Généralat

Lettre de Noël 2010

En marche vers le Chapitre général de Bagamoyo – 2012

L'autre grand commandement missionnaire (Jn 13, 34-35)

Chers frères et sœurs de la famille spiritaine,

Nous connaissons tous le grand commandement missionnaire. Celui que Jésus ressuscité a donné à ses Onze disciples réunis sur une montagne de Galilée : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples… » (Mt 28, 16-20). N'est-ce pas ce grand commandement missionnaire qui, un jour, nous a mis et mises en route et qui ne cesse de nous encourager à faire de nouveaux « déplacements », moins géographiques peut-être à mesure qu'augmente notre âge et que diminuent nos forces, mais tout aussi exigeants en termes de conversion personnelle et communautaire ? Nul doute que lors de notre prochain Chapitre général nous aurons de nouveau à nous interroger sur la qualité de nos engagements missionnaires. N'oublions jamais que « la « vie apostolique » est au cœur de notre vocation spiritaine » (RVS 3) !

Il y a, me semble-t-il, un autre grand commandement missionnaire que je vous invite à méditer. Nous le lisons en Jn 13, 34-35 : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. » Avec le premier grand commandement missionnaire (Mt 28,16-20), celui-ci a beaucoup de points communs : c'est un commandement du Christ ressuscité (en Jn 13 et suivants, c'est déjà le Christ ressuscité qui parle) ; il s'adresse exclusivement aux disciples ; il s'agit de reproduire un comportement propre au Jésus « de l'histoire » ; il a valeur universelle, dans l'espace et dans le temps. On notera en particulier la proximité de ce commandement avec le geste du lavement des pieds qui le fonde et l'illustre. La nature vraiment missionnaire est clairement indiquée par le dernier verset : « à ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres ». Nous savons bien que notre dynamisme missionnaire ne dépend pas d'abord de notre nombre, de nos finances, de l'efficacité de notre organisation, mais de la qualité de notre être de disciples du Christ, autrement dit de l'amour que nous avons, en communauté, les uns pour les autres.

Au cœur de la nouvelle évangélisation

J'attire votre attention sur cet autre grand commandement missionnaire en pensant tout particulièrement à nos communautés et circonscriptions en Europe et en Amérique. D'une manière ou d'une autre, les Eglises locales de ces grandes régions du monde connaissent les mêmes difficultés : sécularisation croissante, baisse constante des pratiquants et des vocations (particulièrement missionnaires), nécessité d'une « nouvelle évangélisation ». Spiritains, toujours inquiétés par les besoins des peuples les plus éloignés de l'Eglise, nous ne pouvons pas ne pas nous sentir concernés par cette exigence d'une « nouvelle évangélisation ». Je constate, du reste, que les circonscriptions d'Europe et d'Amérique n'ont pas attendu les directives « officielles » pour prendre de nombreuses initiatives dans ce domaine. Comme toujours, l'Esprit souffle, nous pousse et nous inspire. Il me semble que cet « autre » grand commandement missionnaire peut nous guider dans nos multiples initiatives au service de la « nouvelle évangélisation ». Une des grandes difficultés, en effet, consiste à assurer notre propre crédibilité d'évangélisateurs. Même si ces régions d'Europe et d'Amérique sont largement déchristianisées ou éloignées de l'Eglise, du Royaume et de l'Evangile, elles ne sont cependant pas des « terres vierges » ; le passé, récent et plus lointain, a laissé des traces, et toutes ces traces ne sont pas glorieuses… Notre grand défi n'est pas, ou n'est plus, de démontrer l'excellence de nos catéchismes et de nos organisations, mais de témoigner de la fidélité de nos vies et de nos communautés à la Parole du Christ. Tant que nous ne serons pas vraiment reconnus comme d'authentiques disciples du Christ, nous n'aurons aucune chance d'attirer qui que ce soit. Mais, d'après Jn 13,34-35, la seule et unique manière, de nos jours plus que jamais, d'être reconnus comme de vrais disciples du Christ est de nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés. Rappelons-nous ces paroles du P. Libermann à M. Collin : « On voit des âmes à sauver, du travail à faire, mais la vie de communauté est une entrave, on s'en débarrasse. » (in Anthologie spiritaine, p. 318). Dans son homélie en la Basilique de la Sagrada Familia à Barcelone, le 7 novembre dernier, Benoît XVI disait : « Telle est la grande tâche , montrer à tous que Dieu est un Dieu de paix et non de violence, de liberté et non de contrainte, de concorde et non de discorde ». Y a-t-il démonstration plus claire d'un tel Dieu que l'amour partagé entre les frères et sœurs d'une même communauté ?

Un souci largement partagé dans la Congrégation

Les premières réponses à l'enquête en vue d'établir la liste des thèmes à soumettre au prochain chapitre général insistent beaucoup sur le nécessaire renouveau de la vie communautaire. Vous recevrez bientôt la synthèse de ces premières réponses, et vous pourrez y lire des réflexions comme les suivantes : « Certains signes de crise dans la Congrégation suggèrent que c'est par une profonde expérience de vie communautaire que nous serons capables de surmonter les défis qu'affronte la Congrégation de nos jours… Il faut réfléchir à nos problèmes de vie en communauté dans le contexte de notre monde d'aujourd'hui où il y a tant de changements et d'instabilité dans les institutions, la famille, le mariage, l'autorité, l'autonomie et la liberté, la sexualité… Il semble que le temps soit venu de faire une sérieuse évaluation de l'internationalité … Il y a des principes non négociables pour la vie de communauté ; considérer la communauté comme un hôtel ne doit pas être toléré…Qu'en est-il de notre attitude à l'égard de nos confrères « anciens » ? … Nous ne devons pas sacrifier la vie de communauté aux exigences de la mission… » Au Conseil général, nous nous rendons compte également que beaucoup de problèmes se résoudraient rapidement s'il y avait un véritable amour fraternel : il y aurait moins de luttes de pouvoir et un partage réel à tous les niveaux, et nous pourrions témoigner plus efficacement de la vie du Royaume de Dieu. Les récentes restructurations de nos présences spiritaines sous forme d'Unions de circonscriptions solidaires ne sont pas sans poser de légitimes questions : n'avons-nous pas sacrifié le témoignage de l'unité et de la communion fraternelle sur l'autel des antagonismes culturels, régionalistes, ethniques ? Pauvres, nous l'avons toujours été ; être en nombre insuffisant devant la tâche à accomplir n'est pas une nouveauté dans notre congrégation ; mais, si en plus, la division devait l'emporter sur la communion, nous aurions définitivement tout perdu, et nous serions morts dans notre âme avant de nous éteindre dans nos statistiques. Ne sommes-nous pas invités à faire vraiment nôtre la conviction de notre précédent et regretté Supérieur général, Pierre Schouver, pour lequel la Congrégation n'était pas d'abord une organisation complexe mais une « grande famille » ?

Que par le Christ de la Paix, dans la communion de l'Esprit, le Père vous donne à tous et à toutes de célébrer de saintes et joyeuses fêtes de Noël et de passage vers l'an nouveau !

P. Jean-Paul Hoch, cssp

Supérieur général