Salutations de l'équipe spiritaine du Service Des Réfugiés : P. Gervase Taratara (EAP), P. Paul Flamm (USA East) et le Scolastique Peter Claver Mallya (EAP en stage). Nous travaillons dans trois camps de réfugiés, Mtabila I et II et Muyovozi, situés à l'Ouest de la Tanzanie. Les camps sont la "maison" de plus de 90.000 personnes venant de toutes les régions du Burundi qui ont fui le conflit dans ce pays. Les premiers sont arrivés en 1994; quelques-uns étaient réfugiés au Rwanda, en RDC (ancien Zaïre) et en Europe, avant d'arriver ici. Quelques-uns sont en exil depuis 1972; beaucoup n'ont jamais mis les pieds dans leur pays d'origine.
Nous avons six églises avec environ 36.000 Catholiques. Une bonne portion de notre temps est consacrée au ministère sacramentel. Nous travaillons aussi à aider la communauté à former des leaders, à renforcer son unité et à travailler vers la réconciliation , tout ceci ? espérons-le ? étant la fondation d'une paix durable.
Le 28 août 2000, un accord de paix a été signé à Arusha, soulevant l'espoir d'une résolution rapide du conflit. Cependant, des complications liées à sa mise en application ont semé le doute chez beaucoup de gens. L'une des difficultés est qu'il y a 19 parties qui négocient. Neuf parties, qui incluent l'administration et le parlement du Burundi, ont signé avec des réserves. Une autre complication, c'est que les deux principaux groupes d'opposition armés n'étaient pas représentés dans les négociations. Les questions du cessez-le-feu et d'un gouvernement d'intérim ont été laissées aux soins du comité de mise en application; jusqu'à ce jour, elles doivent être résolues. La mise en application devait être réalisée au bout de six mois, avant le 28 février 2001.
Malgré ces difficultés, il semble y avoir une grande détermination de la part de toutes les parties, y compris l'opposition armée, à travailler pour la paix. Six personnes émergent comme candidats pour diriger le gouvernement de transition, parmi lesquelles trois, dont le Président Buyoya, sont vues comme des candidats sérieux. Treize des dix-neuf parties s'opposent à Buyoya, mais il a lui-même proclamé qu'il était la seule personne capable. Par ailleurs, le Président Buyoya a rencontré pour la première fois Jean Bosco Ndayigenkurukiye, chef d'un des principaux groupes d'opposition armés. La rencontre a eu lieu au Gabon, sous les auspices du Président Omar Bongo. Les négociations sur tous ces sujets continuent, et une rencontre visant à les régler est prévue du 26 au 28 février.
A la lumière de ces développements, le Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés ne préconise pas le retour pour le moment. Cependant, plusieurs milliers de familles ont été envoyées dans d'autres pays, en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. Si un accord était trouvé pour un cessez-le-feu et un gouvernement de transition, nous prévoyons une pression importante sur les réfugiés pour qu'ils rentrent rapidement.
Dans les camps de réfugiés, les rations de nourriture ? déjà maigres ? ont été réduites depuis le troisième quart de l'année dernière. On met ces réductions sur le compte des pays donateurs et des problèmes de transport dûs aux mauvaises routes. Cependant, dans le passé, les réductions de nourriture ont été utilisées pour donner aux réfugiés un "encouragement" à se rapatrier. Dans la situation actuelle, beaucoup de gens sont réduits à un repas par jour, et depuis juillet, plusieurs centaines de personnes sont retournées au Burundi.
Dans notre ministère, nous insistons sur la mise en place d'un réseau Justice et Paix qui créera des liens entre les camps et diverses organisations nationales et internationales d'églises ou laïques. A travers ce réseau, nous espérons nous impliquer dans trois niveaux d'intervention : pro-actif; les cas spécifiques de violations des droits humains des individus et des groupes; et le long terme, pour influencer les décisions politiques qui touchent les droits des réfugiés. Nous insistons aussi sur la dissémination de l'information utile aux réfugiés sur le processus de paix et sur les conditions actuelles au Burundi. Une troisième question sur laquelle nous insistons, c'est la réalisation d'un programme d'éducation à la paix comprenant des séminaires et activités divers pour impliquer la population des camps dans la difficile recherche de la paix.
Si quelqu'un a des documents sur la résolution des conflits, la justice et la paix, la guérison et la réconciliation, ils nous seraient très utiles. De préférence en français, mais en anglais ça va. Merci pour vos prières constantes et pour votre appui dans notre ministère.
Le Service Spiritain des Réfugiés, 22 février srs@hf.habari.co.tz