Croquis du Paraguay
Un dessin exécuté à grands coups de crayon, une ébauche pour faire voir le mouvement, quelques traits significatifs, une perspective, des impressions personnelles aussi. Voilà ce que je vous propose, des croquis d'une terre, de quelques-unes de ses gens, de son Église, de la vie spiritaine ici. Pour vous, mes confrères spiritains, mes parents et ami-e-s, et pour toutes les personnes que ça pourrait intéresser. N'hésitez pas à m'écrire vos commentaires. Pierre Jubinville - pierre.jubinville@spiritains.qc.ca
20 novembre 2009 - Voyage à Bogotá
Cette semaine, je suis allé dans la capitale de la Colombie. Le voyage était prévu depuis déjà trois mois, une invitation de la Conférence Latino-Américaine de Religieuses et Religieux (CLAR) à participer dans l'équipe théologique et multi-disciplinaire qui soutient la présidence dans son travail d'animation. La CLAR a élu un nouveau conseil présidentiel en juin dernier, un conseil qui commence à peine à se remettre de sa surprise d'être en poste pour trois ans et doit maintenant s'organiser rapidement. Nous (l'équipe théologique) avons aidé à mettre en route le plan global d'animation. Nous aurons, entre autre choses, à assurer la publication d'une revue d'animation et de réflexion sur la vie religieuse en Amérique Latine et Caraïbes.
Pour moi ce voyage, cette rencontre, ce groupe de travail, c'est du bonbon, c'est un cadeau, un immense privilège. J'ai eu du mal à contenir mon excitation durant les dernières semaines. Nous sommes un vingtaine de plusieurs coins de l'Amérique du Sud et des Caraïbes, avec une représentation peut-être un peu trop forte du Cône Sud (Chili, Argentine, Brésil, Paraguay et, en forçant un peu, Bolivie). Les autres sont du Mexique, de la République Dominicaine, et de la Colombie. Nous avons passé quatre jours ensemble, avec un bon rythme de travail, de très beaux moments de prière, un après-midi de visite à une communauté de plusieurs congrégations travaillant dans un quartier de "déplacés" (des gens qui ont fui les zones de violence), un peu de tourisme (le musée de l'or, magnifique), de très bons repas avec des moments festifs très sentis.
Voilà, c'est lancé, comme un nouvel engagement. J'aurai à "produire" pour la revue, à participer à des consultations pour aider des décisions de la présidence de la CLAR, je vais aussi apporter dansun petit comité qui va préparer des matériaux pour des retraites, et il y aura deux fois par année, une semaine comme ça de voyage et de réunions. Je suis convaincu que ça va être pour moi un lieu de de formation très intéressant. Et je vois déjà que je peux apporter mon fion, mes inquiétudes, ce qui me semble important d'aborder ensemble. Je vois aussi les confrontations (et probablement les conversions qui vont venir. Une grâce.
Un autre tantôt, je vous parlerai du contenu de ces échanges, de cette animation continentale de la vie religieuse en Amérique Latine.
Aujourd'hui, à cause d'un programme impossible dans mon itinéraire de retour, j'ai passé une belle journée à Lima. Contrairement à tout ce qu'on m'avait dit sur la grisaille de la ville, il a fait très beau. J'ai rencontré R., que j'avais connue dans la Pastorale Juvénile de Fernando de la Mora et qui étudie ici en travail social. Beau partage. Visité le couvent où a vécu Saint Martin de Porrès. Et je vous envoie ce mot depuis l'aéroport avant de passer la nuit entre deux vols entre Montevideo et Asunción.
27 octobre 2009 - Enlèvement
Nous vivons un moment de douleur et de tension. Il y a dix jours, le propiétaire d'un établissement d'élevage bovin dans le nord du pays, Fidel Zavala, un homme dans la quarantaine, a été enlevé pendant qu'il travaillait sur sa terre. Selon les témoignages, un groupe d'une douzaine de personnes, hommes et femmes, bien équipés et disciplinés, ont fait le coup. Il s'agirait de l'Ejército Popular Pararaguayo (Armée Populaire du Paraguay), un groupe d'extrême gauche, qui aurait profité du rapt pour faire un discours à toute la famille tenue en joue dans la maison sur leur richesse scandaleuse pendant que la moitié de la population vit dans la misère. Les ravisseurs auraient réclamé 5 millions de dollars mais, depuis le 16 octobre, aucun contact n'a été pris, silence.
Depuis dix jours aussi, le pays se polarise: gauche - droite, communistes - capitalistes, répliquer par la force - questionner les écarts entre les riches et les pauvres. Depuis dix jours, on traque les coupables, de tous les bords, pas seulement les auteurs du crime sinon tous les idéologues qui auraient nourri leur pensée. La famille et les amis tentent de lancer une campagne pour la paix mais, dans leur douleur on sent une certaine confusion, et on a peine à voir un objectif clair au mouvement qu'ils veulent susciter avec des rubans blancs, des prières et des calcomanies. Par contre, plusieurs politiciens et groupes de pression, dont la puissante Association Rurale du Paraguay, en profitent pour manipuler l'opinion et faire des pressions politiques. Certains réclament la formation d'unités para-militaires, la seule façon, disent-ils, de contrer les terroristes. Fernando Lugo est accusé de pactiser avec les ravisseurs. On parle de jugement politique au Parlement, pour le faire tomber.
Ça fait mal de voir les gens qui disent se préoccuper du bien-être d'un homme captif se servir de son cas pour alimenter leurs luttes de pouvoir et augmenter la tension qui divise la population.
15 octobre 2009 - Naranjito
Je continue mon cycle de visites. J'arrive tout juste de la paroisse de Resquín, dont la base est située non pas dans le patelin du même nom mais plutôt trente kilomètres plus à l'ouest, à Naranjito, dans le département de San Pedro. Là, au milieu du village, dans une petite maison à côté de l'église, vit Mietek Ropinski, un confrère polonais au tout début de la quarantaine, avec un jeune stagiaire de Cabo Verde, Elvino. Nous avons passé deux jours d'échanges, de longues conversations à table, une entrevue en direct sur la radio communautaire avec Elvino, ce matin, suivie d'une petite tournée avec Mietek à une chapelle où se célébraient les noces d'or d'un vieux couple. Mietek était ému en pensant à ses propres parents qui ont fêté 50 ans de mariage à la fin septembre, et il n'a pas pu être avec eux. Et moi j'étais aussi très ému en pensant à mes propres parents qui auraient fêté leur jubilé il y a un an. À la fin de la messe, le grand-père est venu me voir, il se souvenait que j'avais visité sa maison il y a 12 ans. Il voyait surtout que nous avions des amis communs parmi les premiers habitants de la zone et nous avons repassé la liste de ces pionniers et de leurs descendances.
Mietek est un artiste dans l'âme. Il s'investit avec beaucoup de sensibilité et de créativité dans la pastorale. Il dirige un programme de radio tous les matins à 6:00. Il a lancé il y a peu la page web de la paroisse que je vous invite à visiter, même si vous ne comprenez pas l'espagnol, il y a un bel album de photos.
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