les érables coulent, la cabane fume, la vie est belle.

Je passe deux jours, partageant tout avec eux. Dans le train qui me ramène à Montréal, je pense: "Tout d'un coup, ce serait ça!"

 


14. Ma nef est en partance


J'assiste un jour à une distribution de prix chez des Couventines. Chaque finissante y va de son boniment qui commence toujours par cette petite phrase: "Ma nef est en partance".

Bien, moi aussi, ça a tout l'air que ma nef va être en partance!

On ne peut jurer de rien, mais un beau jour, il faut partir, en prenant les transitoires les uns après les autres: ce sont eux qui mènent au définitif.

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Je pense à mon affaire, tourne et retourne la question de mon avenir, demande à l'Esprit-Saint de m'éclairer, et finalement écris ma lettre de demande, qu'un beau soir, je jette à la poste dans la boîte au courrier au coin des avenues Querbes et Laurier.   

Cette dernière est-elle vide? Il me semble que mon enveloppe fait un drôle de son, en tombant. C'est le 23 avril 1940, le jour de mes 20 ans.

La réponse arrive: "Venez pour le 10 août".

J'annonce la nouvelle qui ne surprend personne, parce que tous étaient au courant de mon voyage du mois de mars.

 

Ca va faire frou frou.jpg

Maman m'embrasse et, souriant, me raconte l'épisode de l'opération du Saint-Esprit qui m'avait fait problème.

Papa, pour cacher son émotion, me dit: "Je te donne à peu près trois semaines, quatre, maximum."

Et mes soeurs: "Ça va être le fun, avec ta soutane, ça va faire «frou-frou» en marchant."

Je n'y avais pas pensé!

 

 

 

15. Partir, mourir un peu


La journée du 10 août est chargée de sentiments, c'est celle du grand départ.

À la gare d'autobus, toute la famille est là avec quelques amis.

J'entends encore maman me demander: "Tu ne nous oublieras pas, toujours?" Chère maman!

Halte à Hawkesbury, pour un rafraîchissement. Au restaurant, je me trouve au comptoir, à côté d'un beau jeune homme blond. Nous faisons vite connaissance, pour réaliser que tous deux, nous allons au même endroit, le Noviciat des Pères du Saint-Esprit: c'est pas mal rare.

Remontant dans l'autobus, nous faisons route, cette fois, sur la même banquette.

À Hull, je ne sais pour quelle raison, l'automobile qui attend n'a de place que pour un autre passager. Nous décidons de continuer la route à pied, une promenade d'environ sept kilomètres. Il fait beau... puis, ça ne presse pas comme une cassure, le noviciat.

 Avant d'arriver, en passant sur le pont Alonzo Wright, d'une chiquenaude, nos mégots plongent dans la rivière: fini le "fumage"! Même que nous donnons notre paquet de cigarettes au Père qui nous attend au réfectoire, averti qu'il est, par les autres, de notre retard.

Passant ensuite au noviciat, le Père Maître est là qui nous accueille, et, très compréhensif (les autres sont déjà retirés): "Allez faire un tour dans l'île (l'île Marguerite, collée sur la route devant le Collège) pour votre digestion et, peut-être, pour griller une dernière cigarette!"

Innocents que nous sommes, nous les avons toutes données!

Le tour de l'île n'est pas long.

Nous tombons de sommeil dans la petite cellule qui nous est assignée.

 


16. Hommage à la sainteté


Je suis à St-Samuel.

La partie de balle vient de finir et nous l'avons gagnée.

Ça applaudit, ça applaudit, ça appl...

C'est le P. Maître qui frappe des mains pour le réveil. En ce qui me concerne, réveil brutal, s'il en est un.

Une partie vient de finir, oui, mais il y en a une autre qui commence, celle du Noviciat. Elle va être un peu plus longue!

Nous sommes douze nouveaux novices, onze qui se connaissent depuis longtemps, ayant fait leur cours ensemble, et moi. Il m'en reste donc dix à rencontrer, puisque c'est fait avec l'un d'eux depuis hier.

Mais c'est facile. Ils sont très fraternels et, tout étranger que je suis, jamais je ne me suis senti comme un chien dans un jeu de quilles, bien au contraire.

Au début, ça fait étrange d'être "pensionnaire", je ne l'ai jamais été, et puis, une bonne cigarette de temps en temps serait la bienvenue! Enfin, je ne suis pas trop long à m'y faire.

Le règlement, d'ailleurs, est à ce point morcelé qu'il n'y a pas de place pour l'ennui.

Nous sommes appelés tout le long de la journée à de multiples activités: Prière, messe, travail manuel, causeries sur la vie religieuse et sur les missions, recueillement, lecture de la Parole de Dieu, repas pris en silence pendant qu'on écoute une vie de Saint ou toute autre chose susceptible de nous édifier. En plus, étude de l'Histoire de notre nouvelle famille.

Avec le P Maitre.jpg

 

 

Avec le Père Maître, à la fin du noviciat

 

 

 

Il y a aussi, bien sûr, les récréations (j'aime bien) et, deux fois par semaine, grande promenade dans la nature, trois par trois; vu notre nombre, la division est facile à faire... mais il ne faut pas que ce soit toujours les trois mêmes.

Pour compléter le menu, au cours de l'année, trois grandes retraites de huit jours: celles de la Conversion, de l'Oraison et de la Profession.

On a dit du Noviciat qu'il est un hommage à la sainteté. C'est vrai.

Ça ne veut pas dire que ceux qui en sortent sont saints, mais certainement, qu'ils voient les choses autrement.

On a dit aussi que, dans toute communauté, il y a trois catégories de religieux:

  • Les Jeunes qui ont l'air d'être saints mais ne le sont pas.
  •   Ceux du milieu de la vie qui n'ont pas l'air d'être saints et ne le sont pas.
  •  Enfin, les Anciens qui n'ont pas l'air d'être saints mais qui le sont.

J'ajoute qu'à l'âge que j'ai maintenant, je doute fort (pour moi) de la 2e moitié de la 3e assertion.

Quoiqu'il en soit, il y a aussi, au Noviciat, une attitude très importante: l'Équilibre.

Nageant dans le sérieux, il fait bon de sortir la tête, de temps à autre, pour prendre un «respir» de légèreté, ou se tourner et nager sur le dos, si vous aimez mieux.

Autrement, on risquerait la contention et c'est terrible, la contention: ça fait sortir de la réalité et c'est pénible pour soi et pour les autres.

Pour la prévenir, il y a la récréation.

Il y a aussi certaines situations où l'on est tenté fortement, pour s'amuser, de dépasser les limites de la charité.

Ça m'est, hélas!, arrivé.

Plusieurs fois, mon Père!

 


17. Quand on veut aider à choisir


Avec les douze disciples que nous sommes, il y a quatre ou cinq Aspirants-Frères. Nous partageons avec eux, chapelle, récréation et dortoir.

Parmi eux, il en est un, d'une incroyable naïveté.

Comme de moi, jadis, en mathématiques, on pouvait dire: "plus pourri que ça, tu meurs!".

De lui on peut affirmer: "plus innocent que ça, tu meurs!"

C'est un terrain facile pour notre amusement.

Un beau jour, il nous arrive avec un problème: celui de se trouver un nom de religion en vue de sa prise d'habit qui approche; il ne sait vraiment pas, et nous demande.

Chacun y va de sa suggestion.

Moi de même, ne pensant jamais que ce serait la mienne qui prévaudrait. Avoir su!

"Vous, Frère, vous devriez vous appeler le Frère Stercus. C'est un beau nom, ça, et rare à part de ça. Je ne crois pas que dans la Congrégation, il y en ait un qui s'appelle de même. Puis, c'est le nom de l'humilité."

Les autres rient et la récréation s'achève.

Et voilà que le pauvre petit innocent s'en va chez le P. Maître.

"Je l'ai mon nom, mon Père."

"Oui, frère? Comment voudriez-vous vous appeler?"

"Le Frère Stercus".

Le P. Maître réprime un sursaut.

"Ce n'est pas vous, n'est-ce pas, qui avez trouvé ce nom?"

"Non, mon Père."

"Il vous a été suggéré?"

"Oui, mon Père."

"Par qui?"

"M. Vigneault, mon Père."

"Allez donc lui dire que je voudrais le voir."

J'ai le droit à une sévère réprimande et à une pénitence, toutes deux bien méritées, j'en conviens, vu que Stercus, c'est le mot latin pour fumier!

 


18. À distance


Toute bonne chose doit finir et tout ce qui a une fin passe vite: c'est le temps de la Profession. Sur le tremplin depuis douze mois, il nous faut plonger.

Plonger dans les études proprement dites du Scolasticat en vue de la grande Aventure missionnaire.

Un des plus beaux souvenirs que je garde de mon Noviciat, c'est celui de certains matins de mai, alors qu'en notre petite chapelle ensoleillée, et toutes fenêtres ouvertes, les oiseaux chantent la mélodie de notre prière et de notre oraison dans un parfum de lilas.

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La profession dans la chapelle du Collège
15 août 1941

Un autre souvenir: celui de cette invitation qui nous est faite de temps à autre, à prier pour ceux et celles que nous ne connaissons pas encore et que nous croiserons un jour sur notre route.

Prière qui a son écho.

Je suis en brousse.

C'est un soir de lune.

Le saint, chargé d'allumer les étoiles, remplit sa tâche consciencieusement.

Le sable est blanc, la brise est tiède et les enfants dansent au rythme des tam-tams.

Un villageois vient me saluer.

À un moment donné:

"Il n'y a que deux mois depuis mon arrivée ici, et si vous saviez comme déjà, je vous aime."

"Oh! mon Père, ça fait bien plus longtemps que ça que vous nous aimez!"

 


19. Et ça continue


Après quelques jours dans nos familles, c'est le retour à Limbour.

Comme j'ai déjà fait ma philosophie, j'entre en théologie avec des confrères qui ont fait leur Noviciat deux ans avant moi.

Nous suivons les cours au Séminaire St-Paul d'Ottawa, chez les Oblats.

Matin et soir, nous voyageons en mini-bus conduit par celui-là même qui était venu me chercher à la gare, lors de ma visite exploratoire, quinze mois auparavant.

Ceci dit, pour les cours.

La vie, elle, se continue à Limbour.

Les nouveaux novices, ayant aménagé à Lac-au-Saumon, dans la Matapédia, nous gardons le même bâtiment et le même Père Maître qu'on appelle maintenant le P. Directeur. Et nous sommes scolastiques.

Au Scolasticat, le règlement est plus large et nous avons plus d'espace de manoeuvre, étant moins retirés qu'au noviciat.

C'est ainsi que nous avons quelques fois des rencontres sportives avec les élèves du Collège. Elles sont toujours appréciées.

Il n'en reste pas moins que de temps à autre, des doutes surgissent dans mon esprit à propos de mon avenir, à propos de mon désir de devenir prêtre et missionnaire.

"Si je ne suis pas capable de prendre une petite hostie, comment vais-je faire avec une grande?"

"Comment ça va finir, tout ça?"

Le Saint-Esprit a la réponse.

Lui qui avait suggéré à maman sa réponse d'incarnation, à propos de son "opération".