Passage nécessaire
Si j'affirmais haut et fort que notre Province spiritaine se meurt, certains diraient, sans doute, que je suis pessimiste ou bien que j'essaie de dresser un sombre tableau de la situation ou peut-être même que j'insinue que nous ne sommes plus capables de travailler à la mission. Qui sait, peut-être qu'une ou l'autre de ces interprétations est vraie. Même si j'ai la ferme conviction que mon affirmation est vérifiable, dans la réalité, ce n'est cependant pas cela qui, en retour, me laisserait frustré des différentes réactions. Non ! Ce qui me vexerait, ce serait de méprendre mon réalisme pour un manque d'audace et de confiance.
Depuis que le Carême est commencé, je ne peux m'empêcher de réfléchir à notre situation provinciale. Jésus lui-même, dans le désir de répondre à la volonté de Dieu, n'a pas pu éviter le passage nécessaire de Jérusalem où il allait être crucifié et souffrir. C'est dans son désir de vivre la mission qui lui avait été confiée que Jésus alla à Jérusalem pour y mourir. Malgré tout, nous savons et nous croyons que tout ne se termine pas à Jérusalem. La vie allait surgir. Les regards cesseraient de se tourner vers le ciel. Et la Galilée deviendrait le lieu d'une nouvelle aventure. L'Écriture nous raconte ce que les disciples d'Emmaüs ont vécu à l'annonce de la mort de Jésus et des troublantes histoires racontées et entendues à propos de certaines femmes qui l'auraient vu et reconnu vivant : ils étaient à la fois découragés, tristes et curieux.
Encore une fois, nous faisons route vers Jérusalem. Il semble bien qu'un de nos passages à faire c'est la souffrance de voir notre « corps » vieillir et s'éteindre. Jusqu'où faut-il aller ? Où cela nous mènera-t-il ? Que faut-il décider pour être fidèle à Dieu, à sa mission ? « Maintenant, je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Dirai-je : Père, délivre-moi de cette heure ? – Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » (Jean 12, 27-28a) a dit Jésus alors que l'instant inéluctable se rapprochait. Cela demande une foi et une confiance inouïes. Ces paroles nous sont rapportées comme venant du Maître lui-même. Suis-je sombre, pessimiste ou le doute m'habite-t-il à en perdre cœur ? Non. Il y a eu la vie après la mort. Il y a eu parole après le silence. Il y a eu la foi après le doute. Les chemins sont sinueux, oui. Mais la route se trace à même nos pas. Nous avons le choix. « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. » (Jean 12, 24-26a)
Dans ce Carême, osons laisser la vie de Jésus nous habiter. Accompagnons-le sur le chemin. Faisons nôtre sa confiance. Redisons avec lui les mots d'abandon. Que les événements de sa mort et de sa résurrection habitent nos esprits, nos cœurs et nos réflexions. Nous finirons bien nous aussi, par puissance de Dieu, par rejaillir du tombeau. Le Christ a été le premier à faire le passage et il nous a promis de ne pas nous laisser orphelins. Et nous ne sommes pas seuls, nous, Spiritains, le savons !
Michel Boutot, c.s.sp., Premier Assistant
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