Archives de Pierre Jubinville

Croquis du Paraguay

Un dessin exécuté à grands coups de crayon, une ébauche pour faire voir le mouvement, quelques traits significatifs, une perspective, des impressions personnelles aussi.  Voilà ce que je vous propose, des croquis d'une terre, de quelques-unes de ses gens, de son Église, de la vie spiritaine ici.  Pour vous,  mes confrères spiritains, mes parents et ami-e-s, et pour toutes les personnes que ça pourrait intéresser.   N'hésitez pas à m'écrire vos commentaires.
Pierre Jubinville - pierre.jubinville@spiritains.qc.ca



6 mai 2010 - Automne

Il est officiellement dans l'air depuis trois semaines mais là il vient de m'atteindre.  Journée grise et douce qui annonce de la pluie cette nuit et du froid pour la fin de semaine.  Les jours raccourcissent.

J'arrive d'un autre voyage, encore une fois au Brésil, à Belo Horizonte.  C'était la réunion des supérieurs de l'Union des circonscriptions d'Amérique Latine (UCAL, nous aussi nous avons nos sigles!).  De longues journées autour d'une table encombrée de papiers et d'ordinateurs portables.  Des questions à traiter, des informations à partager, des plans d'avenir à entrevoir ensemble.  Le but c'est que nous devenions de plus en plus un ensemble intégré.  Nous le vivons maintenant en partageant un projet missionnaire, la Bolivie, et deux projets de formation, le noviciat ici au Paraguay et le "post-noviciat" à Sao Paulo.  Une idée intéressante pour les prochaines années: lancer un mouvement-jeunesse fondé sur le charisme missionnaire spiritain avec les outils élaborés par le CCJ, le Centre de "Capacitation" de la Jeunesse, fondé par un confrère très engagé depuis longtemps dans l'animation des jeunes en Amérique Latine et dans le monde, le P. George Boran.  À suivre.

Le jour de la fête des travailleurs et travailleuses, nous avons fait une promenade dans les environs, à Ouro Preto et Mariana, deux petites villes magnifiques dans les collines de Minas Gerais.  Un jeune professeur d'histoire nous a montré plusieurs églises du 18e siècle avec les détails passionnants de l'évolution de l'architecture et de l'art à l'époque.  Dans la cathédrale de Mariana, nous avons prié sur la tombe de Dom Luciano Mendes de Almeida, un grand évêque du Brésil.

Nous avons terminé la semaine de réunion avec une célébration dans la paroisse de "Gloria",  et j'ai été accueilli par la communauté du pré-postulat à Contagem. Je suis revenu à Asunción mardi midi très content de cette semaine intense de partage mais pas moins content de rentrer à la maison.  Où l'automne me rattrape...



23 avril 2010 - Re-tournée

Poussière et sueur dans l'autobus bondé qui m'a mené jusqu'à Rosario pour visiter Pierre Juvèneton mon confrère.  Je veux remercier la technologie, en particulier le cadeau de mon petit frère (décédé il y a un an et demi) et de ma petite s?ur qui m'ont offert un lecteur mp3 en pensant à mon jogging mais en n'imaginant pas quels trésors d'une nouvelle patience cet instrument allait m'aider à trouver.  Pendant les six heures du voyage, j'ai écouté non pas de la musique, sinon des "podcasts" de Radio-Canada, de la CBC, de la BBC aussi et d'autres radios du monde.  J'en ai ramassé des Gigs et des Gigs, je crois que je ne pourrai pas tous les écouter.  Et vraiment, moi qui autrefois paniquais dans l'autobus qui n'arrivait pas à l'heure, moi à qui venaient des étourdissements à cause de la chaleur et de de l'espace réduit, ben j'ai voyagé six heures tranquilo en écoutant la radio en différé.  C'est formidable!   J'ai entendu des choses très intéressantes sur le traitement de la douleur, sur la vie politique de chez nous, sur Michel Chartrand, sur l'économie mondiale, sur le Néanderthalien qui se maquillait, sur Xavier Dolan, sur la culture voyeuriste du web, sur comment les bibites font pour marcher sur les murs... 

Des nouvelles des dernières semaines.  Je ne vous ai pas parlé de la Semaine Sainte.  Je ne vous ai pas souhaité Joyeuses Pâques!  Je suis resté chez moi durant ces temps-là.  Hendrik, mon compagnon de communauté, le jeune volontaire allemand qui reste bravement avec moi dans la grande maison, a reçu sa famille (papa, maman et jeune frère) durant une très agréable visite.  Nous avons causé en anglais et nous avons beaucoup causé.  Le papa est maire d'un petite municipalité rurale qui d'après l'album de photos qu'il m'a offert est un petit paradis de nature et de traditions.  Particulièrement émouvant durant leur séjour, nous avons refait le Chemin de Croix dans le Marché le soir.  Un peu nu et mal préparé mais poignant: passer au milieu des travailleurs et travailleuses du soir, dans le grand espace presque silencieux après l'achalandage du jour et avant celui de minuit, les enfants qui nous prennent la main et font un bout de parcours avec nous, quelques femmes aussi qui embarquent avec la petite troupe et prient un moment avec nous.

Après Pâques, nous avons eu notre réunion du groupe spiritain, la deuxième de l'année.  Nous avons partagé sur c'est quoi être prêtre aujourd'hui.  C'est l'"année sacerdotale" et je sentais l'importance d'un tel partage dans notre groupe, avec aussi une réflexion pour aller plus loin que nos propres impressions et sentiments.  Ç'a été très intéressant.  Nous avons beaucoup vu nos "mutations" à partir de l'expérience, comment la pratique nous a transformés, surtout à partir de la rencontre avec le Paraguay, l'Amérique Latine.  Nous avons aussi vu très clairement nos différences de formation et de culture religieuse.  En fin de compte, nous avons passé beaucoup de temps à nous dire comment nous nous situons en Église, alors que réfléchir sur la spécificité du ministère ordonné est resté comme un travail en friche, à poursuivre.

Après cela j'ai eu une semaine de bureau, écrire, préparer des articles et des présentations qui doivent venir bientôt.  Je rumine beaucoup sur c'est quoi la formation dans la vie religieuse, au moment où nous n'avons plus de candidat nouveau depuis cinq ans.  Ça me travaille: c'est un sentiment de "fin d'époque", très semblable à ce que chez nous nous avons connu il y a 20 ou même 40 ans.  Je me demande parfois si je suis venu au Paraguay pour trouver un reste de chrétienté traditionnelle, pour en jouir et en profiter (pour la contester aussi), avant qu'elle ne s'éteigne tout-à-fait.  Non!  Ce n'est pas juste.  Mais disons que je sens très fort combien les changements culturels mondiaux me rattrapent, moi qui ai commencé ici en me colletaillant avec la culture indigène, puis rurale traditionnelle, puis celle d'un quartier de classe moyenne en pleine mutation. 

Cette semaine, visite à Villa del Rosario.  Tournée en campagne et replongée dans son monde traditionnel, mais la route asphaltée avance rapidement et les contacts se multiplient, l'enclave s'ouvre.  Il fait chaud, la terre est sèche.  Pierre vit un vrai témoignage spiritain avec ses 71 ans bien sonnés, son énergie, son travail infatigable, son austérité et sa bonté.  Il va partir en vacances bientôt et la paroisse s'inquiète, va-t-il revenir ensuite?  J'ai tenté de les rassurer.

Retour hier soir, encore dans la chaleur et la poussière puis, brusquement, la pluie et le froid.  Dans les oreilles: l'Irlande en plein processus de réconciliation, le football "arrangé" en Allemagne, Michaelle Jean en Haïti, Julie Payette, la psychologie des athlètes, et plein d'autres sujets intéressants que j'oublie. 

À l'arrivée, j'attrape le bulletin de nouvelles: le Sénat a voté une loi "de mesures d'exception" dans cinq départements, dont San Pedro.  On recherche activement le présumé leader de l'EPP (Armée populaire du Paraguay) en cabale qui aurait tué plusieurs policiers, responsable de l'enlèvement qui a mobilisé l'attention du pays jusqu'en janvier dernier.  Plus de détails bientôt...

Croquis du Paraguay

Un dessin exécuté à grands coups de crayon, une ébauche pour faire voir le mouvement, quelques traits significatifs, une perspective, des impressions personnelles aussi.  Voilà ce que je vous propose, des croquis d'une terre, de quelques-unes de ses gens, de son Église, de la vie spiritaine ici.  Pour vous,  mes confrères spiritains, mes parents et ami-e-s, et pour toutes les personnes que ça pourrait intéresser.   N'hésitez pas à m'écrire vos commentaires.
Pierre Jubinville - pierre.jubinville@spiritains.qc.ca



6 mai 2010 - Automne

Il est officiellement dans l'air depuis trois semaines mais là il vient de m'atteindre.  Journée grise et douce qui annonce de la pluie cette nuit et du froid pour la fin de semaine.  Les jours raccourcissent.

J'arrive d'un autre voyage, encore une fois au Brésil, à Belo Horizonte.  C'était la réunion des supérieurs de l'Union des circonscriptions d'Amérique Latine (UCAL, nous aussi nous avons nos sigles!).  De longues journées autour d'une table encombrée de papiers et d'ordinateurs portables.  Des questions à traiter, des informations à partager, des plans d'avenir à entrevoir ensemble.  Le but c'est que nous devenions de plus en plus un ensemble intégré.  Nous le vivons maintenant en partageant un projet missionnaire, la Bolivie, et deux projets de formation, le noviciat ici au Paraguay et le "post-noviciat" à Sao Paulo.  Une idée intéressante pour les prochaines années: lancer un mouvement-jeunesse fondé sur le charisme missionnaire spiritain avec les outils élaborés par le CCJ, le Centre de "Capacitation" de la Jeunesse, fondé par un confrère très engagé depuis longtemps dans l'animation des jeunes en Amérique Latine et dans le monde, le P. George Boran.  À suivre.

Le jour de la fête des travailleurs et travailleuses, nous avons fait une promenade dans les environs, à Ouro Preto et Mariana, deux petites villes magnifiques dans les collines de Minas Gerais.  Un jeune professeur d'histoire nous a montré plusieurs églises du 18e siècle avec les détails passionnants de l'évolution de l'architecture et de l'art à l'époque.  Dans la cathédrale de Mariana, nous avons prié sur la tombe de Dom Luciano Mendes de Almeida, un grand évêque du Brésil.

Nous avons terminé la semaine de réunion avec une célébration dans la paroisse de "Gloria",  et j'ai été accueilli par la communauté du pré-postulat à Contagem. Je suis revenu à Asunción mardi midi très content de cette semaine intense de partage mais pas moins content de rentrer à la maison.  Où l'automne me rattrape...



23 avril 2010 - Re-tournée

Poussière et sueur dans l'autobus bondé qui m'a mené jusqu'à Rosario pour visiter Pierre Juvèneton mon confrère.  Je veux remercier la technologie, en particulier le cadeau de mon petit frère (décédé il y a un an et demi) et de ma petite s?ur qui m'ont offert un lecteur mp3 en pensant à mon jogging mais en n'imaginant pas quels trésors d'une nouvelle patience cet instrument allait m'aider à trouver.  Pendant les six heures du voyage, j'ai écouté non pas de la musique, sinon des "podcasts" de Radio-Canada, de la CBC, de la BBC aussi et d'autres radios du monde.  J'en ai ramassé des Gigs et des Gigs, je crois que je ne pourrai pas tous les écouter.  Et vraiment, moi qui autrefois paniquais dans l'autobus qui n'arrivait pas à l'heure, moi à qui venaient des étourdissements à cause de la chaleur et de de l'espace réduit, ben j'ai voyagé six heures tranquilo en écoutant la radio en différé.  C'est formidable!   J'ai entendu des choses très intéressantes sur le traitement de la douleur, sur la vie politique de chez nous, sur Michel Chartrand, sur l'économie mondiale, sur le Néanderthalien qui se maquillait, sur Xavier Dolan, sur la culture voyeuriste du web, sur comment les bibites font pour marcher sur les murs... 

Des nouvelles des dernières semaines.  Je ne vous ai pas parlé de la Semaine Sainte.  Je ne vous ai pas souhaité Joyeuses Pâques!  Je suis resté chez moi durant ces temps-là.  Hendrik, mon compagnon de communauté, le jeune volontaire allemand qui reste bravement avec moi dans la grande maison, a reçu sa famille (papa, maman et jeune frère) durant une très agréable visite.  Nous avons causé en anglais et nous avons beaucoup causé.  Le papa est maire d'un petite municipalité rurale qui d'après l'album de photos qu'il m'a offert est un petit paradis de nature et de traditions.  Particulièrement émouvant durant leur séjour, nous avons refait le Chemin de Croix dans le Marché le soir.  Un peu nu et mal préparé mais poignant: passer au milieu des travailleurs et travailleuses du soir, dans le grand espace presque silencieux après l'achalandage du jour et avant celui de minuit, les enfants qui nous prennent la main et font un bout de parcours avec nous, quelques femmes aussi qui embarquent avec la petite troupe et prient un moment avec nous.

Après Pâques, nous avons eu notre réunion du groupe spiritain, la deuxième de l'année.  Nous avons partagé sur c'est quoi être prêtre aujourd'hui.  C'est l'"année sacerdotale" et je sentais l'importance d'un tel partage dans notre groupe, avec aussi une réflexion pour aller plus loin que nos propres impressions et sentiments.  Ç'a été très intéressant.  Nous avons beaucoup vu nos "mutations" à partir de l'expérience, comment la pratique nous a transformés, surtout à partir de la rencontre avec le Paraguay, l'Amérique Latine.  Nous avons aussi vu très clairement nos différences de formation et de culture religieuse.  En fin de compte, nous avons passé beaucoup de temps à nous dire comment nous nous situons en Église, alors que réfléchir sur la spécificité du ministère ordonné est resté comme un travail en friche, à poursuivre.

Après cela j'ai eu une semaine de bureau, écrire, préparer des articles et des présentations qui doivent venir bientôt.  Je rumine beaucoup sur c'est quoi la formation dans la vie religieuse, au moment où nous n'avons plus de candidat nouveau depuis cinq ans.  Ça me travaille: c'est un sentiment de "fin d'époque", très semblable à ce que chez nous nous avons connu il y a 20 ou même 40 ans.  Je me demande parfois si je suis venu au Paraguay pour trouver un reste de chrétienté traditionnelle, pour en jouir et en profiter (pour la contester aussi), avant qu'elle ne s'éteigne tout-à-fait.  Non!  Ce n'est pas juste.  Mais disons que je sens très fort combien les changements culturels mondiaux me rattrapent, moi qui ai commencé ici en me colletaillant avec la culture indigène, puis rurale traditionnelle, puis celle d'un quartier de classe moyenne en pleine mutation. 

Cette semaine, visite à Villa del Rosario.  Tournée en campagne et replongée dans son monde traditionnel, mais la route asphaltée avance rapidement et les contacts se multiplient, l'enclave s'ouvre.  Il fait chaud, la terre est sèche.  Pierre vit un vrai témoignage spiritain avec ses 71 ans bien sonnés, son énergie, son travail infatigable, son austérité et sa bonté.  Il va partir en vacances bientôt et la paroisse s'inquiète, va-t-il revenir ensuite?  J'ai tenté de les rassurer.

Retour hier soir, encore dans la chaleur et la poussière puis, brusquement, la pluie et le froid.  Dans les oreilles: l'Irlande en plein processus de réconciliation, le football "arrangé" en Allemagne, Michaelle Jean en Haïti, Julie Payette, la psychologie des athlètes, et plein d'autres sujets intéressants que j'oublie. 

À l'arrivée, j'attrape le bulletin de nouvelles: le Sénat a voté une loi "de mesures d'exception" dans cinq départements, dont San Pedro.  On recherche activement le présumé leader de l'EPP (Armée populaire du Paraguay) en cabale qui aurait tué plusieurs policiers, responsable de l'enlèvement qui a mobilisé l'attention du pays jusqu'en janvier dernier.  Plus de détails bientôt...
Blogues de Pierre - Mars 2010


14 mars 2010 - La réunion a eu lieu

C'était au début de la semaine qui vient de finir.  Dimanche (7) après-midi, j'ai piloté le "monstre" (la camionnette héritée du noviciat, vide lui aussi) pour conduire plusieurs membres de la "Junta" de la conférence des religieuses et religieux, à la maison de retraite où allait avoir lieu la rencontre, Ypacarai, à 35 km à l'est d'Asunción.  Nous avons installé nos affaires, préparé les salles, "monté les décors"...  Nous nous sommes couchés tard après une réunion de préparatifs et un film, "El secreto de sus ojos", d'Argentine, celui-là qui le soir même remportait l'Oscar du meilleur film étranger.  Oui, un beau film, même si le thème est dur.

Le lundi, nous avons accueilli les participantes et participants dont les "monseigneurs" évêques.  Nous avons commencé avec un moment de prière et la scène de la syro-phénicienne dramatisée.  Cet épisode des Évangiles est l'icône que la Conférence Latino-Américaine des Religieux et Religieuses offre comme "horizon inspirant" depuis l'an dernier.  C'est l'histoire où Jésus, à la frontière de son pays, rencontre une femme non-juive qui lui demande de l'aide, il refuse, il est même dur avec elle, mais elle réussit à le convaincre.  Jésus se convertit.  Il s'ouvre à une dimension plus large, plus universelle, il défait une  compréhension étroite de sa mission.

Nous avons justement parlé de mission.  Depuis 2007, les évêques de l'Amérique Latine et des Caraïbes ont lancé la "mission continentale".  Notre session a réfléchi en faisant se rencontrer et s'interpeller mutuellement les deux thèmes: la mission continentale lancée par le CELAM et l'"horizon inspirant" de la CLAR.  C'était un pari de rencontre entre l'Église "officielle" latino-américaine et la vie religieuse, entre une vision plus institutionnelle et une autre plus charismatique, deux visions qui, souvent, s'isolent et se campent dans la méfiance.  L'assemblée a répondu avec enthousiasme et simplicité. Le partage a permis des ponts.

25 mars 2010 - Depuis Brasilia

Arrivé le 18 sous la pluie tropicale, la moitié de la ville en panne d'électricité (vite réglée).  Nous avons vécu deux réunions de la CLAR: d'abord celle de l'équipe directive (la présidence) et l'équipe-conseil (les théologien-ne-s), puis celle des 22 représentant-e-s des conférences nationales de religieuses et religieux, dimanche jusqu'à hier.

Les retrouvailles et les nouvelles connaissances ont rempli mon coeur d'une joie intense.  Ce fut intéressant aussi d'écouter les échos du continent.  Du Mexique, des témoignages directs sur la violence et l'insécurité qui ne se limitent pas aux villes frontalières marquées par le trafic de la drogue; la vie religieuse se mobilise pour construire des ponts de paix.  De Bolivie, des histoires de collaboration dans la recherche avec l'horizon de la grande diversité culturelle qui marque le pays.  Ici au Brésil, nous sentons la créativité et le dynamisme de la vie religieuse locale, organisée en conférence de façon très efficace, avec des moyens dont peu de conférences disposent.  De Colombie et d'Équateur, des expériences très intéressantes de mission partagées entre plusieurs instituts de vie religieuse.  Les "supérieurs" et "supérieures" sont toutes et tous des personnes très simples et chaleureuses, des témoins d'une passion intérieure qui séduit et interpelle; c'est un privilège de partager avec une assemblée aussi diverse et riche.  Nous avons adopté le "plan global" de la CLAR pour les trois prochaines années, un document encore lourd dans sa composition malgré les multiples rédactions, qui, plus que définir de nouveaux projets, lance des pistes d'animation autour de l'"icône de la syro-phénicienne", comme je vous en ai déjà dit un mot (voir blogue antérieur).

Haïti a été au coeur de nos échanges. Le Chili aussi.  Le président de la conférence religieuse d'Haïti a donné plusieurs entrevues où j'ai servi de traducteur.  Cela m'a permis de connaître cet homme serein et déterminé dont les paroles sont toujours empreintes de gratitude pour la solidarité manifestée à son peuple.  Sa présentation a été très touchante, un montage de photos avec des extraits du témoignage de Dany Laferrière.

Hier, dans la liturgie de notre dernière journée de travail et le soir, dans la chapelle du siège de la conférence épiscopale, nous avons fêté les 30 ans de l'assassinat de Monseigneur Oscar Romero, évêque de San Salvador.  Moments très émouvants.

Nous avons visité un peu Brasilia mardi après-midi, une ville trop pensée et planifiée, tellement que tout est séparé, déconnecté.  Beaucoup de béton, des architectures d'une autre époque, des grands espaces, et des voitures.  La vraie vie se trouve dans les cités "satellites" de la périphérie.  Je suis allé en visiter une, Celândia, là où vit une communauté spiritaine qui anime trois paroisses.  Une pause spiritaine au milieu d'un temps fort d'échanges avec la vie religieuse de tout le continent.  Demain retour au Paraguay.

Une semaine de grâce!
Blogues de Pierre - Mars 2010


14 mars 2010 - La réunion a eu lieu

C'était au début de la semaine qui vient de finir.  Dimanche (7) après-midi, j'ai piloté le "monstre" (la camionnette héritée du noviciat, vide lui aussi) pour conduire plusieurs membres de la "Junta" de la conférence des religieuses et religieux, à la maison de retraite où allait avoir lieu la rencontre, Ypacarai, à 35 km à l'est d'Asunción.  Nous avons installé nos affaires, préparé les salles, "monté les décors"...  Nous nous sommes couchés tard après une réunion de préparatifs et un film, "El secreto de sus ojos", d'Argentine, celui-là qui le soir même remportait l'Oscar du meilleur film étranger.  Oui, un beau film, même si le thème est dur.

Le lundi, nous avons accueilli les participantes et participants dont les "monseigneurs" évêques.  Nous avons commencé avec un moment de prière et la scène de la syro-phénicienne dramatisée.  Cet épisode des Évangiles est l'icône que la Conférence Latino-Américaine des Religieux et Religieuses offre comme "horizon inspirant" depuis l'an dernier.  C'est l'histoire où Jésus, à la frontière de son pays, rencontre une femme non-juive qui lui demande de l'aide, il refuse, il est même dur avec elle, mais elle réussit à le convaincre.  Jésus se convertit.  Il s'ouvre à une dimension plus large, plus universelle, il défait une  compréhension étroite de sa mission.

Nous avons justement parlé de mission.  Depuis 2007, les évêques de l'Amérique Latine et des Caraïbes ont lancé la "mission continentale".  Notre session a réfléchi en faisant se rencontrer et s'interpeller mutuellement les deux thèmes: la mission continentale lancée par le CELAM et l'"horizon inspirant" de la CLAR.  C'était un pari de rencontre entre l'Église "officielle" latino-américaine et la vie religieuse, entre une vision plus institutionnelle et une autre plus charismatique, deux visions qui, souvent, s'isolent et se campent dans la méfiance.  L'assemblée a répondu avec enthousiasme et simplicité. Le partage a permis des ponts.

25 mars 2010 - Depuis Brasilia

Arrivé le 18 sous la pluie tropicale, la moitié de la ville en panne d'électricité (vite réglée).  Nous avons vécu deux réunions de la CLAR: d'abord celle de l'équipe directive (la présidence) et l'équipe-conseil (les théologien-ne-s), puis celle des 22 représentant-e-s des conférences nationales de religieuses et religieux, dimanche jusqu'à hier.

Les retrouvailles et les nouvelles connaissances ont rempli mon coeur d'une joie intense.  Ce fut intéressant aussi d'écouter les échos du continent.  Du Mexique, des témoignages directs sur la violence et l'insécurité qui ne se limitent pas aux villes frontalières marquées par le trafic de la drogue; la vie religieuse se mobilise pour construire des ponts de paix.  De Bolivie, des histoires de collaboration dans la recherche avec l'horizon de la grande diversité culturelle qui marque le pays.  Ici au Brésil, nous sentons la créativité et le dynamisme de la vie religieuse locale, organisée en conférence de façon très efficace, avec des moyens dont peu de conférences disposent.  De Colombie et d'Équateur, des expériences très intéressantes de mission partagées entre plusieurs instituts de vie religieuse.  Les "supérieurs" et "supérieures" sont toutes et tous des personnes très simples et chaleureuses, des témoins d'une passion intérieure qui séduit et interpelle; c'est un privilège de partager avec une assemblée aussi diverse et riche.  Nous avons adopté le "plan global" de la CLAR pour les trois prochaines années, un document encore lourd dans sa composition malgré les multiples rédactions, qui, plus que définir de nouveaux projets, lance des pistes d'animation autour de l'"icône de la syro-phénicienne", comme je vous en ai déjà dit un mot (voir blogue antérieur).

Haïti a été au coeur de nos échanges. Le Chili aussi.  Le président de la conférence religieuse d'Haïti a donné plusieurs entrevues où j'ai servi de traducteur.  Cela m'a permis de connaître cet homme serein et déterminé dont les paroles sont toujours empreintes de gratitude pour la solidarité manifestée à son peuple.  Sa présentation a été très touchante, un montage de photos avec des extraits du témoignage de Dany Laferrière.

Hier, dans la liturgie de notre dernière journée de travail et le soir, dans la chapelle du siège de la conférence épiscopale, nous avons fêté les 30 ans de l'assassinat de Monseigneur Oscar Romero, évêque de San Salvador.  Moments très émouvants.

Nous avons visité un peu Brasilia mardi après-midi, une ville trop pensée et planifiée, tellement que tout est séparé, déconnecté.  Beaucoup de béton, des architectures d'une autre époque, des grands espaces, et des voitures.  La vraie vie se trouve dans les cités "satellites" de la périphérie.  Je suis allé en visiter une, Celândia, là où vit une communauté spiritaine qui anime trois paroisses.  Une pause spiritaine au milieu d'un temps fort d'échanges avec la vie religieuse de tout le continent.  Demain retour au Paraguay.

Une semaine de grâce!
Blogues de Pierre - Février 2010


17 février 2010 - En vrac!

Je vous néglige!  Les dernières semaines ont pourtant été très riches en événements.  Je vous en raconte quelques-uns:

C'était le 12 janvier, nous avons passé une journée avec une trentaine d'enfants du marché, en dehors de la ville, dans une propriété pour des vacances d'été avec une piscine et un grand terrain pour jouer.  J'ai fait le "life-guard" inquiet pour la sécurité de toute le monde, et je me suis bien brûlé.  Mal de tête aussi pour garder la discipline!  Mais tout le monde en a bien profité et est rentré content.  Le soir, aux nouvelles, nous apprenions la tragédie haïtienne.

Du 16 au 28 janvier, nous avons reçu Eduardo Miranda, le conseiller général pour l'Amérique Latine.  Il a visité tous les confrères, nous avons eu des réunions, échangé des perceptions, regardé les enjeux.  Une visite vécue avec beaucoup de simplicité et de chaleur (des semaines autour de 40 degrés!) qui nous a donné de l'énergie pour continuer la route malgré notre petit nombre et nos grands défis.

A la fin de la visite d'Eduardo, Jean-Paul Hoch, notre supérieur général s'est joint à lui.  Le 25 janvier, un lundi, nous avons fait une longue tournée (douze heures de route) pour visiter Pierre Juvèneton à San Pablo Kokuere et à Villa del Rosario.  Le lendemain et le surlendemain, nous étions réunis à San Lorenzo avec tout le groupe pour conclure la visite et célébrer ces temps intenses de vie spiritaine.

Le lendemain encore, 28 janvier, nous partions pour Sao Paulo en autobus.  Nous étions 14 en comptant trois laïques qui oeuvrent dans la communauté "Gotas de Amor", les étudiants qui rentraient pour l'année universitaire et Mariano, notre unique compagnon paraguayen de voeux perpétuels qui repartait pour la Tanzanie.  Il travaille dans un camp de réfugiés burundais depuis 6 ans.  Son témoignage, partagé plusieurs fois durant son temps de congé, a été une source de fierté et d'encouragement pour nous tous.

Donc nous sommes allés au Brésil, dans une maison de retraite des Focolaris, un peu en dehors de Sao Paulo.  Nous étions plus d'une centaine, des Spiritains de plusieurs endroits en Amérique Latine, surtout Brésil et Paraguay mais aussi Mexique, Puerto Rico, Bolivie... plus d'autres visiteurs, des religieuses Spiritaines et du Saint-Rosaire (des fondations très liées aux Spiritains), des laïques associé-e-s, des parents et ami-e-s.  Nous avons vécu une semaine de réflexion sur la vie de Claude Poullart des Places, de partage d'expériences, de prière et de célébration. Ambiance très joyeuse et fraternelle.  Edvaldo "mon" novice, a fait ses voeux le 2 février.  Et il est resté à Sao Paulo pour commencer sa théologie.

Rentrés le 4 février après un voyage épique (bus stoppé sur le bord de l'autoroute pendant six heures), je n'ai eu que deux jours pour me préparer à une semaine de formation pour des religieux et religieuses, une initiative ruminée, testée, proposée, et élaborée durant la dernière année.  Une dizaine de participantes et participants, du temps pour aller lentement et écouter attentivement les expériences de chacun-e, avec des outils pour les aider à voir, à  goûter et à solidifier leurs engagements.  Je suis rentré samedi dernier, le 13.

Cette semaine j'essaie de m'habituer à ma grande maison vide.  Hendrik, le jeune volontaire allemand qui vit ici depuis le mois d'août dernier, est en voyage avec son frère qui le visite.  Je me remets dans mes "dossiers" et prépare la rencontre que nous aurons entre les supérieur-e-s de la Conférence religieuse et les évêques dans trois semaines.
Blogues de Pierre - Février 2010


17 février 2010 - En vrac!

Je vous néglige!  Les dernières semaines ont pourtant été très riches en événements.  Je vous en raconte quelques-uns:

C'était le 12 janvier, nous avons passé une journée avec une trentaine d'enfants du marché, en dehors de la ville, dans une propriété pour des vacances d'été avec une piscine et un grand terrain pour jouer.  J'ai fait le "life-guard" inquiet pour la sécurité de toute le monde, et je me suis bien brûlé.  Mal de tête aussi pour garder la discipline!  Mais tout le monde en a bien profité et est rentré content.  Le soir, aux nouvelles, nous apprenions la tragédie haïtienne.

Du 16 au 28 janvier, nous avons reçu Eduardo Miranda, le conseiller général pour l'Amérique Latine.  Il a visité tous les confrères, nous avons eu des réunions, échangé des perceptions, regardé les enjeux.  Une visite vécue avec beaucoup de simplicité et de chaleur (des semaines autour de 40 degrés!) qui nous a donné de l'énergie pour continuer la route malgré notre petit nombre et nos grands défis.

A la fin de la visite d'Eduardo, Jean-Paul Hoch, notre supérieur général s'est joint à lui.  Le 25 janvier, un lundi, nous avons fait une longue tournée (douze heures de route) pour visiter Pierre Juvèneton à San Pablo Kokuere et à Villa del Rosario.  Le lendemain et le surlendemain, nous étions réunis à San Lorenzo avec tout le groupe pour conclure la visite et célébrer ces temps intenses de vie spiritaine.

Le lendemain encore, 28 janvier, nous partions pour Sao Paulo en autobus.  Nous étions 14 en comptant trois laïques qui oeuvrent dans la communauté "Gotas de Amor", les étudiants qui rentraient pour l'année universitaire et Mariano, notre unique compagnon paraguayen de voeux perpétuels qui repartait pour la Tanzanie.  Il travaille dans un camp de réfugiés burundais depuis 6 ans.  Son témoignage, partagé plusieurs fois durant son temps de congé, a été une source de fierté et d'encouragement pour nous tous.

Donc nous sommes allés au Brésil, dans une maison de retraite des Focolaris, un peu en dehors de Sao Paulo.  Nous étions plus d'une centaine, des Spiritains de plusieurs endroits en Amérique Latine, surtout Brésil et Paraguay mais aussi Mexique, Puerto Rico, Bolivie... plus d'autres visiteurs, des religieuses Spiritaines et du Saint-Rosaire (des fondations très liées aux Spiritains), des laïques associé-e-s, des parents et ami-e-s.  Nous avons vécu une semaine de réflexion sur la vie de Claude Poullart des Places, de partage d'expériences, de prière et de célébration. Ambiance très joyeuse et fraternelle.  Edvaldo "mon" novice, a fait ses voeux le 2 février.  Et il est resté à Sao Paulo pour commencer sa théologie.

Rentrés le 4 février après un voyage épique (bus stoppé sur le bord de l'autoroute pendant six heures), je n'ai eu que deux jours pour me préparer à une semaine de formation pour des religieux et religieuses, une initiative ruminée, testée, proposée, et élaborée durant la dernière année.  Une dizaine de participantes et participants, du temps pour aller lentement et écouter attentivement les expériences de chacun-e, avec des outils pour les aider à voir, à  goûter et à solidifier leurs engagements.  Je suis rentré samedi dernier, le 13.

Cette semaine j'essaie de m'habituer à ma grande maison vide.  Hendrik, le jeune volontaire allemand qui vit ici depuis le mois d'août dernier, est en voyage avec son frère qui le visite.  Je me remets dans mes "dossiers" et prépare la rencontre que nous aurons entre les supérieur-e-s de la Conférence religieuse et les évêques dans trois semaines.
Blogues de Pierre - Janvier 2010


8 janvier 2010 - Vivant!

Des nouvelles plus personnelles.  Nous avons eu un beau Noël dans notre petite communauté, le 25 à midi, nous avons reçu les confrères de la capitale, sous le "quincho" (dehors sous un toit, il faisait autour de 35 ce jour-là, comme à peu près tous les jours ces temps-ci).  Le dimanche 27, je suis allé pour une semaine faire une petite retraite qui m'a grandement requinqué, à San Lorenzo, dans notre maison (presque vide) du noviciat.  Je suis rentré dimanche dernier et, cette semaine, c'est mon novice qui fait sa retraite, la dernière de l'année, au monastère des Bénédictins de Missiones.

Je fais du travail de bureau.  J'ai beaucoup de choses à préparer en vue de notre rencontre avec les Spiritains d'Amérique Latine, au Brésil, à la fin du mois.  Je prépare aussi avec une petite équipe une semaine de formation permanente pour des religieuses et religieux d'ici, au début de février.  Autre préparation: l'assemblée des supérieur-e-s des congrégations d'ici, avec les évêques, début mars, et nous préparons la thématique avec une autre petite équipe.  J'aime l'ambiance, pas trop de stress, du temps pour écrire et pour m'organiser, même s'il y a aussi des imprévus.  Il fait chaud et il pleut souvent.

La semaine prochaine, notre correspondant du Conseil général vient nous visiter pour une dizaine de jours.  Le Supérieur général viendra, lui, une semaine plus tard.  Je vous raconterai...
Blogues de Pierre - Janvier 2010


8 janvier 2010 - Vivant!

Des nouvelles plus personnelles.  Nous avons eu un beau Noël dans notre petite communauté, le 25 à midi, nous avons reçu les confrères de la capitale, sous le "quincho" (dehors sous un toit, il faisait autour de 35 ce jour-là, comme à peu près tous les jours ces temps-ci).  Le dimanche 27, je suis allé pour une semaine faire une petite retraite qui m'a grandement requinqué, à San Lorenzo, dans notre maison (presque vide) du noviciat.  Je suis rentré dimanche dernier et, cette semaine, c'est mon novice qui fait sa retraite, la dernière de l'année, au monastère des Bénédictins de Missiones.

Je fais du travail de bureau.  J'ai beaucoup de choses à préparer en vue de notre rencontre avec les Spiritains d'Amérique Latine, au Brésil, à la fin du mois.  Je prépare aussi avec une petite équipe une semaine de formation permanente pour des religieuses et religieux d'ici, au début de février.  Autre préparation: l'assemblée des supérieur-e-s des congrégations d'ici, avec les évêques, début mars, et nous préparons la thématique avec une autre petite équipe.  J'aime l'ambiance, pas trop de stress, du temps pour écrire et pour m'organiser, même s'il y a aussi des imprévus.  Il fait chaud et il pleut souvent.

La semaine prochaine, notre correspondant du Conseil général vient nous visiter pour une dizaine de jours.  Le Supérieur général viendra, lui, une semaine plus tard.  Je vous raconterai...
Blogues de Pierre - Décembre 2009


24 décembre 2009 -  Joyeux Noël!

Un jour dans le Grand Marché,

un regard, un sourire,

un enfant au milieu de centaines d'enfants,

de milliers d'adultes,

au milieu de produits,

de camions, de négoces,

de passions, de douleurs

de pactes, de trahisons,...

Un enfant qui rallume l'espérance,

qui donne envie de vivre, pleinement,

pour lui, pour les autres...

Un enfant est né

pour que nous soyons pères et mères!

Joyeux Noël et Bonne Année 2010!



Blogues de Pierre - Décembre 2009


24 décembre 2009 -  Joyeux Noël!

Un jour dans le Grand Marché,

un regard, un sourire,

un enfant au milieu de centaines d'enfants,

de milliers d'adultes,

au milieu de produits,

de camions, de négoces,

de passions, de douleurs

de pactes, de trahisons,...

Un enfant qui rallume l'espérance,

qui donne envie de vivre, pleinement,

pour lui, pour les autres...

Un enfant est né

pour que nous soyons pères et mères!

Joyeux Noël et Bonne Année 2010!



Blogues de Pierre - Novembre 2009


20 novembre 2009 - Voyage à Bogotá

Cette semaine, je suis allé dans la capitale de la Colombie.  Le voyage était prévu depuis déjà trois mois, une invitation de la Conférence Latino-Américaine de Religieuses et Religieux (CLAR) à participer dans l'équipe théologique et multi-disciplinaire qui soutient la présidence dans son travail d'animation.  La CLAR a élu un nouveau conseil présidentiel en juin dernier, un conseil qui commence à peine à se remettre de sa surprise d'être en poste pour trois ans et doit maintenant s'organiser rapidement.  Nous (l'équipe théologique) avons aidé à mettre en route le plan global d'animation.  Nous aurons, entre autres choses, à assurer la publication d'une revue d'animation et de réflexion sur la vie religieuse en Amérique Latine et Caraïbes.

Pour moi ce voyage, cette rencontre, ce groupe de travail, c'est du bonbon, c'est un cadeau, un immense privilège.  J'ai eu du mal à contenir mon excitation durant les dernières semaines.  Nous sommes un vingtaine de plusieurs coins de l'Amérique du Sud et des Caraïbes, avec une représentation peut-être un peu trop forte du Cône Sud (Chili, Argentine, Brésil, Paraguay et, en forçant un peu, Bolivie).  Les autres sont du Mexique, de la République Dominicaine et de la Colombie.  Nous avons passé quatre jours ensemble, avec un bon rythme de travail, de très beaux moments de prière, un après-midi de visite à une communauté de plusieurs congrégations travaillant dans un quartier de "déplacés" (des gens qui ont fui les zones de violence), un peu de tourisme (le musée de l'or, magnifique), de très bons repas avec des moments festifs très sentis.

Voilà, c'est lancé, comme un nouvel engagement.  J'aurai à "produire" pour la revue, à participer à des consultations pour aider des décisions de la présidence de la CLAR, je vais aussi apporter dans un petit comité qui va préparer des matériaux pour des retraites, et il y aura deux fois par année, une semaine comme ça de voyage et de réunions.  Je suis convaincu que ça va être pour moi un lieu de de formation très intéressant.  Et je vois déjà que je peux apporter mon fion, mes inquiétudes, ce qui me semble important d'aborder ensemble.  Je vois aussi les confrontations (et probablement les conversions) qui vont venir.  Une grâce.

Un autre tantôt, je vous parlerai du contenu de ces échanges, de cette animation continentale de la vie religieuse en Amérique Latine. 

Aujourd'hui, à cause d'un programme impossible dans mon itinéraire de retour, j'ai passé une belle journée à Lima.  Contrairement à tout ce qu'on m'avait dit sur la grisaille de la ville, il a fait très beau.  J'ai rencontré R., que j'avais connue dans la Pastorale Juvénile de Fernando de la Mora et qui étudie ici en travail social.  Beau partage.  Visité le couvent où a vécu Saint Martin de Porrès.  Et je vous envoie ce mot depuis l'aéroport avant de passer la nuit entre deux vols entre Montevideo et Asunción.
Blogues de Pierre - Novembre 2009


20 novembre 2009 - Voyage à Bogotá

Cette semaine, je suis allé dans la capitale de la Colombie.  Le voyage était prévu depuis déjà trois mois, une invitation de la Conférence Latino-Américaine de Religieuses et Religieux (CLAR) à participer dans l'équipe théologique et multi-disciplinaire qui soutient la présidence dans son travail d'animation.  La CLAR a élu un nouveau conseil présidentiel en juin dernier, un conseil qui commence à peine à se remettre de sa surprise d'être en poste pour trois ans et doit maintenant s'organiser rapidement.  Nous (l'équipe théologique) avons aidé à mettre en route le plan global d'animation.  Nous aurons, entre autres choses, à assurer la publication d'une revue d'animation et de réflexion sur la vie religieuse en Amérique Latine et Caraïbes.

Pour moi ce voyage, cette rencontre, ce groupe de travail, c'est du bonbon, c'est un cadeau, un immense privilège.  J'ai eu du mal à contenir mon excitation durant les dernières semaines.  Nous sommes un vingtaine de plusieurs coins de l'Amérique du Sud et des Caraïbes, avec une représentation peut-être un peu trop forte du Cône Sud (Chili, Argentine, Brésil, Paraguay et, en forçant un peu, Bolivie).  Les autres sont du Mexique, de la République Dominicaine et de la Colombie.  Nous avons passé quatre jours ensemble, avec un bon rythme de travail, de très beaux moments de prière, un après-midi de visite à une communauté de plusieurs congrégations travaillant dans un quartier de "déplacés" (des gens qui ont fui les zones de violence), un peu de tourisme (le musée de l'or, magnifique), de très bons repas avec des moments festifs très sentis.

Voilà, c'est lancé, comme un nouvel engagement.  J'aurai à "produire" pour la revue, à participer à des consultations pour aider des décisions de la présidence de la CLAR, je vais aussi apporter dans un petit comité qui va préparer des matériaux pour des retraites, et il y aura deux fois par année, une semaine comme ça de voyage et de réunions.  Je suis convaincu que ça va être pour moi un lieu de de formation très intéressant.  Et je vois déjà que je peux apporter mon fion, mes inquiétudes, ce qui me semble important d'aborder ensemble.  Je vois aussi les confrontations (et probablement les conversions) qui vont venir.  Une grâce.

Un autre tantôt, je vous parlerai du contenu de ces échanges, de cette animation continentale de la vie religieuse en Amérique Latine. 

Aujourd'hui, à cause d'un programme impossible dans mon itinéraire de retour, j'ai passé une belle journée à Lima.  Contrairement à tout ce qu'on m'avait dit sur la grisaille de la ville, il a fait très beau.  J'ai rencontré R., que j'avais connue dans la Pastorale Juvénile de Fernando de la Mora et qui étudie ici en travail social.  Beau partage.  Visité le couvent où a vécu Saint Martin de Porrès.  Et je vous envoie ce mot depuis l'aéroport avant de passer la nuit entre deux vols entre Montevideo et Asunción.
Blogues de Pierre - Octobre 2009

15 octobre 2009 - Naranjito

Je continue mon cycle de visites.  J'arrive tout juste de la paroisse de Resquín, dont la base est située non pas dans le patelin du même nom mais plutôt trente kilomètres plus à l'ouest, à Naranjito, dans le département de San Pedro.  Là, au milieu du village, dans une petite maison à côté de l'église, vit Mietek Ropinski, un confrère polonais au tout début de la quarantaine, avec un jeune stagiaire de Cabo Verde, Elvino.  Nous avons passé deux jours d'échanges, de longues conversations à table, une entrevue en direct sur la radio communautaire avec Elvino, ce matin, suivie d'une petite tournée avec Mietek à une chapelle où se célébraient les noces d'or d'un vieux couple.  Mietek était ému en pensant à ses propres parents qui ont fêté 50 ans de mariage à la fin septembre, et il n'a pas pu être avec eux.  Et moi j'étais aussi très ému en pensant à mes propres parents qui auraient fêté leur jubilé il y a un an.  À la fin de la messe, le grand-père est venu me voir, il se souvenait que j'avais visité sa maison il y a 12 ans.  Il voyait surtout que nous avions des amis communs parmi les premiers habitants de la zone et nous avons repassé la liste de ces pionniers et de leurs descendances.

Mietek est un artiste dans l'âme.  Il s'investit avec beaucoup de sensibilité et de créativité dans la pastorale.  Il dirige un programme de radio tous les matins à 6:00.  Il a lancé il y a peu la page web de la paroisse que je vous invite à visiter, même si vous ne comprenez pas l'espagnol, il y a un bel album de photos.

27 octobre 2009 - Enlèvement

Nous vivons un moment de douleur et de tension.  Il y a dix jours, le propiétaire d'un établissement d'élevage bovin dans le nord du pays, Fidel Zavala, un homme dans la quarantaine, a été enlevé pendant qu'il travaillait sur sa terre.  Selon les témoignages, un groupe d'une douzaine de personnes, hommes et femmes, bien équipés et disciplinés, ont fait le coup.  Il s'agirait de l'Ejército Popular Pararaguayo (Armée Populaire du Paraguay), un groupe d'extrême gauche, qui aurait profité du rapt pour faire un discours à toute la famille tenue en joue dans la maison sur leur richesse scandaleuse pendant que la moitié de la population vit dans la misère.  Les ravisseurs auraient réclamé 5 millions de dollars mais, depuis le 16 octobre, aucun contact n'a été pris, silence.

Depuis dix jours aussi, le pays se polarise: gauche - droite, communistes - capitalistes, répliquer par la force - questionner les écarts entre les riches et les pauvres.  Depuis dix jours, on traque les coupables, de tous les bords, pas seulement les auteurs du crime sinon tous les idéologues qui auraient nourri leur pensée.  La famille et les amis tentent de lancer une campagne pour la paix mais, dans leur douleur on sent une certaine confusion, et on a peine à voir un objectif clair au mouvement qu'ils veulent susciter avec des rubans blancs, des prières et des calcomanies.  Par contre, plusieurs politiciens et groupes de pression, dont la puissante Association Rurale du Paraguay, en profitent pour manipuler l'opinion et faire des pressions politiques.  Certains réclament la formation d'unités para-militaires, la seule façon, disent-ils, de contrer les terroristes. Fernando Lugo est accusé de pactiser avec les ravisseurs.  On parle de jugement politique au Parlement, pour le faire tomber. 

Ça fait mal de voir les gens qui disent se préoccuper du bien-être d'un homme captif se servir de son cas pour alimenter leurs luttes de pouvoir et augmenter la tension qui divise la population.
Blogues de Pierre - Octobre 2009

15 octobre 2009 - Naranjito

Je continue mon cycle de visites.  J'arrive tout juste de la paroisse de Resquín, dont la base est située non pas dans le patelin du même nom mais plutôt trente kilomètres plus à l'ouest, à Naranjito, dans le département de San Pedro.  Là, au milieu du village, dans une petite maison à côté de l'église, vit Mietek Ropinski, un confrère polonais au tout début de la quarantaine, avec un jeune stagiaire de Cabo Verde, Elvino.  Nous avons passé deux jours d'échanges, de longues conversations à table, une entrevue en direct sur la radio communautaire avec Elvino, ce matin, suivie d'une petite tournée avec Mietek à une chapelle où se célébraient les noces d'or d'un vieux couple.  Mietek était ému en pensant à ses propres parents qui ont fêté 50 ans de mariage à la fin septembre, et il n'a pas pu être avec eux.  Et moi j'étais aussi très ému en pensant à mes propres parents qui auraient fêté leur jubilé il y a un an.  À la fin de la messe, le grand-père est venu me voir, il se souvenait que j'avais visité sa maison il y a 12 ans.  Il voyait surtout que nous avions des amis communs parmi les premiers habitants de la zone et nous avons repassé la liste de ces pionniers et de leurs descendances.

Mietek est un artiste dans l'âme.  Il s'investit avec beaucoup de sensibilité et de créativité dans la pastorale.  Il dirige un programme de radio tous les matins à 6:00.  Il a lancé il y a peu la page web de la paroisse que je vous invite à visiter, même si vous ne comprenez pas l'espagnol, il y a un bel album de photos.

27 octobre 2009 - Enlèvement

Nous vivons un moment de douleur et de tension.  Il y a dix jours, le propiétaire d'un établissement d'élevage bovin dans le nord du pays, Fidel Zavala, un homme dans la quarantaine, a été enlevé pendant qu'il travaillait sur sa terre.  Selon les témoignages, un groupe d'une douzaine de personnes, hommes et femmes, bien équipés et disciplinés, ont fait le coup.  Il s'agirait de l'Ejército Popular Pararaguayo (Armée Populaire du Paraguay), un groupe d'extrême gauche, qui aurait profité du rapt pour faire un discours à toute la famille tenue en joue dans la maison sur leur richesse scandaleuse pendant que la moitié de la population vit dans la misère.  Les ravisseurs auraient réclamé 5 millions de dollars mais, depuis le 16 octobre, aucun contact n'a été pris, silence.

Depuis dix jours aussi, le pays se polarise: gauche - droite, communistes - capitalistes, répliquer par la force - questionner les écarts entre les riches et les pauvres.  Depuis dix jours, on traque les coupables, de tous les bords, pas seulement les auteurs du crime sinon tous les idéologues qui auraient nourri leur pensée.  La famille et les amis tentent de lancer une campagne pour la paix mais, dans leur douleur on sent une certaine confusion, et on a peine à voir un objectif clair au mouvement qu'ils veulent susciter avec des rubans blancs, des prières et des calcomanies.  Par contre, plusieurs politiciens et groupes de pression, dont la puissante Association Rurale du Paraguay, en profitent pour manipuler l'opinion et faire des pressions politiques.  Certains réclament la formation d'unités para-militaires, la seule façon, disent-ils, de contrer les terroristes. Fernando Lugo est accusé de pactiser avec les ravisseurs.  On parle de jugement politique au Parlement, pour le faire tomber. 

Ça fait mal de voir les gens qui disent se préoccuper du bien-être d'un homme captif se servir de son cas pour alimenter leurs luttes de pouvoir et augmenter la tension qui divise la population.
Blogues de Pierre - Septembre 2009


22 septembre 2009 - Visites canoniques

Je suis au milieu de mon cycle de "visites canoniques".  C'est la coutume dans les congrégations religieuses que le supérieur visite chacune des maisons, passe un temps dans chaque communauté et rencontre personnellement chacun des confrères.  Nous ne sommes pas nombreux mais nous sommes dispersés.  Nous formons des équipes plus que des communautés.  Je suis allé à Sao Paulo (Brésil) rencontrer la communauté d'étudiants, je suis allé à Rosario aussi.  La semaine dernière j'ai visité l'équipe de Lima et cette semaine je suis à San Lorenzo.  Il restera la maison centrale, la paroisse de San Pablo ici à Asuncion, la communauté de Naranjito (San Pedro) et ma propre communauté de Fernando de la Mora.  Pour faire ces visites, je prends mes milieux de semaine, du mardi au jeudi, pour être présent chez moi durant les fins de semaines et continuer les engagements assumés avec Gotas de Amor et les communautés du quartier.

Je découvre en faisant cet exercice de rencontres, dialogues et partage de quelques heures dans la vie des confrères que c'est très important.  Je pensais que nos échanges allaient rester un peu formels, pris dans l'empois "canonique".  Mais non.  C'est chaque fois un moment de vrai contact, de rapprochement, même quand nous avons à nous dire des vérités qui ne font pas plaisir. Je suis convaincu que ça porte du fruit non seulement pour moi --et c'est déjà beaucoup de découvrir mes confrères plus personnellement-- mais aussi pour tout le groupe spiritain.  Je vois déjà que ça va changer nos réunions, nos activités communes, l'animation dans notre groupe.  En un mot, c'est un temps de grâce.  Je vérifie une fois de plus que le contact concret change les représentations et crée des ouvertures là où on croyait que c'était impossible.
Blogues de Pierre - Septembre 2009


22 septembre 2009 - Visites canoniques

Je suis au milieu de mon cycle de "visites canoniques".  C'est la coutume dans les congrégations religieuses que le supérieur visite chacune des maisons, passe un temps dans chaque communauté et rencontre personnellement chacun des confrères.  Nous ne sommes pas nombreux mais nous sommes dispersés.  Nous formons des équipes plus que des communautés.  Je suis allé à Sao Paulo (Brésil) rencontrer la communauté d'étudiants, je suis allé à Rosario aussi.  La semaine dernière j'ai visité l'équipe de Lima et cette semaine je suis à San Lorenzo.  Il restera la maison centrale, la paroisse de San Pablo ici à Asuncion, la communauté de Naranjito (San Pedro) et ma propre communauté de Fernando de la Mora.  Pour faire ces visites, je prends mes milieux de semaine, du mardi au jeudi, pour être présent chez moi durant les fins de semaines et continuer les engagements assumés avec Gotas de Amor et les communautés du quartier.

Je découvre en faisant cet exercice de rencontres, dialogues et partage de quelques heures dans la vie des confrères que c'est très important.  Je pensais que nos échanges allaient rester un peu formels, pris dans l'empois "canonique".  Mais non.  C'est chaque fois un moment de vrai contact, de rapprochement, même quand nous avons à nous dire des vérités qui ne font pas plaisir. Je suis convaincu que ça porte du fruit non seulement pour moi --et c'est déjà beaucoup de découvrir mes confrères plus personnellement-- mais aussi pour tout le groupe spiritain.  Je vois déjà que ça va changer nos réunions, nos activités communes, l'animation dans notre groupe.  En un mot, c'est un temps de grâce.  Je vérifie une fois de plus que le contact concret change les représentations et crée des ouvertures là où on croyait que c'était impossible.
Blogues de Pierre - Août 2009



8 août 2009 - Aller-retour Sao Paulo

Je me suis sauvé d'Asunción depuis lundi et je viens de rentrer.  Je suis allé visiter les trois jeunes paraguayens étudiants en théologie qui vivent dans la communauté de formation que nous avons là-bas.  J'ai aussi participé à des réunions.  Le ministère de l'éducation brésilien a décrété un prolongement d'une semaine du congé d'hiver, à cause de la grippe A, alors les gars étaient libres et nous avons pris le temps de vivre nos rencontres en profondeur.  Au lieu d'avoir mes matinées libres, comme je l'anticipais, et d'avoir du temps pour écrire, la semaine a passé en criant "lapin", une très bonne visite, un bon contact avec chacun.  Merci aussi pour la célébration simple et chaleureuse de mon anniversaire!

Le voyage a cependant été pénible.  Je suis allé en autobus avec la seule compagnie qui partait le lundi.  Au lieu des 18 heures promises, nous avons fait 28 heures à l'aller et 25 au retour, nous avons aussi dû "transborder" (changer de bus) pour cause de problèmes mécaniques à l'aller et au retour, et j'ai eu des problèmes à la frontière, qui ont retardé tout le monde, à l'entrée et à la sortie du Brésil.  En mai 1998, j'ai perdu (ou on m'a volé, je n'ai jamais su) mes documents durant un semblable voyage de retour au Paraguay.  J'ai dû rebrousser chemin et demeurer presque deux semaines à Sao Paulo, le temps de refaire mon passeport au consulat canadien.  A la sortie cependant, le Brésil m'a imposé une amende pour avoir été trouvé sans visa, et me donnait 48 heures pour quitter le pays.  J'ai payé ma "dette" lors de mon suivant voyage.  Durant cinq ans, j'ai porté dans mon passeport le tampon ignominieux de ma disgrâce! 

Après cet épisode qui m'avait valu des vacances forcées (un temps pour faire le point et visiter la mégapole) je suis souvent retourné au Brésil et je n'ai jamais eu de problème.  Maintenant cependant, les services d'immigration sont en train d'informatiser les frontières et, d'après ce que je peux comprendre, ils ont enregistré dans leur système l'amende imposée mais pas l'amende acquittée, alors l'affaire saute, intempestive, dix ans plus tard.  Je suis là planté comme un codingue, on retient mon passeport, les préposé-e-s me traitent très poliment mais me regardent avec une sorte de gêne.  Tous les passagers de l'autobus sont déjà passés devant les fenêtres des services de douane, le chauffeur m'attend.  Le temps s'étire.  On ne m'explique pas.  Il faut consulter la police fédérale.  Va-et-vient entre les bureaux.  Lundi dernier, ç'a duré tellement longtemps que l'autobus est parti sans moi.  Quand on m'a finalement accordé le permis d'entrer et remis mon passeport, j'ai dû sauter sur un taxi-moto et filer jusqu'à l'agence de la compagnie de transport, à Foz do Iguaçu, où je savais que le trajet faisait une longue pause.  Moi qui stresse déjà à toutes les frontières, c'était comme rouvrir la plaie et jouer dedans!

Va falloir que je fasse quelque chose pour que ça ne se reproduise plus.  Mais quoi?

29 août 2009 - Tournées

Depuis mon dernier billet, je me suis promené pas mal.  Après la semaine à Sao Paulo, je suis allé trois jours à Villa del Rosario, tout droit au nord d'Asunción, près du fleuve mais il faut faire un grand détour, 300 km de route dont 80 de terre, pour y arriver.  Je suis en train de faire mes visites "officielles" de l'année et, là-bas, je suis resté avec Pierre, un confrère français, au Paraguay depuis 25 ans, après une quinzaine d'années en Centrafrique.  Son collègue du Mexique, est parti au chapitre de son groupe d'origine et il va probablement y rester car il a été élu comme membre du nouveau conseil.  Cela touche l'équilibre délicat de nos communautés très petites, qui ne pourraient pas non plus être beaucoup plus grandes car les ressources de ces paroisses rurales où nous sommes engagés ne sont pas suffisantes pour soutenir de grands groupes.  Ç'a été une très belle visite, joyeuse, avec une virée à Vollendam, une colonie Mennonite où le pasteur-missionnaire nous a fait faire un grand tour et nous a présentés ses trois collègues.  Vollendam est la communauté mennonite la plus ouverte du pays, avec beaucoup d'initiatives sociales et missionnaires, efficaces et respectueuses des gens des alentours.  L'entité proprement mennonite ne compte pas plus de 850 habitants mais elle génère de l'emploi, du commerce, du mouvement culturel et cultuel, bien au-delà de son petit nombre.

La semaine suivante, j'avais des réunions dans la capitale, dont celle de la Conferpar qui a rassemblé les supérieur-e-s et formatrices-formateurs de la vie religieuse paraguayenne, et où j'ai présenté mon projet de formation permanente. Très bon écho.  J'ai quand même fait un aller-retour à San Pedro où j'ai conduit Christian, notre nouveau confrère nigérian, qui est passé à la deuxième étape de son stage d'adaptation.  Il va rester à Choré, la paroisse où nous avons passé trente ans et dont je vous ai parlé récemment, avec le prêtre diocésain très accueillant qui y travaille maintenant.

Depuis cinq jours, nous sommes en réunion des formateurs spiritains du Brésil, Mexique et Paraguay, que nous célébrons cette année à San Lorenzo, dans notre noviciat maintenant vide de novices.  Nous sommes huit à réfléchir sur notre présent et notre avenir.  Nous allons accoucher, après plusieurs années de réflexion d'un "directoire" de la formation spiritaine pour l'Amérique Latine.  Nous prions pour qu'il y ait encore des candidats pour en profiter...  Demain, avec ce groupe bigarré et volubile, nous partons pour une promenade de deux jours, dans le sud du pays, en direction d'Encarnación et des ruines des réductions des Jésuites, des sites qui ont été déclarés par l'Unesco "patrimoine de l'humanité".  Ça devrait nous faire une belle ballade!
Blogues de Pierre - Août 2009



8 août 2009 - Aller-retour Sao Paulo

Je me suis sauvé d'Asunción depuis lundi et je viens de rentrer.  Je suis allé visiter les trois jeunes paraguayens étudiants en théologie qui vivent dans la communauté de formation que nous avons là-bas.  J'ai aussi participé à des réunions.  Le ministère de l'éducation brésilien a décrété un prolongement d'une semaine du congé d'hiver, à cause de la grippe A, alors les gars étaient libres et nous avons pris le temps de vivre nos rencontres en profondeur.  Au lieu d'avoir mes matinées libres, comme je l'anticipais, et d'avoir du temps pour écrire, la semaine a passé en criant "lapin", une très bonne visite, un bon contact avec chacun.  Merci aussi pour la célébration simple et chaleureuse de mon anniversaire!

Le voyage a cependant été pénible.  Je suis allé en autobus avec la seule compagnie qui partait le lundi.  Au lieu des 18 heures promises, nous avons fait 28 heures à l'aller et 25 au retour, nous avons aussi dû "transborder" (changer de bus) pour cause de problèmes mécaniques à l'aller et au retour, et j'ai eu des problèmes à la frontière, qui ont retardé tout le monde, à l'entrée et à la sortie du Brésil.  En mai 1998, j'ai perdu (ou on m'a volé, je n'ai jamais su) mes documents durant un semblable voyage de retour au Paraguay.  J'ai dû rebrousser chemin et demeurer presque deux semaines à Sao Paulo, le temps de refaire mon passeport au consulat canadien.  A la sortie cependant, le Brésil m'a imposé une amende pour avoir été trouvé sans visa, et me donnait 48 heures pour quitter le pays.  J'ai payé ma "dette" lors de mon suivant voyage.  Durant cinq ans, j'ai porté dans mon passeport le tampon ignominieux de ma disgrâce! 

Après cet épisode qui m'avait valu des vacances forcées (un temps pour faire le point et visiter la mégapole) je suis souvent retourné au Brésil et je n'ai jamais eu de problème.  Maintenant cependant, les services d'immigration sont en train d'informatiser les frontières et, d'après ce que je peux comprendre, ils ont enregistré dans leur système l'amende imposée mais pas l'amende acquittée, alors l'affaire saute, intempestive, dix ans plus tard.  Je suis là planté comme un codingue, on retient mon passeport, les préposé-e-s me traitent très poliment mais me regardent avec une sorte de gêne.  Tous les passagers de l'autobus sont déjà passés devant les fenêtres des services de douane, le chauffeur m'attend.  Le temps s'étire.  On ne m'explique pas.  Il faut consulter la police fédérale.  Va-et-vient entre les bureaux.  Lundi dernier, ç'a duré tellement longtemps que l'autobus est parti sans moi.  Quand on m'a finalement accordé le permis d'entrer et remis mon passeport, j'ai dû sauter sur un taxi-moto et filer jusqu'à l'agence de la compagnie de transport, à Foz do Iguaçu, où je savais que le trajet faisait une longue pause.  Moi qui stresse déjà à toutes les frontières, c'était comme rouvrir la plaie et jouer dedans!

Va falloir que je fasse quelque chose pour que ça ne se reproduise plus.  Mais quoi?

29 août 2009 - Tournées

Depuis mon dernier billet, je me suis promené pas mal.  Après la semaine à Sao Paulo, je suis allé trois jours à Villa del Rosario, tout droit au nord d'Asunción, près du fleuve mais il faut faire un grand détour, 300 km de route dont 80 de terre, pour y arriver.  Je suis en train de faire mes visites "officielles" de l'année et, là-bas, je suis resté avec Pierre, un confrère français, au Paraguay depuis 25 ans, après une quinzaine d'années en Centrafrique.  Son collègue du Mexique, est parti au chapitre de son groupe d'origine et il va probablement y rester car il a été élu comme membre du nouveau conseil.  Cela touche l'équilibre délicat de nos communautés très petites, qui ne pourraient pas non plus être beaucoup plus grandes car les ressources de ces paroisses rurales où nous sommes engagés ne sont pas suffisantes pour soutenir de grands groupes.  Ç'a été une très belle visite, joyeuse, avec une virée à Vollendam, une colonie Mennonite où le pasteur-missionnaire nous a fait faire un grand tour et nous a présentés ses trois collègues.  Vollendam est la communauté mennonite la plus ouverte du pays, avec beaucoup d'initiatives sociales et missionnaires, efficaces et respectueuses des gens des alentours.  L'entité proprement mennonite ne compte pas plus de 850 habitants mais elle génère de l'emploi, du commerce, du mouvement culturel et cultuel, bien au-delà de son petit nombre.

La semaine suivante, j'avais des réunions dans la capitale, dont celle de la Conferpar qui a rassemblé les supérieur-e-s et formatrices-formateurs de la vie religieuse paraguayenne, et où j'ai présenté mon projet de formation permanente. Très bon écho.  J'ai quand même fait un aller-retour à San Pedro où j'ai conduit Christian, notre nouveau confrère nigérian, qui est passé à la deuxième étape de son stage d'adaptation.  Il va rester à Choré, la paroisse où nous avons passé trente ans et dont je vous ai parlé récemment, avec le prêtre diocésain très accueillant qui y travaille maintenant.

Depuis cinq jours, nous sommes en réunion des formateurs spiritains du Brésil, Mexique et Paraguay, que nous célébrons cette année à San Lorenzo, dans notre noviciat maintenant vide de novices.  Nous sommes huit à réfléchir sur notre présent et notre avenir.  Nous allons accoucher, après plusieurs années de réflexion d'un "directoire" de la formation spiritaine pour l'Amérique Latine.  Nous prions pour qu'il y ait encore des candidats pour en profiter...  Demain, avec ce groupe bigarré et volubile, nous partons pour une promenade de deux jours, dans le sud du pays, en direction d'Encarnación et des ruines des réductions des Jésuites, des sites qui ont été déclarés par l'Unesco "patrimoine de l'humanité".  Ça devrait nous faire une belle ballade!
Blogues de Pierre - Juillet 2009


13 juillet 2009 - Dernières semaines

Je me fais silencieux et ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'activité autour de moi.  Je vous résume les dernières semaines:

Le dimanche 28 juin, je suis allé à Choré (3 heures de route au nord) avec Conrad, notre doyen, et Edvaldo, notre novice.  Notre groupe spiritain a quitté la paroisse San José Obrero de Choré en février dernier.  Des fidèles ont organisé une petite fête pour célébrer trente ans de services de la congrégation dans la paroisse où plusieurs d'entre nous sommes passés.  J'y ai moi-même résidé de 1992 à 1996.  Ç'a été une belle rencontre, simple, émouvante.  Le nouveau curé, l'abbé Cristino a accepté très chaleureusement et généreusement de recevoir notre nouveau compagnon nigérian pour un stage d'adaptation à la réalité du diocèse, à partir du mois prochain.

Le lundi 29, je suis allé à la réception de la Nonciature, pour le "jour du Pape", la fête de Saint Pierre et Saint Paul.  Beaucoup de monde, beaucoup de froufrous.  J'ai aimé l'orchestre que le Nonce a invité pour l'occasion, "Les Choeurs de la Terre", un groupe dirigé par le chef de l'orchestre d'Asunción et qui joue sur des instruments fabriqués avec des éléments récupérés: des flûtes traversières faites avec du fer-blanc et des capsules de bouteilles de bière, une guitare faite avec de grandes boîtes de conserve, même des violons montés complètement avec du matériel de bric-à-brac.  Impressionnant.  J'ai jasé avec les mamans des musiciens et musiciennes, très fières de leur progéniture, très fières aussi de me raconter les détails de la vie de l'orchestre.

Cette semaine-là, celle du 1er juillet, j'ai fini de préparer la retraite que j'anime maintenant, depuis hier soir.  Nous sommes venus avec Edvaldo, le novice, Osvaldo, le postulant, et Elvino, le jeune Caboverdien en stage chez nous, pour une semaine de silence et de recueillement.  Le thème: réveiller nos sens à la rencontre de Dieu.

Le samedi 4 juillet, nous avons eu notre sortie habituelle au Marché et nous avons poursuivi avec un après-midi de jeux dans notre cour, avec une cinquantaine d'enfants.  Des parents sont réticents à laisser leurs enfants aller se recréer.  Pas parce qu'ils se méfient de nous, sinon parce que les enfants qui jouent ne travaillent pas et ne rapportent pas.  Triste.

Le dimanche 5 juillet, aux aurores, nous sommes allés à Caacupé avec plusieurs spiritains, pour célébrer avec les Soeurs "Bleues" de Castres qui fêtaient au Paraguay (en lien avec la France où la cérémonie avait lieu officiellement) la béatification de leur fondatrice, Emilie de Villeneuve, amie de Libermann.  Les "Azules" sont nos voisines et nos amies ici aussi.

Mardi, mercredi, jeudi, 7-8-9, nous avons célébré la "Semaine Nationale" de la Conférence des Religieuses et Religieux du Paraguay.  À peu près 500 religieuses et religieux.  Un sujet très intéressant avec un conférencier très jeune et très vivant: Sergio Montes Rons, un jésuite qui fait partie d'une équipe théologique très dynamique, à Cochabamba.  La Conferpar célèbre son jubilé de 50 ans et nous avons réfléchi sur la "crise" dans laquelle se trouve la vie religieuse aujourd'hui!  Mais nous l'avons fait avec une grande sérénité qui a apporté d'importantes lueurs d'espoir à toute l'assemblée.  J'ai vraiment goûté cette rencontre.

Vendredi et samedi, nous avons eu notre réunion du groupe spiritain. Bonne ambiance.  Nous aussi nous sommes en Jubilé, les 300 ans de la mort de notre fondateur, Claude Poullart des Places.  Et nous cherchons comment vivre cet événement de façon significative.  Nous sommes en train de prendre du temps pour percevoir, écouter ce qui se passe dans nos lieux d'engagement, particulièrement dans le monde des jeunes.  Nous pensons arriver ainsi à une nouvelle initiative missionnaire.  Je suis très heureux de cette posture qu'a prise le groupe: plutôt que de penser à des célébrations, nous cherchons comment renouveler notre présence ici en faisant mémoire de la fondation.

Et là, comme je vous disais, nous sommes en retraite.  Il fait froid et gris dehors mais les cheminements sont intenses à l'intérieur.

25 juillet 2009 - La maison se vide

Je vous ai présenté il y a peu ma communauté diverse et intéressante (voir blogue du 12 mai dernier).  Le temps file et les processus aboutissent.  Celui d'Osvaldo, après deux ans de discernement, lui a permis de voir que la vie religieuse n'est pas pour lui.  C'est un fruit mûr, heureux, de la retraite que nous avons célébrée il y a 10 jours.  Ça n'empêche pas les émotions maintenant qu'il communique sa décision de partir aux uns et aux autres.  Jan, le jeune volontaire allemand, arrive, lui, au terme de son stage.  Il va partir mardi.  Ce soir, c'est la fête d'adieux.  Il fait un froid polaire mais les coeurs sont remplis de chaleur et de reconnaissance pour ce qu'il a apporté à notre communauté et au groupe Gotas de Amor.  Dans trois semaines, Christian aussi partira, il aura terminé sa première tranche d'étude de l'espagnol, il ira vivre une immersion dans la réalité rurale, avec un prêtre diocésain de San Pedro, justement à Choré où la communauté spiritaine a travaillé durant plus de trente ans.  Autre déménagement, Emmanuel est toujours membre de la communauté mais il passe désormais plus de temps à la paroisse San Pablo, tout près d'ici.  La maison se vide...
Blogues de Pierre - Juillet 2009


13 juillet 2009 - Dernières semaines

Je me fais silencieux et ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'activité autour de moi.  Je vous résume les dernières semaines:

Le dimanche 28 juin, je suis allé à Choré (3 heures de route au nord) avec Conrad, notre doyen, et Edvaldo, notre novice.  Notre groupe spiritain a quitté la paroisse San José Obrero de Choré en février dernier.  Des fidèles ont organisé une petite fête pour célébrer trente ans de services de la congrégation dans la paroisse où plusieurs d'entre nous sommes passés.  J'y ai moi-même résidé de 1992 à 1996.  Ç'a été une belle rencontre, simple, émouvante.  Le nouveau curé, l'abbé Cristino a accepté très chaleureusement et généreusement de recevoir notre nouveau compagnon nigérian pour un stage d'adaptation à la réalité du diocèse, à partir du mois prochain.

Le lundi 29, je suis allé à la réception de la Nonciature, pour le "jour du Pape", la fête de Saint Pierre et Saint Paul.  Beaucoup de monde, beaucoup de froufrous.  J'ai aimé l'orchestre que le Nonce a invité pour l'occasion, "Les Choeurs de la Terre", un groupe dirigé par le chef de l'orchestre d'Asunción et qui joue sur des instruments fabriqués avec des éléments récupérés: des flûtes traversières faites avec du fer-blanc et des capsules de bouteilles de bière, une guitare faite avec de grandes boîtes de conserve, même des violons montés complètement avec du matériel de bric-à-brac.  Impressionnant.  J'ai jasé avec les mamans des musiciens et musiciennes, très fières de leur progéniture, très fières aussi de me raconter les détails de la vie de l'orchestre.

Cette semaine-là, celle du 1er juillet, j'ai fini de préparer la retraite que j'anime maintenant, depuis hier soir.  Nous sommes venus avec Edvaldo, le novice, Osvaldo, le postulant, et Elvino, le jeune Caboverdien en stage chez nous, pour une semaine de silence et de recueillement.  Le thème: réveiller nos sens à la rencontre de Dieu.

Le samedi 4 juillet, nous avons eu notre sortie habituelle au Marché et nous avons poursuivi avec un après-midi de jeux dans notre cour, avec une cinquantaine d'enfants.  Des parents sont réticents à laisser leurs enfants aller se recréer.  Pas parce qu'ils se méfient de nous, sinon parce que les enfants qui jouent ne travaillent pas et ne rapportent pas.  Triste.

Le dimanche 5 juillet, aux aurores, nous sommes allés à Caacupé avec plusieurs spiritains, pour célébrer avec les Soeurs "Bleues" de Castres qui fêtaient au Paraguay (en lien avec la France où la cérémonie avait lieu officiellement) la béatification de leur fondatrice, Emilie de Villeneuve, amie de Libermann.  Les "Azules" sont nos voisines et nos amies ici aussi.

Mardi, mercredi, jeudi, 7-8-9, nous avons célébré la "Semaine Nationale" de la Conférence des Religieuses et Religieux du Paraguay.  À peu près 500 religieuses et religieux.  Un sujet très intéressant avec un conférencier très jeune et très vivant: Sergio Montes Rons, un jésuite qui fait partie d'une équipe théologique très dynamique, à Cochabamba.  La Conferpar célèbre son jubilé de 50 ans et nous avons réfléchi sur la "crise" dans laquelle se trouve la vie religieuse aujourd'hui!  Mais nous l'avons fait avec une grande sérénité qui a apporté d'importantes lueurs d'espoir à toute l'assemblée.  J'ai vraiment goûté cette rencontre.

Vendredi et samedi, nous avons eu notre réunion du groupe spiritain. Bonne ambiance.  Nous aussi nous sommes en Jubilé, les 300 ans de la mort de notre fondateur, Claude Poullart des Places.  Et nous cherchons comment vivre cet événement de façon significative.  Nous sommes en train de prendre du temps pour percevoir, écouter ce qui se passe dans nos lieux d'engagement, particulièrement dans le monde des jeunes.  Nous pensons arriver ainsi à une nouvelle initiative missionnaire.  Je suis très heureux de cette posture qu'a prise le groupe: plutôt que de penser à des célébrations, nous cherchons comment renouveler notre présence ici en faisant mémoire de la fondation.

Et là, comme je vous disais, nous sommes en retraite.  Il fait froid et gris dehors mais les cheminements sont intenses à l'intérieur.

25 juillet 2009 - La maison se vide

Je vous ai présenté il y a peu ma communauté diverse et intéressante (voir blogue du 12 mai dernier).  Le temps file et les processus aboutissent.  Celui d'Osvaldo, après deux ans de discernement, lui a permis de voir que la vie religieuse n'est pas pour lui.  C'est un fruit mûr, heureux, de la retraite que nous avons célébrée il y a 10 jours.  Ça n'empêche pas les émotions maintenant qu'il communique sa décision de partir aux uns et aux autres.  Jan, le jeune volontaire allemand, arrive, lui, au terme de son stage.  Il va partir mardi.  Ce soir, c'est la fête d'adieux.  Il fait un froid polaire mais les coeurs sont remplis de chaleur et de reconnaissance pour ce qu'il a apporté à notre communauté et au groupe Gotas de Amor.  Dans trois semaines, Christian aussi partira, il aura terminé sa première tranche d'étude de l'espagnol, il ira vivre une immersion dans la réalité rurale, avec un prêtre diocésain de San Pedro, justement à Choré où la communauté spiritaine a travaillé durant plus de trente ans.  Autre déménagement, Emmanuel est toujours membre de la communauté mais il passe désormais plus de temps à la paroisse San Pablo, tout près d'ici.  La maison se vide...
Blogues de Pierre - Juin 2009


12 juin 2009 - Ruminant

Je rumine...  L'idée me hante depuis plus d'un an, depuis que le groupe m'a élu comme supérieur: il faut préparer la prochaine génération de formateurs.  Comment?  En faisant de la formation.  Je planche maintenant plus concrètement sur un projet de formation permanente pour des religieux et religieuses qui voudraient continuer leur intégration personnelle de tous les éléments de leurs personnes, leurs pratiques, leurs réflexions.  Je voudrais, autant que possible, que des confrères de mon groupe s'y inscrivent mais, justement, je me rends compte que ça doit être le travail d'une équipe de plusieurs instituts, un programme offert à un groupe plus grand, où des gens de congrégations différentes trouveraient un espace de confiance, de soutien, d'une certaine distance normale et saine avec leurs propres structures pour continuer leur formation.

Donc, je rumine: les objectifs, les contenus, les moyens, le budget, l'équipe...  J'ai aussi commencé à en parler et à chercher des collaborations.  Les échos sont encourageants.  Je vois tout le travail à faire. Déjà cependant, ce processus suscite des changements en moi.  Il me lie plus profondément à la vie religieuse d'ici.  Je me vois m'engager pour des années.  Planter une semence qui va mettre du temps à montrer ses fruits.  Je ne vois pas d'autre chemin.

25 juin 2009 ? Virus

Je ne suis pas certain que c'était un virus mais mon ordinateur s'est comporté très étrangement durant quelques jours jusqu'au moment où j'ai dû le refaire fonctionner avec mes disques de réparation ou je ne sais pas trop comment on les appelle. Toujours est-il que j'ai perdu tous mes programmes et toutes mes données. J'ai dû tout réinstaller. Heureusement, j'avais fait une copie générale de données juste une semaine avant. Mais le temps qu'il faut pour tout remonter... c'est hallucinant. J'ai bien pensé à mon petit frère qui avait tout arrangé pour moi et je me suis demandé, avec son ombre derrière moi, si j'avais bien tout refait comme il faut.  Depuis cette infection, le système n'a plus la tranquille efficacité qu'il avait avant, on dirait qu'il tousse, qu'il crachote, qu'il hésite, qu'il va me refaire encore une autre crise n'importe quand.

Premier cas de virus qui passe de la machine à l'humain: j'ai pris une vraie bonne grippe, huit jours après mon ordinateur. J'ai eu une semaine pas d'énergie, avec deux jours sur le dos, mal de tête et tous les autres symptômes de la grippe. Je suis convaincu de la relation étroite entre les deux événements.

Blogues de Pierre - Juin 2009


12 juin 2009 - Ruminant

Je rumine...  L'idée me hante depuis plus d'un an, depuis que le groupe m'a élu comme supérieur: il faut préparer la prochaine génération de formateurs.  Comment?  En faisant de la formation.  Je planche maintenant plus concrètement sur un projet de formation permanente pour des religieux et religieuses qui voudraient continuer leur intégration personnelle de tous les éléments de leurs personnes, leurs pratiques, leurs réflexions.  Je voudrais, autant que possible, que des confrères de mon groupe s'y inscrivent mais, justement, je me rends compte que ça doit être le travail d'une équipe de plusieurs instituts, un programme offert à un groupe plus grand, où des gens de congrégations différentes trouveraient un espace de confiance, de soutien, d'une certaine distance normale et saine avec leurs propres structures pour continuer leur formation.

Donc, je rumine: les objectifs, les contenus, les moyens, le budget, l'équipe...  J'ai aussi commencé à en parler et à chercher des collaborations.  Les échos sont encourageants.  Je vois tout le travail à faire. Déjà cependant, ce processus suscite des changements en moi.  Il me lie plus profondément à la vie religieuse d'ici.  Je me vois m'engager pour des années.  Planter une semence qui va mettre du temps à montrer ses fruits.  Je ne vois pas d'autre chemin.

25 juin 2009 ? Virus

Je ne suis pas certain que c'était un virus mais mon ordinateur s'est comporté très étrangement durant quelques jours jusqu'au moment où j'ai dû le refaire fonctionner avec mes disques de réparation ou je ne sais pas trop comment on les appelle. Toujours est-il que j'ai perdu tous mes programmes et toutes mes données. J'ai dû tout réinstaller. Heureusement, j'avais fait une copie générale de données juste une semaine avant. Mais le temps qu'il faut pour tout remonter... c'est hallucinant. J'ai bien pensé à mon petit frère qui avait tout arrangé pour moi et je me suis demandé, avec son ombre derrière moi, si j'avais bien tout refait comme il faut.  Depuis cette infection, le système n'a plus la tranquille efficacité qu'il avait avant, on dirait qu'il tousse, qu'il crachote, qu'il hésite, qu'il va me refaire encore une autre crise n'importe quand.

Premier cas de virus qui passe de la machine à l'humain: j'ai pris une vraie bonne grippe, huit jours après mon ordinateur. J'ai eu une semaine pas d'énergie, avec deux jours sur le dos, mal de tête et tous les autres symptômes de la grippe. Je suis convaincu de la relation étroite entre les deux événements.

Blogues de Pierre - Mai 2009

4 mai 2009 - Retour de Bolivie

Je suis arrivé hier après-midi.  J'ai passé la dernière semaine, de dimanche à dimanche, à Santa Cruz, pour la réunion des supérieurs des circonscriptions (nos divisions administratives) spiritaines de l'Amérique Latine.  Deux confrères sont venus de l'Amazonie, un du "Brésil central" (les "hollandais" de Minas Gerais), un autre de l'axe Sao Paulo - Rio (le district "irlandais"), le provincial du Brésil, un autre qui représentait la nouvelle mission de Bolivie.  Le secrétaire exécutif, un représentant de la formation et aussi deux conseillers généraux, qui nous ont visités au Paraguay la semaine précédente, nous ont accompagnés.

Santa Cruz est une belle ville.  Le centre-ville a conservé plusieurs édifices avec l'architecture coloniale traditionnelle où les toits, soutenus par des colonnes en bois ou en briques, se prolongent au-dessus des trottoirs. Il y a deux églises anciennes, de plus de 300 ans, et aussi de très belles places spacieuses et vertes.  Cependant, dès qu'on passe dans les quartiers périphériques, et pas besoin d'aller très loin ?la maison des spiritains est à environ 10 km du centre?, les rues de terre grise sont bosselées, les maisons y répandent leurs eaux usées, ces eaux forment des plans stagnants et pestilentiels, où pullulent les moustiques et où, malgré tout, les enfants jouent avec les conséquences que vous imaginez sur leur santé.  On ressent une impression de désordre et de pauvreté. 

Nous avons été accueillis très chaleureusement par la communauté spiritaine et par la communauté paroissiale qu'ils animent.  Les gens ont d'abord une attitude plus réservée que ceux que je connais au Paraguay mais l'accueil est rempli d'attention et de délicatesse.  On danse beaucoup.  On mange beaucoup aussi, de très bonnes choses.

Au milieu de la rencontre, nous avons célébré l'inauguration de la maison avec le cardinal Julio Terrazas qui a subi un attentat il y a trois semaines, une bombe a explosé dans sa maison où il ne se trouvait pas car il était en convalescence dans une autre résidence.  Santa Cruz a aussi été le théâtre du supposé démembrement d'une cellule de terroristes internationaux qui auraient été recrutés et payés par un groupe d'industriels autonomistes qui chercheraient à éliminer le président, Evo Morales.  Trois personnes, un Irlandais, un Hongrois et un Croate, ont été tués par la police, deux autres sont sous les verrous.  L'affaire est loin d'être éclaircie.  Ce qui est clair c'est qu'il y a une forte tension entre le gouvernement et cette "Unión" indépendantiste de Santa Cruz.  Nous avons entendu parler de tout ça, un confrère irlandais de là-bas s'est même occupé de la sépulture de son compatriote, mais nous avons vécu une semaine très paisible, sous le signe de l'hospitalité et de la fraternité.

12 mai 2009 - Ma communauté

Je me rends compte que depuis mon retour au Paraguay, je ne vous ai pas présenté ma communauté.  Il est grand temps de corriger cet oubli.

Mon collègue et compagnon s'appelle Emmanuel Alumuku, il est nigérian, jeune trentaine, il est arrivé au Paraguay il y a presque deux ans.  Il travaille à temps partiel dans la nouvelle paroisse que nous avons assumée, pas très loin de chez nous.  Il est l'animateur vocationnel du groupe et il pourrait aussi, éventuellement, un jour, quand nous lui aurons donné le temps de vivre une expérience missionnaire significative, devenir formateur.

Depuis un mois, Christian Egemonye est arrivé du Nigéria.  Il commence sa quarantaine.  Il va rester avec nous quelques mois pour apprendre l'espagnol, faire ses premières démarches administratives pour son permis de séjour permanent et s'adapter peu à peu au climat physique et humain d'ici.  Il est en plein choc culturel mais il se débrouille déjà très bien.

Osvaldo Mendoza est un jeune paraguayen de 23 ans.  Il chemine avec nous depuis 2006, il veut être missionnaire spiritain comme frère éducateur.  Il a découvert cet intérêt dans son engagement auprès des enfants du Marché.  Il étudie à l'Institut Supérieur d'Education, la formation des futurs maîtres, en sciences sociales.

Jan Klose a 20 ans, il est allemand.  Il est arrivé en août 2008, quand moi je n'étais pas là.  Il vient à travers une organisation qui envoie des jeunes vivre une expérience communautaire et missionnaire durant un an.  Il ne reste plus que quelques mois à son expérience mais un autre doit venir prendre la relève, probablement dès juillet prochain.  Son principal engagement, eh oui, le marché, les enfants!

Edvaldo aussi approche la quarantaine.  Il est brésilien.  Il est novice.  Il est arrivé hier.  Nous avons dû fermer le noviciat de San Lorenzo et maintenant il va poursuivre son cheminement avec nous.  Une surprise!  Un don!

Une communauté bigarrée, très diverse, où je sens que tous font un effort d'ouverture et d'accueil de l'autre.  Nous avons des temps forts ensemble de réunion, de célébration, de prière, de travail dans et autour de la maison.  Nous nous sommes dit aussi au début de l'année que la "créativité" devait être notre mot d'ordre, qu'aucun programme ou horaire ou règlement ne saurait remplacer l'invention quotidienne de ?je vais dire un mot désuet et mal famé? la charité.

29 mai 2009 - La fête qui vient

Il pleut, il fait plus frais, le froid s'en vient, l'humidité s'installe dans nos maisons.  J'ai sorti mon sac de couchage, mon foulard, ma tuque.  10-15 degrés, ce n'est pas froid pour le Canada, mais quand on vit dedans toute la journée, même dans le bureau, même dans la chambre, ça te rentre dans les os!  Je sais, je me plains comme ça chaque année.  Un peu plus, même, chaque année.  C'est l'âge!

Nous préparons une grande fête pour dimanche, la Pentecôte.  Plusieurs groupes du quartier préparent et nous font cadeau de nourritures qui seront vendues comme à une sorte de grand espace de bouffe, comme dans les centres d'achats, et les profits iront dans la tirelire de notre oeuvre pour les enfants du marché.  Menus: rôti de boeuf et pomme de terre à la crème, gnocchis, différentes viandes au BBQ, "sopa paraguaya", desserts...  Nous voulons aussi faire un petit festival de talents locaux, nous avons invité un groupe de musique qui nous fera danser la polka traditionnelle, et il y aura une courte présentation dramatisée du fondateur de la congrégation.  En plein air!

Tout cela suppose une journée ensoleillée et pas trop fraîche.  Le pronostic n'est pas très encourageant.  On vit d'espoir..., et à quoi bon se faire du mauvais sang, on prendra la journée comme elle viendra.  Plan B: on se réfugie sous le "tinglado" (la structure avec toit de tôles) où se rassemble habituellement le dimanche la communauté chrétienne du quartier, à 300 m d'ici.

Cette semaine j'ai fait une brève tournée dans trois communautés spiritaines.  Nous discutons des budgets et des comptes. C'est un peu tard car notre année fiscale est déjà bien entamée, presqu'à mi-chemin, mais ça nous permet d'échanger sur les principes et sur les réalités vécues.  Nous avons aussi parlé de changements récents qui nous affectent: dans le nord, un confrère nous quitte le mois prochain et il faut demander à un autre de la communauté voisine de le remplacer; ici dans la région de la capitale, nous réorganisons la communauté du noviciat qui n'est plus noviciat depuis que le maître est retourné dans son pays et le novice a déménagé chez nous, à Fernando de la Mora.  Bilan positif de cette visite qui me dit qu'il est important de les faire régulièrement et fréquemment.
Blogues de Pierre - Mai 2009

4 mai 2009 - Retour de Bolivie

Je suis arrivé hier après-midi.  J'ai passé la dernière semaine, de dimanche à dimanche, à Santa Cruz, pour la réunion des supérieurs des circonscriptions (nos divisions administratives) spiritaines de l'Amérique Latine.  Deux confrères sont venus de l'Amazonie, un du "Brésil central" (les "hollandais" de Minas Gerais), un autre de l'axe Sao Paulo - Rio (le district "irlandais"), le provincial du Brésil, un autre qui représentait la nouvelle mission de Bolivie.  Le secrétaire exécutif, un représentant de la formation et aussi deux conseillers généraux, qui nous ont visités au Paraguay la semaine précédente, nous ont accompagnés.

Santa Cruz est une belle ville.  Le centre-ville a conservé plusieurs édifices avec l'architecture coloniale traditionnelle où les toits, soutenus par des colonnes en bois ou en briques, se prolongent au-dessus des trottoirs. Il y a deux églises anciennes, de plus de 300 ans, et aussi de très belles places spacieuses et vertes.  Cependant, dès qu'on passe dans les quartiers périphériques, et pas besoin d'aller très loin ?la maison des spiritains est à environ 10 km du centre?, les rues de terre grise sont bosselées, les maisons y répandent leurs eaux usées, ces eaux forment des plans stagnants et pestilentiels, où pullulent les moustiques et où, malgré tout, les enfants jouent avec les conséquences que vous imaginez sur leur santé.  On ressent une impression de désordre et de pauvreté. 

Nous avons été accueillis très chaleureusement par la communauté spiritaine et par la communauté paroissiale qu'ils animent.  Les gens ont d'abord une attitude plus réservée que ceux que je connais au Paraguay mais l'accueil est rempli d'attention et de délicatesse.  On danse beaucoup.  On mange beaucoup aussi, de très bonnes choses.

Au milieu de la rencontre, nous avons célébré l'inauguration de la maison avec le cardinal Julio Terrazas qui a subi un attentat il y a trois semaines, une bombe a explosé dans sa maison où il ne se trouvait pas car il était en convalescence dans une autre résidence.  Santa Cruz a aussi été le théâtre du supposé démembrement d'une cellule de terroristes internationaux qui auraient été recrutés et payés par un groupe d'industriels autonomistes qui chercheraient à éliminer le président, Evo Morales.  Trois personnes, un Irlandais, un Hongrois et un Croate, ont été tués par la police, deux autres sont sous les verrous.  L'affaire est loin d'être éclaircie.  Ce qui est clair c'est qu'il y a une forte tension entre le gouvernement et cette "Unión" indépendantiste de Santa Cruz.  Nous avons entendu parler de tout ça, un confrère irlandais de là-bas s'est même occupé de la sépulture de son compatriote, mais nous avons vécu une semaine très paisible, sous le signe de l'hospitalité et de la fraternité.

12 mai 2009 - Ma communauté

Je me rends compte que depuis mon retour au Paraguay, je ne vous ai pas présenté ma communauté.  Il est grand temps de corriger cet oubli.

Mon collègue et compagnon s'appelle Emmanuel Alumuku, il est nigérian, jeune trentaine, il est arrivé au Paraguay il y a presque deux ans.  Il travaille à temps partiel dans la nouvelle paroisse que nous avons assumée, pas très loin de chez nous.  Il est l'animateur vocationnel du groupe et il pourrait aussi, éventuellement, un jour, quand nous lui aurons donné le temps de vivre une expérience missionnaire significative, devenir formateur.

Depuis un mois, Christian Egemonye est arrivé du Nigéria.  Il commence sa quarantaine.  Il va rester avec nous quelques mois pour apprendre l'espagnol, faire ses premières démarches administratives pour son permis de séjour permanent et s'adapter peu à peu au climat physique et humain d'ici.  Il est en plein choc culturel mais il se débrouille déjà très bien.

Osvaldo Mendoza est un jeune paraguayen de 23 ans.  Il chemine avec nous depuis 2006, il veut être missionnaire spiritain comme frère éducateur.  Il a découvert cet intérêt dans son engagement auprès des enfants du Marché.  Il étudie à l'Institut Supérieur d'Education, la formation des futurs maîtres, en sciences sociales.

Jan Klose a 20 ans, il est allemand.  Il est arrivé en août 2008, quand moi je n'étais pas là.  Il vient à travers une organisation qui envoie des jeunes vivre une expérience communautaire et missionnaire durant un an.  Il ne reste plus que quelques mois à son expérience mais un autre doit venir prendre la relève, probablement dès juillet prochain.  Son principal engagement, eh oui, le marché, les enfants!

Edvaldo aussi approche la quarantaine.  Il est brésilien.  Il est novice.  Il est arrivé hier.  Nous avons dû fermer le noviciat de San Lorenzo et maintenant il va poursuivre son cheminement avec nous.  Une surprise!  Un don!

Une communauté bigarrée, très diverse, où je sens que tous font un effort d'ouverture et d'accueil de l'autre.  Nous avons des temps forts ensemble de réunion, de célébration, de prière, de travail dans et autour de la maison.  Nous nous sommes dit aussi au début de l'année que la "créativité" devait être notre mot d'ordre, qu'aucun programme ou horaire ou règlement ne saurait remplacer l'invention quotidienne de ?je vais dire un mot désuet et mal famé? la charité.

29 mai 2009 - La fête qui vient

Il pleut, il fait plus frais, le froid s'en vient, l'humidité s'installe dans nos maisons.  J'ai sorti mon sac de couchage, mon foulard, ma tuque.  10-15 degrés, ce n'est pas froid pour le Canada, mais quand on vit dedans toute la journée, même dans le bureau, même dans la chambre, ça te rentre dans les os!  Je sais, je me plains comme ça chaque année.  Un peu plus, même, chaque année.  C'est l'âge!

Nous préparons une grande fête pour dimanche, la Pentecôte.  Plusieurs groupes du quartier préparent et nous font cadeau de nourritures qui seront vendues comme à une sorte de grand espace de bouffe, comme dans les centres d'achats, et les profits iront dans la tirelire de notre oeuvre pour les enfants du marché.  Menus: rôti de boeuf et pomme de terre à la crème, gnocchis, différentes viandes au BBQ, "sopa paraguaya", desserts...  Nous voulons aussi faire un petit festival de talents locaux, nous avons invité un groupe de musique qui nous fera danser la polka traditionnelle, et il y aura une courte présentation dramatisée du fondateur de la congrégation.  En plein air!

Tout cela suppose une journée ensoleillée et pas trop fraîche.  Le pronostic n'est pas très encourageant.  On vit d'espoir..., et à quoi bon se faire du mauvais sang, on prendra la journée comme elle viendra.  Plan B: on se réfugie sous le "tinglado" (la structure avec toit de tôles) où se rassemble habituellement le dimanche la communauté chrétienne du quartier, à 300 m d'ici.

Cette semaine j'ai fait une brève tournée dans trois communautés spiritaines.  Nous discutons des budgets et des comptes. C'est un peu tard car notre année fiscale est déjà bien entamée, presqu'à mi-chemin, mais ça nous permet d'échanger sur les principes et sur les réalités vécues.  Nous avons aussi parlé de changements récents qui nous affectent: dans le nord, un confrère nous quitte le mois prochain et il faut demander à un autre de la communauté voisine de le remplacer; ici dans la région de la capitale, nous réorganisons la communauté du noviciat qui n'est plus noviciat depuis que le maître est retourné dans son pays et le novice a déménagé chez nous, à Fernando de la Mora.  Bilan positif de cette visite qui me dit qu'il est important de les faire régulièrement et fréquemment.
Blogues de Pierre - Avril 2009

19 avril 2009 - "Pur bonheur"

C'est comme ça qu'on m'a présenté ce lien, je trouve que c'est très juste.  Allez voir, ça vaut la peine.  A très bientôt pour d'autres nouvelles!


24 avril 2009 - Les enfants du président

Nous avons passé la semaine sainte avec une rumeur: une mère affirmait que son enfant était fils du président, ex-évêque, Fernando Lugo.  J'ai mis ma main au feu devant témoins que c'était une calomnie et me suis emporté contre les gens qui pouvaient accuser ainsi et s'en tirer sans conséquence.  Le lundi suivant, la semaine dernière, le président lui-même a confirmé: il est bien le père du petit Armindo.  Le mardi soir, il faisait une apparition à la télé, dans un talk-show bien connu d'ici; il s'en est tiré brillamment, sachant mêler des confessions mesurées avec des déclarations d'un homme d'Etat qui a des projets, de l'envergure, de l'inspiration.

Ce même lundi, nous avions une réunion des religieux et religieuses de la coordination de la Conférence nationale.  Ambiance de tristesse, de déception.  Nous n'étions pas un groupe bigots qui prétendaient juger de la vie d'un homme devenu étranger.  C'était la réaction de gens qui découvrent une face cachée d'un frère.  Des gens qui l'aiment et le soutiennent.  J'ai vu cette même réaction en plusieurs endroits.  Dans d'autres cas, il y franchement de la colère, le sentiment d'avoir été trompé.

Fernando ne peut rien faire pour changer cette réaction, c'est une affaire personnelle de chacun-e: se resituer, défaire une certaine image, refaire le lien autrement, en prenant la mesure de la nouvelle réalité.  Mais il y a aussi quelque chose de collectif.  Fernando a été élu avec son aura d'évêque, de membre fidèle de l'Eglise.  Il se sert encore visiblement de cette image, ne serait-ce que dans sa manière de s'habiller.  Et il nous montre maintenant, justement, une face cachée, une contradiction. Cette contradiction s'ajoute, comme une somme pesante, à toutes les désillusions vécues par un peuple qui n'a pas beaucoup l'occasion de construire sa confiance.  La hiérarchie ecclésiale, les gens de l'appareil, nous aussi nous recevons une part du discrédit, mais ça j'en suis presque content.  Il y a trop d'idéalisation par rapport au clergé et aux professionnels de l'Eglise.  Ça ne peut que faire du bien d'avoir à reconquérir par des actes la confiance des gens.

Depuis la semaine dernière, d'autres "affaires" de filiation reliées au président sortent dans les média.  Nous sommes rendus à huit possibles enfants!  Il y a des profiteurs et des farfelus dans le lot, il y a visiblement une campagne organisée par des gens qui veulent la peau de Fernando mais, voilà, tel est notre ami, notre président.  Ses actes parlent de lui et nous ne pouvons pas nier la réalité.  Il a vécu "double", et il a beaucoup retardé le moment de prendre en charge les conséquences de ses actes, on l'a en quelque sorte forcé à le faire.  En face de la réalité, chacun, chacune vit son choc d'approbation ou de désapprobation, d'irritation ou de soutien, chacun vit son malaise, sa réaction de défense ou sa rage devant les vagues disproportionnées des "affaires" amplifiées par la presse jaune, peu importe, tous et toutes nous sommes sommés de nous situer et de nous engager.


25 avril 2009 - Balladodiffusion

Depuis mon retour, je fais grand usage du balladeur que ma soeur et mon défunt petit frère m'ont donné durant mon dernier séjour au pays.  Je n'écoute pas beaucoup de musique; autant là-bas j'écoutais la radio, les émissions intéressantes de Radio-Canada, les nouvelles, les arts, les affaires internationales, ici j'utilise la balladodiffusion.  Je laisse l'ordinateur enregistrer les émissions affichées sur la toile, même quand ça prend du temps, et quand je vais faire un jogging, quand je fais mon lavage ou mon ménage ou passe une heure dans la cuisine, je branche mes écouteurs et je suis à nouveau en contact avec d'autres mondes. Je sais que mon autre frère fait aussi comme moi.

Mes préférés: autant que je peux Christiane Charette; sur les sciences: Les années-lumières; nouveau pour moi, sur CBC: The Current, court, efficace, rigoureux; j'ai aussi trouvé comme une perle rare, la très intéressante et merveilleusement bien présentée série How to Think About Science.  Je me suis un peu promené sur RFI et la BBC qui offrent des des documentaires très fouillés avec des enquêtes dans le monde entier.  Bref, pour moi cette possibilité technologique de la balladodiffusion, les "podcasts", est vraiment merveilleuse. Il y a du très beau travail qui se fait dans les radios du monde et c'est intéressant d'écouter, en laissant l'imagination regarder librement. Moi ça me détend et me stimule.
Blogues de Pierre - Avril 2009

19 avril 2009 - "Pur bonheur"

C'est comme ça qu'on m'a présenté ce lien, je trouve que c'est très juste.  Allez voir, ça vaut la peine.  A très bientôt pour d'autres nouvelles!


24 avril 2009 - Les enfants du président

Nous avons passé la semaine sainte avec une rumeur: une mère affirmait que son enfant était fils du président, ex-évêque, Fernando Lugo.  J'ai mis ma main au feu devant témoins que c'était une calomnie et me suis emporté contre les gens qui pouvaient accuser ainsi et s'en tirer sans conséquence.  Le lundi suivant, la semaine dernière, le président lui-même a confirmé: il est bien le père du petit Armindo.  Le mardi soir, il faisait une apparition à la télé, dans un talk-show bien connu d'ici; il s'en est tiré brillamment, sachant mêler des confessions mesurées avec des déclarations d'un homme d'Etat qui a des projets, de l'envergure, de l'inspiration.

Ce même lundi, nous avions une réunion des religieux et religieuses de la coordination de la Conférence nationale.  Ambiance de tristesse, de déception.  Nous n'étions pas un groupe bigots qui prétendaient juger de la vie d'un homme devenu étranger.  C'était la réaction de gens qui découvrent une face cachée d'un frère.  Des gens qui l'aiment et le soutiennent.  J'ai vu cette même réaction en plusieurs endroits.  Dans d'autres cas, il y franchement de la colère, le sentiment d'avoir été trompé.

Fernando ne peut rien faire pour changer cette réaction, c'est une affaire personnelle de chacun-e: se resituer, défaire une certaine image, refaire le lien autrement, en prenant la mesure de la nouvelle réalité.  Mais il y a aussi quelque chose de collectif.  Fernando a été élu avec son aura d'évêque, de membre fidèle de l'Eglise.  Il se sert encore visiblement de cette image, ne serait-ce que dans sa manière de s'habiller.  Et il nous montre maintenant, justement, une face cachée, une contradiction. Cette contradiction s'ajoute, comme une somme pesante, à toutes les désillusions vécues par un peuple qui n'a pas beaucoup l'occasion de construire sa confiance.  La hiérarchie ecclésiale, les gens de l'appareil, nous aussi nous recevons une part du discrédit, mais ça j'en suis presque content.  Il y a trop d'idéalisation par rapport au clergé et aux professionnels de l'Eglise.  Ça ne peut que faire du bien d'avoir à reconquérir par des actes la confiance des gens.

Depuis la semaine dernière, d'autres "affaires" de filiation reliées au président sortent dans les média.  Nous sommes rendus à huit possibles enfants!  Il y a des profiteurs et des farfelus dans le lot, il y a visiblement une campagne organisée par des gens qui veulent la peau de Fernando mais, voilà, tel est notre ami, notre président.  Ses actes parlent de lui et nous ne pouvons pas nier la réalité.  Il a vécu "double", et il a beaucoup retardé le moment de prendre en charge les conséquences de ses actes, on l'a en quelque sorte forcé à le faire.  En face de la réalité, chacun, chacune vit son choc d'approbation ou de désapprobation, d'irritation ou de soutien, chacun vit son malaise, sa réaction de défense ou sa rage devant les vagues disproportionnées des "affaires" amplifiées par la presse jaune, peu importe, tous et toutes nous sommes sommés de nous situer et de nous engager.


25 avril 2009 - Balladodiffusion

Depuis mon retour, je fais grand usage du balladeur que ma soeur et mon défunt petit frère m'ont donné durant mon dernier séjour au pays.  Je n'écoute pas beaucoup de musique; autant là-bas j'écoutais la radio, les émissions intéressantes de Radio-Canada, les nouvelles, les arts, les affaires internationales, ici j'utilise la balladodiffusion.  Je laisse l'ordinateur enregistrer les émissions affichées sur la toile, même quand ça prend du temps, et quand je vais faire un jogging, quand je fais mon lavage ou mon ménage ou passe une heure dans la cuisine, je branche mes écouteurs et je suis à nouveau en contact avec d'autres mondes. Je sais que mon autre frère fait aussi comme moi.

Mes préférés: autant que je peux Christiane Charette; sur les sciences: Les années-lumières; nouveau pour moi, sur CBC: The Current, court, efficace, rigoureux; j'ai aussi trouvé comme une perle rare, la très intéressante et merveilleusement bien présentée série How to Think About Science.  Je me suis un peu promené sur RFI et la BBC qui offrent des des documentaires très fouillés avec des enquêtes dans le monde entier.  Bref, pour moi cette possibilité technologique de la balladodiffusion, les "podcasts", est vraiment merveilleuse. Il y a du très beau travail qui se fait dans les radios du monde et c'est intéressant d'écouter, en laissant l'imagination regarder librement. Moi ça me détend et me stimule.
Blogues de Pierre - Mars 2009


16 mars 2009 - Que se passe-t-il?

Durant mon séjour au pays, j'ai dit souvent à des personnes qui me demandaient des nouvelles sur la "situación" du pays que je ne sentais pas ce qui se passait.  Je lisais des coupures de presse sur internet mais j'ai manqué l'élection en avril 2008, l'ascension au pouvoir le 15 août, et les premiers mois du nouveau gouvernement.  Je ne sentais pas parce que ces lectures aux saveurs contradictoires ne me permettaient pas de comprendre ce qui se passait vraiment, et voir qui disait quoi.  Il me semble qu'au Paraguay, peut-être plus que dans d'autres endroits, il est important de lire nouvelles en "communauté de commentaires" pour discerner ce qui est dit et ce qui n'est pas dit.  Voici donc maintenant quelques clés de lecture:

1. Le nouveau gouvernement, c'est surtout un nouveau pouvoir exécutif: nouveau président et nouveaux ministres.  Ceux-ci tentent de travailler dans leurs ministères avec quelques personnes de confiance mais se heurtent à une fonction publique hostile qui freine beaucoup de changements.

2. Le pouvoir législatif est aux mains de l'opposition, majorité du parti Colorado.  L'alliance entre les libéraux, País Solidario et quelques autres petits partis, n'est pas suffisante pour permettre aux lois de passer et aux budgets d'être approuvés.  En plus, le parti Libéral est très divisé, pas toujours disposé à honorer l'alliance dans laquelle il s'est lui-même embarqué.

3. Le nouveau président, Fernando Lugo, n'aime pas mendier... Il a convoqué quelques rencontres politiques pour essayer de faire des ententes et faire passer certaines mesures mais il déteste avoir à échanger ces principes d'accords contre des faveurs, en fait il déteste la politique (eh oui! c'est sa contradiction à lui), du moins celle qui se pratique depuis longtemps.  Les représentants de l'opposition, conscients de leur position de force, ne répondent même plus aux invitations et font passer le message dans les médias que le président ne dialogue pas et qu'il n'a aucun projet consistant.

4. Bien sûr que le nouvel exécutif fait aussi des erreurs.

5. L'ambiance est au désenchantement après la liesse des élections et du changement de faction au gouvernement.  C'était à prévoir.  L'enthousiasme a été tellement grand.  Comme toujours, les réformes attendues auraient dû entrer en vigueur avant-hier, les routes devraient déjà être construites, les problèmes de souveraineté solutionnés, etc.

Sentir, observer, écouter,... je n'ai pas fini d'atterrir et de chercher à comprendre.  À suivre.
Blogues de Pierre - Mars 2009


16 mars 2009 - Que se passe-t-il?

Durant mon séjour au pays, j'ai dit souvent à des personnes qui me demandaient des nouvelles sur la "situación" du pays que je ne sentais pas ce qui se passait.  Je lisais des coupures de presse sur internet mais j'ai manqué l'élection en avril 2008, l'ascension au pouvoir le 15 août, et les premiers mois du nouveau gouvernement.  Je ne sentais pas parce que ces lectures aux saveurs contradictoires ne me permettaient pas de comprendre ce qui se passait vraiment, et voir qui disait quoi.  Il me semble qu'au Paraguay, peut-être plus que dans d'autres endroits, il est important de lire nouvelles en "communauté de commentaires" pour discerner ce qui est dit et ce qui n'est pas dit.  Voici donc maintenant quelques clés de lecture:

1. Le nouveau gouvernement, c'est surtout un nouveau pouvoir exécutif: nouveau président et nouveaux ministres.  Ceux-ci tentent de travailler dans leurs ministères avec quelques personnes de confiance mais se heurtent à une fonction publique hostile qui freine beaucoup de changements.

2. Le pouvoir législatif est aux mains de l'opposition, majorité du parti Colorado.  L'alliance entre les libéraux, País Solidario et quelques autres petits partis, n'est pas suffisante pour permettre aux lois de passer et aux budgets d'être approuvés.  En plus, le parti Libéral est très divisé, pas toujours disposé à honorer l'alliance dans laquelle il s'est lui-même embarqué.

3. Le nouveau président, Fernando Lugo, n'aime pas mendier... Il a convoqué quelques rencontres politiques pour essayer de faire des ententes et faire passer certaines mesures mais il déteste avoir à échanger ces principes d'accords contre des faveurs, en fait il déteste la politique (eh oui! c'est sa contradiction à lui), du moins celle qui se pratique depuis longtemps.  Les représentants de l'opposition, conscients de leur position de force, ne répondent même plus aux invitations et font passer le message dans les médias que le président ne dialogue pas et qu'il n'a aucun projet consistant.

4. Bien sûr que le nouvel exécutif fait aussi des erreurs.

5. L'ambiance est au désenchantement après la liesse des élections et du changement de faction au gouvernement.  C'était à prévoir.  L'enthousiasme a été tellement grand.  Comme toujours, les réformes attendues auraient dû entrer en vigueur avant-hier, les routes devraient déjà être construites, les problèmes de souveraineté solutionnés, etc.

Sentir, observer, écouter,... je n'ai pas fini d'atterrir et de chercher à comprendre.  À suivre.
Blogues de Pierre - Février 2009


25 février 2009 - De retour chez moi


Jamais adieux ne m'avaient autant touché et coûté.  J'ai passé huit mois loin du Paraguay, j'ai eu des vacances d'été au pays, fait un intéressant voyage-pèlerinage en Europe, suivi des cours et un processus intense à l'IFHIM, partagé un peu de quotidien avec ma communauté de Montréal, retrouvé quelques parents et amis et surtout vécu de près deux deuils avec ma famille.  Je repartais donc avec une forte impression de "pas fini" et des sentiments contradictoires.  Beaucoup me disaient: "Tu dois être content de retourner, de retrouver tes gens!"  Je ne pouvais pas dire non à une pareille exclamation mais, franchement, je ne sentais pas fort cette joie-là.

On est mercredi, je suis arrivé samedi soir dans la chaleur humide de l'été d'ici.  Il y avait un petit groupe qui m'attendait.  Embrassades, sourires, court trajet dans la nuit jusqu'à la maison où nous avons pris quelques rafraîchissements.  Il y avait de la discrétion et de la délicatesse dans l'air. Le lendemain, nous avons partagé le repas de midi ensemble, dans notre grande cour, sous les arbres et je me voyais reprendre le fil de cette merveilleuse coutume d'ici qui consiste à s'asseoir ensemble, siroter le téréré, jaser, sans se presser, en sentant la brise qui rendait la chaleur supportable, en laissant nos corps et nos esprits se détendre en bonne compagnie.

Je suis de retour!  Je remets mes gougounes.

La vie ici n'est pas que cela et il ne faut pas en faire une caricature.  À peine arrivé, me voilà enveloppé dans des cycles de visites et de réunions.  Mais il y a quand même un rythme très différent, je dirais: plus de temps pour les relations.
Blogues de Pierre - Février 2009


25 février 2009 - De retour chez moi


Jamais adieux ne m'avaient autant touché et coûté.  J'ai passé huit mois loin du Paraguay, j'ai eu des vacances d'été au pays, fait un intéressant voyage-pèlerinage en Europe, suivi des cours et un processus intense à l'IFHIM, partagé un peu de quotidien avec ma communauté de Montréal, retrouvé quelques parents et amis et surtout vécu de près deux deuils avec ma famille.  Je repartais donc avec une forte impression de "pas fini" et des sentiments contradictoires.  Beaucoup me disaient: "Tu dois être content de retourner, de retrouver tes gens!"  Je ne pouvais pas dire non à une pareille exclamation mais, franchement, je ne sentais pas fort cette joie-là.

On est mercredi, je suis arrivé samedi soir dans la chaleur humide de l'été d'ici.  Il y avait un petit groupe qui m'attendait.  Embrassades, sourires, court trajet dans la nuit jusqu'à la maison où nous avons pris quelques rafraîchissements.  Il y avait de la discrétion et de la délicatesse dans l'air. Le lendemain, nous avons partagé le repas de midi ensemble, dans notre grande cour, sous les arbres et je me voyais reprendre le fil de cette merveilleuse coutume d'ici qui consiste à s'asseoir ensemble, siroter le téréré, jaser, sans se presser, en sentant la brise qui rendait la chaleur supportable, en laissant nos corps et nos esprits se détendre en bonne compagnie.

Je suis de retour!  Je remets mes gougounes.

La vie ici n'est pas que cela et il ne faut pas en faire une caricature.  À peine arrivé, me voilà enveloppé dans des cycles de visites et de réunions.  Mais il y a quand même un rythme très différent, je dirais: plus de temps pour les relations.
Janvier 2009


21 janvier 2009 - La vie qui bat

Long silence.  Nouvelle étape du deuil: la fatigue.  Depuis le Jour de l'An, elle me sort par les oreilles.  J'ai le corps moulu, les seuils de sensibilité extrêmement bas, et le jugement pas trop sûr de lui.  Je suis de retour à Montréal et j'ai repris une vie à peu près active et plus encadrée par un horaire.  Ça concentre mon intérêt sur la vie qui continue.   Les cours à l'IFHIM m'inspirent beaucoup, surtout à cause du processus intérieur qu'ils m'aident à continuer.

Parlant de deuil, Nancy nous partage son chemin

J'ai aussi repris mes marches.  Au moins une heure et demie tous les jours pour aller aux cours et revenir.  Parfois aussi pour d'autres déplacements dans la ville, souvent même pour rien, juste pour marcher et faire sortir la tension.

Le retour au Paraguay commence à sonner.  C'est dans moins d'un mois.  J'essaie de m'y préparer non pas en anticipant tout ce que j'aurai à faire sinon en décidant justement de laisser les tâches et les responsabilités en leurs temps et leurs lieux.  Je me rends compte qu'il me faudra prendre le temps de me retremper là-bas après huit mois d'absence.  Je l'ai souvent dit: j'ai lu constamment les nouvelles par internet mais je ne les sens pas, il me manque toute l'ambiance, le contexte, la communauté de rumeurs, le dialogue avec les sages,... pour vraiment comprendre.  C'est particulièrement vrai des premiers mois du nouveau gouvernement.

Parlant de nouveau gouvernement, quelle immense fête hier pour l'investiture de Barack Obama! Une liturgie de l'espoir!  Nous en parlions hier à table.  Michel a sorti la comparaison: c'est l'entrée à Jérusalem.  La passion s'en vient?
Janvier 2009


21 janvier 2009 - La vie qui bat

Long silence.  Nouvelle étape du deuil: la fatigue.  Depuis le Jour de l'An, elle me sort par les oreilles.  J'ai le corps moulu, les seuils de sensibilité extrêmement bas, et le jugement pas trop sûr de lui.  Je suis de retour à Montréal et j'ai repris une vie à peu près active et plus encadrée par un horaire.  Ça concentre mon intérêt sur la vie qui continue.   Les cours à l'IFHIM m'inspirent beaucoup, surtout à cause du processus intérieur qu'ils m'aident à continuer.

Parlant de deuil, Nancy nous partage son chemin

J'ai aussi repris mes marches.  Au moins une heure et demie tous les jours pour aller aux cours et revenir.  Parfois aussi pour d'autres déplacements dans la ville, souvent même pour rien, juste pour marcher et faire sortir la tension.

Le retour au Paraguay commence à sonner.  C'est dans moins d'un mois.  J'essaie de m'y préparer non pas en anticipant tout ce que j'aurai à faire sinon en décidant justement de laisser les tâches et les responsabilités en leurs temps et leurs lieux.  Je me rends compte qu'il me faudra prendre le temps de me retremper là-bas après huit mois d'absence.  Je l'ai souvent dit: j'ai lu constamment les nouvelles par internet mais je ne les sens pas, il me manque toute l'ambiance, le contexte, la communauté de rumeurs, le dialogue avec les sages,... pour vraiment comprendre.  C'est particulièrement vrai des premiers mois du nouveau gouvernement.

Parlant de nouveau gouvernement, quelle immense fête hier pour l'investiture de Barack Obama! Une liturgie de l'espoir!  Nous en parlions hier à table.  Michel a sorti la comparaison: c'est l'entrée à Jérusalem.  La passion s'en vient?
Décembre 2008

 

20 décembre 2008 - Homélie

Bruno est décédé, il y a une semaine, le jeudi soir 11 décembre, à 23:25.  Plusieurs m'ont demandé de publier l'homélie de ses funérailles.  La voici:

(Les textes de la liturgie:  Isaïe 43, 1-4a; Psaume 139; Jean 21, 11-18)

*          *          *


Je vous invite à ce que nous accueillions ensemble trois émotions.  Dans le processus de deuil, c'est important, pas seulement pour "faire passer" sinon pour aller au fond des choses, pour découvrir le sens.

1. La tristesse.  Elle a l'air évidente mais accueillons-la.  Elle nous envahit.  Nous sentons un grand espace vide.  Bruno n'est plus là.  Les signes qui hier nous disaient qu'il était tout près de nous disent maintenant qu'il est parti pour toujours.  La tristesse nous parle de cette séparation.  Elle nous y accroche.  Elle semble nous dire que nous n'y survivrons pas.

Pourtant, nous faisons l'expérience que nous vivons encore.  Comme Marie dans le jardin.  Elle est aveuglée par la tristesse, elle veut retrouver les signes de Jésus, et elle s'entend appeler par son nom.  Elle existe encore.  Elle est quelqu'un.  Elle n'est pas tombée dans le vide.  Et elle pourra s'ouvrir à une autre présence de Jésus, sans le retenir, en le laissant partir vers son Père.  Nous aussi nous existons, nous vivons, nous survivons, nous gagnons même une identité plus profonde, plus ancrée.  Et nous pouvons voir Bruno aussi, plus profondément.

2. La colère.  Il aurait fallu même la mettre en premier mais nous avons peur de l'aborder directement.  Colère contre l'ordre des choses.  Colère contre celui qui nous laisse.  Colère contre celui qui supposément ordonne les choses.  Dans le psaume, il y a de l'irritation, de la colère.  Dieu, tu contrôles tout, tu me suis partout.  Et si tu contrôles si bien que ça les affaires, qu'est-ce que tu as fait?  Pourquoi Bruno est-il mort?

Je reconnais devant vous que j'ai ressenti cette colère.  Je l'ai vécue durant les derniers moments de Bruno.  Je l'ai vue deux jours après.  Je l'ai acceptée.  Et quand je l'ai acceptée, très curieusement, un événement que nous avions tous vécu et que j'avais complètement effacé m'est revenu.  A l'arrivée aux soins intensifs de l'hôpital, l'aumônier m'attendait et il m'a remis la fiole avec l'huile pour faire l'onction sur Bruno.  Nous avons vécu un très beau moment.

J'étais en colère contre Dieu et je l'avais effacé de mon champ.  Et lui s'est laissé effacer.  Il s'est laissé malmener, il s'est laissé maudire.  Il est resté là et je vais le dire exactement comme je l'ai ressenti: il est resté là comme un repère.  Il était là c'est tout.  Il était là pour que nous l'invoquions et pour que nous nous révoltions contre lui.  Il était là dans un grand silence qui pouvait aussi bien pacifier qu'attiser davantage notre colère.  Et il ne s'est pas sauvé.  Il est encore là avec nous.

Dieu est repère.  Pour que nous buttions contre lui.  Pour que nous nous situions.  Pour que nous nous découvrions.  Pour que nous choisissions l'amour.  Il est re-père. Deux fois père.  Comme un père ou une mère d'ado dont le rôle est d'être là, d'accompagner, d'être à la fois tendre et ferme, aimer et laisser l'autre partir, essuyer la rage, distiller en soi une sagesse que pourtant on ne peut pas communiquer puisque l'autre doit la découvrir.

Je vous le dis bien simplement, c'est en accueillant ma colère que j'ai retrouvé Dieu Père et repère.

3.  La joie.  Elle a été là tout le temps.  Au début comme une passagère clandestine qu'on ne veut pas reconnaître.  Il y a eu des épisodes drôles même autour de Bruno sur son lit de mort.  Il y a maintenant plein de bons moments de souvenir, de liens entre nous.  Il y a la joie de vivre, d'avoir en nous la vie et la mémoire de Bruno.

Quelque chose revient beaucoup ces dernier jours.  Bruno a laissé un héritage.  Nous entendons plein de témoignages sur ce que sa présence a suscité chez des jeunes et des moins jeunes.  Il a beaucoup aidé.  Il a beaucoup pacifié.  Il a apporté aux autres du sens, un certain centrement.  Il a rendu service.  Il a rendu les autres plus autonomes.  Les yeux en l'air, un peu exaspéré, il a dit à plusieurs: "As-tu lu le manuel d'instructions?" Il a beaucoup parlé, communiquant aux autres les liens qu'il faisait constamment en regardant la vie.  Des fois, c'était même trop pour nous...

Je reprends l'image du père.  Bruno a été père.  Il a donné la vie à d'autres: ses proches, ses amis, ses collègues, même quelques personnes qui ne l'ont pas côtoyé souvent ou longtemps ont gardé de lui une impression profonde.  C'est important de le voir.  Parce que Bruno lui-même ne l'a pas vu beaucoup.  Il serait surpris qu'aujourd'hui nous proclamions sa paternité.  Il la voyait plus chez les autres, mais la sienne est très réelle.  Et c'est important de le dire aussi justement à cause du cancer qui a semblé lui ôter cette paternité.  Atteint dans un testicule à l'âge de 18 ans, il n'a pas pu avoir d'enfant.  Mais Bruno a donné la vie, il l'a accompagnée avec générosité et fidélité.  Il s'est donné avec amour, pour que d'autres vivent.

Je veux garder cela: Bruno ressuscite de son cancer, il est père.  Et c'est une parole pour nous.  Soyons pères et mères.  Soyons re-pères et re-mères.  Donnons la vie à d'autres même si c'est un chemin de sacrifices.  C'est le chemin du bonheur: être pleinement soi-même, cultiver une vie intérieure profonde, être des quelqu'uns et des quelqu'unes pour que d'autres puissent se situer, se découvrir, grandir, aimer.

*         *         *

Je remercie Rita Beauchamp et Gloria Vera de l'IFHIM qui m'ont formé, accompagné et dont les réflexions m'ont beaucoup inspiré dans cette homélie.

Le lien vers le blogue de Bruno qui commente la première lecture.

Décembre 2008

 

20 décembre 2008 - Homélie

Bruno est décédé, il y a une semaine, le jeudi soir 11 décembre, à 23:25.  Plusieurs m'ont demandé de publier l'homélie de ses funérailles.  La voici:

(Les textes de la liturgie:  Isaïe 43, 1-4a; Psaume 139; Jean 21, 11-18)

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Je vous invite à ce que nous accueillions ensemble trois émotions.  Dans le processus de deuil, c'est important, pas seulement pour "faire passer" sinon pour aller au fond des choses, pour découvrir le sens.

1. La tristesse.  Elle a l'air évidente mais accueillons-la.  Elle nous envahit.  Nous sentons un grand espace vide.  Bruno n'est plus là.  Les signes qui hier nous disaient qu'il était tout près de nous disent maintenant qu'il est parti pour toujours.  La tristesse nous parle de cette séparation.  Elle nous y accroche.  Elle semble nous dire que nous n'y survivrons pas.

Pourtant, nous faisons l'expérience que nous vivons encore.  Comme Marie dans le jardin.  Elle est aveuglée par la tristesse, elle veut retrouver les signes de Jésus, et elle s'entend appeler par son nom.  Elle existe encore.  Elle est quelqu'un.  Elle n'est pas tombée dans le vide.  Et elle pourra s'ouvrir à une autre présence de Jésus, sans le retenir, en le laissant partir vers son Père.  Nous aussi nous existons, nous vivons, nous survivons, nous gagnons même une identité plus profonde, plus ancrée.  Et nous pouvons voir Bruno aussi, plus profondément.

2. La colère.  Il aurait fallu même la mettre en premier mais nous avons peur de l'aborder directement.  Colère contre l'ordre des choses.  Colère contre celui qui nous laisse.  Colère contre celui qui supposément ordonne les choses.  Dans le psaume, il y a de l'irritation, de la colère.  Dieu, tu contrôles tout, tu me suis partout.  Et si tu contrôles si bien que ça les affaires, qu'est-ce que tu as fait?  Pourquoi Bruno est-il mort?

Je reconnais devant vous que j'ai ressenti cette colère.  Je l'ai vécue durant les derniers moments de Bruno.  Je l'ai vue deux jours après.  Je l'ai acceptée.  Et quand je l'ai acceptée, très curieusement, un événement que nous avions tous vécu et que j'avais complètement effacé m'est revenu.  A l'arrivée aux soins intensifs de l'hôpital, l'aumônier m'attendait et il m'a remis la fiole avec l'huile pour faire l'onction sur Bruno.  Nous avons vécu un très beau moment.

J'étais en colère contre Dieu et je l'avais effacé de mon champ.  Et lui s'est laissé effacer.  Il s'est laissé malmener, il s'est laissé maudire.  Il est resté là et je vais le dire exactement comme je l'ai ressenti: il est resté là comme un repère.  Il était là c'est tout.  Il était là pour que nous l'invoquions et pour que nous nous révoltions contre lui.  Il était là dans un grand silence qui pouvait aussi bien pacifier qu'attiser davantage notre colère.  Et il ne s'est pas sauvé.  Il est encore là avec nous.

Dieu est repère.  Pour que nous buttions contre lui.  Pour que nous nous situions.  Pour que nous nous découvrions.  Pour que nous choisissions l'amour.  Il est re-père. Deux fois père.  Comme un père ou une mère d'ado dont le rôle est d'être là, d'accompagner, d'être à la fois tendre et ferme, aimer et laisser l'autre partir, essuyer la rage, distiller en soi une sagesse que pourtant on ne peut pas communiquer puisque l'autre doit la découvrir.

Je vous le dis bien simplement, c'est en accueillant ma colère que j'ai retrouvé Dieu Père et repère.

3.  La joie.  Elle a été là tout le temps.  Au début comme une passagère clandestine qu'on ne veut pas reconnaître.  Il y a eu des épisodes drôles même autour de Bruno sur son lit de mort.  Il y a maintenant plein de bons moments de souvenir, de liens entre nous.  Il y a la joie de vivre, d'avoir en nous la vie et la mémoire de Bruno.

Quelque chose revient beaucoup ces dernier jours.  Bruno a laissé un héritage.  Nous entendons plein de témoignages sur ce que sa présence a suscité chez des jeunes et des moins jeunes.  Il a beaucoup aidé.  Il a beaucoup pacifié.  Il a apporté aux autres du sens, un certain centrement.  Il a rendu service.  Il a rendu les autres plus autonomes.  Les yeux en l'air, un peu exaspéré, il a dit à plusieurs: "As-tu lu le manuel d'instructions?" Il a beaucoup parlé, communiquant aux autres les liens qu'il faisait constamment en regardant la vie.  Des fois, c'était même trop pour nous...

Je reprends l'image du père.  Bruno a été père.  Il a donné la vie à d'autres: ses proches, ses amis, ses collègues, même quelques personnes qui ne l'ont pas côtoyé souvent ou longtemps ont gardé de lui une impression profonde.  C'est important de le voir.  Parce que Bruno lui-même ne l'a pas vu beaucoup.  Il serait surpris qu'aujourd'hui nous proclamions sa paternité.  Il la voyait plus chez les autres, mais la sienne est très réelle.  Et c'est important de le dire aussi justement à cause du cancer qui a semblé lui ôter cette paternité.  Atteint dans un testicule à l'âge de 18 ans, il n'a pas pu avoir d'enfant.  Mais Bruno a donné la vie, il l'a accompagnée avec générosité et fidélité.  Il s'est donné avec amour, pour que d'autres vivent.

Je veux garder cela: Bruno ressuscite de son cancer, il est père.  Et c'est une parole pour nous.  Soyons pères et mères.  Soyons re-pères et re-mères.  Donnons la vie à d'autres même si c'est un chemin de sacrifices.  C'est le chemin du bonheur: être pleinement soi-même, cultiver une vie intérieure profonde, être des quelqu'uns et des quelqu'unes pour que d'autres puissent se situer, se découvrir, grandir, aimer.

*         *         *

Je remercie Rita Beauchamp et Gloria Vera de l'IFHIM qui m'ont formé, accompagné et dont les réflexions m'ont beaucoup inspiré dans cette homélie.

Le lien vers le blogue de Bruno qui commente la première lecture.

Novembre 2008

 

6 novembre 2008 - Fin de voyage

Nous sommes à nouveau à Paris depuis deux jours.  Nous avons fait une semaine en Alsace, du 29 au 4, un très beau séjour.  Nous avons logé chez des amis, Julien et Denise, que j'avais connus durant mes études à Paris.  Ils sont d'un village, Blotzheim, où il y a aussi une communauté spiritaine, celle qu'habite maintenant Michel, mon ancien collègue du Postulat à Fernando de la Mora.  Les retrouvailles se sont poursuivies, émouvantes.

Le temps a été un peu gris.  Nous avons beaucoup moins souffert cependant que d'autres régions de la France affectées par de fortes pluies et des inondations.  Nous avons visité des villages traditionnels, savouré des plats et des vins typiques, fait de belles promenades en ville et en montagne.  Nous sommes allés à Bâle, à Colmar, à Strasbourg.  Le jour de la Toussaint, avec Michel, sa soeur et son beau-frère, nous avons fait le pèlerinage à Saverne, là où est né Libermann.  Nous avons célébré dans la chapelle de la communauté et visité le site de ce qui était autrefois le ghetto juif. 

Durant toute la semaine, l'accueil de Julien et Denise a été extraordinaire.  Ils nous ont reçu comme de la famille.  Nous avons eu de beaux moments de partage.  Ils nous ont vraiment communiqué leur amour de leur pays.  Avec Michel aussi, j'ai eu quelques bons moments d'échange sur sa nouvelle vie, sur les défis de son ministère dans un collège.  Le Paraguay a été au centre de nos souvenirs, de notre prière aussi.

De retour à la maison-mère, je fais plein de rencontres intéressantes, des confrères connus autrefois, d'autres qui passent par ce carrefour grouillant que reste toujours Paris.  Hier matin, les journaux, les conversations, la radio, une immense rumeur: la victoire de Barack Obama.  Hier soir, avec Denis et Jean-Pierre, nous avons retrouvé d'autres amis d'il y a plus de 25 ans, Monique et Gérard.

Nous rentrons demain à Montréal.  Il y a des grèves perlées dans les chemins de fer et ça affecte le réseau qui se rend à l'aéroport.  D'après les employés, il ne devrait quand même pas y avoir trop de difficulté à nous rendre à Roissy demain matin.

12 novembre 2008 - Inflexion

Arrivé vendredi dernier, j'ai repris mes activités "normales", les cours et la vie à la maison provinciale, tout en récupérant peu à peu du décalage horaire.  Je me rends compte que la fin de ce voyage signifie ou annonce la fin de cette demi-année sabbatique, même s'il en reste encore plus d'un tiers.  Ça passe tellement vite.

Samedi, nous avons eu une grande réunion à la résidence LeRoy pour saluer le travail de Lise Montpetit qui commence sa retraite après avoir travaillé "38 ans, six mois et un jour" au secrétariat provincial.  Lise, c'est une personne archi-compétente, archi-discrète et archi-fidèle.  C'est elle la petite mouche qui repasse sur mes pages de blogues et corrige les fautes.  Merci Lise pour ces années de labeur et de soutien pour notre province spiritaine!

Dimanche, j'ai visité mon frère et sa famille.  Depuis lundi, je suis de retour à l'IFHIM.  Je sens que ce périple m'a changé, il m'a fait tourner une page et regarder plus directement en face le service d'animation qui m'attend bientôt au Paraguay.  Je sens cela plus que je ne saurais l'expliquer.  C'est vrai que très concrètement, les échéances approchent: choisir un conseil, lancer les premières pistes d'animation, traiter déjà même de loin certains dossiers.

À propos de l'IFHIM, un projet est en train de naître.  Ça commençait déjà début-octobre durant la "semaine intensive" au bout de laquelle je suis parti.  L'Institut et tous les étudiants et étudiantes ont été très touchés par la situation en Haïti: le passage de quatre ouragans, les inondations, et maintenant l'écroulement d'un édifice sur des enfants.  Nous avons entendu les échos du drame humain qui se vit là-bas et vu que l'IFHIM qui, depuis sa fondation ou presque, a un lien privilégié avec ce peuple, a quelque chose de très spécifique à offrir: la restauration des personnes en situation d'expériences traumatiques.  C'est un volet qui s'est beaucoup développé depuis presque 15 ans à partir de recherches et d'expériences concrètes dans plusieurs pays du monde, grâce à l'initiative et au charisme de la directrice, Marie-Marcelle Desmarais.  Cette fois, nous avons tous et toutes vu l'idée d'une intervention en Haïti germer à partir d'échanges et de réflexions très profondes, animées durant cette semaine intensive du mois d'octobre.  Des équipes de professionnels et d'étudiants sont en train de se former; elles partiraient pour des stages où l'objectif sera d'inventer et de réaliser des interventions dans le sens de la restauration.  Je vous en reparlerai sûrement.

24 novembre 2008 - Inquiétude

Je continue mes cours à l'IFHIM.  Je fais aussi quelques visites dans ma parenté.  Novembre s'est installé, demain il va neiger d'après ce qu'annonce la météo.  Le voyage en Europe a été très beau et je continue d'en savourer les trésors.  Mais il y a une mauvaise nouvelle.  Mon frère Bruno qui a eu le cancer quand il avait 17 ans est retourné à l'hôpital pour des tests.  Ç'a duré une semaine.  Il a beaucoup de douleurs au foie, il doit prendre un nouvel analgésique assez puissant.  Nous ne savons pas ce que c'est.  Les résultats de la biopsie et le diagnostique viendront dans 10 jours.  Entre-temps, il est difficile de ne pas songer à un retour de la même maladie.  Nous, la famille, son épouse surtout, et beaucoup de collègues et d'amis, sommes inquiets.  Hier, avec mon autre frère, Louis, et sa compagne Lyne, je suis allé le visiter à Gatineau.

Novembre 2008

 

6 novembre 2008 - Fin de voyage

Nous sommes à nouveau à Paris depuis deux jours.  Nous avons fait une semaine en Alsace, du 29 au 4, un très beau séjour.  Nous avons logé chez des amis, Julien et Denise, que j'avais connus durant mes études à Paris.  Ils sont d'un village, Blotzheim, où il y a aussi une communauté spiritaine, celle qu'habite maintenant Michel, mon ancien collègue du Postulat à Fernando de la Mora.  Les retrouvailles se sont poursuivies, émouvantes.

Le temps a été un peu gris.  Nous avons beaucoup moins souffert cependant que d'autres régions de la France affectées par de fortes pluies et des inondations.  Nous avons visité des villages traditionnels, savouré des plats et des vins typiques, fait de belles promenades en ville et en montagne.  Nous sommes allés à Bâle, à Colmar, à Strasbourg.  Le jour de la Toussaint, avec Michel, sa soeur et son beau-frère, nous avons fait le pèlerinage à Saverne, là où est né Libermann.  Nous avons célébré dans la chapelle de la communauté et visité le site de ce qui était autrefois le ghetto juif. 

Durant toute la semaine, l'accueil de Julien et Denise a été extraordinaire.  Ils nous ont reçu comme de la famille.  Nous avons eu de beaux moments de partage.  Ils nous ont vraiment communiqué leur amour de leur pays.  Avec Michel aussi, j'ai eu quelques bons moments d'échange sur sa nouvelle vie, sur les défis de son ministère dans un collège.  Le Paraguay a été au centre de nos souvenirs, de notre prière aussi.

De retour à la maison-mère, je fais plein de rencontres intéressantes, des confrères connus autrefois, d'autres qui passent par ce carrefour grouillant que reste toujours Paris.  Hier matin, les journaux, les conversations, la radio, une immense rumeur: la victoire de Barack Obama.  Hier soir, avec Denis et Jean-Pierre, nous avons retrouvé d'autres amis d'il y a plus de 25 ans, Monique et Gérard.

Nous rentrons demain à Montréal.  Il y a des grèves perlées dans les chemins de fer et ça affecte le réseau qui se rend à l'aéroport.  D'après les employés, il ne devrait quand même pas y avoir trop de difficulté à nous rendre à Roissy demain matin.

12 novembre 2008 - Inflexion

Arrivé vendredi dernier, j'ai repris mes activités "normales", les cours et la vie à la maison provinciale, tout en récupérant peu à peu du décalage horaire.  Je me rends compte que la fin de ce voyage signifie ou annonce la fin de cette demi-année sabbatique, même s'il en reste encore plus d'un tiers.  Ça passe tellement vite.

Samedi, nous avons eu une grande réunion à la résidence LeRoy pour saluer le travail de Lise Montpetit qui commence sa retraite après avoir travaillé "38 ans, six mois et un jour" au secrétariat provincial.  Lise, c'est une personne archi-compétente, archi-discrète et archi-fidèle.  C'est elle la petite mouche qui repasse sur mes pages de blogues et corrige les fautes.  Merci Lise pour ces années de labeur et de soutien pour notre province spiritaine!

Dimanche, j'ai visité mon frère et sa famille.  Depuis lundi, je suis de retour à l'IFHIM.  Je sens que ce périple m'a changé, il m'a fait tourner une page et regarder plus directement en face le service d'animation qui m'attend bientôt au Paraguay.  Je sens cela plus que je ne saurais l'expliquer.  C'est vrai que très concrètement, les échéances approchent: choisir un conseil, lancer les premières pistes d'animation, traiter déjà même de loin certains dossiers.

À propos de l'IFHIM, un projet est en train de naître.  Ça commençait déjà début-octobre durant la "semaine intensive" au bout de laquelle je suis parti.  L'Institut et tous les étudiants et étudiantes ont été très touchés par la situation en Haïti: le passage de quatre ouragans, les inondations, et maintenant l'écroulement d'un édifice sur des enfants.  Nous avons entendu les échos du drame humain qui se vit là-bas et vu que l'IFHIM qui, depuis sa fondation ou presque, a un lien privilégié avec ce peuple, a quelque chose de très spécifique à offrir: la restauration des personnes en situation d'expériences traumatiques.  C'est un volet qui s'est beaucoup développé depuis presque 15 ans à partir de recherches et d'expériences concrètes dans plusieurs pays du monde, grâce à l'initiative et au charisme de la directrice, Marie-Marcelle Desmarais.  Cette fois, nous avons tous et toutes vu l'idée d'une intervention en Haïti germer à partir d'échanges et de réflexions très profondes, animées durant cette semaine intensive du mois d'octobre.  Des équipes de professionnels et d'étudiants sont en train de se former; elles partiraient pour des stages où l'objectif sera d'inventer et de réaliser des interventions dans le sens de la restauration.  Je vous en reparlerai sûrement.

24 novembre 2008 - Inquiétude

Je continue mes cours à l'IFHIM.  Je fais aussi quelques visites dans ma parenté.  Novembre s'est installé, demain il va neiger d'après ce qu'annonce la météo.  Le voyage en Europe a été très beau et je continue d'en savourer les trésors.  Mais il y a une mauvaise nouvelle.  Mon frère Bruno qui a eu le cancer quand il avait 17 ans est retourné à l'hôpital pour des tests.  Ç'a duré une semaine.  Il a beaucoup de douleurs au foie, il doit prendre un nouvel analgésique assez puissant.  Nous ne savons pas ce que c'est.  Les résultats de la biopsie et le diagnostique viendront dans 10 jours.  Entre-temps, il est difficile de ne pas songer à un retour de la même maladie.  Nous, la famille, son épouse surtout, et beaucoup de collègues et d'amis, sommes inquiets.  Hier, avec mon autre frère, Louis, et sa compagne Lyne, je suis allé le visiter à Gatineau.

Octobre 2008

 

8 octobre 2008 - Avant un autre départ

Plutôt silencieux dernièrement.  C'est que je me suis mis à la routine, qui n'en est pas une, de ma nouvelle demeure, de mes cours, de Montréal.  Je vis à la maison provinciale, avec Michel Last, André Bédard et Janick Beaulieu.  Il y a aussi souvent de la visite.  Depuis une petite semaine, Oscar Ngoy, évêque de Kongolo, le diocèse de mon stage en 85-87, ancien supérieur de la fondation du Congo (RDC), est avec nous.  Aujourd'hui, le Conseil provincial se réunit: Rhéaume Saint-Louis, Ghislain Duchesne, Michel Boutot sont là.

Les cours à l'IFHIM vont au-delà de tout ce que j'attendais.  Je crois que j'arrivais avec une sorte de confusion, n'ayant pas fait totalement l'option d'une démarche personnelle qui me brasse et m'engage.  J'avais vraiment besoin d'une intégration, de regarder mes engagements au Paraguay à un niveau très profond et de me ramasser pour mieux donner, pour mieux me donner.  C'est ça que je vis maintenant.

Donc je suis là tous les jours, dans le nord de la ville, tout près de la rivière.  J'ai deux cours qui touchent à l'intervention, l'une la regardant du côté de l'intervenant lui-même, l'autre du point de vue des personnes aidées.  C'est extrêmement éclairant.  Je participe aussi à des séminaires: sur l'identité psycho-sexuelle, sur l'hostilité et ses répercussions, sur la formation initiale à la vie religieuse, sur les "vraies et fausses représentations",...  Je participe avec les trois années du programme d'immersion.  Cette semaine, c'est la "semaine intensive", un survol de toute la démarche mais pas de façon théorique: nous sommes invités à nous ouvrir à l'humanité qui est entre nous, presqu'une centaine d'étudiantes et étudiants de nombreux pays de tous les continents.  Je n'essaie même pas de les nommer ou de les compter.  L'Afrique est la plus représentée.  C'est extrêmement riche.

L'ouverture ne se limite pas à l'intérieur de la communauté, la "communauté éducative" comme on dirait dans les milieux d'enseignement.  Nous sommes invités aussi à nous ouvrir à notre milieu et au monde qu'embrasse l'IFHIM.  Hier nous avons eu des nouvelles très directes d'Haïti où des anciens de l'Institut sont engagés à venir en aide aux sinistrés des quatre ouragans qui ont déferlé sur l'île.  Ensuite, nous sommes partis à la découverte de Montréal, pas comme des touristes sinon comme des "personnes cherchant des personnes".  En petites grappes, des "caravanes", les uns sont allés à une bouche de métro, d'autres dans un centre d'achat, deux groupes sont entrés dans un hôpital, un autre est allé au marché, dans un parc, sur une rue passante,...  Nous nous sommes ensuite raconté nos rencontres, nos découvertes et nos dépassements, vécus dans l'expérience de "partir vers l'inconnu". 

Cette formation nous invite vraiment à nous sentir "au service de nos peuples et, au-delà de nos peuples, engagés dans l'humanisation du monde".  Ce n'est pas un titre ronflant, c'est très concret.  Beaucoup d'expériences passées au Paraguay me sont remontées, en particulier des formations vécues avec les paysans de San Pedro et l'initiative avec les enfants du Marché.  Je n'ai jamais senti aussi fort que maintenant combien c'est important, combien la corruption, l'exploitation, l'indifférence, la violence, causent de vraies destructions ?nous avons partagé des récits "live" de partout dans le monde? et combien l'engagement peut apporter de la vraie vie, même quand la réplique et les "rapports de force", comme on dit dans le jargon, semblent dérisoires.

Avec ça, je suis en contact étroit avec le Paraguay.  Je me suis vraiment initié aux chat et à Skype.  Plusieurs heures par semaine, j'ai repris mes entretiens réguliers avec les postulants et les gens de la maison.  Ils ont vécu, et moi aussi avec eux,  un événement qui nous a tous secoués: Sebastián a décidé de partir, de quitter la congrégation.  Chacun accuse l'impact à sa façon.  Nous essayons de profiter de cette occasion pour approfondir notre formation et nos engagements.

Je vis à Montréal, je retrouve mon pays d'origine.  J'écoute la radio, je suis les campagnes électorales, celle du pays et celle de nos voisins, je visite un peu des gens de ma famille et des amis.  Pas beaucoup mais c'est profond et intense.  Je me sens comme le titre du livre d'Hubert Reeves, et la chanson de Fugain: "Je n'aurai pas le temps."  J'accepte que je suis dans la finale de la quarantaine et que le temps n'est plus ni court, ni rapide, il est limité, il faut choisir et chaque choix a de l'importance.

Demain soir, je pars pour Rome.  Je vais animer la retraite du Conseil général.  Un honneur!  Oui, un service aussi: les "supérieurs" au-delà des titres sont aussi des personnes.  Ce sera une occasion de m'ouvrir en partageant avec ces confrères qui vivent intensément la congrégation.  Après la retraite, je ferai des contacts pour notre groupe du Paraguay, puis je vivrai un pèlerinage "sur les pas des fondateurs" en France.  Oui, je suis bien chanceux!  Je vous en reparle bientôt.

12 octobre 2008 - De Rome

Depuis hier après-midi, je suis dans la ville éternelle.  J'aurais dû y arriver la veille au soir mais, alors que le voyage marchait très bien et que je me disais que ces réservations par internet dans des compagnies aériennes "low cost", décidément, malgré mes craintes, ça fonctionnait, juste à ce moment-là donc, alors que nous étions dans la zone d'embarquement pour faire le trajet Paris-Rome, on nous annonce que notre parcours est annulé.  Oui, annulé, pas d'avion, kapout!  A Rome, Serge et Eduardo m'ont attendu jusqu'à la quasi-fermeture de l'aéroport.  A Orly, vous pouvez imaginer les frustrations chez les voyageurs.  Nous nous sommes précipités aux comptoirs et l'entreprise n'a pas pu nous relocaliser, il ne restait plus qu'à passer la nuit dans un hôtel tout près, aux frais de la compagnie.  A minuit, j'étais dans ma chambre après avoir soupé.  Redépart au petit matin.  J'ai accepté de remplacer mon billet par un vol vers Pise et de faire la suite du voyage en train.  J'étais accompagné d'un gars très sympathique, qui travaille dans les arts dramatiques, un italien qui a vécu et voyagé sur la moitié de la planète, dont les propos animés sur le sens qu'il donne à sa vie, sur sa recherche spirituelle passionnée, m'ont fait sentir déjà mon voyage comme un pèlerinage.

Arrivé donc à la maison généralice, j'ai été chaudement accueilli par Serge et par les membres du Conseil et de la communauté.  Il fait très beau.  Cet après-midi, nous partons vers la maison de retraite, à une cinquantaine de kilomètres de la ville.  A la semaine prochaine!

18 octobre 2008 - La retraite

Bien sûr, on ne diffuse pas aux quatre vents l'intimité d'une retraite.  En plus c'était celle du Conseil général de la congrégation, des gens qui animent des personnes et des communautés, avec un très grand rayonnement.  Je peux quand même vous raconter quelques détails.

L'endroit, à une cinquantaine de kilomètres hors de Rome, vers le nord-ouest, est une grande maison des religieuses de "Marie Consolatrice" qui sert surtout en été pour des familles qui viennent y passer leurs vacances.  La mer est dans la cour, pas une super-plage, mais quand même c'est la mer, avec de magnifiques couchers de soleil (j'ai même vu le "rayon vert").  Nous étions seuls, neuf personnes, à occuper cet immeuble qui peut en recevoir cent et plus.  Une maison avec beaucoup de céramique et de marbre, des surfaces luisantes très bien tenues par les religieuses!  Les chambres étaient confortables.  Pour moi, le "prédicateur", on a réservé une véritable "suite" avec un grand bureau, une grande chambre et une grande salle de bain.  J'imagine que pendant la forte saison, le même espace peut loger une famille entière, papa, mama et bambini!  Il a fait très beau.

J'ai présenté le thème de l'alliance, non pas d'un point de vue biblique, sinon à partir de ma formation de l'IFHIM, l'alliance, les alliances qui nous ont fait et celles que nous tissons avec d'autres.  Pour moi, c'est la base de nos relations, de nos "missions" aussi.  On crée des relations dans lesquelles on cherche à apporter à l'autre, lui donner le meilleur de soi-même, pour qu'il grandisse.  Après l'introduction de dimanche soir dernier, j'ai présenté une dizaine de thèmes: l'objectif de croissance, l'ouverture et la liberté, la fécondité et la paternité, la mutualité, la présence et l'absence, le sens à la vie, la récupération et l'attention au corps, les défis d'aujourd'hui, l'autorité et l'institution.  Nous avions une session d'environ trois quarts d'heure le matin et une autre l'après-midi en plus des offices et de l'eucharistie.  L'ambiance était très détendue et chaleureuse, je suis content d'avoir pu rencontrer ces confrères spiritains, des hommes engagés dans un service difficile, avec de grands défis, mais aussi plein de richesses que nous avons pu contempler et partager.

19 octobre 2008 - Rome encore

J'ai commencé mon pèlerinage.  Hier, je suis allé plutôt en touriste avec Serge pour faire une reconnaissance du terrain.  À une heure de marche de la maison généralice on est au coeur du vieux Rome, la Piazza Navona, le Panthéon, des tas de vieilles églises avec des histoires fantastiques, des petite rues étroites en courbe avec un pavé de dallages anciens, les immeubles à deux et trois étages avec des façades tout en couleur ocre, des voitures et des motos qui passent à toute vitesse mais que les piétons peuvent stopper en s'élançant avec foi sur les passages cloutés, ça et là des expositions ou des chantiers avec des fouilles de ruines antiques, les milliers d'étourneaux qui piaillent dans les arbres sur le bord du Tibre, beaucoup de touristes aussi sur la rue, aux terrasses, partout, par ce très beau mois d'octobre. 

Aujourd'hui, nous sommes retournés presqu'aux mêmes endroits, cette fois sur les pas, plus d'un siècle et demi plus tard, de François Libermann.  Il est resté un an à Rome, de janvier 1840 à janvier 1841 pour présenter le projet de fondation de la Société du Saint-Coeur de Marie.  Il vivait dans une petite mansarde, pas loin du Panthéon, sur le toit d'une maison patricienne qui a été démolie.  Nous sommes allés là où, d'après ses lettres, il allait prier: la grande basilique Santa Maria Maggiore, la chapelle de Saint-Augustin, devant une statue de la Vierge de l'accouchement (je trouve ça très significatif, c'était au moment où lui-même, non sans douleur, "accouchait" de la congrégation), et une autre chapelle Sainte-Marie de la Paix.  Nous n'avons pas fait de visite guidée avec session d'histoire de l'art qui nous aurait permis de discerner toutes les couches de construction et de reconstruction.  Je suis simplement resté quelques instants, là où il a prié pour prier moi aussi, avec lui.

23 octobre 2008 - Bruxelles

J'ai écrit aussi les deux billets suivants mais je ne les avais pas encore affichés.  Cet après-midi, j'ai le temps de le faire depuis Bruxelles où je suis arrivé ce matin.  J'ai rencontré notre confrère responsable du secrétariat européen de solidarité, un homme très disponible et efficace, avec qui nous avons échangé sur la situation de notre petit groupe du Paraguay très fragile et économiquement très dépendant.  Je dois maintenant faire mes devoirs et rédiger un rapport écrit.  Je prends quelques minutes pour mettre mes blogues à jour.

Lundi et mardi derniers, j'ai passé de longs moments au Généralat surtout avec Eduardo, notre correspondant.  Nous avons échangé sur la réalité de notre groupe du Paraguay et essayé de poser quelques jalons de planification.  Cet échange m'a fait du bien.  Je vois un peu plus clair et ça me donne du courage.  Lundi soir, je suis sorti avec Jim, un autre conseiller et ancien du Paraguay, il m'a invité à aller dans une autre église très appréciée de Libermann, encore dédiée à Marie, dans le fameux quartier du Trastevere.  Nous aurions dû y retrouver la communauté de Sant'Egidio qui s'y réunit tous les soirs pour célébrer les vêpres.  Tous les soirs sauf celui-là car ils étaient réunis dans une autre église pour un événement oecuménique.  Nous avons quand même prié, puis nous sommes allés partager une pizza et avons longuement échangé.  C'était comme retrouver un frère que dont j'avais su l'existence mais n'avais jamais rencontré.

La maison généralice était sans liaison internet depuis cinq jours quand je suis parti.  Je ne suis même pas sûr que la panne soit réparée maintenant.  Le mardi, après encore une longue conversation avec Eduardo, nous sommes allés dans la maison voisine, des religieuses comboniennes pour envoyer rapidement quelques courriers.  Le soir, nous avons fait une dernière sortie dans Rome, cette fois pour célébrer deux anniversaires.

Fort heureusement, mon voyage Rome-Paris s'est déroulé sans incident.  Une petite heure de retard seulement.  Jean-Pierre, un ami de longue date, m'attendait à Orly.  Je me suis senti tout de suite chez moi en retrouvant des morceaux d'images, des coins de rue, des façades, une certaine lumière d'automne, et surtout plusieurs confrères connus il y a déjà presque vingt ans.  J'y retourne demain.

28 octobre 2008 - Retrouvailles

J'ai oublié de mentionner que mon séjour à Paris a commencé par une réunion de famille très agréable, très chaleureuse.  C'était mercredi dernier, tout près de chez Michel (mon cousin), avec Céline (ma tante) en fin de vacances, et plusieurs autres.

Samedi, Denis est arrivé pour me rejoindre dans les prochains jours de pèlerinage.  Lui aussi est un ami de longue date de Jean-Pierre et des Spiritains du Canada et d'ailleurs.  Nous avons commencé à célébrer tout ça en rencontres, en bonnes bouffes, en taquineries, en visites.  C'est bon de nous retrouver. 

Paris s'est attifée d'automne.  Les grosses feuilles rouilles et jaunes jonchent les trottoirs.  Il pleuviotte, il fait beau, le temps fraîchit.

Dimanche matin, Gabriel, le provincial de France, m'a fait faire le tour du quartier de notre maison-mère.  Nous avons visité les sites des maisons où la congrégation a commencé.  D'abord deux résidences sur des rues qui n'existent plus, tout près de la Sorbonne ?et quand je dis "tout près" ça veut dire "collées dessus", avec le Collège Louis-le-Grand juste en face, l'ancienne institution des Jésuites où Poullart des Places a étudié.  C'est dans ces petites rues (des Cordiers, des Poirées) que notre fondateur a commencé par loger des "pauvres écoliers" en assurant leur loyer à partir de sa propre petite rente.

Claude-François Poullart des Places a ensuite quitté sa pension du Collège Louis-le-Grand pour partager la condition de ses compagnons d'études. Le jour de la Pentecôte 1703 (27 mai), ils sont cinq à faire leur "consécration" dans l'église voisine, Saint-Etienne-des-Grès, au pied de la statue de Notre-Dame de la Bonne Délivrance.  Le groupe a grandi rapidement.  En 1705, ils sont déménagés sur la rue Neuve Sainte-Geneviève, maintenant rue Rollin.  Jusqu'en 1709, précisément le 1er octobre, date où ils sont passés sur la rue Tournefort, avec une autre sortie sur la rue Mouffetard.  Le lendemain, Claude-François mourait.  Le déménagement l'a achevé, c'est le cas de le dire.  Il est enterré dans la fosse commune de l'église Saint-Etienne-du-Mont.  Avec Gabriel, nous avons passé sur tous ces sites.

Hier, je suis allé jusqu'à Neuilly, dans la chapelle des religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve où se trouve la statue de Notre-Dame de la bonne délivrance, sauvée des saccages de la Révolution.  Avec Denis nous avons ensuite traversé Paris, presque d'ouest en est.  Une bonne marche.  Le soir nous sommes sortis avec Jean-Pierre jusqu'à notre maison de Chevilly où nous avons soupé avec Joseph, un ami de longue date.

Ce matin, je suis allé avec le P. Paul Grasser chez les Spiritaines, pour la messe.  Je suis resté un petit moment après la célébration, avec plusieurs soeurs rencontrées à diverses étapes.  Encore des retrouvailles émouvantes.

Octobre 2008

 

8 octobre 2008 - Avant un autre départ

Plutôt silencieux dernièrement.  C'est que je me suis mis à la routine, qui n'en est pas une, de ma nouvelle demeure, de mes cours, de Montréal.  Je vis à la maison provinciale, avec Michel Last, André Bédard et Janick Beaulieu.  Il y a aussi souvent de la visite.  Depuis une petite semaine, Oscar Ngoy, évêque de Kongolo, le diocèse de mon stage en 85-87, ancien supérieur de la fondation du Congo (RDC), est avec nous.  Aujourd'hui, le Conseil provincial se réunit: Rhéaume Saint-Louis, Ghislain Duchesne, Michel Boutot sont là.

Les cours à l'IFHIM vont au-delà de tout ce que j'attendais.  Je crois que j'arrivais avec une sorte de confusion, n'ayant pas fait totalement l'option d'une démarche personnelle qui me brasse et m'engage.  J'avais vraiment besoin d'une intégration, de regarder mes engagements au Paraguay à un niveau très profond et de me ramasser pour mieux donner, pour mieux me donner.  C'est ça que je vis maintenant.

Donc je suis là tous les jours, dans le nord de la ville, tout près de la rivière.  J'ai deux cours qui touchent à l'intervention, l'une la regardant du côté de l'intervenant lui-même, l'autre du point de vue des personnes aidées.  C'est extrêmement éclairant.  Je participe aussi à des séminaires: sur l'identité psycho-sexuelle, sur l'hostilité et ses répercussions, sur la formation initiale à la vie religieuse, sur les "vraies et fausses représentations",...  Je participe avec les trois années du programme d'immersion.  Cette semaine, c'est la "semaine intensive", un survol de toute la démarche mais pas de façon théorique: nous sommes invités à nous ouvrir à l'humanité qui est entre nous, presqu'une centaine d'étudiantes et étudiants de nombreux pays de tous les continents.  Je n'essaie même pas de les nommer ou de les compter.  L'Afrique est la plus représentée.  C'est extrêmement riche.

L'ouverture ne se limite pas à l'intérieur de la communauté, la "communauté éducative" comme on dirait dans les milieux d'enseignement.  Nous sommes invités aussi à nous ouvrir à notre milieu et au monde qu'embrasse l'IFHIM.  Hier nous avons eu des nouvelles très directes d'Haïti où des anciens de l'Institut sont engagés à venir en aide aux sinistrés des quatre ouragans qui ont déferlé sur l'île.  Ensuite, nous sommes partis à la découverte de Montréal, pas comme des touristes sinon comme des "personnes cherchant des personnes".  En petites grappes, des "caravanes", les uns sont allés à une bouche de métro, d'autres dans un centre d'achat, deux groupes sont entrés dans un hôpital, un autre est allé au marché, dans un parc, sur une rue passante,...  Nous nous sommes ensuite raconté nos rencontres, nos découvertes et nos dépassements, vécus dans l'expérience de "partir vers l'inconnu". 

Cette formation nous invite vraiment à nous sentir "au service de nos peuples et, au-delà de nos peuples, engagés dans l'humanisation du monde".  Ce n'est pas un titre ronflant, c'est très concret.  Beaucoup d'expériences passées au Paraguay me sont remontées, en particulier des formations vécues avec les paysans de San Pedro et l'initiative avec les enfants du Marché.  Je n'ai jamais senti aussi fort que maintenant combien c'est important, combien la corruption, l'exploitation, l'indifférence, la violence, causent de vraies destructions ?nous avons partagé des récits "live" de partout dans le monde? et combien l'engagement peut apporter de la vraie vie, même quand la réplique et les "rapports de force", comme on dit dans le jargon, semblent dérisoires.

Avec ça, je suis en contact étroit avec le Paraguay.  Je me suis vraiment initié aux chat et à Skype.  Plusieurs heures par semaine, j'ai repris mes entretiens réguliers avec les postulants et les gens de la maison.  Ils ont vécu, et moi aussi avec eux,  un événement qui nous a tous secoués: Sebastián a décidé de partir, de quitter la congrégation.  Chacun accuse l'impact à sa façon.  Nous essayons de profiter de cette occasion pour approfondir notre formation et nos engagements.

Je vis à Montréal, je retrouve mon pays d'origine.  J'écoute la radio, je suis les campagnes électorales, celle du pays et celle de nos voisins, je visite un peu des gens de ma famille et des amis.  Pas beaucoup mais c'est profond et intense.  Je me sens comme le titre du livre d'Hubert Reeves, et la chanson de Fugain: "Je n'aurai pas le temps."  J'accepte que je suis dans la finale de la quarantaine et que le temps n'est plus ni court, ni rapide, il est limité, il faut choisir et chaque choix a de l'importance.

Demain soir, je pars pour Rome.  Je vais animer la retraite du Conseil général.  Un honneur!  Oui, un service aussi: les "supérieurs" au-delà des titres sont aussi des personnes.  Ce sera une occasion de m'ouvrir en partageant avec ces confrères qui vivent intensément la congrégation.  Après la retraite, je ferai des contacts pour notre groupe du Paraguay, puis je vivrai un pèlerinage "sur les pas des fondateurs" en France.  Oui, je suis bien chanceux!  Je vous en reparle bientôt.

12 octobre 2008 - De Rome

Depuis hier après-midi, je suis dans la ville éternelle.  J'aurais dû y arriver la veille au soir mais, alors que le voyage marchait très bien et que je me disais que ces réservations par internet dans des compagnies aériennes "low cost", décidément, malgré mes craintes, ça fonctionnait, juste à ce moment-là donc, alors que nous étions dans la zone d'embarquement pour faire le trajet Paris-Rome, on nous annonce que notre parcours est annulé.  Oui, annulé, pas d'avion, kapout!  A Rome, Serge et Eduardo m'ont attendu jusqu'à la quasi-fermeture de l'aéroport.  A Orly, vous pouvez imaginer les frustrations chez les voyageurs.  Nous nous sommes précipités aux comptoirs et l'entreprise n'a pas pu nous relocaliser, il ne restait plus qu'à passer la nuit dans un hôtel tout près, aux frais de la compagnie.  A minuit, j'étais dans ma chambre après avoir soupé.  Redépart au petit matin.  J'ai accepté de remplacer mon billet par un vol vers Pise et de faire la suite du voyage en train.  J'étais accompagné d'un gars très sympathique, qui travaille dans les arts dramatiques, un italien qui a vécu et voyagé sur la moitié de la planète, dont les propos animés sur le sens qu'il donne à sa vie, sur sa recherche spirituelle passionnée, m'ont fait sentir déjà mon voyage comme un pèlerinage.

Arrivé donc à la maison généralice, j'ai été chaudement accueilli par Serge et par les membres du Conseil et de la communauté.  Il fait très beau.  Cet après-midi, nous partons vers la maison de retraite, à une cinquantaine de kilomètres de la ville.  A la semaine prochaine!

18 octobre 2008 - La retraite

Bien sûr, on ne diffuse pas aux quatre vents l'intimité d'une retraite.  En plus c'était celle du Conseil général de la congrégation, des gens qui animent des personnes et des communautés, avec un très grand rayonnement.  Je peux quand même vous raconter quelques détails.

L'endroit, à une cinquantaine de kilomètres hors de Rome, vers le nord-ouest, est une grande maison des religieuses de "Marie Consolatrice" qui sert surtout en été pour des familles qui viennent y passer leurs vacances.  La mer est dans la cour, pas une super-plage, mais quand même c'est la mer, avec de magnifiques couchers de soleil (j'ai même vu le "rayon vert").  Nous étions seuls, neuf personnes, à occuper cet immeuble qui peut en recevoir cent et plus.  Une maison avec beaucoup de céramique et de marbre, des surfaces luisantes très bien tenues par les religieuses!  Les chambres étaient confortables.  Pour moi, le "prédicateur", on a réservé une véritable "suite" avec un grand bureau, une grande chambre et une grande salle de bain.  J'imagine que pendant la forte saison, le même espace peut loger une famille entière, papa, mama et bambini!  Il a fait très beau.

J'ai présenté le thème de l'alliance, non pas d'un point de vue biblique, sinon à partir de ma formation de l'IFHIM, l'alliance, les alliances qui nous ont fait et celles que nous tissons avec d'autres.  Pour moi, c'est la base de nos relations, de nos "missions" aussi.  On crée des relations dans lesquelles on cherche à apporter à l'autre, lui donner le meilleur de soi-même, pour qu'il grandisse.  Après l'introduction de dimanche soir dernier, j'ai présenté une dizaine de thèmes: l'objectif de croissance, l'ouverture et la liberté, la fécondité et la paternité, la mutualité, la présence et l'absence, le sens à la vie, la récupération et l'attention au corps, les défis d'aujourd'hui, l'autorité et l'institution.  Nous avions une session d'environ trois quarts d'heure le matin et une autre l'après-midi en plus des offices et de l'eucharistie.  L'ambiance était très détendue et chaleureuse, je suis content d'avoir pu rencontrer ces confrères spiritains, des hommes engagés dans un service difficile, avec de grands défis, mais aussi plein de richesses que nous avons pu contempler et partager.

19 octobre 2008 - Rome encore

J'ai commencé mon pèlerinage.  Hier, je suis allé plutôt en touriste avec Serge pour faire une reconnaissance du terrain.  À une heure de marche de la maison généralice on est au coeur du vieux Rome, la Piazza Navona, le Panthéon, des tas de vieilles églises avec des histoires fantastiques, des petite rues étroites en courbe avec un pavé de dallages anciens, les immeubles à deux et trois étages avec des façades tout en couleur ocre, des voitures et des motos qui passent à toute vitesse mais que les piétons peuvent stopper en s'élançant avec foi sur les passages cloutés, ça et là des expositions ou des chantiers avec des fouilles de ruines antiques, les milliers d'étourneaux qui piaillent dans les arbres sur le bord du Tibre, beaucoup de touristes aussi sur la rue, aux terrasses, partout, par ce très beau mois d'octobre. 

Aujourd'hui, nous sommes retournés presqu'aux mêmes endroits, cette fois sur les pas, plus d'un siècle et demi plus tard, de François Libermann.  Il est resté un an à Rome, de janvier 1840 à janvier 1841 pour présenter le projet de fondation de la Société du Saint-Coeur de Marie.  Il vivait dans une petite mansarde, pas loin du Panthéon, sur le toit d'une maison patricienne qui a été démolie.  Nous sommes allés là où, d'après ses lettres, il allait prier: la grande basilique Santa Maria Maggiore, la chapelle de Saint-Augustin, devant une statue de la Vierge de l'accouchement (je trouve ça très significatif, c'était au moment où lui-même, non sans douleur, "accouchait" de la congrégation), et une autre chapelle Sainte-Marie de la Paix.  Nous n'avons pas fait de visite guidée avec session d'histoire de l'art qui nous aurait permis de discerner toutes les couches de construction et de reconstruction.  Je suis simplement resté quelques instants, là où il a prié pour prier moi aussi, avec lui.

23 octobre 2008 - Bruxelles

J'ai écrit aussi les deux billets suivants mais je ne les avais pas encore affichés.  Cet après-midi, j'ai le temps de le faire depuis Bruxelles où je suis arrivé ce matin.  J'ai rencontré notre confrère responsable du secrétariat européen de solidarité, un homme très disponible et efficace, avec qui nous avons échangé sur la situation de notre petit groupe du Paraguay très fragile et économiquement très dépendant.  Je dois maintenant faire mes devoirs et rédiger un rapport écrit.  Je prends quelques minutes pour mettre mes blogues à jour.

Lundi et mardi derniers, j'ai passé de longs moments au Généralat surtout avec Eduardo, notre correspondant.  Nous avons échangé sur la réalité de notre groupe du Paraguay et essayé de poser quelques jalons de planification.  Cet échange m'a fait du bien.  Je vois un peu plus clair et ça me donne du courage.  Lundi soir, je suis sorti avec Jim, un autre conseiller et ancien du Paraguay, il m'a invité à aller dans une autre église très appréciée de Libermann, encore dédiée à Marie, dans le fameux quartier du Trastevere.  Nous aurions dû y retrouver la communauté de Sant'Egidio qui s'y réunit tous les soirs pour célébrer les vêpres.  Tous les soirs sauf celui-là car ils étaient réunis dans une autre église pour un événement oecuménique.  Nous avons quand même prié, puis nous sommes allés partager une pizza et avons longuement échangé.  C'était comme retrouver un frère que dont j'avais su l'existence mais n'avais jamais rencontré.

La maison généralice était sans liaison internet depuis cinq jours quand je suis parti.  Je ne suis même pas sûr que la panne soit réparée maintenant.  Le mardi, après encore une longue conversation avec Eduardo, nous sommes allés dans la maison voisine, des religieuses comboniennes pour envoyer rapidement quelques courriers.  Le soir, nous avons fait une dernière sortie dans Rome, cette fois pour célébrer deux anniversaires.

Fort heureusement, mon voyage Rome-Paris s'est déroulé sans incident.  Une petite heure de retard seulement.  Jean-Pierre, un ami de longue date, m'attendait à Orly.  Je me suis senti tout de suite chez moi en retrouvant des morceaux d'images, des coins de rue, des façades, une certaine lumière d'automne, et surtout plusieurs confrères connus il y a déjà presque vingt ans.  J'y retourne demain.

28 octobre 2008 - Retrouvailles

J'ai oublié de mentionner que mon séjour à Paris a commencé par une réunion de famille très agréable, très chaleureuse.  C'était mercredi dernier, tout près de chez Michel (mon cousin), avec Céline (ma tante) en fin de vacances, et plusieurs autres.

Samedi, Denis est arrivé pour me rejoindre dans les prochains jours de pèlerinage.  Lui aussi est un ami de longue date de Jean-Pierre et des Spiritains du Canada et d'ailleurs.  Nous avons commencé à célébrer tout ça en rencontres, en bonnes bouffes, en taquineries, en visites.  C'est bon de nous retrouver. 

Paris s'est attifée d'automne.  Les grosses feuilles rouilles et jaunes jonchent les trottoirs.  Il pleuviotte, il fait beau, le temps fraîchit.

Dimanche matin, Gabriel, le provincial de France, m'a fait faire le tour du quartier de notre maison-mère.  Nous avons visité les sites des maisons où la congrégation a commencé.  D'abord deux résidences sur des rues qui n'existent plus, tout près de la Sorbonne ?et quand je dis "tout près" ça veut dire "collées dessus", avec le Collège Louis-le-Grand juste en face, l'ancienne institution des Jésuites où Poullart des Places a étudié.  C'est dans ces petites rues (des Cordiers, des Poirées) que notre fondateur a commencé par loger des "pauvres écoliers" en assurant leur loyer à partir de sa propre petite rente.

Claude-François Poullart des Places a ensuite quitté sa pension du Collège Louis-le-Grand pour partager la condition de ses compagnons d'études. Le jour de la Pentecôte 1703 (27 mai), ils sont cinq à faire leur "consécration" dans l'église voisine, Saint-Etienne-des-Grès, au pied de la statue de Notre-Dame de la Bonne Délivrance.  Le groupe a grandi rapidement.  En 1705, ils sont déménagés sur la rue Neuve Sainte-Geneviève, maintenant rue Rollin.  Jusqu'en 1709, précisément le 1er octobre, date où ils sont passés sur la rue Tournefort, avec une autre sortie sur la rue Mouffetard.  Le lendemain, Claude-François mourait.  Le déménagement l'a achevé, c'est le cas de le dire.  Il est enterré dans la fosse commune de l'église Saint-Etienne-du-Mont.  Avec Gabriel, nous avons passé sur tous ces sites.

Hier, je suis allé jusqu'à Neuilly, dans la chapelle des religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve où se trouve la statue de Notre-Dame de la bonne délivrance, sauvée des saccages de la Révolution.  Avec Denis nous avons ensuite traversé Paris, presque d'ouest en est.  Une bonne marche.  Le soir nous sommes sortis avec Jean-Pierre jusqu'à notre maison de Chevilly où nous avons soupé avec Joseph, un ami de longue date.

Ce matin, je suis allé avec le P. Paul Grasser chez les Spiritaines, pour la messe.  Je suis resté un petit moment après la célébration, avec plusieurs soeurs rencontrées à diverses étapes.  Encore des retrouvailles émouvantes.

Septembre 2008

 

12 septembre 2008 - Marcher dans la ville

Je suis donc arrivé à Montréal.  J'habite la maison provinciale sur la rue Papineau.  Juste devant chez nous, il y a l'ancienne carrière Miron dans laquelle circulent encore quelques camions, je ne sais pas exactement dans quel but, et autour de laquelle il y a maintenant une piste (c'est un parc municipal) où il fait bon aller faire une petite trotte.

Samedi et dimanche derniers, je suis allé au congrès de l'Entraide Missionnaire qui célébrait son 50e anniversaire.  Je n'ai pas reconnu beaucoup de monde depuis ma dernière participation, mais j'en ai rencontré plusieurs.  Certains exposés étaient très intéressants, en particulier une sorte de tour du monde sur les droits humains par Michel Frenette qui a été directeur de la section canadienne francophone d'Amnistie Internationale.  J'ai aimé aussi l'atelier du dimanche matin avec une théologienne brésilienne Ivone Gebara, et le théologien d'origine allemande mais très connu à Montréal, grand collaborateur de la revue Relations, Gregory Baum.  Les deux ont dressé un tableau fort critique de la réalité ecclésiale mais non sans toucher de façon très profonde de grands enjeux spirituels.

La semaine dernière, j'ai eu des entrevues à l'IFHIM pour préparer mon programme de cours.  Cette semaine, j'ai commencé et je suis très content.  On m'a joint au groupe de 3e année, 18 femmes et un homme de presque tous les pays du monde (j'exagère!) dont on voit le cheminement déjà profond.  Cette troisième année a un objectif très clairement tourné vers l'intervention.  Deux cours (un séminaire et un groupe-atelier) visent à regarder attentivement les accompagnements et autres interventions que nous faisons, l'un depuis le point de vue de l'intervenant-e, l'autre en regardant la personne aidée.  J'ai aussi commencé avec les étudiant-e-s de première année un séminaire sur l'identité psycho-sexuelle.  La semaine prochaine, j'en aurai un sur l'hostilité et un autre sur la "vraie et fausse représentation".  Tout ça avec des professionnel-le-s très compétent-e-s et engagé-e-s.  J'ai aussi repris mon accompagnement personnel pour vraiment intégrer tout ça.  Au départ de la session, la directrice de l'institut, Marie-Marcelle Desmarais, nous a invités à nous laisser secouer, à profiter pleinement de cette formation, à participer, à plonger.

C'est exactement ce dont j'ai besoin, et plus.  Je suis venu pour m'"équiper" dans ma mission de formateur et mon nouveau mandat de supérieur.  Durant les dix derniers jours, j'ai pu me rendre compte que cela ne passera pas avant tout par de nouvelles connaissances sinon beaucoup plus par un "brassage" intérieur.  C'est moi-même que je dois préparer, afin d'être vraiment un instrument de service pas seulement efficace mais signifiant. 

Je marche jusqu'à l'IFHIM tous les jours.  Ça me prend un bon trois quarts d'heure.  J'observe Montréal, du moins ce petit bout de Montréal qu'est Ahuntsic, la rue Fleury, un petit bout du boulevard Gouin et la rivière des Prairies.  J'écoute aussi la radio (merci à Colette et Bruno pour le balladeur!), je me replonge dans mon pays (en campagne électorale depuis une petite semaine) et ma culture.  Hier soir, justement après avoir entendu il y a quelques jours un compte-rendu à la radio, j'ai fait une petite pause-beauté.  J'ai eu la visite de mon amie Mimi, de Gatineau, et nous sommes allés voir les lanternes chinoises au Jardin botanique.  Très très joli!

Septembre 2008

 

12 septembre 2008 - Marcher dans la ville

Je suis donc arrivé à Montréal.  J'habite la maison provinciale sur la rue Papineau.  Juste devant chez nous, il y a l'ancienne carrière Miron dans laquelle circulent encore quelques camions, je ne sais pas exactement dans quel but, et autour de laquelle il y a maintenant une piste (c'est un parc municipal) où il fait bon aller faire une petite trotte.

Samedi et dimanche derniers, je suis allé au congrès de l'Entraide Missionnaire qui célébrait son 50e anniversaire.  Je n'ai pas reconnu beaucoup de monde depuis ma dernière participation, mais j'en ai rencontré plusieurs.  Certains exposés étaient très intéressants, en particulier une sorte de tour du monde sur les droits humains par Michel Frenette qui a été directeur de la section canadienne francophone d'Amnistie Internationale.  J'ai aimé aussi l'atelier du dimanche matin avec une théologienne brésilienne Ivone Gebara, et le théologien d'origine allemande mais très connu à Montréal, grand collaborateur de la revue Relations, Gregory Baum.  Les deux ont dressé un tableau fort critique de la réalité ecclésiale mais non sans toucher de façon très profonde de grands enjeux spirituels.

La semaine dernière, j'ai eu des entrevues à l'IFHIM pour préparer mon programme de cours.  Cette semaine, j'ai commencé et je suis très content.  On m'a joint au groupe de 3e année, 18 femmes et un homme de presque tous les pays du monde (j'exagère!) dont on voit le cheminement déjà profond.  Cette troisième année a un objectif très clairement tourné vers l'intervention.  Deux cours (un séminaire et un groupe-atelier) visent à regarder attentivement les accompagnements et autres interventions que nous faisons, l'un depuis le point de vue de l'intervenant-e, l'autre en regardant la personne aidée.  J'ai aussi commencé avec les étudiant-e-s de première année un séminaire sur l'identité psycho-sexuelle.  La semaine prochaine, j'en aurai un sur l'hostilité et un autre sur la "vraie et fausse représentation".  Tout ça avec des professionnel-le-s très compétent-e-s et engagé-e-s.  J'ai aussi repris mon accompagnement personnel pour vraiment intégrer tout ça.  Au départ de la session, la directrice de l'institut, Marie-Marcelle Desmarais, nous a invités à nous laisser secouer, à profiter pleinement de cette formation, à participer, à plonger.

C'est exactement ce dont j'ai besoin, et plus.  Je suis venu pour m'"équiper" dans ma mission de formateur et mon nouveau mandat de supérieur.  Durant les dix derniers jours, j'ai pu me rendre compte que cela ne passera pas avant tout par de nouvelles connaissances sinon beaucoup plus par un "brassage" intérieur.  C'est moi-même que je dois préparer, afin d'être vraiment un instrument de service pas seulement efficace mais signifiant. 

Je marche jusqu'à l'IFHIM tous les jours.  Ça me prend un bon trois quarts d'heure.  J'observe Montréal, du moins ce petit bout de Montréal qu'est Ahuntsic, la rue Fleury, un petit bout du boulevard Gouin et la rivière des Prairies.  J'écoute aussi la radio (merci à Colette et Bruno pour le balladeur!), je me replonge dans mon pays (en campagne électorale depuis une petite semaine) et ma culture.  Hier soir, justement après avoir entendu il y a quelques jours un compte-rendu à la radio, j'ai fait une petite pause-beauté.  J'ai eu la visite de mon amie Mimi, de Gatineau, et nous sommes allés voir les lanternes chinoises au Jardin botanique.  Très très joli!

Août 2008

 

25 août 2008 - Résumé du mois

Voilà déjà presqu'un mois que j'ai abandonné mon blogue.  Le temps a passé vite et j'ai vraiment vécu de beaux moments.

Le jour de mon anniversaire, au début du mois, mes amis Denis et Mimi ont invité chez eux plusieurs autres amies et amis.  Ça m'a beaucoup touché et nous avons passé une très belle soirée ensemble.  Le lendemain, nous partions, encore avec Denis et Mimi, vers Québec où nous avons passé trois jours chez Robert et Anne et Annie, d'autres amis très proches qu'il a fait bon retrouver.  Il a plu des cordes pendant presque tout notre séjour.  Ça ne nous a pas empêchés de voir le fameux Moulin à images conçu par Robert Lepage, dont on peut avoir un aperçu ici en plus de nombreuses références sur YouTube que je vous laisse aller explorer.  Ça ne donne qu'une idée car, comme le dit un des clips, pourquoi regarder sur une fenêtre de 320 x 240 pixels ce qui s'affiche sur un écran de 30 x 600 mètres!  Un exploit technique extraordinaire en même temps qu'une oeuvre d'art incomparable.

Je suis rentré à Gatineau le samedi 9 août et la pluie a encore quelque peu gâché notre petite réunion de famille mais nous étions presque tous et toutes là pour de chaleureuses retrouvailles.  Le lendemain dans la soirée j'entrais en retraite au Collège Saint-Alexandre, mon alma mater, désertée de ses élèves et enseignant-e-s à cause des vacances, où vit toujours une petite communauté spiritaine.  Jean-Guy, Gérard, Rhéaume et Denis m'ont fait un accueil chaleureux et discret qui m'a permis de vivre ces quelques jours avec beaucoup de silence et de temps pour la prière.  J'ai aussi fait de belles promenades dans les sentiers des alentours, dans une nature à son apothéose.  Il a fait très beau, les deux plus belles semaines de l'été.

Que vous dire?  Les "résultats" de ma retraite?  Moins que jamais, j'ai une conclusion que je pourrais contenir dans une formule.  J'ai suivi la pédagogie des Exercices Ignaciens, et j'ai senti et compris des choses mais j'ai surtout vécu une expérience très concrète de foi.  Ça n'a pas été facile, ni difficile, ni agréable, ni désagréable, ç'a été concret, et j'en ressors heureux et fortifié.  Je vois aussi beaucoup plus clairement le sens et l'objectif de ces quelques mois de ressourcement qui me sont donnés.

Dans une de mes promenades, par pure coïncidence, j'ai recroisé la "dame de Gatineau" (voir blogue du 2 juillet 2006) et nous nous sommes rencontrés samedi pour jaser en masse.

Pendant ce temps, le 15 août a passé au Paraguay et le nouveau gouvernement a vraiment pris les rênes de l'administration du pays.  Hier j'ai lu quelques titres sur les journaux du pays: on parle de l'état lamentable, du "sac" des services publics par l'administration colorada.  Les medias s'étendent aussi en conjectures sur un rapprochement (significatif?) avec Hugo Chávez, et sur les possibilités (réelles?) d'une nouvelle négociation des clauses du traité d'Itaipu par lequel le Paraguay vend au Brésil à un prix dérisoire son électricité produite dans le plus grand barrage du monde.

31 août 2008 - Dernière semaine à Gatineau

Rencontre lundi avec Jaëlle qui pense à un projet d'échange Gatineau-Asunción entre intervenantes et intervenants en milieux de jeunes.  Nous avons eu une bonne conversation sur la réalité vécue dans ces organisations qui essaient d'aider les adolescents en difficulté.  J'ai décrit ce que nous vivons et voyons là-bas dans le Marché et d'autres espaces de la capitale.  A suivre...

J'ai passé la semaine en rencontres avec des amis, des contacts pour le Paraguay, des visites de famille, une sortie au musée, des promenades dans le parc et du temps chez mon père.  Jeudi après-midi, un cousin du Manitoba, Marcel, est passé à Gatineau au retour de Sherbrooke où il a laissé son fils qui commence l'université.  Le soir Guy et Denise, frère et soeur de papa étaient là chez Jeannine et Gerry pour fêter l'anniversaire de Denise.  La famille commence à se réunir pour les noces de mon frère Bruno, c'est pour très bientôt.

Vendredi, avec Jean et Marie, Denis et Mimi, nous sommes allés à Québec pour le mariage de Robert et Anne.  Une célébration très émouvante commencée avec un texte chanté dont nous étions absolument certains qu'il était de Robert lui-même tant il "collait" à l'événement.  Nous avons eu un 24 h rempli d'amitié.  Merci à Céline pour son hospitalité.  Je suis arrivé donc hier soir à Montréal où je vais bientôt commencer mes cours à l'IFHIM.

Août 2008

 

25 août 2008 - Résumé du mois

Voilà déjà presqu'un mois que j'ai abandonné mon blogue.  Le temps a passé vite et j'ai vraiment vécu de beaux moments.

Le jour de mon anniversaire, au début du mois, mes amis Denis et Mimi ont invité chez eux plusieurs autres amies et amis.  Ça m'a beaucoup touché et nous avons passé une très belle soirée ensemble.  Le lendemain, nous partions, encore avec Denis et Mimi, vers Québec où nous avons passé trois jours chez Robert et Anne et Annie, d'autres amis très proches qu'il a fait bon retrouver.  Il a plu des cordes pendant presque tout notre séjour.  Ça ne nous a pas empêchés de voir le fameux Moulin à images conçu par Robert Lepage, dont on peut avoir un aperçu ici en plus de nombreuses références sur YouTube que je vous laisse aller explorer.  Ça ne donne qu'une idée car, comme le dit un des clips, pourquoi regarder sur une fenêtre de 320 x 240 pixels ce qui s'affiche sur un écran de 30 x 600 mètres!  Un exploit technique extraordinaire en même temps qu'une oeuvre d'art incomparable.

Je suis rentré à Gatineau le samedi 9 août et la pluie a encore quelque peu gâché notre petite réunion de famille mais nous étions presque tous et toutes là pour de chaleureuses retrouvailles.  Le lendemain dans la soirée j'entrais en retraite au Collège Saint-Alexandre, mon alma mater, désertée de ses élèves et enseignant-e-s à cause des vacances, où vit toujours une petite communauté spiritaine.  Jean-Guy, Gérard, Rhéaume et Denis m'ont fait un accueil chaleureux et discret qui m'a permis de vivre ces quelques jours avec beaucoup de silence et de temps pour la prière.  J'ai aussi fait de belles promenades dans les sentiers des alentours, dans une nature à son apothéose.  Il a fait très beau, les deux plus belles semaines de l'été.

Que vous dire?  Les "résultats" de ma retraite?  Moins que jamais, j'ai une conclusion que je pourrais contenir dans une formule.  J'ai suivi la pédagogie des Exercices Ignaciens, et j'ai senti et compris des choses mais j'ai surtout vécu une expérience très concrète de foi.  Ça n'a pas été facile, ni difficile, ni agréable, ni désagréable, ç'a été concret, et j'en ressors heureux et fortifié.  Je vois aussi beaucoup plus clairement le sens et l'objectif de ces quelques mois de ressourcement qui me sont donnés.

Dans une de mes promenades, par pure coïncidence, j'ai recroisé la "dame de Gatineau" (voir blogue du 2 juillet 2006) et nous nous sommes rencontrés samedi pour jaser en masse.

Pendant ce temps, le 15 août a passé au Paraguay et le nouveau gouvernement a vraiment pris les rênes de l'administration du pays.  Hier j'ai lu quelques titres sur les journaux du pays: on parle de l'état lamentable, du "sac" des services publics par l'administration colorada.  Les medias s'étendent aussi en conjectures sur un rapprochement (significatif?) avec Hugo Chávez, et sur les possibilités (réelles?) d'une nouvelle négociation des clauses du traité d'Itaipu par lequel le Paraguay vend au Brésil à un prix dérisoire son électricité produite dans le plus grand barrage du monde.

31 août 2008 - Dernière semaine à Gatineau

Rencontre lundi avec Jaëlle qui pense à un projet d'échange Gatineau-Asunción entre intervenantes et intervenants en milieux de jeunes.  Nous avons eu une bonne conversation sur la réalité vécue dans ces organisations qui essaient d'aider les adolescents en difficulté.  J'ai décrit ce que nous vivons et voyons là-bas dans le Marché et d'autres espaces de la capitale.  A suivre...

J'ai passé la semaine en rencontres avec des amis, des contacts pour le Paraguay, des visites de famille, une sortie au musée, des promenades dans le parc et du temps chez mon père.  Jeudi après-midi, un cousin du Manitoba, Marcel, est passé à Gatineau au retour de Sherbrooke où il a laissé son fils qui commence l'université.  Le soir Guy et Denise, frère et soeur de papa étaient là chez Jeannine et Gerry pour fêter l'anniversaire de Denise.  La famille commence à se réunir pour les noces de mon frère Bruno, c'est pour très bientôt.

Vendredi, avec Jean et Marie, Denis et Mimi, nous sommes allés à Québec pour le mariage de Robert et Anne.  Une célébration très émouvante commencée avec un texte chanté dont nous étions absolument certains qu'il était de Robert lui-même tant il "collait" à l'événement.  Nous avons eu un 24 h rempli d'amitié.  Merci à Céline pour son hospitalité.  Je suis arrivé donc hier soir à Montréal où je vais bientôt commencer mes cours à l'IFHIM.

Juillet 2008

 

7 juillet 2008 ? Vacances

Depuis une semaine je suis à Gatineau, chez mon père, en vacances. Je fais de la marche et quelques trottes dans les parcs avoisinants. Je sors un peu avec mon père. Je lis. J'ai beaucoup aimé The Kalahari Typing School For Men de la série d'Alexander McCall Smith: The No. 1 Ladies' Detective Agency. Ce sont des histoires de détectives-femmes au Botswana; c'est ancré dans le monde un peu étrange et extêmement sympathique du pays et de la culture, mais plus encore c'est un hymne à l'humanité, aux petites choses, aux mystères de chaque personne, à la paix, à l'amour. Le petit livre que j'ai lu a passé par plusieurs tantes qui me l'ont prêté avec une chaude recommandation. Je vois bien pourquoi.

J'écris un peu à mon monde du Paraguay à qui j'ai promis de rester en contact. Je commence déjà à m'éloigner des actualités paraguayennes même si j'ai appris hier que Liz Torres, une de nos amies de Callescuela a été choisie comme secrétaire (ministre) de l'enfance et de l'adolescence. Liz est aussi la dirigeante d'une des organisations de victimes de l'YkuaBolaños, le grand supermarché incendié en 2004. C'est une femme très dynamique avec beaucoup d'expérience. Ça fait drôle de connaître la ministre! Elle travaillait à 4 coins de rue de chez nous! A ce compte-là, ça fait drôle aussi de connaître le président de la république! C'était mon évêque!

J'ai visité un peu mes frères et ma soeur. Bruno m'aide à magasiner pour un ordinateur. Le temps passe. Il fait très beau. L'été est resplendissant de verdeur. Les arbres dont je ne voyais jamais que les squelettes gris sont maintenant gros de touffus feuillages, ils occupent l'espace. Il y a aussi plus de monde dehors. Tout le paysage, presque monochromatique en hiver, est maintenant coloré et festif. Ou alors c'est moi qui suis en fête. Pourquoi donc?!

14 juillet 2008 ? Rituel du souvenir

Samedi dernier, nous nous sommes réunis avec toute la famille pour enterrer l'urne contenant les cendres de ma mère. Un instant de recueillement dans le grand parc ouvert du cimetière, au beau soleil. Quelqu'un (merci Mimi!) m'avait offert une boîte de truffes de chocolat et j'ai vu, quelques jours avant cette réunion, que ça serait le moment idéal pour les partager. Comme une communion avec elle, et avec mon père qui lui en a offert tous les jours à la résidence de soins de longue durée, durant presque sept ans. Je n'ai même pas eu besoin de faire un mot d'introduction, tout le monde a compris. Après les prières, j'ai passé la petite boîte et tous ont goûté ce moment de saveur, de fête, de proximité avec elle.

La veille, j'ai eu la visite de Miqui dont je vous ai parlé (voir blogue du 11 mai dernier) et qui est venu refaire l'entrevue qu'il avait improvisée en 2006, dans un parc d'Asunción. Ils sont débarqués, avec ses deux fils éveillés et intéressants, et du matériel de pros. Nous avons partagé un moment d'une autre sorte de recueillement, celui d'un regard sur la réalité politique du Paraguay et de l'Amérique Latine, en cherchant à ne pas tomber dans les généralités. Miqui dit que son film Ya basta! sera prêt à l'automne et qu'il tentera de le lancer dans certains festivals et concours. Il y a mis déjà beaucoup de temps et de créativité. Je lui souhaite vraiment beaucoup de succès.

24 juillet 2008 - Le méchoui

Troisième semaine de vacances!  Je commence à bouger un peu plus, à me sentir un peu plus arrivé, atterri.  Samedi dernier nous avons eu une fête de famille chez l'oncle Philippe et la tante Marie.  Avec mon père, nous sommes partis le vendredi de Gatineau, nous avons pris la route plus détournée, la vieille 17 sur le bord de la rivière des Outaouais.  Nous sommes arrivés en soirée à Montréal et nous avons logé à la maison provinciale. Le lendemain, encore par le chemin des écoliers, nous sommes arrivés à Granby pour midi.

Philippe et Marie sont connus pour leur chaleur, leur hospitalité, leur ouverture.  Ils ont pas mal voyagé, Philippe est même venu me visiter au Paraguay en 2005 avec un autre couple, oncle et tante, Guy et Gilberte, et avec mon père. Leur famille a un lien spécial avec le Brésil et, justement, le cuistot du "méchoui" a en fait préparé des côtes à la mode du "churrasco" brésilien.  Il a fait beau, nous avons beaucoup échangé, et ri, et rencontré des gens intéressants et sympathiques.  J'ai retrouvé Donald mon cousin qui avait écrit un mot sur ma mère il y a quelques mois, et plusieurs autres.  Une belle journée, très agréable.

Nous sommes revenus dimanche et la semaine m'a filé entre les doigts.  Avec mon frère Bruno, nous avions commandé ce qui est maintenant mon nouvel ordinateur.  Il est arrivé mercredi et je passe des heures à le découvrir et l'ajuster.  Cette agitation d'enfant qui étrenne un nouveau jouet ne m'empêche pas de laisser la bébelle de côté et de vivre de belles rencontres.  Avec mon frère Bruno, justement.  Avec Denis et Mimi: l'autre soir nous avons vu en vidéo Lions for Lambs après quoi nous avons beaucoup échangé et débattu.  Aujourd'hui, j'ai fait un bout de marche malgré l'orage qui approchait avec un ami prêtre du diocèse qui m'a raconté quelques-uns de ses voyages dans le monde et en lui-même.  Et puis, ici tout près, les jours passent tranquilles, avec mon père, tout simplement.

31 juillet 2008 - Projets de voyages

La semaine a passé vite.  De vendredi soir à dimanche, je suis allé au lac du Grand Poisson Blanc, au chalet de mes amis.  Nous avons eu une très belle fin de semaine à mettre le voilier à l'eau, à découvrir le plaisir de se laisser porter par le vent, à partager de bons repas.  Le samedi soir, dans le noir, couchés au fond du canot sur le lac, nous avons regardé les étoiles.

Mardi matin, émouvantes retrouvailles avec une collègue de l'école primaire qui m'a retracé grâce à ce blogue.  Nous sommes allés marcher dans le quartier en cherchant des noms, des lieux, des histoires.  Je ne pensais pas contenir en moi-même autant de souvenirs.

Hier, je suis venu à Montréal d'où je vous écris.  Cet après-midi, nous sommes allés chercher Michel Boutot à l'aéroport et je lui ai rendu la voiture qu'il m'a prêtée et pour laquelle je le remercie beaucoup.  Il rentre d'un mois en France et en Suisse, son premier séjour dans les Europes, il en a  beaucoup à raconter.  Ses propos me font sentir plus proche mon propre voyage, en octobre, à Rome et à Paris.  Je dois aller animer la retraite du Conseil général et j'en profiterai pour faire des contacts utiles pour notre petit groupe du Paraguay et faire un pèlerinage "sur les pas des fondateurs", surtout sur ceux de François Libermann.

Hier encore, c'était la "journée de l'amitié" au Paraguay.  Je pense à ce grand réseau d'amis et amies, surtout dans la vie religieuse, dans la vie de quartier.  Je pense aussi aux trois postulants, Gustavo, Francisco et Osvaldo, qui sont en retraite cette semaine avec Hermelinda, la provinciale des Franciscaines Educatrices, très douée pour accompagner des personnes avec les exercices spirituels ignaciens.  Justement aujourd'hui, c'est la fête d'Ignace...

Juillet 2008

 

7 juillet 2008 ? Vacances

Depuis une semaine je suis à Gatineau, chez mon père, en vacances. Je fais de la marche et quelques trottes dans les parcs avoisinants. Je sors un peu avec mon père. Je lis. J'ai beaucoup aimé The Kalahari Typing School For Men de la série d'Alexander McCall Smith: The No. 1 Ladies' Detective Agency. Ce sont des histoires de détectives-femmes au Botswana; c'est ancré dans le monde un peu étrange et extêmement sympathique du pays et de la culture, mais plus encore c'est un hymne à l'humanité, aux petites choses, aux mystères de chaque personne, à la paix, à l'amour. Le petit livre que j'ai lu a passé par plusieurs tantes qui me l'ont prêté avec une chaude recommandation. Je vois bien pourquoi.

J'écris un peu à mon monde du Paraguay à qui j'ai promis de rester en contact. Je commence déjà à m'éloigner des actualités paraguayennes même si j'ai appris hier que Liz Torres, une de nos amies de Callescuela a été choisie comme secrétaire (ministre) de l'enfance et de l'adolescence. Liz est aussi la dirigeante d'une des organisations de victimes de l'YkuaBolaños, le grand supermarché incendié en 2004. C'est une femme très dynamique avec beaucoup d'expérience. Ça fait drôle de connaître la ministre! Elle travaillait à 4 coins de rue de chez nous! A ce compte-là, ça fait drôle aussi de connaître le président de la république! C'était mon évêque!

J'ai visité un peu mes frères et ma soeur. Bruno m'aide à magasiner pour un ordinateur. Le temps passe. Il fait très beau. L'été est resplendissant de verdeur. Les arbres dont je ne voyais jamais que les squelettes gris sont maintenant gros de touffus feuillages, ils occupent l'espace. Il y a aussi plus de monde dehors. Tout le paysage, presque monochromatique en hiver, est maintenant coloré et festif. Ou alors c'est moi qui suis en fête. Pourquoi donc?!

14 juillet 2008 ? Rituel du souvenir

Samedi dernier, nous nous sommes réunis avec toute la famille pour enterrer l'urne contenant les cendres de ma mère. Un instant de recueillement dans le grand parc ouvert du cimetière, au beau soleil. Quelqu'un (merci Mimi!) m'avait offert une boîte de truffes de chocolat et j'ai vu, quelques jours avant cette réunion, que ça serait le moment idéal pour les partager. Comme une communion avec elle, et avec mon père qui lui en a offert tous les jours à la résidence de soins de longue durée, durant presque sept ans. Je n'ai même pas eu besoin de faire un mot d'introduction, tout le monde a compris. Après les prières, j'ai passé la petite boîte et tous ont goûté ce moment de saveur, de fête, de proximité avec elle.

La veille, j'ai eu la visite de Miqui dont je vous ai parlé (voir blogue du 11 mai dernier) et qui est venu refaire l'entrevue qu'il avait improvisée en 2006, dans un parc d'Asunción. Ils sont débarqués, avec ses deux fils éveillés et intéressants, et du matériel de pros. Nous avons partagé un moment d'une autre sorte de recueillement, celui d'un regard sur la réalité politique du Paraguay et de l'Amérique Latine, en cherchant à ne pas tomber dans les généralités. Miqui dit que son film Ya basta! sera prêt à l'automne et qu'il tentera de le lancer dans certains festivals et concours. Il y a mis déjà beaucoup de temps et de créativité. Je lui souhaite vraiment beaucoup de succès.

24 juillet 2008 - Le méchoui

Troisième semaine de vacances!  Je commence à bouger un peu plus, à me sentir un peu plus arrivé, atterri.  Samedi dernier nous avons eu une fête de famille chez l'oncle Philippe et la tante Marie.  Avec mon père, nous sommes partis le vendredi de Gatineau, nous avons pris la route plus détournée, la vieille 17 sur le bord de la rivière des Outaouais.  Nous sommes arrivés en soirée à Montréal et nous avons logé à la maison provinciale. Le lendemain, encore par le chemin des écoliers, nous sommes arrivés à Granby pour midi.

Philippe et Marie sont connus pour leur chaleur, leur hospitalité, leur ouverture.  Ils ont pas mal voyagé, Philippe est même venu me visiter au Paraguay en 2005 avec un autre couple, oncle et tante, Guy et Gilberte, et avec mon père. Leur famille a un lien spécial avec le Brésil et, justement, le cuistot du "méchoui" a en fait préparé des côtes à la mode du "churrasco" brésilien.  Il a fait beau, nous avons beaucoup échangé, et ri, et rencontré des gens intéressants et sympathiques.  J'ai retrouvé Donald mon cousin qui avait écrit un mot sur ma mère il y a quelques mois, et plusieurs autres.  Une belle journée, très agréable.

Nous sommes revenus dimanche et la semaine m'a filé entre les doigts.  Avec mon frère Bruno, nous avions commandé ce qui est maintenant mon nouvel ordinateur.  Il est arrivé mercredi et je passe des heures à le découvrir et l'ajuster.  Cette agitation d'enfant qui étrenne un nouveau jouet ne m'empêche pas de laisser la bébelle de côté et de vivre de belles rencontres.  Avec mon frère Bruno, justement.  Avec Denis et Mimi: l'autre soir nous avons vu en vidéo Lions for Lambs après quoi nous avons beaucoup échangé et débattu.  Aujourd'hui, j'ai fait un bout de marche malgré l'orage qui approchait avec un ami prêtre du diocèse qui m'a raconté quelques-uns de ses voyages dans le monde et en lui-même.  Et puis, ici tout près, les jours passent tranquilles, avec mon père, tout simplement.

31 juillet 2008 - Projets de voyages

La semaine a passé vite.  De vendredi soir à dimanche, je suis allé au lac du Grand Poisson Blanc, au chalet de mes amis.  Nous avons eu une très belle fin de semaine à mettre le voilier à l'eau, à découvrir le plaisir de se laisser porter par le vent, à partager de bons repas.  Le samedi soir, dans le noir, couchés au fond du canot sur le lac, nous avons regardé les étoiles.

Mardi matin, émouvantes retrouvailles avec une collègue de l'école primaire qui m'a retracé grâce à ce blogue.  Nous sommes allés marcher dans le quartier en cherchant des noms, des lieux, des histoires.  Je ne pensais pas contenir en moi-même autant de souvenirs.

Hier, je suis venu à Montréal d'où je vous écris.  Cet après-midi, nous sommes allés chercher Michel Boutot à l'aéroport et je lui ai rendu la voiture qu'il m'a prêtée et pour laquelle je le remercie beaucoup.  Il rentre d'un mois en France et en Suisse, son premier séjour dans les Europes, il en a  beaucoup à raconter.  Ses propos me font sentir plus proche mon propre voyage, en octobre, à Rome et à Paris.  Je dois aller animer la retraite du Conseil général et j'en profiterai pour faire des contacts utiles pour notre petit groupe du Paraguay et faire un pèlerinage "sur les pas des fondateurs", surtout sur ceux de François Libermann.

Hier encore, c'était la "journée de l'amitié" au Paraguay.  Je pense à ce grand réseau d'amis et amies, surtout dans la vie religieuse, dans la vie de quartier.  Je pense aussi aux trois postulants, Gustavo, Francisco et Osvaldo, qui sont en retraite cette semaine avec Hermelinda, la provinciale des Franciscaines Educatrices, très douée pour accompagner des personnes avec les exercices spirituels ignaciens.  Justement aujourd'hui, c'est la fête d'Ignace...

Juin 2008


6 juin 2008 - Compte-à-rebours

Je ne l'ai pas encore écrit ici mais depuis déjà la fin de l'année dernière, j'ai proposé et le groupe a accepté un projet de demi-année d'études.  Je le voyais important après huit, bientôt neuf années dans la formation, et seize bientôt dix-sept au Paraguay.  Je le vois encore plus important maintenant qu'on m'a confié à nouveau la tâche d'animer le groupe spiritain d'ici.  Je pars dans deux semaines et je reviendrai en février.  J'avais cru que ma mère m'attendrait pour nous inviter à son départ mais elle a choisi son temps à elle et je la remercie car cette expérience de mon séjour au pays durant trois semaines m'a permis d'expérimenter et de mettre en place un contact à distance avec les groupes de formation que j'anime et des personnes que j'accompagne.  Maintenant l'absence sera plus longue.  Mais ça fait des mois que nous la préparons. J'ai vraiment confiance que cette séparation sera féconde.

Les jours passent donc maintenant à la fois très rapidement et très lentement.  Ce n'est pas seulement la hâte de revoir l'été de chez nous (après dix ans), c'est plus la douleur de passer dans le tordeur des émotions du départ.  Je sais que c'est nécessaire et sain, je sais que ça fait partie de ma job de formateur, je sais que c'est déjà, justement, la séparation féconde qui commence, mais ça prend du jus, beaucoup de jus! C'est vraiment la première fois que je vis une clôture et des adieux en les regardant en face de façon aussi décidée.  Je me surprends moi-même.  Malgré les tiraillements et les fortes émotions, je ne voudrais pas être ailleurs.

12 juin 2008 - Faux-pas

Vendredi dernier, c'était la nouvelle dans toutes les radios et les journaux.  Des parents de Fernando Lugo et de Federico Franco, président et vice-président élus, ont été nommés à de hauts postes dans la société bi-nationale de Yasyreta, le barrage électrique.  Qui a commis la bourde? Le directeur de la bi-nationale lui-même. Dans une entrevue il dit clairement que "des gens de l'Alliance doivent maintenant travailler avec nous", démontrant sans pudeur, ou alors sans vergogne, ou alors sans conscience, qu'il conduit sa boîte de manière partisane et non à partir des objectifs et des compétences. Ce n'est pas nouveau, ça se passe comme ça même dans la Justice publique.  Ce n'est pas nouveau non plus, les gouvernements de tous les temps ont toujours agi ainsi, donner des jobs à leurs parents et amis. Mais le nouveau gouvernement n'est même pas en place!  Cette situation ressemble fort à une habile provocation. Les personnes engagées la semaine dernière ont démissionné cette semaine.

Ce qui est nouveau, c'est la levée de boucliers de la population.  On a mis en place un gouvernement différent, n'allez pas commencer avec les mêmes manigances!  Et j'imagine Fernando Lugo, dans son silence, qui refait le coup qu'il a fait au début de la grande concertation politique qui l'a amené au pouvoir.  Il laisse les groupes s'agiter et interpréter ses volontés, tendre des pièges, se mêler dans leurs propres intérêts mesquins.  Je souhaite que cet épisode lui donne encore plus d'autorité et de liberté pour choisir son cabinet non pas en payant des faveurs mais en choisissant les personnes les plus aptes.

A part ça, retour du froid humide, petit crachin, du genre qui vous rentre dans les os.  J'ai remis mes combines.

22 juin 2008 ? Montréal vert

Finalement, après beaucoup d'émotions, beaucoup d'adieux sentis, beaucoup de préparations, je suis parti... Vendredi matin j'ai laissé juste à temps une nouvelle vague de froid qui venait du sud. Je passais par Buenos Aires, soi-disant pour éviter une attente prolongée à Sao Paulo, et l'avion qui devait partir à 16:00 n'a décollé qu'à une heure du matin, avec une escale à Santiago. Mais tout ça ce ne sont que de petits contretemps. J'ai rencontré des personnes intéressantes durant le voyage, en particulier une dame de Sajonia (un quartier à la pointe ouest d'Asuncion) qui m'a raconté plein d'anecdotes sur la vie quotidienne dans la capitale, depuis ses premiers souvenirs dans les années 40. Elle venait visiter sa fille et son gendre qui vivent à North Bay!

Premières impressions: je n'ai pas vu l'été du pays depuis dix ans et je ne me rendais pas compte que les images accumulées me faisaient anticiper des arbres secs et des parterres couverts de neige. Je regarde les feuilles, l'herbe, les murs de verdure avec des yeux neufs. C'est beau! L'autre sentiment, c'est une sensation de grands espaces. Après l'aéroport de Buenos Aires tout en racoins, comme un vieil hôtel avec les rajoutes plus récentes, bourdonnant comme une ruche; après l'Amérique Latine pleine de monde (surtout pleine de jeunesse), je sens comme un vide, un silence, pas tout-à-fait désagréable mais étrange. L'aéroport Pearson est immense et nous somme arrivés à un moment peu achalandé.

Cet après-midi, nous partons dans l'est, à Pierrefonds, pour la retraite-assemblée de la province. Je suis prêt. J'ai même hâte de revoir les confrères.

27 juin 2008 ? Une autre élection

Nous arrivons de la retraite-assemblée de la Province spiritaine du Canada. Nous l'avons célébrée à Pierrefonds, chez les Jésuites, à la Villa Saint-Martin, un très bel endroit, très confortable. Les confrères ont bien répondu à ce que je leur ai offert sur le charisme spiritain puis, hier surtout, nous avons procédé à l'élection du nouveau supérieur provincial. C'est Michel Last qui a été élu, mon ancien maître des novices, un confrère de 63 ans parmi les plus jeunes de la Province. Nous avons pu échanger durant la semaine; je crois que nous allons nous soutenir mutuellement dans nos tâches respectives d'animation. J'ai senti que nous étions sur la même longueur d'ondes.

Hier soir, pour clôturer la retraite et l'élection, nous avons eu une petite fête. Michel Boutot, l'autre plus jeune confrère originaire de la Province (il y en a d'autres plus jeunes mais ils sont originaires d'autres pays et ils sont arrivés plus récemment) est resté vissé pendant trois heures sur son banc de piano, et nous avons chanté, chanté. J'avais oublié la joie qu'il y a à proférer et à fredonner, à expulser de son coeur et de sa mémoire des poèmes et des mélodies qui s'y sont enfouis il y a 20-30-40 ans et plus. Nos chants, mes chants... J'aime beaucoup la musique paraguayenne et la tradition de chant que nous partageons avec l'Argentine et parfois d'autre pays latinoaméricains, mais hier soir j'ai bien senti: c'est différent quand ça vient du fond des tripes et de la propre histoire.

Je vais rester encore quelques jours à Montréal pour régler des questions administratives puis, mardi ou mercredi prochain, j'irai à Gatineau pour passer le mois de juillet dans ma famille.

Juin 2008


6 juin 2008 - Compte-à-rebours

Je ne l'ai pas encore écrit ici mais depuis déjà la fin de l'année dernière, j'ai proposé et le groupe a accepté un projet de demi-année d'études.  Je le voyais important après huit, bientôt neuf années dans la formation, et seize bientôt dix-sept au Paraguay.  Je le vois encore plus important maintenant qu'on m'a confié à nouveau la tâche d'animer le groupe spiritain d'ici.  Je pars dans deux semaines et je reviendrai en février.  J'avais cru que ma mère m'attendrait pour nous inviter à son départ mais elle a choisi son temps à elle et je la remercie car cette expérience de mon séjour au pays durant trois semaines m'a permis d'expérimenter et de mettre en place un contact à distance avec les groupes de formation que j'anime et des personnes que j'accompagne.  Maintenant l'absence sera plus longue.  Mais ça fait des mois que nous la préparons. J'ai vraiment confiance que cette séparation sera féconde.

Les jours passent donc maintenant à la fois très rapidement et très lentement.  Ce n'est pas seulement la hâte de revoir l'été de chez nous (après dix ans), c'est plus la douleur de passer dans le tordeur des émotions du départ.  Je sais que c'est nécessaire et sain, je sais que ça fait partie de ma job de formateur, je sais que c'est déjà, justement, la séparation féconde qui commence, mais ça prend du jus, beaucoup de jus! C'est vraiment la première fois que je vis une clôture et des adieux en les regardant en face de façon aussi décidée.  Je me surprends moi-même.  Malgré les tiraillements et les fortes émotions, je ne voudrais pas être ailleurs.

12 juin 2008 - Faux-pas

Vendredi dernier, c'était la nouvelle dans toutes les radios et les journaux.  Des parents de Fernando Lugo et de Federico Franco, président et vice-président élus, ont été nommés à de hauts postes dans la société bi-nationale de Yasyreta, le barrage électrique.  Qui a commis la bourde? Le directeur de la bi-nationale lui-même. Dans une entrevue il dit clairement que "des gens de l'Alliance doivent maintenant travailler avec nous", démontrant sans pudeur, ou alors sans vergogne, ou alors sans conscience, qu'il conduit sa boîte de manière partisane et non à partir des objectifs et des compétences. Ce n'est pas nouveau, ça se passe comme ça même dans la Justice publique.  Ce n'est pas nouveau non plus, les gouvernements de tous les temps ont toujours agi ainsi, donner des jobs à leurs parents et amis. Mais le nouveau gouvernement n'est même pas en place!  Cette situation ressemble fort à une habile provocation. Les personnes engagées la semaine dernière ont démissionné cette semaine.

Ce qui est nouveau, c'est la levée de boucliers de la population.  On a mis en place un gouvernement différent, n'allez pas commencer avec les mêmes manigances!  Et j'imagine Fernando Lugo, dans son silence, qui refait le coup qu'il a fait au début de la grande concertation politique qui l'a amené au pouvoir.  Il laisse les groupes s'agiter et interpréter ses volontés, tendre des pièges, se mêler dans leurs propres intérêts mesquins.  Je souhaite que cet épisode lui donne encore plus d'autorité et de liberté pour choisir son cabinet non pas en payant des faveurs mais en choisissant les personnes les plus aptes.

A part ça, retour du froid humide, petit crachin, du genre qui vous rentre dans les os.  J'ai remis mes combines.

22 juin 2008 ? Montréal vert

Finalement, après beaucoup d'émotions, beaucoup d'adieux sentis, beaucoup de préparations, je suis parti... Vendredi matin j'ai laissé juste à temps une nouvelle vague de froid qui venait du sud. Je passais par Buenos Aires, soi-disant pour éviter une attente prolongée à Sao Paulo, et l'avion qui devait partir à 16:00 n'a décollé qu'à une heure du matin, avec une escale à Santiago. Mais tout ça ce ne sont que de petits contretemps. J'ai rencontré des personnes intéressantes durant le voyage, en particulier une dame de Sajonia (un quartier à la pointe ouest d'Asuncion) qui m'a raconté plein d'anecdotes sur la vie quotidienne dans la capitale, depuis ses premiers souvenirs dans les années 40. Elle venait visiter sa fille et son gendre qui vivent à North Bay!

Premières impressions: je n'ai pas vu l'été du pays depuis dix ans et je ne me rendais pas compte que les images accumulées me faisaient anticiper des arbres secs et des parterres couverts de neige. Je regarde les feuilles, l'herbe, les murs de verdure avec des yeux neufs. C'est beau! L'autre sentiment, c'est une sensation de grands espaces. Après l'aéroport de Buenos Aires tout en racoins, comme un vieil hôtel avec les rajoutes plus récentes, bourdonnant comme une ruche; après l'Amérique Latine pleine de monde (surtout pleine de jeunesse), je sens comme un vide, un silence, pas tout-à-fait désagréable mais étrange. L'aéroport Pearson est immense et nous somme arrivés à un moment peu achalandé.

Cet après-midi, nous partons dans l'est, à Pierrefonds, pour la retraite-assemblée de la province. Je suis prêt. J'ai même hâte de revoir les confrères.

27 juin 2008 ? Une autre élection

Nous arrivons de la retraite-assemblée de la Province spiritaine du Canada. Nous l'avons célébrée à Pierrefonds, chez les Jésuites, à la Villa Saint-Martin, un très bel endroit, très confortable. Les confrères ont bien répondu à ce que je leur ai offert sur le charisme spiritain puis, hier surtout, nous avons procédé à l'élection du nouveau supérieur provincial. C'est Michel Last qui a été élu, mon ancien maître des novices, un confrère de 63 ans parmi les plus jeunes de la Province. Nous avons pu échanger durant la semaine; je crois que nous allons nous soutenir mutuellement dans nos tâches respectives d'animation. J'ai senti que nous étions sur la même longueur d'ondes.

Hier soir, pour clôturer la retraite et l'élection, nous avons eu une petite fête. Michel Boutot, l'autre plus jeune confrère originaire de la Province (il y en a d'autres plus jeunes mais ils sont originaires d'autres pays et ils sont arrivés plus récemment) est resté vissé pendant trois heures sur son banc de piano, et nous avons chanté, chanté. J'avais oublié la joie qu'il y a à proférer et à fredonner, à expulser de son coeur et de sa mémoire des poèmes et des mélodies qui s'y sont enfouis il y a 20-30-40 ans et plus. Nos chants, mes chants... J'aime beaucoup la musique paraguayenne et la tradition de chant que nous partageons avec l'Argentine et parfois d'autre pays latinoaméricains, mais hier soir j'ai bien senti: c'est différent quand ça vient du fond des tripes et de la propre histoire.

Je vais rester encore quelques jours à Montréal pour régler des questions administratives puis, mardi ou mercredi prochain, j'irai à Gatineau pour passer le mois de juillet dans ma famille.

Mai 2008

 

4 mai 2008 - Lugomania

Je suis revenu exactement dans la température que je voulais fuir.  Nous venons d'avoir quatre jours autour de 8-10 degrés avec de la pluie et du petit crachin, de l'humidité partout.  J'ai sorti mes "combines"...  Je m'ennuie du beau printemps qui commençait à Gatineau.

Nous avons repris nos activités normales de formation dans les différents groupes que j'accompagne.  Nous regardons ce que les participants et participantes ont vécu avec ces trois semaines d'absence durant lesquelles je suis quand même resté en contact et j'ai envoyé des consignes.  Comment, aux deux bouts d'un long fil de communication entre le Paraguay et le Canada, nous avons été fidèles à notre alliance de formation?  Cela donne lieu à de très beaux bilans.

L'ambiance du pays est électrique.  Il n'y a pas une conversation à table où on ne parle pas de Fernando Lugo.  Même chose dans les rencontres avec des amis.  Les médias sont en train de créer une vraie "Lugomania".  Les reporters des journaux à potins le pourchassent, et font des premières pages pour dire qu'à cause du froid il a mis des chaussures au lieu de ses sandales habituelles, qu'il a reçu le couple d'indigents qui l'attendait à la maison et leur a offert sa table, qu'il a visité la famille de l'ex-Miss Paraguay et qu'il y a sûrement quelque chose... D'autres médias, supposément plus sérieux, spéculent sur qui sera ministre, qui sont les personnes de confiance (le fameux "primer anillo": le cercle restreint des gens qui ont accès à lui), quelles sont ses relations avec Lula, Evo Morales, la présidente de l'Argentine, Hugo Chavez,...  On veut le rencontrer, lui demander des faveurs, le féliciter, être bien avec lui...  C'est hallucinant!

Les colorados qui ont perdu l'élection se font sentir aussi. A part quelques déclarations où les ténors du parti pourchassent les coupables de la défaite, il y a surtout une insécurité palpable dans la fonction publique.  Des dizaines d'employé-e-s qui ne se sont jamais montrés là où ils travaillent, supposément, engorgent maintenant les bureaux. Une manifestation se prépare, celle des "fonctionnaires colorados" qui veulent revendiquer leur droit à garder leur emploi.  J'ai eu des échos aussi sur comment on se prépare dans certains milieux à absorber les changements de personnel qui ne manqueront pas de survenir.  Le climat n'est pas très serein.  Evidemment, ces gens réagissent à partir des coutumes (périmées?) de ce qu'ils ont connu lors d'autres changements de gouvernement, entre colorados.  Est-ce que ça sera différent maintenant?  J'ose le croire.

Moi, ça va pas pire...  Je continue de dire que nous avons vécu un précieux temps de grâce durant les dernières semaines mais mon corps et mon coeur protestent.  Des choses ont bougé à l'intérieur et je sais pas quoi.  J'ai les émotions en dents de scie.  J'essaie de faire passer ça avec de bonnes trottes dans le petit parc pas loin de chez nous.

11 mai 2008 - Fête de la Pentecôte

Nous venons de vivre la Pentecôte: les liturgies dans les deux communautés du quartier plus une journée de rencontre-partage-pique-nique-expositon artistique, dans notre grande cour.  Je suis revenu il y a deux semaines maintenant, en pleins préparatifs desquels je suis pourtant resté un peu absent, moitié parce que j'ai manqué le commencement et que tout était déjà pas mal lancé, moitié parce que je n'avais pas le coeur à ça.  J'ai aidé, j'ai fait des courses, j'ai fait du travail de bras, mais je n'ai pas tout orchestré, ou pensé tout orchestrer, comme j'avais coutume de le faire auparavant.  Sebastián a été l'intendant-administrateur, Gustavo le directeur artistique, Francisco et Osvaldo ont participé activement avec Gotas, surtout dans le théâtre de saynettes sur la vie dans Marché. Cette année, la communauté Gotas de Amor fête cinq ans de fondation. Ma participation plus en retrait a permis plus d'initiatives de la part de tous et toutes et je vois de la joie, de la fierté pour le travail accompli.  Anecdote: celle qui, il y a cinq ans avait douze ans et avait proposé le nom du groupe (Gouttes d'amour), cette fois-ci a composé un hymne style rock'n roll avec une chorégraphie de toute la bande. Energisant!

Nous avons aussi reçu un très beau cadeau d'un ami de Sherbrooke qui est venu durant les élections pour tourner un reportage et qui, en passant, nous a fricoté un petit vidéo sur la mission dans le Marché, très simple et très touchant, un bijou de montage graphique et de reportage senti.  Nous l'avons présenté à la fin de la journée; les gens ont été très touchés. Vous pouvez aller voir son profil et quelques-unes de ses oeuvres et réflexions ici où il a même livré quelques impressions sur son voyage: les élections et son séjour parmi nous (mais moi j'étais pas là puisque j'étais au pays). Son film ¡Ya basta! aussi a été tourné en partie au Paraguay.

Il fait un temps superbe.

16 mai 2008 - Fraternité

Mardi, je suis allé visiter un monsieur malade, il a plus de 80 ans et il s'en va doucement, il ne distingue plus très clairement où il est et qui sont ceux qui s'agitent autour de lui.  J'y vais chaque mois, jaser un peu, lui donner la communion et parfois aussi l'onction des malades.  Il y a trois semaines, il a fait une sorte d'attaque et il s'est évanoui.  Avec sa fille qui le garde dans sa maison et s'occupe de lui, nous avons eu un bout de conversation pendant que le bébé dormait et l'autre petit de 5-6 ans jouait avec son auto entre mes pattes et celles de son grand-père.
? Nous avons été bien en peine.  Tu étais parti, nous ne savions pas à qui demander de venir.
? Oui. Et je vais repartir bientôt.
? Où ça?
? Au Canada, je vais aller faire un temps d'études.
? Mais tu ne viens pas d'y aller, juste là, maintenant?
? Oui.
? Et tu retournes?
? Oui.
? Alors pourquoi tu es allé?
? Ma mère est décédée.  Je suis allé vivre ça avec ma famille.
Consternation.  Elle ne se doutait pas, personne ne lui avait dit.  Elle me demande quel âge avait maman, elle compare, si c'était une maladie grave:
? Alzheimer.
? Ah oui! comme papa! Alors tu...  Alors, la même chose!  Mon Dieu, comme nos misères se ressemblent et nous ramènent au même niveau!
Elle est touchée.  Elle ne s'imaginait pas que nous puissions vivre ou avoir vécu quelque chose de semblable.  Je lui parle brièvement de notre expérience de famille.  Je la laisse méditer sur sa surprise.  Quand je la salue avant de partir, je lui glisse:
? Tu as un nouveau frère.
? C'est ça que je viens de découvrir.

23 mai 2008 - San Pedro

Dimanche et lundi derniers, j'ai fait un bref aller-retour à San Pedro. Pas seulement dans le département, sinon à la ville de San Pedro.  Ça devait faire comme 7-8 ans, peut-être même plus, que je n'y étais pas retourné.  Émouvant!  Le chemin a changé, il est presque tout pavé, mais la ville est toujours dans son enclave, dans un recoin du territoire où on dirait que le temps ne se rend pas.  Non, c'est faux.  Il y a maintenant plein de cellulaires, internet, des motos en masse, et des jeunes...  Je ne reconnais personne, ou presque.

J'y suis allé pour retrouver Emmanuel, mon confrère, qui fait un stage avec des membres du clergé diocésain.  Il fait une très bonne expérience, dans la même maison où j'ai fait la mienne il y a 16 ans.  L'endroit n'a pas changé et j'avais l'impression que j'allais voir d'un instant à l'autre surgir la figure du Pa'i Vale, le prêtre qui a pratiquement fondé le diocèse de San Pedro, un homme de foi et de sagesse, qui est décédé il y a déjà quelques années. Dans son temps, il s'occupait de tout le nord du département et se rendait à Lima et Choré, à dos de cheval, en deux jours. Maintenant c'est un autre compagnon d'aventures qui est là, le P. Celso, avec qui de 96 à 98, nous avions lancé un petit groupe de réflexion sur la culture paysanne.  Les retrouvailles ont été très chaleureuses.

Le jour où je suis allé là-bas, Fernando Lugo y était.  Nous nous sommes croisés en chemin, à Resquín, à environ 225 km d'Asunción.  Je l'ai vu de loin et écouté son discours sur le sens de ce qui s'est passé le 20 avril dernier.  Il a souligné la maturité de la population qui a vraiment fait un choix profond en faveur du changement.  Le lundi, à la table de l'évêque, j'ai retrouvé un autre ami, le nouveau gouverneur, José Ledesma, mieux connu comme José Pakova ?José "Banane", à cause de son travail de culture et de commercialisation de la banane dans sa région. Il a été et il est toujours très engagé dans l'Eglise.  Son engagement, contrairement à d'autres sensibles à la tentation politique, n'a jamais été celui d'un profiteur.  Au contraire, il a fait fructifier toutes les formations auxquelles il a participées et il a été, il est, un multiplicateur-né qui se démène pour la vie de ses gens.  Il va maintenant au-devant de grands défis et, à mon avis, de grands dangers.  Avec une foi inébranlable accrochée au coeur.

Emmanuel est en train de boire à ces sources et je vois qu'il saisit le sens de la veine spirituelle qui anime ce peuple, cette Eglise.  Certains veulent chapeauter ce style d'expérience avec des titres: théologie de la libération, pastorale sociale, engagement politique de l'Eglise, populisme...  Ça ne rend pas l'ambiance de vieille cathédrale en briques et en bois, rites très traditionnels, simplicité des rapports, hiérarchie quand même, dévotions, initiatives de beaucoup d'agents de pastorale laïques, immaturités et fragilités, formation souvent improvisée "sur le tas", soirées de chants, visites "chez l'habitant", coude-à-coude serré dans les revendications sociales des plus démunis, joie de partager un moment de fête, soif de spiritualité, recherche de la vraie liberté... et beaucoup d'autres traits que je ne saurais décrire.  Je suis heureux qu'Emmanuel apprécie tout cela avec ouverture. C'est aussi une partie de l'héritage que j'ai reçu et que je garde précieusement.

25 mai 2008 - Paix!

Un vidéo primé par YouTube, en faveur de la paix au Moyen-Orient, par cette organisation dont je vous ai déjà parlé (mais je renonce à aller chercher la date du blogue) et que je vous invite à découvrir: Avaaz.  Ils sont actuellement en campagne pour aider la Birmanie et alimenter la flamme de l'espoir en Chine.

29 mai 2008 - Service de "supérieur"

La Congrégation du Saint-Esprit a été fondée le jour de la Pentecôte 1703 et, cette année-là, Pentecôte se célébrait le 27 mai.  Mardi c'était donc le 305e anniversaire de la fondation, et, avec tous les membres du groupe spiritain, nous nous sommes réunis pour une assemblée à la fois festive et élective. 

Je l'ai vu venir mais, quand même, ç'a été un moment émouvant: mes confrères m'ont élu supérieur du groupe du Paraguay.  Cet après-midi, la confirmation du Conseil Général est arrivée par courriel.  En décembre prochain, je vais succéder à Vítor Martins de Oliveira qui va terminer son deuxième tour (deux fois trois ans).  Lui-même avait pris ma place quand, en 2002, j'ai demandé de ne pas faire de deuxième mandat parce que j'avais à la fois la charge du groupe et celle de la formation des jeunes.  A cette époque, nous passions à travers une crise dont les signes m'indiquaient clairement qu'il valait mieux me donner à plein dans un seul champ, et je sentais que la formation était le chemin pour moi.

Qu'est-ce que je vais faire maintenant?  Laisser tomber la formation?  Retenter le coup de tout mener de front?  Très honnêtement, je ne sais pas, je sens que j'aurai besoin des prochains mois pour réfléchir.  Et je sais un peu quand même. Je sais qu'on ne mène pas grand'chose, surtout pas des personnes.  Au mieux on apporte une petite contribution qui les aide dans leurs cheminements. Je sens que je peux peut-être partager avec le groupe certaines choses que j'ai apprises dans la formation et en particulier ceci: que les personnes, même quand elles résistent, même quand elles se font indifférentes, ont besoin d'un autre qui entre dans leurs vies et les aide à regarder pour grandir et poursuivre l'objectif commun.  Il y a huit ans, je ne voyais pas cela.  J'avais la frousse: les confrères sont tous bien grands, majeurs, vaccinés, formés, il s'agit à peine d'administrer ou de favoriser la coordination...  Erreur!  L'animation c'est construire un lien personnel et s'engager dans une aventure de croissance et d'ouverture.

Je me sens un peu plus capable de vivre cela avec mes compagnons de congrégation. On dirait que ces dernières années m'ont rendu un peu moins naïf, un peu plus réaliste et conscient des défis, un peu moins exigeant dans mes attentes, un peu plus capable de voir les personnes là où elles sont, sans pour autant trop céder à la complaisance.  J'ai encore des peurs, j'ai encore de grosses tentations parfois de tout planter là et de faire mon petit bonheur à moi, j'ai toujours aussi cette tendance à chercher à ménager la chèvre et le chou.  Mais je vois davantage que ce sont des sautes d'humeur, des trémulations passagères, des fausses pistes desquelles je peux me détourner.  Plus en-dedans, comme un don qui vient vraiment d'ailleurs et qui est vraiment à moi aussi ?tout un mystère!?, un esprit (je cherche le mot: force, présence, conviction...) m'habite par lequel je surmonte mes replis, je m'ouvre au service, je choisis, en fin de compte, le seul chemin pour être vraiment libre et heureux.  Je ne sens pas de mérite à cela, c'est comme le fruit d'une longue histoire d'amour.

Ces derniers temps, je médite sur la figure de Paul dans les derniers chapitres des Actes des Apôtres.  Il est "enchaîné par l'Esprit", il s'en va vers un procès, et il se souvient des mots de Jésus: "Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir." Quelqu'un a sorti la même phrase en forme de blague durant l'assemblée de mardi: "Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir... dit le boxeur!"  Au milieu des rires, j'ai saisi le lien et j'ai senti le soutien.

Mai 2008

 

4 mai 2008 - Lugomania

Je suis revenu exactement dans la température que je voulais fuir.  Nous venons d'avoir quatre jours autour de 8-10 degrés avec de la pluie et du petit crachin, de l'humidité partout.  J'ai sorti mes "combines"...  Je m'ennuie du beau printemps qui commençait à Gatineau.

Nous avons repris nos activités normales de formation dans les différents groupes que j'accompagne.  Nous regardons ce que les participants et participantes ont vécu avec ces trois semaines d'absence durant lesquelles je suis quand même resté en contact et j'ai envoyé des consignes.  Comment, aux deux bouts d'un long fil de communication entre le Paraguay et le Canada, nous avons été fidèles à notre alliance de formation?  Cela donne lieu à de très beaux bilans.

L'ambiance du pays est électrique.  Il n'y a pas une conversation à table où on ne parle pas de Fernando Lugo.  Même chose dans les rencontres avec des amis.  Les médias sont en train de créer une vraie "Lugomania".  Les reporters des journaux à potins le pourchassent, et font des premières pages pour dire qu'à cause du froid il a mis des chaussures au lieu de ses sandales habituelles, qu'il a reçu le couple d'indigents qui l'attendait à la maison et leur a offert sa table, qu'il a visité la famille de l'ex-Miss Paraguay et qu'il y a sûrement quelque chose... D'autres médias, supposément plus sérieux, spéculent sur qui sera ministre, qui sont les personnes de confiance (le fameux "primer anillo": le cercle restreint des gens qui ont accès à lui), quelles sont ses relations avec Lula, Evo Morales, la présidente de l'Argentine, Hugo Chavez,...  On veut le rencontrer, lui demander des faveurs, le féliciter, être bien avec lui...  C'est hallucinant!

Les colorados qui ont perdu l'élection se font sentir aussi. A part quelques déclarations où les ténors du parti pourchassent les coupables de la défaite, il y a surtout une insécurité palpable dans la fonction publique.  Des dizaines d'employé-e-s qui ne se sont jamais montrés là où ils travaillent, supposément, engorgent maintenant les bureaux. Une manifestation se prépare, celle des "fonctionnaires colorados" qui veulent revendiquer leur droit à garder leur emploi.  J'ai eu des échos aussi sur comment on se prépare dans certains milieux à absorber les changements de personnel qui ne manqueront pas de survenir.  Le climat n'est pas très serein.  Evidemment, ces gens réagissent à partir des coutumes (périmées?) de ce qu'ils ont connu lors d'autres changements de gouvernement, entre colorados.  Est-ce que ça sera différent maintenant?  J'ose le croire.

Moi, ça va pas pire...  Je continue de dire que nous avons vécu un précieux temps de grâce durant les dernières semaines mais mon corps et mon coeur protestent.  Des choses ont bougé à l'intérieur et je sais pas quoi.  J'ai les émotions en dents de scie.  J'essaie de faire passer ça avec de bonnes trottes dans le petit parc pas loin de chez nous.

11 mai 2008 - Fête de la Pentecôte

Nous venons de vivre la Pentecôte: les liturgies dans les deux communautés du quartier plus une journée de rencontre-partage-pique-nique-expositon artistique, dans notre grande cour.  Je suis revenu il y a deux semaines maintenant, en pleins préparatifs desquels je suis pourtant resté un peu absent, moitié parce que j'ai manqué le commencement et que tout était déjà pas mal lancé, moitié parce que je n'avais pas le coeur à ça.  J'ai aidé, j'ai fait des courses, j'ai fait du travail de bras, mais je n'ai pas tout orchestré, ou pensé tout orchestrer, comme j'avais coutume de le faire auparavant.  Sebastián a été l'intendant-administrateur, Gustavo le directeur artistique, Francisco et Osvaldo ont participé activement avec Gotas, surtout dans le théâtre de saynettes sur la vie dans Marché. Cette année, la communauté Gotas de Amor fête cinq ans de fondation. Ma participation plus en retrait a permis plus d'initiatives de la part de tous et toutes et je vois de la joie, de la fierté pour le travail accompli.  Anecdote: celle qui, il y a cinq ans avait douze ans et avait proposé le nom du groupe (Gouttes d'amour), cette fois-ci a composé un hymne style rock'n roll avec une chorégraphie de toute la bande. Energisant!

Nous avons aussi reçu un très beau cadeau d'un ami de Sherbrooke qui est venu durant les élections pour tourner un reportage et qui, en passant, nous a fricoté un petit vidéo sur la mission dans le Marché, très simple et très touchant, un bijou de montage graphique et de reportage senti.  Nous l'avons présenté à la fin de la journée; les gens ont été très touchés. Vous pouvez aller voir son profil et quelques-unes de ses oeuvres et réflexions ici où il a même livré quelques impressions sur son voyage: les élections et son séjour parmi nous (mais moi j'étais pas là puisque j'étais au pays). Son film ¡Ya basta! aussi a été tourné en partie au Paraguay.

Il fait un temps superbe.

16 mai 2008 - Fraternité

Mardi, je suis allé visiter un monsieur malade, il a plus de 80 ans et il s'en va doucement, il ne distingue plus très clairement où il est et qui sont ceux qui s'agitent autour de lui.  J'y vais chaque mois, jaser un peu, lui donner la communion et parfois aussi l'onction des malades.  Il y a trois semaines, il a fait une sorte d'attaque et il s'est évanoui.  Avec sa fille qui le garde dans sa maison et s'occupe de lui, nous avons eu un bout de conversation pendant que le bébé dormait et l'autre petit de 5-6 ans jouait avec son auto entre mes pattes et celles de son grand-père.
? Nous avons été bien en peine.  Tu étais parti, nous ne savions pas à qui demander de venir.
? Oui. Et je vais repartir bientôt.
? Où ça?
? Au Canada, je vais aller faire un temps d'études.
? Mais tu ne viens pas d'y aller, juste là, maintenant?
? Oui.
? Et tu retournes?
? Oui.
? Alors pourquoi tu es allé?
? Ma mère est décédée.  Je suis allé vivre ça avec ma famille.
Consternation.  Elle ne se doutait pas, personne ne lui avait dit.  Elle me demande quel âge avait maman, elle compare, si c'était une maladie grave:
? Alzheimer.
? Ah oui! comme papa! Alors tu...  Alors, la même chose!  Mon Dieu, comme nos misères se ressemblent et nous ramènent au même niveau!
Elle est touchée.  Elle ne s'imaginait pas que nous puissions vivre ou avoir vécu quelque chose de semblable.  Je lui parle brièvement de notre expérience de famille.  Je la laisse méditer sur sa surprise.  Quand je la salue avant de partir, je lui glisse:
? Tu as un nouveau frère.
? C'est ça que je viens de découvrir.

23 mai 2008 - San Pedro

Dimanche et lundi derniers, j'ai fait un bref aller-retour à San Pedro. Pas seulement dans le département, sinon à la ville de San Pedro.  Ça devait faire comme 7-8 ans, peut-être même plus, que je n'y étais pas retourné.  Émouvant!  Le chemin a changé, il est presque tout pavé, mais la ville est toujours dans son enclave, dans un recoin du territoire où on dirait que le temps ne se rend pas.  Non, c'est faux.  Il y a maintenant plein de cellulaires, internet, des motos en masse, et des jeunes...  Je ne reconnais personne, ou presque.

J'y suis allé pour retrouver Emmanuel, mon confrère, qui fait un stage avec des membres du clergé diocésain.  Il fait une très bonne expérience, dans la même maison où j'ai fait la mienne il y a 16 ans.  L'endroit n'a pas changé et j'avais l'impression que j'allais voir d'un instant à l'autre surgir la figure du Pa'i Vale, le prêtre qui a pratiquement fondé le diocèse de San Pedro, un homme de foi et de sagesse, qui est décédé il y a déjà quelques années. Dans son temps, il s'occupait de tout le nord du département et se rendait à Lima et Choré, à dos de cheval, en deux jours. Maintenant c'est un autre compagnon d'aventures qui est là, le P. Celso, avec qui de 96 à 98, nous avions lancé un petit groupe de réflexion sur la culture paysanne.  Les retrouvailles ont été très chaleureuses.

Le jour où je suis allé là-bas, Fernando Lugo y était.  Nous nous sommes croisés en chemin, à Resquín, à environ 225 km d'Asunción.  Je l'ai vu de loin et écouté son discours sur le sens de ce qui s'est passé le 20 avril dernier.  Il a souligné la maturité de la population qui a vraiment fait un choix profond en faveur du changement.  Le lundi, à la table de l'évêque, j'ai retrouvé un autre ami, le nouveau gouverneur, José Ledesma, mieux connu comme José Pakova ?José "Banane", à cause de son travail de culture et de commercialisation de la banane dans sa région. Il a été et il est toujours très engagé dans l'Eglise.  Son engagement, contrairement à d'autres sensibles à la tentation politique, n'a jamais été celui d'un profiteur.  Au contraire, il a fait fructifier toutes les formations auxquelles il a participées et il a été, il est, un multiplicateur-né qui se démène pour la vie de ses gens.  Il va maintenant au-devant de grands défis et, à mon avis, de grands dangers.  Avec une foi inébranlable accrochée au coeur.

Emmanuel est en train de boire à ces sources et je vois qu'il saisit le sens de la veine spirituelle qui anime ce peuple, cette Eglise.  Certains veulent chapeauter ce style d'expérience avec des titres: théologie de la libération, pastorale sociale, engagement politique de l'Eglise, populisme...  Ça ne rend pas l'ambiance de vieille cathédrale en briques et en bois, rites très traditionnels, simplicité des rapports, hiérarchie quand même, dévotions, initiatives de beaucoup d'agents de pastorale laïques, immaturités et fragilités, formation souvent improvisée "sur le tas", soirées de chants, visites "chez l'habitant", coude-à-coude serré dans les revendications sociales des plus démunis, joie de partager un moment de fête, soif de spiritualité, recherche de la vraie liberté... et beaucoup d'autres traits que je ne saurais décrire.  Je suis heureux qu'Emmanuel apprécie tout cela avec ouverture. C'est aussi une partie de l'héritage que j'ai reçu et que je garde précieusement.

25 mai 2008 - Paix!

Un vidéo primé par YouTube, en faveur de la paix au Moyen-Orient, par cette organisation dont je vous ai déjà parlé (mais je renonce à aller chercher la date du blogue) et que je vous invite à découvrir: Avaaz.  Ils sont actuellement en campagne pour aider la Birmanie et alimenter la flamme de l'espoir en Chine.

29 mai 2008 - Service de "supérieur"

La Congrégation du Saint-Esprit a été fondée le jour de la Pentecôte 1703 et, cette année-là, Pentecôte se célébrait le 27 mai.  Mardi c'était donc le 305e anniversaire de la fondation, et, avec tous les membres du groupe spiritain, nous nous sommes réunis pour une assemblée à la fois festive et élective. 

Je l'ai vu venir mais, quand même, ç'a été un moment émouvant: mes confrères m'ont élu supérieur du groupe du Paraguay.  Cet après-midi, la confirmation du Conseil Général est arrivée par courriel.  En décembre prochain, je vais succéder à Vítor Martins de Oliveira qui va terminer son deuxième tour (deux fois trois ans).  Lui-même avait pris ma place quand, en 2002, j'ai demandé de ne pas faire de deuxième mandat parce que j'avais à la fois la charge du groupe et celle de la formation des jeunes.  A cette époque, nous passions à travers une crise dont les signes m'indiquaient clairement qu'il valait mieux me donner à plein dans un seul champ, et je sentais que la formation était le chemin pour moi.

Qu'est-ce que je vais faire maintenant?  Laisser tomber la formation?  Retenter le coup de tout mener de front?  Très honnêtement, je ne sais pas, je sens que j'aurai besoin des prochains mois pour réfléchir.  Et je sais un peu quand même. Je sais qu'on ne mène pas grand'chose, surtout pas des personnes.  Au mieux on apporte une petite contribution qui les aide dans leurs cheminements. Je sens que je peux peut-être partager avec le groupe certaines choses que j'ai apprises dans la formation et en particulier ceci: que les personnes, même quand elles résistent, même quand elles se font indifférentes, ont besoin d'un autre qui entre dans leurs vies et les aide à regarder pour grandir et poursuivre l'objectif commun.  Il y a huit ans, je ne voyais pas cela.  J'avais la frousse: les confrères sont tous bien grands, majeurs, vaccinés, formés, il s'agit à peine d'administrer ou de favoriser la coordination...  Erreur!  L'animation c'est construire un lien personnel et s'engager dans une aventure de croissance et d'ouverture.

Je me sens un peu plus capable de vivre cela avec mes compagnons de congrégation. On dirait que ces dernières années m'ont rendu un peu moins naïf, un peu plus réaliste et conscient des défis, un peu moins exigeant dans mes attentes, un peu plus capable de voir les personnes là où elles sont, sans pour autant trop céder à la complaisance.  J'ai encore des peurs, j'ai encore de grosses tentations parfois de tout planter là et de faire mon petit bonheur à moi, j'ai toujours aussi cette tendance à chercher à ménager la chèvre et le chou.  Mais je vois davantage que ce sont des sautes d'humeur, des trémulations passagères, des fausses pistes desquelles je peux me détourner.  Plus en-dedans, comme un don qui vient vraiment d'ailleurs et qui est vraiment à moi aussi ?tout un mystère!?, un esprit (je cherche le mot: force, présence, conviction...) m'habite par lequel je surmonte mes replis, je m'ouvre au service, je choisis, en fin de compte, le seul chemin pour être vraiment libre et heureux.  Je ne sens pas de mérite à cela, c'est comme le fruit d'une longue histoire d'amour.

Ces derniers temps, je médite sur la figure de Paul dans les derniers chapitres des Actes des Apôtres.  Il est "enchaîné par l'Esprit", il s'en va vers un procès, et il se souvient des mots de Jésus: "Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir." Quelqu'un a sorti la même phrase en forme de blague durant l'assemblée de mardi: "Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir... dit le boxeur!"  Au milieu des rires, j'ai saisi le lien et j'ai senti le soutien.

Avril 2008

 

24 avril 2008 - Temps de grâce

Je sais, j'ai tardé, j'ai plein de choses à vous conter.

D'abord que le samedi 5 avril, mon frère m'a envoyé un mot pour me dire que ma mère avait cessé d'avaler, les dernières heures approchaient.  Le dimanche, en discernement, avec justement notre récollection mensuelle qui tombait ce matin-là, et après avoir partagé avec notre supérieur du groupe, j'ai décidé de partir et d'être auprès de ma famille.  Je suis arrivé à Ottawa le mercredi 9 et nous sommes allés tout de suite à la résidence où maman dormait, entourée des membres de la famille et de plein d'autres qui sont venus nous visiter.  Elle est décédée le jeudi 17.  Nous avons eu la chance de pouvoir l'accompagner de jour et de nuit durant ces derniers treize jours.  Hier nous avons célébré les funérailles, à l'église paroissiale.  Emouvant.

Je l'ai dit à plein de gens, la dominante n'a pas été la douleur, de l'émotion bien sûr mais aussi une grande paix et une présence.  D'elle: nous avons commencé à relire le livre de sa vie et laissé monter en nous la mémoire de la femme qu'elle a été.  Présence aussi entre nous, comme famille et avec un impressionnant réseau de parents et d'ami-e-s, des gestes très touchants d'aide et de proximité. Présence de Dieu, dans le silence et la solitude de la mort où on apprend à laisser l'autre être radicalement elle-même et partir à la rencontre de l'Ami.  Je sais qu'il me faudra du temps pour ruminer tout le riche vécu des deux dernières semaines.

Je vous écris de Gatineau, je repars dimanche pour Asunción.

Pendant ce temps... le Paraguay a bougé. Ici au Canada, en tout cas, la nouvelle a vraiment fait la manchette.  Dimanche dernier, les paraguayens et les paraguayennes ont voté pour Fernando Lugo à presque 41%, devançant de plus de 9 points la candidate "officialiste".  C'est une victoire très claire, un vote contre la continuité de 61 ans d'emprise du parti Colorado. Comme quelqu'un l'a souligné, c'est aussi la première fois en 160 ans qu'une transition de partis politiques au gouvernement se fait par les urnes et non par la violence.  Ça aussi, ça surtout, c'est une grande victoire!

Les défis sont énormes et j'imagine que le nouveau gouvernement aura beaucoup d'obstacles à surmonter sur son chemin, et pas toujours des obstacles causés par les "méchants ennemis".  La coalition que dirige Fernando Lugo est fragile et tiraillée.  Je souhaite de tout coeur que l'esprit civique pacifique qui a régné dimanche dernier permette de mener à bien au moins quelques-unes des nombreuses réformes qu'il a proposées dans son plan de gouvernement.

Pendant ce temps encore... j'ai fait l'expérience de continuer à exercer mon rôle de formateur, à distance, par internet.  J'ai beaucoup écrit et lu attentivement les retours qu'on m'a envoyés.  La semaine prochaine, je vais pouvoir faire un premier bilan avec les personnes et les groupes que j'accompagne.  Je vois cependant déjà que si des deux côtés de la communication on travaille fort, on peut vraiment utiliser ces nouvelles technologies qui rendent les contacts si rapides.  Le plus difficile, c'est de décider et, d'après ce que j'ai pu observer dans l'expérience des dernières semaines, de décider de se concentrer et d'écrire.

Avril 2008

 

24 avril 2008 - Temps de grâce

Je sais, j'ai tardé, j'ai plein de choses à vous conter.

D'abord que le samedi 5 avril, mon frère m'a envoyé un mot pour me dire que ma mère avait cessé d'avaler, les dernières heures approchaient.  Le dimanche, en discernement, avec justement notre récollection mensuelle qui tombait ce matin-là, et après avoir partagé avec notre supérieur du groupe, j'ai décidé de partir et d'être auprès de ma famille.  Je suis arrivé à Ottawa le mercredi 9 et nous sommes allés tout de suite à la résidence où maman dormait, entourée des membres de la famille et de plein d'autres qui sont venus nous visiter.  Elle est décédée le jeudi 17.  Nous avons eu la chance de pouvoir l'accompagner de jour et de nuit durant ces derniers treize jours.  Hier nous avons célébré les funérailles, à l'église paroissiale.  Emouvant.

Je l'ai dit à plein de gens, la dominante n'a pas été la douleur, de l'émotion bien sûr mais aussi une grande paix et une présence.  D'elle: nous avons commencé à relire le livre de sa vie et laissé monter en nous la mémoire de la femme qu'elle a été.  Présence aussi entre nous, comme famille et avec un impressionnant réseau de parents et d'ami-e-s, des gestes très touchants d'aide et de proximité. Présence de Dieu, dans le silence et la solitude de la mort où on apprend à laisser l'autre être radicalement elle-même et partir à la rencontre de l'Ami.  Je sais qu'il me faudra du temps pour ruminer tout le riche vécu des deux dernières semaines.

Je vous écris de Gatineau, je repars dimanche pour Asunción.

Pendant ce temps... le Paraguay a bougé. Ici au Canada, en tout cas, la nouvelle a vraiment fait la manchette.  Dimanche dernier, les paraguayens et les paraguayennes ont voté pour Fernando Lugo à presque 41%, devançant de plus de 9 points la candidate "officialiste".  C'est une victoire très claire, un vote contre la continuité de 61 ans d'emprise du parti Colorado. Comme quelqu'un l'a souligné, c'est aussi la première fois en 160 ans qu'une transition de partis politiques au gouvernement se fait par les urnes et non par la violence.  Ça aussi, ça surtout, c'est une grande victoire!

Les défis sont énormes et j'imagine que le nouveau gouvernement aura beaucoup d'obstacles à surmonter sur son chemin, et pas toujours des obstacles causés par les "méchants ennemis".  La coalition que dirige Fernando Lugo est fragile et tiraillée.  Je souhaite de tout coeur que l'esprit civique pacifique qui a régné dimanche dernier permette de mener à bien au moins quelques-unes des nombreuses réformes qu'il a proposées dans son plan de gouvernement.

Pendant ce temps encore... j'ai fait l'expérience de continuer à exercer mon rôle de formateur, à distance, par internet.  J'ai beaucoup écrit et lu attentivement les retours qu'on m'a envoyés.  La semaine prochaine, je vais pouvoir faire un premier bilan avec les personnes et les groupes que j'accompagne.  Je vois cependant déjà que si des deux côtés de la communication on travaille fort, on peut vraiment utiliser ces nouvelles technologies qui rendent les contacts si rapides.  Le plus difficile, c'est de décider et, d'après ce que j'ai pu observer dans l'expérience des dernières semaines, de décider de se concentrer et d'écrire.

Mars 2008

 

11 mars 2008 - Lassitude

Nous sommes en campagne électorale.  Elle met du temps à démarrer.  Ou plutôt: ça fait très longtemps qu'elle est en route mais juste au moment où elle devrait battre son plein parce que c'est la période légale prévue pour cela, elle se fait languide.  C'est un signe: le parti Colorado qui a le plus de moyens pour battre tambours et sonner trompettes n'arrive pas encore à rassembler ses troupes autour de ses candidats élus.  Il y a bien quelques "concentrations" mais sans vie, tristes, minées par une angoisse intérieure.  Les "caudillos", les petits et grands chefs qui habituellement oublient rapidement leurs luttes sanglantes pour défendre leur parti contre l'opposition, cette fois-ci font un chantage flagrant afin d'échanger leur adhésion ?et celle de leurs "fidèles"? contre des avantages dans le futur gouvernement.  C'est absolument scandaleux et parfaitement public. Dans cette ambiance où les colorados semblent abandonner d'eux-mêmes leur pouvoir ininterrompu de plus de 60 ans, les chances de l'opposition (Fernando Lugo) sont de plus en plus fortes.

A part ça, la semaine sainte s'en vient.  C'est un temps occupé dans toutes les communautés chrétiennes du monde mais c'est un temps particulièrement chargé de nostalgies et d'affects en Amérique Latine.  Ici, avant tout, c'est une grosse fête de famille durant laquelle les "enfants dispersés" se rassemblent autour des parents et grands-parents. On sent très fort l'absence de ceux et celles qui sont partis au loin et qui ne peuvent pas venir.  Le sujet de l'émigration économique croissante de milliers de paraguayens refait surface.

21 mars 2008 - Semaine sainte déjà

Hé oui, elle est venue vite cette année.  A peine quinze jours de routine un peu normale et nous voilà en plein triduum pascal.  Cette année, je retourne avec les jeunes de la paroisse et nous fêtons la "Pascua Joven", trois jours de rencontres style jeune, avec de la musique forte, des "dynamiques" (des sortes de jeux où tout le monde danse et rigole), des témoignages, quelques travaux en groupes.  Ça se passe bien.  J'ai aidé dans la préparation et je suis là parce que c'est important pour eux la présence du "pa'i", je fais de très belles rencontres. L'équipe des jeunes animateurs et animatrices est très active.  Nous découvrons des talents.

Avec ça, nous célébrons aussi les liturgies traditionnelles dans les deux communautés du quartier.  Il y a pas mal de monde malgré la grosse chaleur ?probablement les derniers soubresauts avant l'automne qui commence officiellement aujourd'hui. Je suis à nouveau tout seul dans la maison, les autres sont partis célébrer la "Pascua Joven" dans la paroisse de San Lorenzo, avec la communauté du noviciat, pour essayer d'entrer plus à fond dans les groupes de jeunes, plus nombreux et plus ouverts, de là-bas.  Plus nombreux et plus ouverts, plus simples surtout, parce qu'économiquement plus pauvres, donc à la recherche d'activités à peu près gratuites où passer une semaine sainte intéressante, loin des recours faciles des "fêtes" avec excès d'alcool.  Je ne sais plus quelle statistique j'avais écoutée il y a trois ou quatre ans, et je vous en ai peut-être même déjà fait mention, on parlait de millions de litres de bière vendus durant cette période, ça équivalait à environ huit litres par habitant, pour une semaine.

Ce matin, je suis passé dans la ville en moto, c'est vraiment le grand silence, les rues sont désertes.  Hier et aujourd'hui sont congés officiels du calendrier laboral.  Le vendredi saint, les supermarchés sont fermés. C'est un contraste avec l'activité bruyante habituelle.  Malgré l'éloignement croissant de l'Eglise catholique, les coutumes continuent de peser fort. J'écoutais des parents dire à leurs enfants de se taire, de ne pas courir, qu'aujourd'hui est jour de deuil.  Les journaux remplissent leurs colonnes avec ce qui reste des traditions anciennes comme les chants-pleurs des "estacioneros".  La télé présente tous les films bibliques anciens et nouveaux.  Ambiance spéciale.

30 mars 2008 - La ramancheuse

Il y a trois semaines, en jouant au basket avec la gang de jeunes et moins jeunes de Gotas de Amor, je me suis blessé le petit doigt.  Il est resté plié et crochu.  J'ai pensé que ça reviendrait tout seul mais, non, les jointures rougissent et j'ai mal, la dernière phalange ne veut pas se redresser!  Je me suis rendu aux recommandations d'autres membres du groupe, et je suis allé visiter une "médica", une ramancheuse, une rebouteuse, une dame de 74 ans, mère de dix enfants, grand-mère je sais pas combien de fois, femme de foi et d'amour du prochain, sage-femme et catéchiste très engagée dans sa paroisse et son quartier, pas loin d'ici.

Elle m'a pris la main avec douceur et retenu le petit doigt en faisant pivoter la phalange sur son axe. A part quelques étirements, je n'ai pas senti de douleur.  Pendant qu'elle "travaillait", elle me parlait: les malades du quartier, ce qu'elle fait pour eux et elles, sa propre opération il y a un mois et demi, comment tout le monde l'a aidée car elle est très pauvre, la mission qu'elle se sent appelée à réaliser: aider les plus démunis, embrasser les plus souffrants, leur montrer l'amour de Dieu.  Elle m'a jusqu'à révélé quelque chose de son aspiration, son rêve profond, son objectif: faire tout pour que la communauté chrétienne soit témoin de cet accueil inconditionnel de Jésus pour les plus pauvres.  Avant qu'elle ne me parle d'elle, car elle m'en a parlé comme d'une personne très significative pour elle, j'ai vu la Mère Teresa dans son visage et son attitude.

Le monde de la santé au Paraguay c'est aussi et peut-être même surtout celui de ces personnes qui ont appris par l'expérience et qui ont un "don".  Il y a de tout, plusieurs qui y mettent toutes sortes de pratiques religieuses souvent très syncrétiques, d'autres qui cherchent un pouvoir ou un avantage. Mais il y aussi beaucoup de vrai service. Certains sont même de véritables saints et saintes.  J'en ai connu dans le "campo", je me souviens en particulier d'une jeune femme paraplégique qu'on transportait dans son lit d'une maison à l'autre et d'une communauté à l'autre et qui priait et guérissait.  J'en ai connu chez les Guaranis, je me souviens en particulier d'un tamói, un "prêtre" traditionnel, un shamane, qui faisait de longues tournées partout où on le demandait et qui soulageait beaucoup de maux. 

Dans ce monde-là les représentations de la santé et de la maladie sont différentes de celles de la culture scientifique et la médecine moderne.  Je suis souvent dérouté, pour ne pas dire sceptique et agacé, par les définitions et descriptions qu'on me donne des maux et des remèdes, ça n'est pas dans mon livre.  Mais j'essaie d'écouter et de comprendre.  Les gens, eux, ils savent, ils saisissent, et ils croient.

Je dois reconnaître que cette dame qui vient de m'"arranger" l'auriculaire droit m'a particulièrement touché.  Avec elle, je me suis vraiment senti dans la même famille spirituelle.  Je suis sorti vingt minutes plus tard de sa petite maison, en paix avec l'univers, comme si j'avais assisté en personne au discours des Béatitudes.

Mars 2008

 

11 mars 2008 - Lassitude

Nous sommes en campagne électorale.  Elle met du temps à démarrer.  Ou plutôt: ça fait très longtemps qu'elle est en route mais juste au moment où elle devrait battre son plein parce que c'est la période légale prévue pour cela, elle se fait languide.  C'est un signe: le parti Colorado qui a le plus de moyens pour battre tambours et sonner trompettes n'arrive pas encore à rassembler ses troupes autour de ses candidats élus.  Il y a bien quelques "concentrations" mais sans vie, tristes, minées par une angoisse intérieure.  Les "caudillos", les petits et grands chefs qui habituellement oublient rapidement leurs luttes sanglantes pour défendre leur parti contre l'opposition, cette fois-ci font un chantage flagrant afin d'échanger leur adhésion ?et celle de leurs "fidèles"? contre des avantages dans le futur gouvernement.  C'est absolument scandaleux et parfaitement public. Dans cette ambiance où les colorados semblent abandonner d'eux-mêmes leur pouvoir ininterrompu de plus de 60 ans, les chances de l'opposition (Fernando Lugo) sont de plus en plus fortes.

A part ça, la semaine sainte s'en vient.  C'est un temps occupé dans toutes les communautés chrétiennes du monde mais c'est un temps particulièrement chargé de nostalgies et d'affects en Amérique Latine.  Ici, avant tout, c'est une grosse fête de famille durant laquelle les "enfants dispersés" se rassemblent autour des parents et grands-parents. On sent très fort l'absence de ceux et celles qui sont partis au loin et qui ne peuvent pas venir.  Le sujet de l'émigration économique croissante de milliers de paraguayens refait surface.

21 mars 2008 - Semaine sainte déjà

Hé oui, elle est venue vite cette année.  A peine quinze jours de routine un peu normale et nous voilà en plein triduum pascal.  Cette année, je retourne avec les jeunes de la paroisse et nous fêtons la "Pascua Joven", trois jours de rencontres style jeune, avec de la musique forte, des "dynamiques" (des sortes de jeux où tout le monde danse et rigole), des témoignages, quelques travaux en groupes.  Ça se passe bien.  J'ai aidé dans la préparation et je suis là parce que c'est important pour eux la présence du "pa'i", je fais de très belles rencontres. L'équipe des jeunes animateurs et animatrices est très active.  Nous découvrons des talents.

Avec ça, nous célébrons aussi les liturgies traditionnelles dans les deux communautés du quartier.  Il y a pas mal de monde malgré la grosse chaleur ?probablement les derniers soubresauts avant l'automne qui commence officiellement aujourd'hui. Je suis à nouveau tout seul dans la maison, les autres sont partis célébrer la "Pascua Joven" dans la paroisse de San Lorenzo, avec la communauté du noviciat, pour essayer d'entrer plus à fond dans les groupes de jeunes, plus nombreux et plus ouverts, de là-bas.  Plus nombreux et plus ouverts, plus simples surtout, parce qu'économiquement plus pauvres, donc à la recherche d'activités à peu près gratuites où passer une semaine sainte intéressante, loin des recours faciles des "fêtes" avec excès d'alcool.  Je ne sais plus quelle statistique j'avais écoutée il y a trois ou quatre ans, et je vous en ai peut-être même déjà fait mention, on parlait de millions de litres de bière vendus durant cette période, ça équivalait à environ huit litres par habitant, pour une semaine.

Ce matin, je suis passé dans la ville en moto, c'est vraiment le grand silence, les rues sont désertes.  Hier et aujourd'hui sont congés officiels du calendrier laboral.  Le vendredi saint, les supermarchés sont fermés. C'est un contraste avec l'activité bruyante habituelle.  Malgré l'éloignement croissant de l'Eglise catholique, les coutumes continuent de peser fort. J'écoutais des parents dire à leurs enfants de se taire, de ne pas courir, qu'aujourd'hui est jour de deuil.  Les journaux remplissent leurs colonnes avec ce qui reste des traditions anciennes comme les chants-pleurs des "estacioneros".  La télé présente tous les films bibliques anciens et nouveaux.  Ambiance spéciale.

30 mars 2008 - La ramancheuse

Il y a trois semaines, en jouant au basket avec la gang de jeunes et moins jeunes de Gotas de Amor, je me suis blessé le petit doigt.  Il est resté plié et crochu.  J'ai pensé que ça reviendrait tout seul mais, non, les jointures rougissent et j'ai mal, la dernière phalange ne veut pas se redresser!  Je me suis rendu aux recommandations d'autres membres du groupe, et je suis allé visiter une "médica", une ramancheuse, une rebouteuse, une dame de 74 ans, mère de dix enfants, grand-mère je sais pas combien de fois, femme de foi et d'amour du prochain, sage-femme et catéchiste très engagée dans sa paroisse et son quartier, pas loin d'ici.

Elle m'a pris la main avec douceur et retenu le petit doigt en faisant pivoter la phalange sur son axe. A part quelques étirements, je n'ai pas senti de douleur.  Pendant qu'elle "travaillait", elle me parlait: les malades du quartier, ce qu'elle fait pour eux et elles, sa propre opération il y a un mois et demi, comment tout le monde l'a aidée car elle est très pauvre, la mission qu'elle se sent appelée à réaliser: aider les plus démunis, embrasser les plus souffrants, leur montrer l'amour de Dieu.  Elle m'a jusqu'à révélé quelque chose de son aspiration, son rêve profond, son objectif: faire tout pour que la communauté chrétienne soit témoin de cet accueil inconditionnel de Jésus pour les plus pauvres.  Avant qu'elle ne me parle d'elle, car elle m'en a parlé comme d'une personne très significative pour elle, j'ai vu la Mère Teresa dans son visage et son attitude.

Le monde de la santé au Paraguay c'est aussi et peut-être même surtout celui de ces personnes qui ont appris par l'expérience et qui ont un "don".  Il y a de tout, plusieurs qui y mettent toutes sortes de pratiques religieuses souvent très syncrétiques, d'autres qui cherchent un pouvoir ou un avantage. Mais il y aussi beaucoup de vrai service. Certains sont même de véritables saints et saintes.  J'en ai connu dans le "campo", je me souviens en particulier d'une jeune femme paraplégique qu'on transportait dans son lit d'une maison à l'autre et d'une communauté à l'autre et qui priait et guérissait.  J'en ai connu chez les Guaranis, je me souviens en particulier d'un tamói, un "prêtre" traditionnel, un shamane, qui faisait de longues tournées partout où on le demandait et qui soulageait beaucoup de maux. 

Dans ce monde-là les représentations de la santé et de la maladie sont différentes de celles de la culture scientifique et la médecine moderne.  Je suis souvent dérouté, pour ne pas dire sceptique et agacé, par les définitions et descriptions qu'on me donne des maux et des remèdes, ça n'est pas dans mon livre.  Mais j'essaie d'écouter et de comprendre.  Les gens, eux, ils savent, ils saisissent, et ils croient.

Je dois reconnaître que cette dame qui vient de m'"arranger" l'auriculaire droit m'a particulièrement touché.  Avec elle, je me suis vraiment senti dans la même famille spirituelle.  Je suis sorti vingt minutes plus tard de sa petite maison, en paix avec l'univers, comme si j'avais assisté en personne au discours des Béatitudes.

Février 2008

 

2 février 2008 - Profession

Aujourd'hui, c'est la fête de notre "2e fondateur", François Libermann.  Depuis que nous avons le noviciat international chez nous, à San Lorenzo, c'est la date de la fin du noviciat et de la profession des novices, plus l'entrée des nouveaux.  Quatre novices ont fait profession ce matin, deux d'Haïti, Isaac et Stéphanne, un Brésilien, Jarino, et Celso, un jeune du Paraguay avec qui j'ai cheminé cinq ans.  Ils ont choisi de célébrer la profession au fond de leur propre cour, sous les immenses manguiers ?qui heureusement n'avaient plus de fruits pour tomber sur la foule réunie.  Une belle célébration, très simple, très fraternelle, avec la présence de plein d'ami-e-s venu-e-s manifester leur soutien aux professants.

Nous avons reçu quelques-uns de la famille de Celso dans notre maison depuis hier.  On a bien ri et passé de bons moments de partage.  La communauté "Gotas de Amor" s'est aussi unie pour préparer beaucoup d'amuse-gueules pour les agapes qui ont suivi la liturgie aujourd'hui.

Tout simple mais je suis crevé.  Je suis très pris dans toute la transition qui se vit au noviciat: la profession et le départ de Celso (demain matin pour aller faire sa théologie à São Paulo), Mario et Isaac qui viennent d'entrer pour la nouvelle année, avec un nouveau maître des novices, Carlos du Brésil, plus un Haitien et quatre Brésiliens.  Il y a de l'électricité dans l'air et je vois, je sens, les sensibilités à fleur de peau.  J'ai besoin de laisser un peu à chacun sa part, sans vouloir tout saisir, ni tout comprendre.  Nous avons célébré le fait que des jeunes s'engagent dans la congrégation, affirment publiquement qu'ils veulent l'habiter et la rénover pour qu'elle soit contribution vivante à la mission de l'Eglise.  Je suis ému, je n'y peux rien mais je suis ému, encore plus que quand je regarde des films romantiques et qu'ils se déclarent leur amour!

6 février 2008 - Puissance et impuissance

J'ai nettoyé le fond de la cour hier après-midi.  Depuis quelques mois, nous avons une tondeuse de celles qui coupent les grandes herbes dans les terrains irréguliers, elle fonctionne comme un charme.  Ça m'a pris trois heures et quelques litres d'eau!  Content!

Au matin, j'ai reçu deux nouvelles.  Une sur de possibles mauvais usages d'argent qui nous est confié.  Pas seulement un accident par faute d'innocence sinon quelque chose de planifié et délinquant.  Ça m'a bouleversé.  Plus tard, je suis allé à Callescuela où Norma m'a parlé du groupe des jeunes de "de la petite Plaza", le groupe qui, il y a un an nous a fait décider de renoncer à notre grande cour pour recevoir les enfants le samedi, parce qu'ils avaient commencé à occuper notre espace et menaçaient les autres par leur comportement: drogue, vols, extorsion, vandalisme...  Ils ne vont pas bien du tout malgré l'effort concerté dont ils ont été l'objet depuis l'an dernier. Norma m'a dit: "On dirait que ce groupe-là n'intéresse personne, qu'on préfèrerait les voir éliminés..."  Et j'ai ajouté: "On dirait que ce désintérêt s'allie à leur propre pulsion suicidaire; ils s'entêtent à détruire ce qu'on tente de faire pour eux."  Quoi faire pour les rejoindre, les aider, leur donner le goût de vivre?

Les personnes ne sont pas comme les fonds de cour.

10 février 2008 - Re-lancés

Nous venons de terminer notre journée de lancement des activités du groupe "Gotas de Amor".  Presque trente personnes sont venues, plusieurs figures réapparaissent après un temps d'absence (deux pour cause de maternité), d'autres sont là depuis toujours, d'autres sont complètement nouvelles.  Nous avons parlé de nos objectifs: les enfants du Marché sont au centre.  C'est intéressant de voir combien l'identité du groupe est plus forte et plus consciente: nous sentons nos moyens très limités mais aussi de l'importance de l'objectif, chercher à devenir des personnes significatives pour ces enfants et ces jeunes.

17 février 2008 - Vacances

Excusez le long silence.  Je reviens d'une petite semaine de vacances.  Je suis allé à Ytu, tout près de Caacupé, dans la maison des Frères Maristes, très jolie, très bien située sur le bord d'un ruisseau, et on dirait faite pour le repos.  J'ai dormi, je me suis baigné, j'ai lu, j'ai joué aux cartes,... et le temps a filé.  Ça fait vraiment du bien.

Juste avant de partir j'avais commencé à vous écrire un petit quelque chose sur le groupe "Gotas de Amor" qui a repris ses activités.  Je vous le mets un peu plus bas.

Nouvelles du pays: c'est une sorte de psychose, comme à chaque année au temps des grandes chaleurs.  Les deux dernières années c'était la fièvre dengue.  Cette année c'est la fièvre jaune.  Deux personnes seraient décédées.  On a circonscrit les deux foyers d'infection, un dans San Pedro et un autre pas loin d'ici, à San Lorenzo.  Les vaccinations en masse sont commencées mais elles ne rejoindront pas tout le monde, il n'y a pas assez de vaccins.  Les campagnes de nettoyage pour éliminer les espaces de reproduction des insectes (moustique: Aedes Aegypti) battent leur plein mais elles ont quelque chose de suranné, paresseux, inefficace.  Comme un prêche trop souvent entendu, mêlé de confusion, et pas assez accompagné de gestes concrets.  Dans cette ambiance, c'est difficile d'avoir une mesure du sérieux de la situation.  D'après le climat d'alerte dans les média, c'est très sérieux, mais la presse aussi crie si souvent "au loup" qu'on ne sait pas bien ce qu'il faut saisir.  

En tout cas, si vous venez par ici, c'est plus prudent de vous faire vacciner.

19 février 2008 - Fièvres

Ce que je vous écrivais avant-hier sur la fièvre jaune, ou plutôt sur la psychose de la fièvre jaune, est très sérieux.  Les agents du Ministère de la Santé sont débordés et ils ont gaffé surtout en lançant des messages confus.  C'est grave!  C'est pas grave!  Il y a tant de morts à cause de la fièvre jaune. On ne sait pas encore si les symptômes sont vraiment ceux de la maladie en question.  Faut vacciner tout de suite.  Non, ce n'est pas urgent, la situation est contrôlée.  Nous avons des vaccins.  Non, il n'y en a pas suffisamment.  Venez vous faire vacciner dans les Centres de Santé les plus proches.  Non, restez chez vous, on va passer avec une équipe. Vous imaginez comment cela alimente la rumeur dans une culture éminemment orale.  Les média, en relayant chacune de ces directives, contribuent à la confusion.  Et je suis surpris des erreurs grossières dans l'information qui souvent ne sert qu'à augmenter un aspect de la nouvelle et la charge affective.  Par exemple, hier soir, après avoir amplement décrit la journée très difficile dans les postes de vaccination, un reportage comparait les trois fièvres: dengue, jaune et paludisme, avec des inexactitudes flagrantes.  Faut voir aussi comment plusieurs nouvelles de la télévision sont montées avec des répétitions d'images fortes (bébé dans un lit d'hôpital, connecté à plein de tubes, sous un moustiquaire avec son père éploré à son côté) et même en utilisant des musiques d'ambiance qui augmentent l'effet dramatique.

Hier et aujourd'hui, les queues sont hallucinantes devant les points de vaccinations et les vaccins sont insuffisants.  Il fait très chaud, des familles entières attendent des heures, souvent depuis très tôt le matin ?notre voisine est allée avec sa famille à 4:00 ce matin et il y avait tellement foule qu'ils ont rebroussé chemin pour attendre un autre moment?, les gens sont nerveux, les enfants pleurent, il y a eu des incidents de violence à cause de la frustration et de la désespération alimentées par la psychose.  En plus, des journalistes ont reporté des cas d'utilisation politique de la situation: certaines "seccionales" du parti Colorado distribueraient les vaccins pour leurs partisans; ce que les officiels du parti s'empressent de démentir.  Méchante ambiance.

22 février 2008 - Mission

C'est le terme qu'on utilise ici pour parler des efforts faits dans les paroisses et diocèses du pays pour animer, contacter, motiver des gens et de les attirer vers l'Eglise. Beaucoup de jeunes et de moins jeunes, vers la fin de l'année, durant les vacances, beaucoup de congrégations religieuses et mouvements, sur les territoires des paroisses, en campagne surtout, durant quelques jours ou quelques semaines, font de semblables "missions", casa por casa, de maison en maison, en essayant de rencontrer les gens, surtout les "éloignés" de la vie ecclésiale, pour les convaincre de participer davantage.  Le modèle semble venir des campagnes que font beaucoup d'Eglises évangéliques, les Mormons, les Témoins de Jéhovah, et autres, depuis bien plus longtemps, et de façon bien plus systématique, avec des moyens beaucoup plus soignés, que l'Eglise catholique.

Je n'ai pas trouvé d'autre mot pour désigner ce que nous sommes en train de faire depuis hier. Nous l'avons décidé comme maison de formation, notre petite équipe de cinq de cette année, et nous avons invité celles et ceux de "Gotas de Amor" qui voudraient participer.  Nous sortons, en équipes de deux, et nous faisons le tour du Mercado de Abasto, que nous connaissons déjà, où nous travaillons depuis plusieurs années, mais sous forme d'un contact plus intense durant une semaine.  Mercredi après-midi, nous avons fixé nos objectifs: renouer le lien avec les enfants, nous intéresser à leurs familles et, si possible, les visiter, percevoir et sentir ce qui se vit dans le Marché pour ajuster notre contribution, et faire des liens avec notre foi.

C'est très différent des "missions" traditionnelles.  D'abord, pas question de faire du prosélytisme; notre but c'est de connaître les personnes et de faire un pas de plus pour créer des liens de confiance et d'engagement, voir mieux qui ils et elles sont pour mieux orienter notre effort auprès des enfants.  Justement, nous ne sortons pas dans un terrain vierge où nous apporterions des cadeaux et de la propagande durant un temps court et après, plus rien ?ce qui se passe dans plein de paroisses, des "averses", qu'on appelle ça.  Nous prenons une semaine pour fortifier notre engagement, pour le situer dans un contexte plus large, pour créer ou resserrer les liens qui permettront le "travail" durant l'année.  Nous sommes toujours un groupe de bénévoles avec relativement peu de temps et de moyens, mais nous avons vu que cela n'empêche pas une qualité de présence.

Et le lien avec la foi?  Il y a des gens qui nous parlent de leur religion, surtout à moi qui suis prêtre.  C'est habituellement un terrain glissant: obtenir les sacrements sans avoir à s'engager beaucoup.  Nous les dirigeons vers leurs communautés de quartier ou la paroisse.  Nous nous intéressons à leurs efforts.  Très souvent, après avoir épuisé le sujet, on revient aux thèmes vraiment cruciaux: l'école des enfants, les jeunes qui entrent dans l'adolescence, le travail dur, les rivalités, la fatigue de travailler et de vivre, les aspirations à un peu de paix et de bien-être, les problèmes de famille, les dangers et la violence, la maladie,... tout ce qui fait la vie, ses joies et ses tourments.  Je me sens plus sûr sur ce terrain-là.  Et la foi consiste à ramener toute cette vie-là dans notre prière: tous les soirs nous partageons et célébrons l'eucharistie ensemble.  Tous les jours, au moins une personne du groupe passe la journée en prière et en méditation, pendant que les autres sortent...

Donc, depuis hier, quelques heures le matin, quelques heures l'après-midi, nous déambulons dans le Marché et nous allons visiter des familles chez elles, dans leur quartier, parfois loin du Marché.  J'observe que nos contacts sont très différents d'il y a trois ans quand nous avons fait un peu la même chose.  A cette époque nous entrions dans un espace qui nous dominait et nous faisait peur.  Maintenant, les rencontres se donnent beaucoup plus facilement et profondément.

*      *     *

Une bonne nouvelle: Osvaldo a passé l'examen d'admission à l'Institut Supérieur d'Education.  Il va faire la formation pour devenir prof en sciences sociales, son second choix, après avoir découvert que l'option "pour les petits" ne s'offre pas cette année.  Il est très content et toute la communauté avec lui.

29 février 2008 - C'est parti

Nous venons de terminer nos journées de planification.  C'est la première fois que nous faisons une concertation aussi rigoureuse pour délimiter un objectif commun pour l'année.  C'est la première fois aussi que nous regardons aussi sérieusement le bilan économique de l'année antérieure et faisons ensemble le budget de l'année qui commence.  Je crois que l'exercice a été très profitable.  Lundi les classes commencent.

Un défi, comme dans une vraie famille ordinaire, sera de conjuguer nos horaires. Franciso et Gustavo auront toutes les matinées prises à l'Institut de Philosophie. Osvaldo de 7:00 à 16:00, tous les jours, à l'Institut d'Education, Sebastián les après-midi et parfois les soirées à l'Université Catholique.  Nous avons quand même réussi à placer nos moments de prière, de formation, de réunion, de mission.  Il faudra compter sur les imprévus, la flexibilité va être une grande vertu pour nous cette année.

Avec notre petite nombre, la maison n'a pas réduit sa taille.  Il y a pas mal de travaux à faire pour l'entretenir. Autre défi.

Nous avons parlé de notre mission: le Marché, la communauté "Gotas", les communautés chrétiennes du quartier, l'animation vocationnelle (Sebastián en a la charge), et la présence dans les lieux d'études de chacun.  Gustavo a formulé ce que tous veulent vivre: intégrer et utiliser de façon créative les instruments acquis dans notre formation pour aider les personnes à grandir. Ça me réjouit beaucoup.  Ça fera des expériences intéressantes à relire dans nos sessions de formation.

Février 2008

 

2 février 2008 - Profession

Aujourd'hui, c'est la fête de notre "2e fondateur", François Libermann.  Depuis que nous avons le noviciat international chez nous, à San Lorenzo, c'est la date de la fin du noviciat et de la profession des novices, plus l'entrée des nouveaux.  Quatre novices ont fait profession ce matin, deux d'Haïti, Isaac et Stéphanne, un Brésilien, Jarino, et Celso, un jeune du Paraguay avec qui j'ai cheminé cinq ans.  Ils ont choisi de célébrer la profession au fond de leur propre cour, sous les immenses manguiers ?qui heureusement n'avaient plus de fruits pour tomber sur la foule réunie.  Une belle célébration, très simple, très fraternelle, avec la présence de plein d'ami-e-s venu-e-s manifester leur soutien aux professants.

Nous avons reçu quelques-uns de la famille de Celso dans notre maison depuis hier.  On a bien ri et passé de bons moments de partage.  La communauté "Gotas de Amor" s'est aussi unie pour préparer beaucoup d'amuse-gueules pour les agapes qui ont suivi la liturgie aujourd'hui.

Tout simple mais je suis crevé.  Je suis très pris dans toute la transition qui se vit au noviciat: la profession et le départ de Celso (demain matin pour aller faire sa théologie à São Paulo), Mario et Isaac qui viennent d'entrer pour la nouvelle année, avec un nouveau maître des novices, Carlos du Brésil, plus un Haitien et quatre Brésiliens.  Il y a de l'électricité dans l'air et je vois, je sens, les sensibilités à fleur de peau.  J'ai besoin de laisser un peu à chacun sa part, sans vouloir tout saisir, ni tout comprendre.  Nous avons célébré le fait que des jeunes s'engagent dans la congrégation, affirment publiquement qu'ils veulent l'habiter et la rénover pour qu'elle soit contribution vivante à la mission de l'Eglise.  Je suis ému, je n'y peux rien mais je suis ému, encore plus que quand je regarde des films romantiques et qu'ils se déclarent leur amour!

6 février 2008 - Puissance et impuissance

J'ai nettoyé le fond de la cour hier après-midi.  Depuis quelques mois, nous avons une tondeuse de celles qui coupent les grandes herbes dans les terrains irréguliers, elle fonctionne comme un charme.  Ça m'a pris trois heures et quelques litres d'eau!  Content!

Au matin, j'ai reçu deux nouvelles.  Une sur de possibles mauvais usages d'argent qui nous est confié.  Pas seulement un accident par faute d'innocence sinon quelque chose de planifié et délinquant.  Ça m'a bouleversé.  Plus tard, je suis allé à Callescuela où Norma m'a parlé du groupe des jeunes de "de la petite Plaza", le groupe qui, il y a un an nous a fait décider de renoncer à notre grande cour pour recevoir les enfants le samedi, parce qu'ils avaient commencé à occuper notre espace et menaçaient les autres par leur comportement: drogue, vols, extorsion, vandalisme...  Ils ne vont pas bien du tout malgré l'effort concerté dont ils ont été l'objet depuis l'an dernier. Norma m'a dit: "On dirait que ce groupe-là n'intéresse personne, qu'on préfèrerait les voir éliminés..."  Et j'ai ajouté: "On dirait que ce désintérêt s'allie à leur propre pulsion suicidaire; ils s'entêtent à détruire ce qu'on tente de faire pour eux."  Quoi faire pour les rejoindre, les aider, leur donner le goût de vivre?

Les personnes ne sont pas comme les fonds de cour.

10 février 2008 - Re-lancés

Nous venons de terminer notre journée de lancement des activités du groupe "Gotas de Amor".  Presque trente personnes sont venues, plusieurs figures réapparaissent après un temps d'absence (deux pour cause de maternité), d'autres sont là depuis toujours, d'autres sont complètement nouvelles.  Nous avons parlé de nos objectifs: les enfants du Marché sont au centre.  C'est intéressant de voir combien l'identité du groupe est plus forte et plus consciente: nous sentons nos moyens très limités mais aussi de l'importance de l'objectif, chercher à devenir des personnes significatives pour ces enfants et ces jeunes.

17 février 2008 - Vacances

Excusez le long silence.  Je reviens d'une petite semaine de vacances.  Je suis allé à Ytu, tout près de Caacupé, dans la maison des Frères Maristes, très jolie, très bien située sur le bord d'un ruisseau, et on dirait faite pour le repos.  J'ai dormi, je me suis baigné, j'ai lu, j'ai joué aux cartes,... et le temps a filé.  Ça fait vraiment du bien.

Juste avant de partir j'avais commencé à vous écrire un petit quelque chose sur le groupe "Gotas de Amor" qui a repris ses activités.  Je vous le mets un peu plus bas.

Nouvelles du pays: c'est une sorte de psychose, comme à chaque année au temps des grandes chaleurs.  Les deux dernières années c'était la fièvre dengue.  Cette année c'est la fièvre jaune.  Deux personnes seraient décédées.  On a circonscrit les deux foyers d'infection, un dans San Pedro et un autre pas loin d'ici, à San Lorenzo.  Les vaccinations en masse sont commencées mais elles ne rejoindront pas tout le monde, il n'y a pas assez de vaccins.  Les campagnes de nettoyage pour éliminer les espaces de reproduction des insectes (moustique: Aedes Aegypti) battent leur plein mais elles ont quelque chose de suranné, paresseux, inefficace.  Comme un prêche trop souvent entendu, mêlé de confusion, et pas assez accompagné de gestes concrets.  Dans cette ambiance, c'est difficile d'avoir une mesure du sérieux de la situation.  D'après le climat d'alerte dans les média, c'est très sérieux, mais la presse aussi crie si souvent "au loup" qu'on ne sait pas bien ce qu'il faut saisir.  

En tout cas, si vous venez par ici, c'est plus prudent de vous faire vacciner.

19 février 2008 - Fièvres

Ce que je vous écrivais avant-hier sur la fièvre jaune, ou plutôt sur la psychose de la fièvre jaune, est très sérieux.  Les agents du Ministère de la Santé sont débordés et ils ont gaffé surtout en lançant des messages confus.  C'est grave!  C'est pas grave!  Il y a tant de morts à cause de la fièvre jaune. On ne sait pas encore si les symptômes sont vraiment ceux de la maladie en question.  Faut vacciner tout de suite.  Non, ce n'est pas urgent, la situation est contrôlée.  Nous avons des vaccins.  Non, il n'y en a pas suffisamment.  Venez vous faire vacciner dans les Centres de Santé les plus proches.  Non, restez chez vous, on va passer avec une équipe. Vous imaginez comment cela alimente la rumeur dans une culture éminemment orale.  Les média, en relayant chacune de ces directives, contribuent à la confusion.  Et je suis surpris des erreurs grossières dans l'information qui souvent ne sert qu'à augmenter un aspect de la nouvelle et la charge affective.  Par exemple, hier soir, après avoir amplement décrit la journée très difficile dans les postes de vaccination, un reportage comparait les trois fièvres: dengue, jaune et paludisme, avec des inexactitudes flagrantes.  Faut voir aussi comment plusieurs nouvelles de la télévision sont montées avec des répétitions d'images fortes (bébé dans un lit d'hôpital, connecté à plein de tubes, sous un moustiquaire avec son père éploré à son côté) et même en utilisant des musiques d'ambiance qui augmentent l'effet dramatique.

Hier et aujourd'hui, les queues sont hallucinantes devant les points de vaccinations et les vaccins sont insuffisants.  Il fait très chaud, des familles entières attendent des heures, souvent depuis très tôt le matin ?notre voisine est allée avec sa famille à 4:00 ce matin et il y avait tellement foule qu'ils ont rebroussé chemin pour attendre un autre moment?, les gens sont nerveux, les enfants pleurent, il y a eu des incidents de violence à cause de la frustration et de la désespération alimentées par la psychose.  En plus, des journalistes ont reporté des cas d'utilisation politique de la situation: certaines "seccionales" du parti Colorado distribueraient les vaccins pour leurs partisans; ce que les officiels du parti s'empressent de démentir.  Méchante ambiance.

22 février 2008 - Mission

C'est le terme qu'on utilise ici pour parler des efforts faits dans les paroisses et diocèses du pays pour animer, contacter, motiver des gens et de les attirer vers l'Eglise. Beaucoup de jeunes et de moins jeunes, vers la fin de l'année, durant les vacances, beaucoup de congrégations religieuses et mouvements, sur les territoires des paroisses, en campagne surtout, durant quelques jours ou quelques semaines, font de semblables "missions", casa por casa, de maison en maison, en essayant de rencontrer les gens, surtout les "éloignés" de la vie ecclésiale, pour les convaincre de participer davantage.  Le modèle semble venir des campagnes que font beaucoup d'Eglises évangéliques, les Mormons, les Témoins de Jéhovah, et autres, depuis bien plus longtemps, et de façon bien plus systématique, avec des moyens beaucoup plus soignés, que l'Eglise catholique.

Je n'ai pas trouvé d'autre mot pour désigner ce que nous sommes en train de faire depuis hier. Nous l'avons décidé comme maison de formation, notre petite équipe de cinq de cette année, et nous avons invité celles et ceux de "Gotas de Amor" qui voudraient participer.  Nous sortons, en équipes de deux, et nous faisons le tour du Mercado de Abasto, que nous connaissons déjà, où nous travaillons depuis plusieurs années, mais sous forme d'un contact plus intense durant une semaine.  Mercredi après-midi, nous avons fixé nos objectifs: renouer le lien avec les enfants, nous intéresser à leurs familles et, si possible, les visiter, percevoir et sentir ce qui se vit dans le Marché pour ajuster notre contribution, et faire des liens avec notre foi.

C'est très différent des "missions" traditionnelles.  D'abord, pas question de faire du prosélytisme; notre but c'est de connaître les personnes et de faire un pas de plus pour créer des liens de confiance et d'engagement, voir mieux qui ils et elles sont pour mieux orienter notre effort auprès des enfants.  Justement, nous ne sortons pas dans un terrain vierge où nous apporterions des cadeaux et de la propagande durant un temps court et après, plus rien ?ce qui se passe dans plein de paroisses, des "averses", qu'on appelle ça.  Nous prenons une semaine pour fortifier notre engagement, pour le situer dans un contexte plus large, pour créer ou resserrer les liens qui permettront le "travail" durant l'année.  Nous sommes toujours un groupe de bénévoles avec relativement peu de temps et de moyens, mais nous avons vu que cela n'empêche pas une qualité de présence.

Et le lien avec la foi?  Il y a des gens qui nous parlent de leur religion, surtout à moi qui suis prêtre.  C'est habituellement un terrain glissant: obtenir les sacrements sans avoir à s'engager beaucoup.  Nous les dirigeons vers leurs communautés de quartier ou la paroisse.  Nous nous intéressons à leurs efforts.  Très souvent, après avoir épuisé le sujet, on revient aux thèmes vraiment cruciaux: l'école des enfants, les jeunes qui entrent dans l'adolescence, le travail dur, les rivalités, la fatigue de travailler et de vivre, les aspirations à un peu de paix et de bien-être, les problèmes de famille, les dangers et la violence, la maladie,... tout ce qui fait la vie, ses joies et ses tourments.  Je me sens plus sûr sur ce terrain-là.  Et la foi consiste à ramener toute cette vie-là dans notre prière: tous les soirs nous partageons et célébrons l'eucharistie ensemble.  Tous les jours, au moins une personne du groupe passe la journée en prière et en méditation, pendant que les autres sortent...

Donc, depuis hier, quelques heures le matin, quelques heures l'après-midi, nous déambulons dans le Marché et nous allons visiter des familles chez elles, dans leur quartier, parfois loin du Marché.  J'observe que nos contacts sont très différents d'il y a trois ans quand nous avons fait un peu la même chose.  A cette époque nous entrions dans un espace qui nous dominait et nous faisait peur.  Maintenant, les rencontres se donnent beaucoup plus facilement et profondément.

*      *     *

Une bonne nouvelle: Osvaldo a passé l'examen d'admission à l'Institut Supérieur d'Education.  Il va faire la formation pour devenir prof en sciences sociales, son second choix, après avoir découvert que l'option "pour les petits" ne s'offre pas cette année.  Il est très content et toute la communauté avec lui.

29 février 2008 - C'est parti

Nous venons de terminer nos journées de planification.  C'est la première fois que nous faisons une concertation aussi rigoureuse pour délimiter un objectif commun pour l'année.  C'est la première fois aussi que nous regardons aussi sérieusement le bilan économique de l'année antérieure et faisons ensemble le budget de l'année qui commence.  Je crois que l'exercice a été très profitable.  Lundi les classes commencent.

Un défi, comme dans une vraie famille ordinaire, sera de conjuguer nos horaires. Franciso et Gustavo auront toutes les matinées prises à l'Institut de Philosophie. Osvaldo de 7:00 à 16:00, tous les jours, à l'Institut d'Education, Sebastián les après-midi et parfois les soirées à l'Université Catholique.  Nous avons quand même réussi à placer nos moments de prière, de formation, de réunion, de mission.  Il faudra compter sur les imprévus, la flexibilité va être une grande vertu pour nous cette année.

Avec notre petite nombre, la maison n'a pas réduit sa taille.  Il y a pas mal de travaux à faire pour l'entretenir. Autre défi.

Nous avons parlé de notre mission: le Marché, la communauté "Gotas", les communautés chrétiennes du quartier, l'animation vocationnelle (Sebastián en a la charge), et la présence dans les lieux d'études de chacun.  Gustavo a formulé ce que tous veulent vivre: intégrer et utiliser de façon créative les instruments acquis dans notre formation pour aider les personnes à grandir. Ça me réjouit beaucoup.  Ça fera des expériences intéressantes à relire dans nos sessions de formation.

Janvier 2008

 

5 janvier 2008 - Repas de fête

Hier soir, nous avons reçu un groupe d'amies du quartier, des amies de la communauté depuis de nombreuses années.  Il y a deux mois, par là, elles nous ont offert un jeu complet de vaisselle, en rouspétant que dans nos réceptions ?il y a souvent des rassemblements avec la communauté "Gotas de Amor", avec les gens des communautés chrétiennes du quartier, avec un réseau qui, il me semble, ne cesse de grandir? nous servions dans du dépareillé et avec des verres de plastique!  C'est vrai.  Le dépareillé c'est parce que nous avons hérité un peu de ceci et un peu de cela; les verres de plastique c'est à cause du comedor avec les enfants et, franchement, parce que depuis leur adoption, les verres ne se brisent plus!  Mais là maintenant, nous avons un énorme jeu, pour au moins 20 personnes, tout blanc, tout beau, que nous gardons précieusement dans ses cartons et ne sortons que dans les grandes occasions.

Donc j'ai voulu dire merci et j'ai mis mes compagnons dans le coup.  Comme c'est l'époque, j'ai choisi le menu comme un "festival de la mangue".  Vous pouvez aller consulter: le plat principal et le dessert.  Le premier a un peu collé au fond mais s'est avéré un très bon choix.  La crême du second a tourné, je sais pas si c'est à cause de la chaleur ou à cause d'une maladresse de ma part.  Mais juste avant qu'elle ne caille, le mélange était très bon.  Pour sauver la mise, je suis allé acheter de la crême glacée!  Nous avons bu du jus de mangue verte mélangé avec une infusion de gingembre (recette ghanéenne apportée par Emmanuel), très rafraîchissant.

Nos amies sont parties contentes, et nous aussi, nous étions heureux. Moi, ç'a été ma journée de popote du temps des fêtes.  En allant me coucher hier soir je me suis rendu compte que ça m'avait manqué: cuisiner, penser à des invités qui vont venir, soigner les détails, préparer, sentir l'importance du lien qu'on veut célébrer, recevoir, faire plaisir.

12 janvier 2008 - Chapitre

Hier nous sommes rentrés d'une semaine (depuis lundi) de chapitre.  C'était la dernière étape d'un processus que nous avons commencé il y a plus d'un an dans notre petit groupe spiritain.  En octobre 2006, au cours de notre retraite communautaire, nous avons contemplé le don que Dieu nous fait dans notre vie missionnaire et communautaire.  Puis nous nous sommes rendu compte que nous avions besoin d'une sorte de "déclaration d'identité", nous dire les uns aux autres ?quinze confrères de dix pays? les traits de notre être spiritain, ici, au Paraguay.  Nous avons composé un texte où, comme l'a très judicieusement relevé notre modérateur et conseiller général, le P. Eduardo Miranda, les élans d'inspiration et les "retours aux sources" sont plus étendus que les décisions concrètes.  Il y en a quand même quelques-unes des décisions concrètes, surtout à propos de l'intégration des nouveaux membres qui se joignent à nous, notre vie communautaire et l'administration de notre groupe.

Je suis content de la semaine que nous avons eue. Nous avons vraiment célébré ce chapitre, avec de belles liturgies, très simples, remplies de sens.  Nous avons beaucoup travaillé sur le texte. Surtout, nous avons vécu ces quelques jours ensemble et nous nous sommes rapprochés les uns des autres.  Je crois que nous sortons de cette rencontre avec un esprit renouvelé par le contact avec notre histoire, notre tradition, les appels qui nous maintiennent dans cette mission et, tout simplement, à nouveau, par le contact entre nous, quinze hommes de dix pays différents.

Je vous livre en primeur, un petit extrait qui a été comme une compilation des sentiments de chacun et qui moi me touche beaucoup (traduction maison):

"Nous sommes venus au Paraguay, appelés par une Église qui ne trouvait pas suffisamment d'ouvriers pour récolter son abondante moisson.  Nous avons apporté notre disponibilité.  Cependant cette mission au Paraguay nous a aussi formés et transmis certaines attitudes:
- la simplicité et la proximité des gens simples,
- l'hospitalité,
- la joie de celui qui sait partager sans calculer,
- le courage des mères qui défendent la vie de leurs enfants,
- l'humour qui apaise les tensions,
- la tendresse du coeur ouvert.

Elle nous a aussi amenés à marquer des options qui sont toujours actuelles:
- regarder et discerner à partir de la réalité vécue par les pauvres,
- travailler avec énergie pour un ordre plus juste dans le pays et pour une répartition plus équitative de la terre, [...] 
- ne pas utiliser des moyens puissants, faire confiance aux forces des personnes,
- défendre la vie, le droit des personnes et la justice."

Ça vous semblera d'un autre temps et d'un autre monde.  Ça l'est.  Mais il y a beaucoup de jus d'expériences contenues dans ce "poème".  Nous avons réussi, je crois, à refaire un peu notre unité, malgré toutes nos fragilités.

12 janvier 2008 - Mariage

Celui d'Ever qui a passé deux ans dans la maison (2003-2004) et de Victoria que j'ai connue à Choré, il y a 14 ans quand elle est venue comme volontaire du Peace Corps.  Deux personnes très proches.  Lundi, ils retournent aux Etats-Unis.  Belle célébration et beau party.  Je ne sais pas s'ils ont donné le mot mais tout le monde, en commençant par eux, est venu vêtu en "ao po'i", le tissu traditionnel d'ici, un très joli coton bordé, un choix bien plus confortable en ces jours de canicule, et plus élégant que les habituels vestons, cravate, robes compliquées, vêtements étriqués, qu'on voit souvent dans les mariages.

24 janvier 2008 - Encore un peu de politique

Le temps file encore.  Je passe mes journées, il me semble bien occupées, mais à rythme de vacances.  Me lève plus tard, prie plus lentement en regardant les arbres de notre fond de cour, travaille dans la cour, ramasse les tonnes de mangues qui tombent et pourrissent, termine des travaux d'écriture aussi, sors à visiter du monde, accepte de remplacer le curé de la paroisse parti en vacances...

Vous avez lu Astérix en Corse?  Quand les Gaulois ramènent le prisonnier et résistant corse dans son village où il était chef, ses amis ne l'espéraient plus:
?Nous ne t'attendions plus, nous avons commencé les élections, les urnes sont pleines.
Astérix s'étonne:
?Les urnes sont pleines!?
Et Ocatarinatabellachichix explique:
?Oui, nous faisons comme ça.  Nous remplissons les urnes, après on les jette à la mer et c'est le plus fort qui gagne.
Cela décrit assez bien ce qui vient de se passer entre les deux candidats du Parti Colorado.  Ils ont terminé à peu près égaux aux élections internes de décembre.  Durant un mois, il ya eu épreuves de force, litiges, crises internes, magouilles, et l'officialisme vient de l'emporter: Blanca Ovelar, la belle-soeur de l'actuel président a été proclamée candidate officielle lundi soir dernier.

Janvier 2008

 

5 janvier 2008 - Repas de fête

Hier soir, nous avons reçu un groupe d'amies du quartier, des amies de la communauté depuis de nombreuses années.  Il y a deux mois, par là, elles nous ont offert un jeu complet de vaisselle, en rouspétant que dans nos réceptions ?il y a souvent des rassemblements avec la communauté "Gotas de Amor", avec les gens des communautés chrétiennes du quartier, avec un réseau qui, il me semble, ne cesse de grandir? nous servions dans du dépareillé et avec des verres de plastique!  C'est vrai.  Le dépareillé c'est parce que nous avons hérité un peu de ceci et un peu de cela; les verres de plastique c'est à cause du comedor avec les enfants et, franchement, parce que depuis leur adoption, les verres ne se brisent plus!  Mais là maintenant, nous avons un énorme jeu, pour au moins 20 personnes, tout blanc, tout beau, que nous gardons précieusement dans ses cartons et ne sortons que dans les grandes occasions.

Donc j'ai voulu dire merci et j'ai mis mes compagnons dans le coup.  Comme c'est l'époque, j'ai choisi le menu comme un "festival de la mangue".  Vous pouvez aller consulter: le plat principal et le dessert.  Le premier a un peu collé au fond mais s'est avéré un très bon choix.  La crême du second a tourné, je sais pas si c'est à cause de la chaleur ou à cause d'une maladresse de ma part.  Mais juste avant qu'elle ne caille, le mélange était très bon.  Pour sauver la mise, je suis allé acheter de la crême glacée!  Nous avons bu du jus de mangue verte mélangé avec une infusion de gingembre (recette ghanéenne apportée par Emmanuel), très rafraîchissant.

Nos amies sont parties contentes, et nous aussi, nous étions heureux. Moi, ç'a été ma journée de popote du temps des fêtes.  En allant me coucher hier soir je me suis rendu compte que ça m'avait manqué: cuisiner, penser à des invités qui vont venir, soigner les détails, préparer, sentir l'importance du lien qu'on veut célébrer, recevoir, faire plaisir.

12 janvier 2008 - Chapitre

Hier nous sommes rentrés d'une semaine (depuis lundi) de chapitre.  C'était la dernière étape d'un processus que nous avons commencé il y a plus d'un an dans notre petit groupe spiritain.  En octobre 2006, au cours de notre retraite communautaire, nous avons contemplé le don que Dieu nous fait dans notre vie missionnaire et communautaire.  Puis nous nous sommes rendu compte que nous avions besoin d'une sorte de "déclaration d'identité", nous dire les uns aux autres ?quinze confrères de dix pays? les traits de notre être spiritain, ici, au Paraguay.  Nous avons composé un texte où, comme l'a très judicieusement relevé notre modérateur et conseiller général, le P. Eduardo Miranda, les élans d'inspiration et les "retours aux sources" sont plus étendus que les décisions concrètes.  Il y en a quand même quelques-unes des décisions concrètes, surtout à propos de l'intégration des nouveaux membres qui se joignent à nous, notre vie communautaire et l'administration de notre groupe.

Je suis content de la semaine que nous avons eue. Nous avons vraiment célébré ce chapitre, avec de belles liturgies, très simples, remplies de sens.  Nous avons beaucoup travaillé sur le texte. Surtout, nous avons vécu ces quelques jours ensemble et nous nous sommes rapprochés les uns des autres.  Je crois que nous sortons de cette rencontre avec un esprit renouvelé par le contact avec notre histoire, notre tradition, les appels qui nous maintiennent dans cette mission et, tout simplement, à nouveau, par le contact entre nous, quinze hommes de dix pays différents.

Je vous livre en primeur, un petit extrait qui a été comme une compilation des sentiments de chacun et qui moi me touche beaucoup (traduction maison):

"Nous sommes venus au Paraguay, appelés par une Église qui ne trouvait pas suffisamment d'ouvriers pour récolter son abondante moisson.  Nous avons apporté notre disponibilité.  Cependant cette mission au Paraguay nous a aussi formés et transmis certaines attitudes:
- la simplicité et la proximité des gens simples,
- l'hospitalité,
- la joie de celui qui sait partager sans calculer,
- le courage des mères qui défendent la vie de leurs enfants,
- l'humour qui apaise les tensions,
- la tendresse du coeur ouvert.

Elle nous a aussi amenés à marquer des options qui sont toujours actuelles:
- regarder et discerner à partir de la réalité vécue par les pauvres,
- travailler avec énergie pour un ordre plus juste dans le pays et pour une répartition plus équitative de la terre, [...] 
- ne pas utiliser des moyens puissants, faire confiance aux forces des personnes,
- défendre la vie, le droit des personnes et la justice."

Ça vous semblera d'un autre temps et d'un autre monde.  Ça l'est.  Mais il y a beaucoup de jus d'expériences contenues dans ce "poème".  Nous avons réussi, je crois, à refaire un peu notre unité, malgré toutes nos fragilités.

12 janvier 2008 - Mariage

Celui d'Ever qui a passé deux ans dans la maison (2003-2004) et de Victoria que j'ai connue à Choré, il y a 14 ans quand elle est venue comme volontaire du Peace Corps.  Deux personnes très proches.  Lundi, ils retournent aux Etats-Unis.  Belle célébration et beau party.  Je ne sais pas s'ils ont donné le mot mais tout le monde, en commençant par eux, est venu vêtu en "ao po'i", le tissu traditionnel d'ici, un très joli coton bordé, un choix bien plus confortable en ces jours de canicule, et plus élégant que les habituels vestons, cravate, robes compliquées, vêtements étriqués, qu'on voit souvent dans les mariages.

24 janvier 2008 - Encore un peu de politique

Le temps file encore.  Je passe mes journées, il me semble bien occupées, mais à rythme de vacances.  Me lève plus tard, prie plus lentement en regardant les arbres de notre fond de cour, travaille dans la cour, ramasse les tonnes de mangues qui tombent et pourrissent, termine des travaux d'écriture aussi, sors à visiter du monde, accepte de remplacer le curé de la paroisse parti en vacances...

Vous avez lu Astérix en Corse?  Quand les Gaulois ramènent le prisonnier et résistant corse dans son village où il était chef, ses amis ne l'espéraient plus:
?Nous ne t'attendions plus, nous avons commencé les élections, les urnes sont pleines.
Astérix s'étonne:
?Les urnes sont pleines!?
Et Ocatarinatabellachichix explique:
?Oui, nous faisons comme ça.  Nous remplissons les urnes, après on les jette à la mer et c'est le plus fort qui gagne.
Cela décrit assez bien ce qui vient de se passer entre les deux candidats du Parti Colorado.  Ils ont terminé à peu près égaux aux élections internes de décembre.  Durant un mois, il ya eu épreuves de force, litiges, crises internes, magouilles, et l'officialisme vient de l'emporter: Blanca Ovelar, la belle-soeur de l'actuel président a été proclamée candidate officielle lundi soir dernier.

Décembre 2007

 

11 décembre 2007 - Le neveu

"C'est mon neveu, mon neveu 'lento'."  La première fois que je l'ai présenté ainsi, Michel, le fils de mes amis d'enfance, m'a regardé insulté: "C'est quoi ça 'lento'?"  Il pensait que je le présentais comme une personne "lente" mais ici le mot veut dire "quasi".  Il est quasi comme un neveu.  Tout le monde a bien rigolé avec sa première réaction.

Michel arrive de son quatrième stage en Argentine, dans la province d'Entre-Ríos, où il a intégré puis coordonné un des projets d'Ecologie Sans Frontières, un très intéressant programme d'investigation mené par les étudiant-e-s en biologie de l'Université de Sherbrooke.  Le p'tit gars (25 ans, 1,88 m!) a vraiment vécu une très riche expérience, dans une zone très pauvre où, avec plusieurs groupes d'étudiant-e-s, durant plusieurs années, ils ont ramassé de précieuses données sur le "bosque nativo", la forêt locale et originelle.  Ce sont des données qui serviront tant aux chercheurs de l'Argentine comme du Québec et à l'association de petits producteurs agricoles de la région qui a aussi participé au projet, afin de documenter leur posture devant les grands changements de l'heure.  Comme ça se fait beaucoup ici aussi au Paraguay, il y a une forte tendance à la reconcentration de la terre dans les mains de quelques entrepreneurs qui sèment à grande extension la soya transgénique, en coupant ce qui reste de forêt et en utilisant des méthodes de plantation, fumigation, récolte qui contaminent la terre et les eaux.

Le sujet de l'écologie refait surface à tout bout de champ, c'est le cas de le dire, depuis une semaine qu'il est là. Il a rencontré des gens très intéressés par son expérience dans certaines organisations d'ici.  Nous sommes allés faire un petit tour dans le "campo" et il a pu voir aussi que son thème est très actuel ici aussi. Moi, j'ai beaucoup appris.  J'éteins le moteur quand la voiture va rester arrêtée plus d'une demie-minute.  Je suis en train de me convaincre de faire mon compost. Il en sait aussi beaucoup sur comment faire un "asado" (BBQ) et comment prendre le maté avec tout l'art de la chose.

En plus de ça, c'est fascinant de rencontrer un homme comme lui bourré de talents et de valeurs profondes, un homme réalisé avec plein de projets devant lui, un homme que j'ai porté dans les bras quand il était bébé et que je n'ai pourtant vu grandir que de loin, depuis le salon des grands, quand j'allais retrouver ses parents.  Belles et émouvantes retrouvailles.

20 décembre 2007 - Résultats

Comme je vous l'ai annoncé, il y a trois semaines (voir blogue du 29 novembre 2007), les élections internes ont eu lieu, le dimanche 9 décembre pour les libéraux, et le dimanche 16 pour les colorados.  Dans les deux cas, c'est presque match nul, les résultats finaux ne sont pas encore connus officiellement, et les candidat-e-s se en profitent pour se lancer mutuellement des accusations de fraude.  Un de mes amis, fin observateur politique, me faisait la remarque suivante: quand il y a ainsi égalité entre les forces en présence, c'est l'"officialisme" qui l'emporte.  Officialisme veut dire ici la ligne officielle du parti, l'"establishment" et, dans le cas du parti au pouvoir, ceux qui contrôlent les institutions de l'état qu'ils n'hésitent pas à utiliser pour leur cabale interne: des voitures d'institutions publiques pour se rendre à les réunions politiques, des budgets de santé ou de chantiers publics retenus pour faire des cadeaux aux amis du parti, plein d'inaugurations de nouvelles oeuvres transformées en carnavals prosélytes.

29 décembre 2007 - Réunion du réseau

Hier soir je suis allé dans une petite salle d'une grosse église paroissiale, en plein centre d'Asunción, pour participer à la messe de Noël d'un réseau de professionnel-le-s chrétien-ne-s.  C'est la troisième fois que je participe mais ça fait plus de dix ans que je connais plusieurs des intégrant-e-s, un groupe d'ami-e-s très soudé, en particulier quatre couples et leurs enfants, qui continuent depuis plus de vingt-cinq ans le groupe de jeunes qu'ils ont formé à l'université quand ils et elles étaient engagé-e-s contre la dictature militaire.  On dirait qu'un des foyers de résistance a été la faculté de Génie car plusieurs sont ingénieur-e-s. Maintenant, dans leur vie professionnelle, dans leurs familles, dans la société en pleine mutation du Paraguay, ils et elles cherchent à alimenter, à promouvoir, à répandre un esprit de justice et de participation citoyenne. 

C'était la commémoration des Saints Innocents et nous avons fait beaucoup de parallèles entre ces enfants morts à cause d'un roi qui protégeait son pouvoir et plein d'enfants d'aujourd'hui qui ne vont pas à l'école, qui n'ont plus de temps pour jouer, qui ne sont pas soignés, qui meurent à cause d'une organisation sociale basée sur l'exclusion et les privilèges ?une des participantes, pédiatre, a fait un émouvant témoignage sur les carences scandaleuses du système public au moment où les ressources sont déviées vers les campagnes politiques.  Un autre participant a eu une réflexion qui m'a beaucoup touché.  Il a interpellé le groupe: être chrétien-ne ne serait-ce pas assumer le leadership?  Nous disons que nous avons reçu une formation et que nous avons des outils pour voir la réalité et la transformer, pourquoi restons-nous en retrait?

En octobre, une petite délégation du groupe s'est rendue à Montevideo pour une rencontre Latino-américaine.  L'Action Catholique, maintenant connue par d'autres appellations, et ses profondes intuitions ?option pour les pauvres, révision de vie? n'est pas morte, au contraire.  Un des acquis de la 5e conférence des évêques d'Amérique Latine et des Caraïbes, récemment célébrée au Brésil, c'est justement comme une consécration de la méthode traditionnelle du mouvement, le fameux voir-juger-agir.

Pour moi, c'est comme si je retrouvais mes ami-e-s du temps de l'université et du Mouvement d'étudiant-e-s chrétien-ne-s du Québec.  Je me sens en famille: j'ai l'impression d'être avec François, Jean-François, Louise, Diane, Guylaine, Lucie, Gilles, Robert,... et beaucoup d'autres que j'ai perdus de vue.  Je suis certain qu'ils et elles poursuivent la même recherche et sont actifs et actives, à leur façon, dans le même type d'engagement. 

31 décembre 2007 - Bonne et Heureuse!

Bye bye 2007.  Bienvenue à toi 2008.  J'entends les sombres bilans d'une année funeste et les folles espérances qu'en une nuit tout pourrait se vêtir de changement.  Pour moi, 2007 a été une intense et heureuse année.  J'en ai écouté plusieurs me dire des choses semblables et, parmi eux et elles, des personnes qui ont passablement souffert.

A la radio et dans beaucoup de conversations, ce qui domine c'est pourtant un grand pessimisme.  L'ambiance politique actuelle ne fait rien pour améliorer les choses: chômage, émigration forcée, pauvreté, insécurité...  Mais je veux finir 2007 et commencer 2008 par un acte de résistance.  La mesure de nos malheurs ne dépend pas uniquement des forces extérieures.  Je me souviens de cette phrase de J.-P. Sartre que j'avais lue citée dans un bouquin: "L'important ce n'est pas ce que l'on a fait de nous, c'est ce que nous faisons de ce que l'on a fait de nous."

Je nous souhaite une année 2008 d'engagement, d'approfondissement, de vrai bonheur, celui qui vient du don de soi, en ouverture aux autres, un bonheur pas facile qui n'est pas toujours, ni même souvent, synonyme de confort ou bien-être. Je nous souhaite une année d'accueil, accueil des autres, accueil des surprises et des nouveautés que la vie se charge de nous amener, accueil des défis, accueil des rencontres et des séparations, accueil de l'Autre en soi. Je nous souhaite une Bonne et Heureuse Année, pis l'paradis à la fin de nos jours!

S'cusez-la!

Décembre 2007

 

11 décembre 2007 - Le neveu

"C'est mon neveu, mon neveu 'lento'."  La première fois que je l'ai présenté ainsi, Michel, le fils de mes amis d'enfance, m'a regardé insulté: "C'est quoi ça 'lento'?"  Il pensait que je le présentais comme une personne "lente" mais ici le mot veut dire "quasi".  Il est quasi comme un neveu.  Tout le monde a bien rigolé avec sa première réaction.

Michel arrive de son quatrième stage en Argentine, dans la province d'Entre-Ríos, où il a intégré puis coordonné un des projets d'Ecologie Sans Frontières, un très intéressant programme d'investigation mené par les étudiant-e-s en biologie de l'Université de Sherbrooke.  Le p'tit gars (25 ans, 1,88 m!) a vraiment vécu une très riche expérience, dans une zone très pauvre où, avec plusieurs groupes d'étudiant-e-s, durant plusieurs années, ils ont ramassé de précieuses données sur le "bosque nativo", la forêt locale et originelle.  Ce sont des données qui serviront tant aux chercheurs de l'Argentine comme du Québec et à l'association de petits producteurs agricoles de la région qui a aussi participé au projet, afin de documenter leur posture devant les grands changements de l'heure.  Comme ça se fait beaucoup ici aussi au Paraguay, il y a une forte tendance à la reconcentration de la terre dans les mains de quelques entrepreneurs qui sèment à grande extension la soya transgénique, en coupant ce qui reste de forêt et en utilisant des méthodes de plantation, fumigation, récolte qui contaminent la terre et les eaux.

Le sujet de l'écologie refait surface à tout bout de champ, c'est le cas de le dire, depuis une semaine qu'il est là. Il a rencontré des gens très intéressés par son expérience dans certaines organisations d'ici.  Nous sommes allés faire un petit tour dans le "campo" et il a pu voir aussi que son thème est très actuel ici aussi. Moi, j'ai beaucoup appris.  J'éteins le moteur quand la voiture va rester arrêtée plus d'une demie-minute.  Je suis en train de me convaincre de faire mon compost. Il en sait aussi beaucoup sur comment faire un "asado" (BBQ) et comment prendre le maté avec tout l'art de la chose.

En plus de ça, c'est fascinant de rencontrer un homme comme lui bourré de talents et de valeurs profondes, un homme réalisé avec plein de projets devant lui, un homme que j'ai porté dans les bras quand il était bébé et que je n'ai pourtant vu grandir que de loin, depuis le salon des grands, quand j'allais retrouver ses parents.  Belles et émouvantes retrouvailles.

20 décembre 2007 - Résultats

Comme je vous l'ai annoncé, il y a trois semaines (voir blogue du 29 novembre 2007), les élections internes ont eu lieu, le dimanche 9 décembre pour les libéraux, et le dimanche 16 pour les colorados.  Dans les deux cas, c'est presque match nul, les résultats finaux ne sont pas encore connus officiellement, et les candidat-e-s se en profitent pour se lancer mutuellement des accusations de fraude.  Un de mes amis, fin observateur politique, me faisait la remarque suivante: quand il y a ainsi égalité entre les forces en présence, c'est l'"officialisme" qui l'emporte.  Officialisme veut dire ici la ligne officielle du parti, l'"establishment" et, dans le cas du parti au pouvoir, ceux qui contrôlent les institutions de l'état qu'ils n'hésitent pas à utiliser pour leur cabale interne: des voitures d'institutions publiques pour se rendre à les réunions politiques, des budgets de santé ou de chantiers publics retenus pour faire des cadeaux aux amis du parti, plein d'inaugurations de nouvelles oeuvres transformées en carnavals prosélytes.

29 décembre 2007 - Réunion du réseau

Hier soir je suis allé dans une petite salle d'une grosse église paroissiale, en plein centre d'Asunción, pour participer à la messe de Noël d'un réseau de professionnel-le-s chrétien-ne-s.  C'est la troisième fois que je participe mais ça fait plus de dix ans que je connais plusieurs des intégrant-e-s, un groupe d'ami-e-s très soudé, en particulier quatre couples et leurs enfants, qui continuent depuis plus de vingt-cinq ans le groupe de jeunes qu'ils ont formé à l'université quand ils et elles étaient engagé-e-s contre la dictature militaire.  On dirait qu'un des foyers de résistance a été la faculté de Génie car plusieurs sont ingénieur-e-s. Maintenant, dans leur vie professionnelle, dans leurs familles, dans la société en pleine mutation du Paraguay, ils et elles cherchent à alimenter, à promouvoir, à répandre un esprit de justice et de participation citoyenne. 

C'était la commémoration des Saints Innocents et nous avons fait beaucoup de parallèles entre ces enfants morts à cause d'un roi qui protégeait son pouvoir et plein d'enfants d'aujourd'hui qui ne vont pas à l'école, qui n'ont plus de temps pour jouer, qui ne sont pas soignés, qui meurent à cause d'une organisation sociale basée sur l'exclusion et les privilèges ?une des participantes, pédiatre, a fait un émouvant témoignage sur les carences scandaleuses du système public au moment où les ressources sont déviées vers les campagnes politiques.  Un autre participant a eu une réflexion qui m'a beaucoup touché.  Il a interpellé le groupe: être chrétien-ne ne serait-ce pas assumer le leadership?  Nous disons que nous avons reçu une formation et que nous avons des outils pour voir la réalité et la transformer, pourquoi restons-nous en retrait?

En octobre, une petite délégation du groupe s'est rendue à Montevideo pour une rencontre Latino-américaine.  L'Action Catholique, maintenant connue par d'autres appellations, et ses profondes intuitions ?option pour les pauvres, révision de vie? n'est pas morte, au contraire.  Un des acquis de la 5e conférence des évêques d'Amérique Latine et des Caraïbes, récemment célébrée au Brésil, c'est justement comme une consécration de la méthode traditionnelle du mouvement, le fameux voir-juger-agir.

Pour moi, c'est comme si je retrouvais mes ami-e-s du temps de l'université et du Mouvement d'étudiant-e-s chrétien-ne-s du Québec.  Je me sens en famille: j'ai l'impression d'être avec François, Jean-François, Louise, Diane, Guylaine, Lucie, Gilles, Robert,... et beaucoup d'autres que j'ai perdus de vue.  Je suis certain qu'ils et elles poursuivent la même recherche et sont actifs et actives, à leur façon, dans le même type d'engagement. 

31 décembre 2007 - Bonne et Heureuse!

Bye bye 2007.  Bienvenue à toi 2008.  J'entends les sombres bilans d'une année funeste et les folles espérances qu'en une nuit tout pourrait se vêtir de changement.  Pour moi, 2007 a été une intense et heureuse année.  J'en ai écouté plusieurs me dire des choses semblables et, parmi eux et elles, des personnes qui ont passablement souffert.

A la radio et dans beaucoup de conversations, ce qui domine c'est pourtant un grand pessimisme.  L'ambiance politique actuelle ne fait rien pour améliorer les choses: chômage, émigration forcée, pauvreté, insécurité...  Mais je veux finir 2007 et commencer 2008 par un acte de résistance.  La mesure de nos malheurs ne dépend pas uniquement des forces extérieures.  Je me souviens de cette phrase de J.-P. Sartre que j'avais lue citée dans un bouquin: "L'important ce n'est pas ce que l'on a fait de nous, c'est ce que nous faisons de ce que l'on a fait de nous."

Je nous souhaite une année 2008 d'engagement, d'approfondissement, de vrai bonheur, celui qui vient du don de soi, en ouverture aux autres, un bonheur pas facile qui n'est pas toujours, ni même souvent, synonyme de confort ou bien-être. Je nous souhaite une année d'accueil, accueil des autres, accueil des surprises et des nouveautés que la vie se charge de nous amener, accueil des défis, accueil des rencontres et des séparations, accueil de l'Autre en soi. Je nous souhaite une Bonne et Heureuse Année, pis l'paradis à la fin de nos jours!

S'cusez-la!

Novembre 2007

 

9 novembre 2007 - Proposition

Les deux ñandu (autruches) sont morts.  Ils ont duré une semaine, ou plutôt Nietzsche, notre chien turbulent et inquiet, s'est retenu une semaine.  Je soupçonne que la sorte de chant-pleur qu'ils geignaient continuellement contenait des fréquences insupportables pour lui.  Il leur a sauté dessus et les petits, même s'ils étaient déjà assez rapides, n'ont pas pu s'échapper de lui.  Alors voilà, ici s'achève notre rêve d'Eden harmonieux où les bêtes vivent en parfaite concorde.

Hier, j'ai été invité à la fête des 50 ans de vie religieuse d'Henriette Poirier, Soeur de la Charité de Québec.  Elle est au Paraguay depuis 1978.  Très belle célébration, très signifiante.  Ça donne de l'énergie à tout le monde.

Je prépare les grilles de bilan pour les divers groupes que j'anime.  C'est le temps de recueillir et de bien regarder pour conserver.  Nous allons commencer ce dimanche, avec les gars, durant notre journée de récollection.

Ce matin, malgré la pluie, nous avons eu une réunion avec les formateurs et formatrices de congrégations religieuses, à l'Institut de Vie Religieuse.  Une dizaine de personnes ont bravé la tempête.  J'ai fait le lien: l'expérience avec les formatrices et formateurs au premier semestre et maintenant celle avec les novices durant ce deuxième semestre, m'ont permis de proposer une formule d'atelier d'intégration pour les postulants et postulantes l'an prochain.  La proposition a été très bien accueillie.  Nous allons travailler à deux, avec Irma, des Soeurs Bleues de Castres.

19 novembre 2007 - Travail des enfants

Samedi, en rentrant de notre repas avec les enfants au Mercado, j'en ai rencontré deux, une grande fluette de 10 ans et un petit plein de vie de 8.  Ils ont trouvé un petit chien abandonné (il y en a beaucoup dans le Marché) et ils étaient en train de s'organiser pour l'emporter.  Je ne les ai pas vus dernièrement et ils ne sont pas venus manger avec nous ce jour-là.
? Ça fait longtemps qu'on ne vous voit plus.
? Non, moi je ne vais plus au "comedor".
? Moi non plus.
? Et pourquoi?
? Ma maman ne veut pas.
? Ma maman ne veut pas non plus.

J'ai senti la tentatión de creuser la question pour savoir pourquoi les mamans ne veulent pas mais je me suis rendu compte que c'était inutile.  C'est la même résistance que nous avons déjà rencontrée: quand les enfants se récréent, quand ils ont un espace pour eux comme enfants, ils ne travaillent pas, ils ne produisent pas, ils n'apportent pas d'argent à la famille qui l'utilise Dieu sait comment.  J'ai eu une première réaction de colère.  Heureusement, en partageant plus tard l'épisode avec Chabela, notre coordinatrice, elle m'a répondu sans hésiter: "Il faut aller visiter les mamans."  Et je loue cette sagesse qui résiste au repli, qui décide le rapprochement pour faire fondre les résistance beaucoup plus sûrement qu'en alimentant la rage.

Cet épisode me fait revoir cette difficile question du travail des enfants.  Le Paraguay a adopté, il y a deux ou trois ans, la résolution de l'Organisation Internationale du Travail qui condamne le travail infantil.  La grande majorité des groupes et ONGs impliqués dans ce secteur abondent dans le même sens. Le problème n'est cependant pas vraiment le travail ?moi-même j'ai travaillé comme livreur de journal, de 11 à 16 ans, et je sens que ç'a été une expérience très formatrice? c'est l'exploitation. Cette année je sens beaucoup plus concrètement la différence.  L'exploitation c'est quand il n'y a plus d'espace pour les activités normales et importantes de l'âge propre de ces personnes que sont les enfants.  La ligne est très claire: plus de temps ni d'intérêt pour l'école, plus de temps pour jouer, plus d'attention au processus essentiel de l'enfance: grandir, se développer, s'ouvrir, accompagnés par des adultes aimant et intéressés.

29 novembre 2007 - Temps politique

Un ami m'a demandé des nouvelles de notre politique locale et je lui ai écrit ce qui suit la semaine dernière:

Dans trois semaines ce sera l'élection interne du parti Colorado. C'est cette campagne-là qui occupe l'espace médiatique actuellement. La candidate (et belle-soeur) du Président de la République travaille avec tout l'appui des organismes d'Etat, ce pour quoi surgissent quelques menues protestations mais pas suffisantes pour l'arrêter. Il y a deux autres candidats sérieux: l'ex-vice-président, Luis Castiglioni, un "estanciero" prospère; très pro-américain et très anti-Chavez. L'autre, c'est José Alberto Alderete, ex-ami intime du Président mais qui s'est fâché de ne pas avoir été choisi comme dauphin. Les candidats envoient des bombes de temps à autre à Fernando Lugo mais ils sont davantage occupés à s'entredéchirer. La figure qui domine encore le débat c'est justement le Président qui donne de plus en plus une image de désespéré, qui utilise de plus en plus un langage grossier et déplacé, qui, au fond, nuit à son parti.

Les Colorados sont habitués à ce genre de crise. Après leurs élections internes, ils s'unissent comme des bandits: "Todos somos colorados!" La campagne en règle contre l'opposition va commencer durant les Fêtes.

Le Président a essayé de disqualifier Fernando Lugo. Il a même visité le pape à Rome. On ne sait pas officiellement de quoi ils ont parlé mais tout laisse croire qu'il voulait un "move" du Vatican pour montrer que Fernando est toujours évêque et donc que, constitutionnellement, il ne peut pas être candidat. Ça n'a pas marché. Rome et plusieurs évêques du Paraguay n'aiment pas la situation de Fernando et ils ont déjà fait tout ce que prescrit le Droit Canon. Il y aura peut-être encore des tentatives de ce côté-là mais je crois qu'il est désormais clair que Fernando, ayant démissionné, n'est plus ministre de l'Eglise, non pas selon le droit interne de l'Eglise sinon devant les lois de l'Etat. Et comme depuis 1992 nous sommes un pays qui n'a plus de religion d'Etat...

Pendant ce temps, Fernando continue son petit bonhomme de chemin. Il déconcerte, il irrite. Les Colorados, bien sûr, mais aussi les gens de l'opposition. Le Parti Libéral a un peu forcé un accord comme quoi ils présenteront le vice-président qui doit l'accompagner. Ils sont en campagne interne sur cette question. Je crois bien que celui qui va gagner est un de mes voisins, un des fils d'une famille de médecins de Fernando de la Mora, Fedérico Franco, actuel gouverneur du département central, frère de l'ancien chef du parti Libéral et vice-président sous Luis González Macchi, Yoyito Franco. C'est une alliance stratégique. Le parti Libéral est un "has been". Jamais ils ne gagneront les élections tout seuls, alors ils profitent du phénomène Lugo, se mettent aux premiers rangs, forcent la mise. Ils donnent cependant au mouvement de luguiste un appui très important, celui de leur imposante structure de parti. Impossible de mobiliser et gagner sans ces milliers de partisans et bénévoles (plus ou moins) qui font fonctionner leurs réseaux (famille, amitié, négoce) avec une méthode rigoureuse et un art consommé.

Fernando a beaucoup laissé courir. Il n'a commencé à apparaître dans les medias que tout dernièrement. Beaucoup l'ont qualifié d'indécis, d'énigmatique, de silencieux. Plus d'un journaliste ou commentateur s'est exclamé qu'il est inconcevable qu'un candidat ne se prononce pas sur tel ou tel sujet dans un moment aussi crucial. L'un d'eux lui a donné le surnom de "la Joconde" cachée dernière son sourire, dont on ne sait rien. Les Colorados en ont profité pour faire courir des bruits: scandales financiers, crimes, femmes et enfants, etc. mais tout cela s'est calmé tout seul. La vraie campagne et, probablement, les vraies attaques, ne vont commencer qu'après les Fêtes. Fernando est en selle. La semaine dernière un de ses "consultants" a démissionné, il trouve que Fernando n'est pas assez agressif. Je crois que les faits montrent une option bien à lui: il laisse faire, et laisse braire. Le moment venu il prend une décision, parfois sèche et coupante, à partir de ses valeurs. Je l'ai déjà vu faire auparavant. Son option pour le silence lui permet de gagner de loin au jeu de la politique d'ici. Il fait figure de sage, de celui qui en sait plus qu'il ne dit, pendant que les autres s'agitent et se rendent ridicules.

Autre point, la tactique du Président de libérer Lino Oviedo s'est révélée un pétard mouillé. Il est de plus en plus évident que cet ancien "homme fort" s'est vendu et a perdu toute crédibilité. Son mouvement a quitté la Concertation et se présentera aux élections d'avril mais je ne crois pas qu'il représente désormais une force significative.


Jusque-là le commentaire à mon ami.  Rien de bien nouveau depuis huit jours sauf que Fernando Lugo est davantage sorti de son silence.  Il a même fait une déclaration confuse sur une "loi sur la presse" qui a soulevé un tollé de protestations.  Gaffe?  Pensée autocratique?  Vision profonde d'un problème réel?

L'interne du parti Libéral (pour voter le candidat à la vice-présidence devant accompagner Fernando Lugo) se jouera le dimanche 9 décembre.  Huit jours plus tard, ce sera l'interne des Colorados.  Il y aura abondant matériel à commentaires durant les retrouvailles des Fêtes!


Novembre 2007

 

9 novembre 2007 - Proposition

Les deux ñandu (autruches) sont morts.  Ils ont duré une semaine, ou plutôt Nietzsche, notre chien turbulent et inquiet, s'est retenu une semaine.  Je soupçonne que la sorte de chant-pleur qu'ils geignaient continuellement contenait des fréquences insupportables pour lui.  Il leur a sauté dessus et les petits, même s'ils étaient déjà assez rapides, n'ont pas pu s'échapper de lui.  Alors voilà, ici s'achève notre rêve d'Eden harmonieux où les bêtes vivent en parfaite concorde.

Hier, j'ai été invité à la fête des 50 ans de vie religieuse d'Henriette Poirier, Soeur de la Charité de Québec.  Elle est au Paraguay depuis 1978.  Très belle célébration, très signifiante.  Ça donne de l'énergie à tout le monde.

Je prépare les grilles de bilan pour les divers groupes que j'anime.  C'est le temps de recueillir et de bien regarder pour conserver.  Nous allons commencer ce dimanche, avec les gars, durant notre journée de récollection.

Ce matin, malgré la pluie, nous avons eu une réunion avec les formateurs et formatrices de congrégations religieuses, à l'Institut de Vie Religieuse.  Une dizaine de personnes ont bravé la tempête.  J'ai fait le lien: l'expérience avec les formatrices et formateurs au premier semestre et maintenant celle avec les novices durant ce deuxième semestre, m'ont permis de proposer une formule d'atelier d'intégration pour les postulants et postulantes l'an prochain.  La proposition a été très bien accueillie.  Nous allons travailler à deux, avec Irma, des Soeurs Bleues de Castres.

19 novembre 2007 - Travail des enfants

Samedi, en rentrant de notre repas avec les enfants au Mercado, j'en ai rencontré deux, une grande fluette de 10 ans et un petit plein de vie de 8.  Ils ont trouvé un petit chien abandonné (il y en a beaucoup dans le Marché) et ils étaient en train de s'organiser pour l'emporter.  Je ne les ai pas vus dernièrement et ils ne sont pas venus manger avec nous ce jour-là.
? Ça fait longtemps qu'on ne vous voit plus.
? Non, moi je ne vais plus au "comedor".
? Moi non plus.
? Et pourquoi?
? Ma maman ne veut pas.
? Ma maman ne veut pas non plus.

J'ai senti la tentatión de creuser la question pour savoir pourquoi les mamans ne veulent pas mais je me suis rendu compte que c'était inutile.  C'est la même résistance que nous avons déjà rencontrée: quand les enfants se récréent, quand ils ont un espace pour eux comme enfants, ils ne travaillent pas, ils ne produisent pas, ils n'apportent pas d'argent à la famille qui l'utilise Dieu sait comment.  J'ai eu une première réaction de colère.  Heureusement, en partageant plus tard l'épisode avec Chabela, notre coordinatrice, elle m'a répondu sans hésiter: "Il faut aller visiter les mamans."  Et je loue cette sagesse qui résiste au repli, qui décide le rapprochement pour faire fondre les résistance beaucoup plus sûrement qu'en alimentant la rage.

Cet épisode me fait revoir cette difficile question du travail des enfants.  Le Paraguay a adopté, il y a deux ou trois ans, la résolution de l'Organisation Internationale du Travail qui condamne le travail infantil.  La grande majorité des groupes et ONGs impliqués dans ce secteur abondent dans le même sens. Le problème n'est cependant pas vraiment le travail ?moi-même j'ai travaillé comme livreur de journal, de 11 à 16 ans, et je sens que ç'a été une expérience très formatrice? c'est l'exploitation. Cette année je sens beaucoup plus concrètement la différence.  L'exploitation c'est quand il n'y a plus d'espace pour les activités normales et importantes de l'âge propre de ces personnes que sont les enfants.  La ligne est très claire: plus de temps ni d'intérêt pour l'école, plus de temps pour jouer, plus d'attention au processus essentiel de l'enfance: grandir, se développer, s'ouvrir, accompagnés par des adultes aimant et intéressés.

29 novembre 2007 - Temps politique

Un ami m'a demandé des nouvelles de notre politique locale et je lui ai écrit ce qui suit la semaine dernière:

Dans trois semaines ce sera l'élection interne du parti Colorado. C'est cette campagne-là qui occupe l'espace médiatique actuellement. La candidate (et belle-soeur) du Président de la République travaille avec tout l'appui des organismes d'Etat, ce pour quoi surgissent quelques menues protestations mais pas suffisantes pour l'arrêter. Il y a deux autres candidats sérieux: l'ex-vice-président, Luis Castiglioni, un "estanciero" prospère; très pro-américain et très anti-Chavez. L'autre, c'est José Alberto Alderete, ex-ami intime du Président mais qui s'est fâché de ne pas avoir été choisi comme dauphin. Les candidats envoient des bombes de temps à autre à Fernando Lugo mais ils sont davantage occupés à s'entredéchirer. La figure qui domine encore le débat c'est justement le Président qui donne de plus en plus une image de désespéré, qui utilise de plus en plus un langage grossier et déplacé, qui, au fond, nuit à son parti.

Les Colorados sont habitués à ce genre de crise. Après leurs élections internes, ils s'unissent comme des bandits: "Todos somos colorados!" La campagne en règle contre l'opposition va commencer durant les Fêtes.

Le Président a essayé de disqualifier Fernando Lugo. Il a même visité le pape à Rome. On ne sait pas officiellement de quoi ils ont parlé mais tout laisse croire qu'il voulait un "move" du Vatican pour montrer que Fernando est toujours évêque et donc que, constitutionnellement, il ne peut pas être candidat. Ça n'a pas marché. Rome et plusieurs évêques du Paraguay n'aiment pas la situation de Fernando et ils ont déjà fait tout ce que prescrit le Droit Canon. Il y aura peut-être encore des tentatives de ce côté-là mais je crois qu'il est désormais clair que Fernando, ayant démissionné, n'est plus ministre de l'Eglise, non pas selon le droit interne de l'Eglise sinon devant les lois de l'Etat. Et comme depuis 1992 nous sommes un pays qui n'a plus de religion d'Etat...

Pendant ce temps, Fernando continue son petit bonhomme de chemin. Il déconcerte, il irrite. Les Colorados, bien sûr, mais aussi les gens de l'opposition. Le Parti Libéral a un peu forcé un accord comme quoi ils présenteront le vice-président qui doit l'accompagner. Ils sont en campagne interne sur cette question. Je crois bien que celui qui va gagner est un de mes voisins, un des fils d'une famille de médecins de Fernando de la Mora, Fedérico Franco, actuel gouverneur du département central, frère de l'ancien chef du parti Libéral et vice-président sous Luis González Macchi, Yoyito Franco. C'est une alliance stratégique. Le parti Libéral est un "has been". Jamais ils ne gagneront les élections tout seuls, alors ils profitent du phénomène Lugo, se mettent aux premiers rangs, forcent la mise. Ils donnent cependant au mouvement de luguiste un appui très important, celui de leur imposante structure de parti. Impossible de mobiliser et gagner sans ces milliers de partisans et bénévoles (plus ou moins) qui font fonctionner leurs réseaux (famille, amitié, négoce) avec une méthode rigoureuse et un art consommé.

Fernando a beaucoup laissé courir. Il n'a commencé à apparaître dans les medias que tout dernièrement. Beaucoup l'ont qualifié d'indécis, d'énigmatique, de silencieux. Plus d'un journaliste ou commentateur s'est exclamé qu'il est inconcevable qu'un candidat ne se prononce pas sur tel ou tel sujet dans un moment aussi crucial. L'un d'eux lui a donné le surnom de "la Joconde" cachée dernière son sourire, dont on ne sait rien. Les Colorados en ont profité pour faire courir des bruits: scandales financiers, crimes, femmes et enfants, etc. mais tout cela s'est calmé tout seul. La vraie campagne et, probablement, les vraies attaques, ne vont commencer qu'après les Fêtes. Fernando est en selle. La semaine dernière un de ses "consultants" a démissionné, il trouve que Fernando n'est pas assez agressif. Je crois que les faits montrent une option bien à lui: il laisse faire, et laisse braire. Le moment venu il prend une décision, parfois sèche et coupante, à partir de ses valeurs. Je l'ai déjà vu faire auparavant. Son option pour le silence lui permet de gagner de loin au jeu de la politique d'ici. Il fait figure de sage, de celui qui en sait plus qu'il ne dit, pendant que les autres s'agitent et se rendent ridicules.

Autre point, la tactique du Président de libérer Lino Oviedo s'est révélée un pétard mouillé. Il est de plus en plus évident que cet ancien "homme fort" s'est vendu et a perdu toute crédibilité. Son mouvement a quitté la Concertation et se présentera aux élections d'avril mais je ne crois pas qu'il représente désormais une force significative.


Jusque-là le commentaire à mon ami.  Rien de bien nouveau depuis huit jours sauf que Fernando Lugo est davantage sorti de son silence.  Il a même fait une déclaration confuse sur une "loi sur la presse" qui a soulevé un tollé de protestations.  Gaffe?  Pensée autocratique?  Vision profonde d'un problème réel?

L'interne du parti Libéral (pour voter le candidat à la vice-présidence devant accompagner Fernando Lugo) se jouera le dimanche 9 décembre.  Huit jours plus tard, ce sera l'interne des Colorados.  Il y aura abondant matériel à commentaires durant les retrouvailles des Fêtes!


Octobre 2007

 

1er octobre 2007 - Campagnes

Ça fait déjà un certain temps que je reçois des nouvelles et des invitations via un site de solidarité internationale.  Je suis frappé par le caractère très actif et efficace de ce petit groupe de permanent-e-s qui a su monter un immense réseau.  Les circulaires sont courtes et bien informées, les actions sont concrètes et visent des objectifs précis.  Le groupe lance maintenant un appel en faveur de la Birmanie et demande de le diffuser.  Je préfère vous laisser aller visiter la page web et découvrir les actions proposées. Ci-dessous je recopie le message général d'invitation à adhérer au réseau:

J'ai pensé que vous aimeriez jeter un coup d'oeil à Avaaz.org, un groupe auquel je viens d'adhérer. Il permet à des citoyens du monde de se mettre ensemble pour poser des gestes concrets concernant les grands enjeux mondiaux comme les changements climatiques, la paix au Moyen-Orient, la pauvreté et les droits humains. Nous comptons déjà un million de membres dans 182 pays et commençons à pouvoir influencer les décideurs mondiaux. Avaaz.org donne des moyens très faciles d'agir (en 30 secondes) pour avoir un impact réel dans les dossiers chauds de la planète.

5 octobre 2007 - La photo promise

Tajypoty3.jpg

C'était il y a dix jours quand nous avions du gris et du frais.  Maintenant le vent du nord sec et chaud sévit à nouveau. Il faudrait qu'il pleuve.

13 octobre 2007 - Fête patronale

Ce soir, nous avons célébré la deuxième apparition de la Vierge de Fatima, la patronne de notre communauté de quartier.  Grande fête!  Procession à travers quelques rues avec la statue de la Sainte montée sur une petite camionnette couverte de fleurs et de drapeaux du Vatican, des pétards en masse, l'orchestre de cuivres et le choeur en grande forme, beaucoup de monde.  La religion populaire est encore vivante.  J'avoue que je ne m'y retrouve pas toujours mais je participe, comme un pèlerin de plus au milieu de la foule qui vit quelque chose de mystérieux et intense.

17 octobre 2007 - Ballon de volley

Depuis quelques mois, Osvaldo va deux fois par semaine au local de la municipalité, au Marché, au milieu des enfants travailleurs.  Il aide pour le goûter de l'après-midi, le rattrapage scolaire et l'animation du centre avec Bruno de Callescuela, parfois seul.

"Ils ont besoin d'un ballon de volley."  Osvaldo commence ainsi son récit dans lequel il me fait part de l'initiative des enfants, au local, la semaine dernière.  Ils ont mis en valeur le petit bout de cour derrière la cuisine, ils ont inventé un terrain de volley et fabriqué un ballon avec des sacs de plastique.  Le filet c'est une poche d'oignons, fendue au milieu, un joli tissé orange, tendu entre la clôture et le mur de l'édifice principal.  Ils étaient fiers de leur organisation et ils sont allé chercher Osvaldo afin qu'il participe à leur jeu, qu'il soit parfois l'arbitre, qu'il joue aussi dans une des équipes, qu'il soit là, avec eux.

"Tu es certain qu'ils ont besoin d'un ballon?" que je lui réplique.  Osvaldo regarde combien les enfants ont été actifs et créatifs pour organiser le terrain et fabriquer le ballon.  Ils ne lui ont pas demandé d'argent, ni de cadeau, seulement d'être là, avec eux.  Nous continuons l'échange en contemplant les enfants et en prenant conscience de combien la solution qu'ils ont trouvée est adéquate: le terrain est petit et clôturé, un vrai ballon serait trop lourd et rebondirait très souvent à l'extérieur. Au contraire, le ballon plus léger permet de jouer dans un espace plus restreint.  Toutes les matières utilisées sont "renouvelables".  Tout le monde a participé à l'élaboration et prend soin des éléments fabriqués.

"Tu es vraiment certain qu'ils ont besoin d'un ballon?"  Nous voyons ensemble: combien d'initiatives auto-gérées sont frustrées et détruites par les "cadeaux", par les solutions qui arrivent d'ailleurs sans égard pour la participation active que la créativité a générée?  Combien de groupes et d'associations sont maintenus dans la dépendance parce que les moyens sont catapultés avant des objectifs autonomes et solides?  Ces enfants-là ont pris leur sort en main et ont trouvé une solution. La meilleure solution, la plus économique, la plus efficace, la plus autonome, la plus humaine.  Ils sont allés vers Osvaldo non pas comme un pourvoyeur sinon comme une personne significative, le "grand" qui s'intéresse à eux, qui les respecte, qui les aime.  Ils ont demandé sa présence, pas un ballon.

22 octobre 2007 - Divers

A propos du ballon de volley et de l'initiative des enfants, nous avons pu constater ces derniers jours un autre impact favorable.  Les mères voyaient d'un mauvais oeil leurs enfants s'éloigner des postes de travail pour se récréer.  Nous avions même eu des difficultés avec elles parce qu'elles ne laissaient pas les enfants sortir pour jouer un instant, sous prétexte qu'ils ne produisaient pas pendant ce temps-là.  Je ne sais pas par quelle alchimie, cette fois-ci elles ont vu que les enfants qui viennent jouer au volley ne vont pas dilapider leurs maigres gains dans les machines à sous qui pullulent autour du marché.  Ils ne perdent pas leur argent et c'est meilleur pour la santé...

Hier, dimanche des missions, l'affiche des Oeuvres Pontificales Missionnaires de cette année présente Mariano, notre confrère originaire de Lima (San Pedro), en gros plan avec un enfant, dans une clinique du camp de réfugiés burundais où il travaille, au nord de la Tanzanie. Fierté!

Je brasse des affaires pour l'an prochain.  J'ai des idées: une mission dans le marché pour affirmer davantage notre projet.  Je la vois comme une période (8-10 jours) intense de contacts dans le marché et dans les familles des enfants, ce qui nous donnerait de nouvelles perceptions pour continuer le comedor avec des objectifs plus pointus.  Je voudrais aussi organiser un moment de réflexion avec d'autres personnes engagées dans le même type de travail pour élargir nos horizons.  Autre idée: l'an prochain, à l'Institut de Vie Religieuse, lancer un espace d'intégration pour les jeunes postulant-e-s et novices.  Je suis allé en parler avec le directeur de l'IVR qui est très ouvert à la proposition.

Cet après-midi, nous allons en retraite, celle du groupe spiritain, nous serons une petite dizaine.  La pause d'intériorité arrive au bon moment!

26 octobre 2007 - Trois jours de retraite

Trois jours et demi si on veut être juste.  Je trouve ça court.  Je commençais à m'arrêter pour vrai et à écouter le silence.  Cette année, je sens que veulent se réaliser en moi les mots de la séquence de la Pentecôte: "Viens Esprit-Saint... assouplis ce qui est rigide."  C'est pas du figuré, je me suis trouvé raide comme une barre pendant toute la durée de la retraite.  Et j'ai vu comment très souvent j'ai des réactions de raideur, qui s'accumulent, qui finissent par m'empoisonner la vie, et celle des autres.

Le deuxième soir nous avons regardé un film que je ne connaissais pas: Så som i himmelen, de Kay Pollak (2004), en français: Comme au ciel.  Très beau, très touchant. Ça m'a fait penser aux Choristes, au Festin de Babette, à Jésus de Montréal.  Les jésuites du centre Santos-Martires l'ont découvert récemment et le présentent dans toutes leurs retraites!

31 octobre 2007 - Deux plus deux

Deux nouveaux membres de la communauté...  Plutôt, deux nouveaux individus dans notre jardin zoologique qui, en plus des spécimens humains (!) comportait deux chiens et un chat.  Maintenant Gregorio qui est allé faire un travail dans le Haut-Chaco la semaine dernière nous a apporté un couple d'autruches!  Des bébés qui font déjà 30 cm de haut.  Ils se promènent dans la cour et, tout en ne se laissant pas toucher, cherchent la compagnie.  Quand ils sont seuls, ils se mettent à pleurer en choeur. Autrement, ils déambulent autour de nous, mangent continuellement des brins d'herbe et les insectes qu'ils trouvent, agrémentent notre jardin d'une présence tranquille. Sympathiques.  Le chat s'est habitué, il ne cherche plus à leur sauter dessus.

Deux remises de diplômes significatives.  Doris a reçu hier son diplôme de licence en comptabilité et la famille entière m'a invité au souper de fête.  Diego son mari est le jeune coordinateur de la communauté San Roque González de Santa-Cruz où Doris est aussi catéchiste.  Elle mène tout de front, avec un petit air tranquille qui cache un grande force intérieure: les études, le travail à temps plein, la communauté, la vie de famille et même une grossesse qui s'est terminée 15 jours après ses examens finaux.  Pablito a maintenant six semaines et déjà les grandes jambes de son père!  L'autre remise de diplôme c'est demain, Ruth, la fille de Gregorio et Chabela, chirurgienne-dentiste (odontóloga) et elle m'invite aussi pour le souper.  Il y a une histoire à cette invitation, un accompagnement dans les moments où elle a pris de grandes décisions pour sa vie. Elle savoure son succès mais pas superciellement: son parcours a été avant tout celui d'une profonde maturation humaine.  C'est beau de la voir!

Octobre 2007

 

1er octobre 2007 - Campagnes

Ça fait déjà un certain temps que je reçois des nouvelles et des invitations via un site de solidarité internationale.  Je suis frappé par le caractère très actif et efficace de ce petit groupe de permanent-e-s qui a su monter un immense réseau.  Les circulaires sont courtes et bien informées, les actions sont concrètes et visent des objectifs précis.  Le groupe lance maintenant un appel en faveur de la Birmanie et demande de le diffuser.  Je préfère vous laisser aller visiter la page web et découvrir les actions proposées. Ci-dessous je recopie le message général d'invitation à adhérer au réseau:

J'ai pensé que vous aimeriez jeter un coup d'oeil à Avaaz.org, un groupe auquel je viens d'adhérer. Il permet à des citoyens du monde de se mettre ensemble pour poser des gestes concrets concernant les grands enjeux mondiaux comme les changements climatiques, la paix au Moyen-Orient, la pauvreté et les droits humains. Nous comptons déjà un million de membres dans 182 pays et commençons à pouvoir influencer les décideurs mondiaux. Avaaz.org donne des moyens très faciles d'agir (en 30 secondes) pour avoir un impact réel dans les dossiers chauds de la planète.

5 octobre 2007 - La photo promise

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C'était il y a dix jours quand nous avions du gris et du frais.  Maintenant le vent du nord sec et chaud sévit à nouveau. Il faudrait qu'il pleuve.

13 octobre 2007 - Fête patronale

Ce soir, nous avons célébré la deuxième apparition de la Vierge de Fatima, la patronne de notre communauté de quartier.  Grande fête!  Procession à travers quelques rues avec la statue de la Sainte montée sur une petite camionnette couverte de fleurs et de drapeaux du Vatican, des pétards en masse, l'orchestre de cuivres et le choeur en grande forme, beaucoup de monde.  La religion populaire est encore vivante.  J'avoue que je ne m'y retrouve pas toujours mais je participe, comme un pèlerin de plus au milieu de la foule qui vit quelque chose de mystérieux et intense.

17 octobre 2007 - Ballon de volley

Depuis quelques mois, Osvaldo va deux fois par semaine au local de la municipalité, au Marché, au milieu des enfants travailleurs.  Il aide pour le goûter de l'après-midi, le rattrapage scolaire et l'animation du centre avec Bruno de Callescuela, parfois seul.

"Ils ont besoin d'un ballon de volley."  Osvaldo commence ainsi son récit dans lequel il me fait part de l'initiative des enfants, au local, la semaine dernière.  Ils ont mis en valeur le petit bout de cour derrière la cuisine, ils ont inventé un terrain de volley et fabriqué un ballon avec des sacs de plastique.  Le filet c'est une poche d'oignons, fendue au milieu, un joli tissé orange, tendu entre la clôture et le mur de l'édifice principal.  Ils étaient fiers de leur organisation et ils sont allé chercher Osvaldo afin qu'il participe à leur jeu, qu'il soit parfois l'arbitre, qu'il joue aussi dans une des équipes, qu'il soit là, avec eux.

"Tu es certain qu'ils ont besoin d'un ballon?" que je lui réplique.  Osvaldo regarde combien les enfants ont été actifs et créatifs pour organiser le terrain et fabriquer le ballon.  Ils ne lui ont pas demandé d'argent, ni de cadeau, seulement d'être là, avec eux.  Nous continuons l'échange en contemplant les enfants et en prenant conscience de combien la solution qu'ils ont trouvée est adéquate: le terrain est petit et clôturé, un vrai ballon serait trop lourd et rebondirait très souvent à l'extérieur. Au contraire, le ballon plus léger permet de jouer dans un espace plus restreint.  Toutes les matières utilisées sont "renouvelables".  Tout le monde a participé à l'élaboration et prend soin des éléments fabriqués.

"Tu es vraiment certain qu'ils ont besoin d'un ballon?"  Nous voyons ensemble: combien d'initiatives auto-gérées sont frustrées et détruites par les "cadeaux", par les solutions qui arrivent d'ailleurs sans égard pour la participation active que la créativité a générée?  Combien de groupes et d'associations sont maintenus dans la dépendance parce que les moyens sont catapultés avant des objectifs autonomes et solides?  Ces enfants-là ont pris leur sort en main et ont trouvé une solution. La meilleure solution, la plus économique, la plus efficace, la plus autonome, la plus humaine.  Ils sont allés vers Osvaldo non pas comme un pourvoyeur sinon comme une personne significative, le "grand" qui s'intéresse à eux, qui les respecte, qui les aime.  Ils ont demandé sa présence, pas un ballon.

22 octobre 2007 - Divers

A propos du ballon de volley et de l'initiative des enfants, nous avons pu constater ces derniers jours un autre impact favorable.  Les mères voyaient d'un mauvais oeil leurs enfants s'éloigner des postes de travail pour se récréer.  Nous avions même eu des difficultés avec elles parce qu'elles ne laissaient pas les enfants sortir pour jouer un instant, sous prétexte qu'ils ne produisaient pas pendant ce temps-là.  Je ne sais pas par quelle alchimie, cette fois-ci elles ont vu que les enfants qui viennent jouer au volley ne vont pas dilapider leurs maigres gains dans les machines à sous qui pullulent autour du marché.  Ils ne perdent pas leur argent et c'est meilleur pour la santé...

Hier, dimanche des missions, l'affiche des Oeuvres Pontificales Missionnaires de cette année présente Mariano, notre confrère originaire de Lima (San Pedro), en gros plan avec un enfant, dans une clinique du camp de réfugiés burundais où il travaille, au nord de la Tanzanie. Fierté!

Je brasse des affaires pour l'an prochain.  J'ai des idées: une mission dans le marché pour affirmer davantage notre projet.  Je la vois comme une période (8-10 jours) intense de contacts dans le marché et dans les familles des enfants, ce qui nous donnerait de nouvelles perceptions pour continuer le comedor avec des objectifs plus pointus.  Je voudrais aussi organiser un moment de réflexion avec d'autres personnes engagées dans le même type de travail pour élargir nos horizons.  Autre idée: l'an prochain, à l'Institut de Vie Religieuse, lancer un espace d'intégration pour les jeunes postulant-e-s et novices.  Je suis allé en parler avec le directeur de l'IVR qui est très ouvert à la proposition.

Cet après-midi, nous allons en retraite, celle du groupe spiritain, nous serons une petite dizaine.  La pause d'intériorité arrive au bon moment!

26 octobre 2007 - Trois jours de retraite

Trois jours et demi si on veut être juste.  Je trouve ça court.  Je commençais à m'arrêter pour vrai et à écouter le silence.  Cette année, je sens que veulent se réaliser en moi les mots de la séquence de la Pentecôte: "Viens Esprit-Saint... assouplis ce qui est rigide."  C'est pas du figuré, je me suis trouvé raide comme une barre pendant toute la durée de la retraite.  Et j'ai vu comment très souvent j'ai des réactions de raideur, qui s'accumulent, qui finissent par m'empoisonner la vie, et celle des autres.

Le deuxième soir nous avons regardé un film que je ne connaissais pas: Så som i himmelen, de Kay Pollak (2004), en français: Comme au ciel.  Très beau, très touchant. Ça m'a fait penser aux Choristes, au Festin de Babette, à Jésus de Montréal.  Les jésuites du centre Santos-Martires l'ont découvert récemment et le présentent dans toutes leurs retraites!

31 octobre 2007 - Deux plus deux

Deux nouveaux membres de la communauté...  Plutôt, deux nouveaux individus dans notre jardin zoologique qui, en plus des spécimens humains (!) comportait deux chiens et un chat.  Maintenant Gregorio qui est allé faire un travail dans le Haut-Chaco la semaine dernière nous a apporté un couple d'autruches!  Des bébés qui font déjà 30 cm de haut.  Ils se promènent dans la cour et, tout en ne se laissant pas toucher, cherchent la compagnie.  Quand ils sont seuls, ils se mettent à pleurer en choeur. Autrement, ils déambulent autour de nous, mangent continuellement des brins d'herbe et les insectes qu'ils trouvent, agrémentent notre jardin d'une présence tranquille. Sympathiques.  Le chat s'est habitué, il ne cherche plus à leur sauter dessus.

Deux remises de diplômes significatives.  Doris a reçu hier son diplôme de licence en comptabilité et la famille entière m'a invité au souper de fête.  Diego son mari est le jeune coordinateur de la communauté San Roque González de Santa-Cruz où Doris est aussi catéchiste.  Elle mène tout de front, avec un petit air tranquille qui cache un grande force intérieure: les études, le travail à temps plein, la communauté, la vie de famille et même une grossesse qui s'est terminée 15 jours après ses examens finaux.  Pablito a maintenant six semaines et déjà les grandes jambes de son père!  L'autre remise de diplôme c'est demain, Ruth, la fille de Gregorio et Chabela, chirurgienne-dentiste (odontóloga) et elle m'invite aussi pour le souper.  Il y a une histoire à cette invitation, un accompagnement dans les moments où elle a pris de grandes décisions pour sa vie. Elle savoure son succès mais pas superciellement: son parcours a été avant tout celui d'une profonde maturation humaine.  C'est beau de la voir!

Septembre 2007

 

6 septembre 2007 - Lino est libre

Suis revenu hier de la réunion qui s'est très bien passée.  La chaleur aussi est de retour depuis près d'une semaine, et le contraste est presque brutal.  La pluie manque.

La nouvelle du jour: Lino Oviedo, l'ex-général qui a causé tout un émoi en 1996, puis en 1999, au milieu d'une guerre de clans du parti Colorado, a été libéré de la prison militaire où il purgeait une peine de 10 ans. D'après les membres du tribunal militaire qui ont accordé la libération conditionnelle, les pré-requis ont été remplis: la demande de l'intéressé, et le certificat de bonne conduite durant plus de la moitié de la sentence passée en captivité.  Le hic c'est que cette mise en liberté survient juste en ce moment précis, un moment avant tout politique.  Lino Oviedo va se lancer en campagne présidentielle et il va diviser ce qui reste de la fragile concertation de l'opposition.  Difficile de ne pas voir une manoeuvre du parti officiel et un nouvel exemple de la subordination des pouvoirs aux intérêts partisans.  Il y a des gens qui ont très peur de perdre l'hégémonie qu'ils détiennent, dont ils profitent pour dissumuler ?à peine? des négoces illégaux.

11 septembre 2007 - Feux, cendres et fumée

Depuis 10 jours que la chaleur est revenue et surtout avec les derniers deux mois et demi qu'il ne pleut plus, la terre est sèche et dure.  En campagne accidentellement et volontairement des centaines de feux de champs sont allumés et se propagent partout.  Le département de San Pedro est en état d'alerte. Le vent du nord apporte jusqu'à Asunción la cendre et la fumée.  Les avions ne peuvent pas atterrir tellement le smog est épais.  Asunción n'est pas comme Santiago ou Mexico, encastrée dans les montagnes qui retiennent la pollution, et pourtant ces jours-ci le taux de contamination est très élevé.  Les yeux piquent, la gorge s'irrite; il y a beaucoup d'allergies et de maladies respiratoires.

Sur cet écran de nuages et de brume, nous avons regardé l'éclipse partielle du soleil, ce matin vers 8:00 heures.  Il a failli pleuvoir.

20 septembre 2007 - La petite semaine

Il a plu, pas beaucoup, mais assez pour contrôler les incendies dans la plupart des départements du pays.  On dirait que la sécheresse est terminée, que le cycle des vents et des températures a repris son cours normal.  L'air est plus humide.  Il ne fait pas encore trop chaud.  Les conséquences humaines des feux et de la sécheresse vont se faire sentir durant plusieurs mois encore.

Je suis dans ma routine, celle du second semestre qui file comme une balle.  Mes semaines sont marquées de bornes inamovibles, des engagements réguliers hebdomadaires: l'atelier de formation avec les postulants, les entrevues, la réunion communautaire, le cours à l'IVR, d'autres ateliers avec d'autres groupes (Gotas, les profs de l'ISE), et d'autres entrevues. Il reste peu de temps pour des activités nouvelles. Ces temps-ci, je me surprends à dire non, surtout à d'autres engagements qui demandent du suivi: la semaine est pleine, il n'y a plus de place. On verra l'an prochain.

Durant les fins de semaines, il y a la journée avec les enfants du marché et les eucharisties dans les chapelles du quartier, elles aussi assez inamovibles, mais parfois des variantes: rencontres, sessions, célebrations, une fois avec les jeunes, une autre fois au sein de la conférence des religieuses et religieux, une autre avec la commission théologique, une autre avec les agents de pastorale du quartier, parfois, comme dimanche dernier, rester à la maison pour une journée de récollection, des visites où on m'emmène au chevet d'un malade ou d'un mourant,...

28 septembre 2007 - Sorties

Le printemps s'ouvre lentement, gris et frais. Je vais essayer de vous afficher une photo de lapacho amarillo, des arbres au tronc rugueux qui, en cette saison, n'ont aucune feuille et dont les fleurs d'un jaune éclatant illuminent la ville.  Ils sont magnifiques.

Je n'écris plus tellement, je m'en rends compte.  La routine ?qui n'en est pas une? continue.  Dimanche dernier, j'en suis un peu sorti pour aller faire un tour avec Emmanuel.  Nous sommes allés à Caacupé, Atyra, Altos, San Bernardino.  Il a vu un peu autre chose que la ville et nous avons eu quelques heures d'intense conversation sur sa vie, sa famille, le monde qu'il a laissé pour venir ici.  Il progresse bien en espagnol.

Demain, j'irai à Santa-Rosa de Misiones.  C'est à quatre heures en autobus, direction sud-est. Une nouvelle communauté contemplative est en train de naître dont le fondateur jésuite est un ami.  Il m'a demandé d'aller animer un atelier pour eux.  Je rentrerai dimanche.

Septembre 2007

 

6 septembre 2007 - Lino est libre

Suis revenu hier de la réunion qui s'est très bien passée.  La chaleur aussi est de retour depuis près d'une semaine, et le contraste est presque brutal.  La pluie manque.

La nouvelle du jour: Lino Oviedo, l'ex-général qui a causé tout un émoi en 1996, puis en 1999, au milieu d'une guerre de clans du parti Colorado, a été libéré de la prison militaire où il purgeait une peine de 10 ans. D'après les membres du tribunal militaire qui ont accordé la libération conditionnelle, les pré-requis ont été remplis: la demande de l'intéressé, et le certificat de bonne conduite durant plus de la moitié de la sentence passée en captivité.  Le hic c'est que cette mise en liberté survient juste en ce moment précis, un moment avant tout politique.  Lino Oviedo va se lancer en campagne présidentielle et il va diviser ce qui reste de la fragile concertation de l'opposition.  Difficile de ne pas voir une manoeuvre du parti officiel et un nouvel exemple de la subordination des pouvoirs aux intérêts partisans.  Il y a des gens qui ont très peur de perdre l'hégémonie qu'ils détiennent, dont ils profitent pour dissumuler ?à peine? des négoces illégaux.

11 septembre 2007 - Feux, cendres et fumée

Depuis 10 jours que la chaleur est revenue et surtout avec les derniers deux mois et demi qu'il ne pleut plus, la terre est sèche et dure.  En campagne accidentellement et volontairement des centaines de feux de champs sont allumés et se propagent partout.  Le département de San Pedro est en état d'alerte. Le vent du nord apporte jusqu'à Asunción la cendre et la fumée.  Les avions ne peuvent pas atterrir tellement le smog est épais.  Asunción n'est pas comme Santiago ou Mexico, encastrée dans les montagnes qui retiennent la pollution, et pourtant ces jours-ci le taux de contamination est très élevé.  Les yeux piquent, la gorge s'irrite; il y a beaucoup d'allergies et de maladies respiratoires.

Sur cet écran de nuages et de brume, nous avons regardé l'éclipse partielle du soleil, ce matin vers 8:00 heures.  Il a failli pleuvoir.

20 septembre 2007 - La petite semaine

Il a plu, pas beaucoup, mais assez pour contrôler les incendies dans la plupart des départements du pays.  On dirait que la sécheresse est terminée, que le cycle des vents et des températures a repris son cours normal.  L'air est plus humide.  Il ne fait pas encore trop chaud.  Les conséquences humaines des feux et de la sécheresse vont se faire sentir durant plusieurs mois encore.

Je suis dans ma routine, celle du second semestre qui file comme une balle.  Mes semaines sont marquées de bornes inamovibles, des engagements réguliers hebdomadaires: l'atelier de formation avec les postulants, les entrevues, la réunion communautaire, le cours à l'IVR, d'autres ateliers avec d'autres groupes (Gotas, les profs de l'ISE), et d'autres entrevues. Il reste peu de temps pour des activités nouvelles. Ces temps-ci, je me surprends à dire non, surtout à d'autres engagements qui demandent du suivi: la semaine est pleine, il n'y a plus de place. On verra l'an prochain.

Durant les fins de semaines, il y a la journée avec les enfants du marché et les eucharisties dans les chapelles du quartier, elles aussi assez inamovibles, mais parfois des variantes: rencontres, sessions, célebrations, une fois avec les jeunes, une autre fois au sein de la conférence des religieuses et religieux, une autre avec la commission théologique, une autre avec les agents de pastorale du quartier, parfois, comme dimanche dernier, rester à la maison pour une journée de récollection, des visites où on m'emmène au chevet d'un malade ou d'un mourant,...

28 septembre 2007 - Sorties

Le printemps s'ouvre lentement, gris et frais. Je vais essayer de vous afficher une photo de lapacho amarillo, des arbres au tronc rugueux qui, en cette saison, n'ont aucune feuille et dont les fleurs d'un jaune éclatant illuminent la ville.  Ils sont magnifiques.

Je n'écris plus tellement, je m'en rends compte.  La routine ?qui n'en est pas une? continue.  Dimanche dernier, j'en suis un peu sorti pour aller faire un tour avec Emmanuel.  Nous sommes allés à Caacupé, Atyra, Altos, San Bernardino.  Il a vu un peu autre chose que la ville et nous avons eu quelques heures d'intense conversation sur sa vie, sa famille, le monde qu'il a laissé pour venir ici.  Il progresse bien en espagnol.

Demain, j'irai à Santa-Rosa de Misiones.  C'est à quatre heures en autobus, direction sud-est. Une nouvelle communauté contemplative est en train de naître dont le fondateur jésuite est un ami.  Il m'a demandé d'aller animer un atelier pour eux.  Je rentrerai dimanche.

Août 2007

 

3 août 2007 - De retour

Le froid continue, par vagues, la troisième en dix jours!

Nous sommes revenus de la retraite qui a été très silencieuse, très intérieure.  Les jeunes ont regardé des épisodes de leurs propres vies et de celles des fondateurs (Claude Poullart des Places et François Libermann), des épisodes actifs, avec du mouvement, mais la communication qu'ils ont réussi à établir a transcendé l'action.  Ils se sont retrouvés comme jeunes avec leurs réussites et défis de formation, avec leurs grandes questions et le sens qu'ils cherchent à donner à leurs vies, et ils ont rencontré de cette façon-là, sur ces thèmes-là pour ainsi dire, la personne des fondateurs comme des frères.  Difficile à décrire.  L'ambiance a été très sereine toute la semaine, même s'il y a eu des moments plus difficiles pour chacun, la rencontre avec ses propres limites et contradictions.  Je suis content pour eux, et pour notre formation qui s'approfondit.

Je me remets sur ma chaise dans mon bureau.  J'ai du pain sur la planche. Pendant que les gars étaient en retraite, j'en ai profité pour écrire: le brouillon de notre document capitulaire, mon programme de cours, des lettres, des idées pour la formation des formatrices et formateurs de la Conférence des Religieuses et Religieux du Paraguay.  Maintenant il faut peaufiner et envoyer.

Donnez-moi du soleil!

9 août 2007 - Emotions

Au retour de la retraite de fortes émotions m'attendaient.  Dimanche, on a fêté mon anniversaire.  Je voyais venir la date avec la panique de toujours, craintif des "exagérations" qui ne manqueraient pas de se produire.  La fête du pa'i, c'est une fête patronale, avec des pétards, du bruit, du monde en masse.  Surtout, une formidable explosion d'affection qui pète de tous les bords.  Je reconnais ?enfin!? que tout ça me prend beaucoup de "jus".  Mon frère Louis m'écrivait qu'avec l'âge les anniversaires deviennent plus intérieurs, moins démonstratifs, plus intimes.  Pas icitte!  Et c'est ça le contraste; je voudrais plus d'intimité alors que mon entourage immédiat me semble devenir chaque fois plus exubérant.  Je comprens mieux mon père, lors de sa visite il y a deux ans, épuisé par les affects.  Tel père...  Mais ça s'est bien passé avec de la belle visite et des moments de vrai partage.  Ils (la communauté, le groupe des Gotas et les communautés du quartier) ont préparé un repas de pâtes qui s'est étiré en festival de chants très joyeux.  Avec les plus jeunes, et les plus sportifs, nous avons fait un match de basket jusqu'à la brûnante.  Il y a eu aussi quelques visites de fin de journée, histoire de finir le gâteau!

Lundi, nous avons eu notre réunion régionale le matin, lancé notre second semestre l'après-midi, fêté un autre party le soir: chez les soeurs du Bon Pasteur, nous avons signifié le départ qui s'en vient.  Le groupe que nous avons davantage connu dans le travail avec les enfants du Marché va bientôt quitter le noviciat après la célébration des voeux, mardi prochain.  Après l'eucharistie et le repas, nous avons dansé au rythme de plusieurs pays d'Amérique du Sud. Une très belle soirée.

Mardi matin, mon premier cours à l'Institut de Vie Religieuse (IVR).  Ça c'est très bien passé malgré mes tremblements.  Je veux réfléchir sur la vie communautaire dans la vie religieuse à partir des personnes concrètes et de leur participation.  Je voudrais libérer cette participation à partir d'un processus de prises de conscience.  Les jeunes, une trentaine, semblent très intéressés par cette approche.

Hier soir, notre premier cours de formation des formateurs et formatrices de la vie religieuse.  Il est en train de se passer quelque chose de très significatif: après plusieurs années de formation "auto-gérée" organisée à partir de nos propres ressources, un expert nous arrive, un jésuite psychologue, très formé, de l'école de Luigi Rulla, la Grégorienne de Rome.  Il nous propose un programme intéressant et exigeant.  D'une part, je suis heureux de ce développement qui va sans doute aider beaucoup de formateurs et formatrices à acquérir des outils plus rigoureux et, surtout, à commencer un travail personnel sérieux.  D'autre part, ce n'est pas mon école, et j'ai beaucoup de réserves envers cette approche.  J'ai une semaine pour décider: appuyer et participer, ou alors commencer quelque chose avec mes propres outils et inviter d'autres formatrices et formateurs intéressés.  Cela voudrait dire me déclarer, afficher plus clairement mes couleurs et me lancer...

15 août 2007 - Différences

Aujourd'hui, fête de l'Assomption, je suis allé au Marché, comme à peu près tous les mercredis.  Je vous ai déjà décrit l'ambiance.  Un toit de tôle élevé au milieu du grand Marché, comme un hangar sans mur, abritant une petite maison, le sanctuaire, dont on ouvre la porte toute grande pour officier la liturgie devant l'assemblée qui reste dehors.  Tout autour, les transactions continuent, les déplacements de marchandises, la rumeur.  Ce matin, il y avait même un commerçant du bloc voisin qui avait mis sa musique à plein tube, et le sacristain est allé le voir pendant les lectures pour lui demander de baisser le volume.

Après la messe, nous sommes allés au milieu du "Bloc C" où la statue de la Vierge du Rosaire est en train de faire une grande tournée, passant d'un poste de fruits et légumes à l'autre.  Chaque déplacement est accompagné d'une petite procession et d'une prière, là où elle est laissée.  La bénédiction est transmise à tous, toutes et chacun-e.

Ça m'est venu pendant que je participais à ces événements: j'ai revu chez nous, nos maisons, notre hiver qui nous fait vivre à l'intérieur, avec des murs et des divisions très claires entre l'intérieur et l'extérieur, notre culture qui, pour un tas de raisons, sépare et distingue.  Je me suis vu très loin de mon monde, mal à l'aise dans les manifestations où les limites ne sont pas bien définies. Je voyais comment l'entourage d'ici, même s'il ne partage pas tout ce qui se passe, n'est pas hostile aux manifestations publiques.  Et ceux qui se manifestent, n'ont pas de problème pour s'exposer.  Il y a des manières de se comporter dans ces cas-là, empreintes de beaucoup de mécanismes psychologiques, qui font partie de l'air qu'on respire. Pour moi, c'est très difficile, justement parce que tout n'est pas bien délimité, ce n'est pas mon air à moi.

Ce n'est pas la première fois que je sens des malaises dans ce type de situation mais ce matin j'étais tranquille.  J'ai laissé venir les impressions et les sentiments.  Surtout j'ai senti que je pouvais participer en étant moi, que tout ce qui se passait ne me modelait pas nécessairement, que je n'avais pas à contrôler les expressions, l'important c'était d'être là.  L'expérience s'est poursuivie après le Marché quand, avec Chabela, nous sommes allés à la fête organisée par notre ami Ramón, le vendeur de citrons, sur la ruelle devant sa maison, à 10 minutes de là.  Il y a deux ans (voir blogue) je vous ai déjà parlé de la fête qu'il organise chaque 15 août en mémoire des parents de son épouse qui eux-mêmes organisaient un festin et des surprises pour les enfants, il y a plus de quarante ans, tout juste au même endroit.  Musique hyper-forte, la grande table et les chaises qui bloquent le chemin déjà étroit de la petite ruelle, un office religieux célébré par un diacre (?) qui profite de toutes les pauses et lectures pour moduler et faire sentir son onction, des pétards, des enfants qui piaillent dans tous les sens, des voisins, parents et ami-e-s venus parfois de loin pour passer un moment avec la famille, des personnes en difficulté aussi recueillies par Ramón qui ne sait pas laisser passer quelqu'un sans donner un coup de main, un repas abondant et savoureux, de l'exubérance, des émotions, du mouvement...  Bref pas vraiment selon mon caractère, ni selon le genre de formation que j'ai reçue mais, comme je vous dis, j'étais tranquille et j'ai goûté ces moments de grâce avec une simplicité que je ne me connaissais pas.

22 août 2007 - Alumuku

Il est avec nous depuis lundi, un nouveau confrère originaire du Nigéria, il s'appelle Alumuku Emmanuel.  En espagnol, il est un débutant-débutant, même s'il parle déjà cinq langues.  Le conseil a décidé qu'il vivrait avec nous puisque Sebastián et moi parlons un peu l'anglais.  Sebastián le connaissait déjà du temps de son stage missionnaire durant lequel il a vécu dans la maison de philosophie, au Ghana, où Alumuku était étudiant. C'est d'ailleurs ce contact et l'amitié qui en est née qui l'ont marqué et qui lui ont fait demander le Paraguay comme choix de première affectation.

Malgré le choc, malgré les incompréhensions, on sent un homme qui est heureux de voir son projet qui se réalise, et ça fait plaisir à voir.  Alumuku a été ordonné il y a un an, il a ensuite donné quelques mois de ministère dans une énorme paroisse de son coin de pays, le centre-nord du Nigéria, puis il s'est mis en route pour le Paraguay.  D'abord en passant toutes les épreuves des paperasseries qui lui ont permis de se rendre à Rome où il a demandé le visa pour le Paraguay qu'il a très vite obtenu.  Mais les lignes aériennes étaient surchargées, pas de vol, il fallait attendre.  Entre-temps, son père est décédé.  Il est reparti pour le Nigéria où il est resté dix jours.  Puis, il a repris son chemin.  Il est arrivé dimanche.

Sa présence cause une saine commotion à toute la communauté.  C'est une présence qui justement questionne les évidences qu'il faut désormais expliquer et traduire.  C'est une immense possibilité offerte d'ouverture.

23 août 2007 - Ña Ase s'en va

Je vous ai parlé d'elle il y a peu (voir blogue du 9 juin dernier).  Elle a passé quelques semaines à l'hôpital dont elle est ressortie avec un traitement à suivre que ni elle ni ses proches ne comprennent.  Sa soeur l'a prise en charge, à sa manière vigoureuse, un peu raide.  Et comme le traitement n'a pas été appliqué, son état a empiré.  On dirait que ces jours-ci elle arrive au bord du grand seuil...

Je vais la voir quand j'ai un petit trou dans mon horaire.  Je reste un moment avec elle puis je m'asseois avec sa soeur, sa fille, sa petite-fille, et son neveu, les membres de sa famille de fortune, réunis sans le vouloir pour l'accompagner dans les derniers pas de son voyage.  Elle vivait avec un mari qu'elle aime et qui l'aime mais incapable d'assumer la situation.

Nous avons essayé de l'inscrire à une clinique de soins palliatifs, une clinique ultra-moderne dans une paroisse, financée par de généreux dons de l'étranger.  La démarche a été longue et difficile et, au moment où elle semble aboutir, on dirait qu'elle devient inutile.  En toute rigueur de termes, jusqu'à tout récemment, Ña Ase n'était pas candidate à des soins palliatifs. Et c'est ça qui me fait le plus méditer: son problème médical n'est pas un problème insurmontable.  Il faudrait un peu d'attention et des contrôles réguliers, diète, médication.  Il faudrait surtout qu'elle comprenne ce qui se passe ou que quelqu'un en qui elle a confiance dans son entourage proche saisisse de quoi il retourne et l'aide à suivre le programme.  C'est impossible.  Ce sont deux mondes trop différents: celui de la médecine ultra-spécialisée qui prescrit ce qui lui semble simple et évident, et celui de la culture populaire qui voit et sent les choses tout autrement en plus de ne pas avoir les moyens économiques ni les bases techno-scientifiques pour participer au traitement.

J'ai déjà vécu des épisodes semblables mais je n'avais jamais senti ce décalage avec autant de force.  Il me donne l'impression que je n'ai pas assez fait pour elle.  Ce matin, je me suis assis à son côté et les mots de la Petite Philocalie de la Prière du Coeur me sont revenus: "Seigneur Jésus, Fils du Dieu Vivant, aie pitié de moi, pécheur."

30 août 2007 - En réunion

Une petite vite pendant notre réunion des formateurs d'Amérique Latine.  Nous sommes huit: du Brésil, du Mexique, d'Haïti, de Puerto Rico et du Paraguay, et c'est notre réunion annuelle.  Je campe avec le groupe au noviciat, à San Lorenzo, mais ce soir je suis venu chez moi car nous avons célébré et soupé avec la communauté du postulat.  Demain, je dois conduire une personne-ressource à notre rencontre.

L'événement est très significatif, l'ambiance simple et joyeuse, mais le travail est un peu lourd.  Nous sommes en train de composer un directoire de la formation pour l'Amérique Latine et c'est fatigant de peser les mots et les formules, en deux langues, et même trois avec notre collègue haïtien qui ne parle ni espagnol, ni portugais.  L'accueil est très attentif ainsi que le service des novices. 

Nous sommes là jusqu'à la semaine prochaine.  J'ai pris congé de mes engagements habituels, non seulement dans la maison mais aussi dans le quartier.  La vie continue cependant et elle m'a rattrapé ce soir: Ña Chela, notre voisine diabétique, avec une jambe amputée, est décédée hier soir.  Une autre de ces pauvres de Dieu dont la présence, la prière, l'appel et l'affection me touchent beaucoup.  Je dis "une autre" car Ña Ase aussi est partie...

Août 2007

 

3 août 2007 - De retour

Le froid continue, par vagues, la troisième en dix jours!

Nous sommes revenus de la retraite qui a été très silencieuse, très intérieure.  Les jeunes ont regardé des épisodes de leurs propres vies et de celles des fondateurs (Claude Poullart des Places et François Libermann), des épisodes actifs, avec du mouvement, mais la communication qu'ils ont réussi à établir a transcendé l'action.  Ils se sont retrouvés comme jeunes avec leurs réussites et défis de formation, avec leurs grandes questions et le sens qu'ils cherchent à donner à leurs vies, et ils ont rencontré de cette façon-là, sur ces thèmes-là pour ainsi dire, la personne des fondateurs comme des frères.  Difficile à décrire.  L'ambiance a été très sereine toute la semaine, même s'il y a eu des moments plus difficiles pour chacun, la rencontre avec ses propres limites et contradictions.  Je suis content pour eux, et pour notre formation qui s'approfondit.

Je me remets sur ma chaise dans mon bureau.  J'ai du pain sur la planche. Pendant que les gars étaient en retraite, j'en ai profité pour écrire: le brouillon de notre document capitulaire, mon programme de cours, des lettres, des idées pour la formation des formatrices et formateurs de la Conférence des Religieuses et Religieux du Paraguay.  Maintenant il faut peaufiner et envoyer.

Donnez-moi du soleil!

9 août 2007 - Emotions

Au retour de la retraite de fortes émotions m'attendaient.  Dimanche, on a fêté mon anniversaire.  Je voyais venir la date avec la panique de toujours, craintif des "exagérations" qui ne manqueraient pas de se produire.  La fête du pa'i, c'est une fête patronale, avec des pétards, du bruit, du monde en masse.  Surtout, une formidable explosion d'affection qui pète de tous les bords.  Je reconnais ?enfin!? que tout ça me prend beaucoup de "jus".  Mon frère Louis m'écrivait qu'avec l'âge les anniversaires deviennent plus intérieurs, moins démonstratifs, plus intimes.  Pas icitte!  Et c'est ça le contraste; je voudrais plus d'intimité alors que mon entourage immédiat me semble devenir chaque fois plus exubérant.  Je comprens mieux mon père, lors de sa visite il y a deux ans, épuisé par les affects.  Tel père...  Mais ça s'est bien passé avec de la belle visite et des moments de vrai partage.  Ils (la communauté, le groupe des Gotas et les communautés du quartier) ont préparé un repas de pâtes qui s'est étiré en festival de chants très joyeux.  Avec les plus jeunes, et les plus sportifs, nous avons fait un match de basket jusqu'à la brûnante.  Il y a eu aussi quelques visites de fin de journée, histoire de finir le gâteau!

Lundi, nous avons eu notre réunion régionale le matin, lancé notre second semestre l'après-midi, fêté un autre party le soir: chez les soeurs du Bon Pasteur, nous avons signifié le départ qui s'en vient.  Le groupe que nous avons davantage connu dans le travail avec les enfants du Marché va bientôt quitter le noviciat après la célébration des voeux, mardi prochain.  Après l'eucharistie et le repas, nous avons dansé au rythme de plusieurs pays d'Amérique du Sud. Une très belle soirée.

Mardi matin, mon premier cours à l'Institut de Vie Religieuse (IVR).  Ça c'est très bien passé malgré mes tremblements.  Je veux réfléchir sur la vie communautaire dans la vie religieuse à partir des personnes concrètes et de leur participation.  Je voudrais libérer cette participation à partir d'un processus de prises de conscience.  Les jeunes, une trentaine, semblent très intéressés par cette approche.

Hier soir, notre premier cours de formation des formateurs et formatrices de la vie religieuse.  Il est en train de se passer quelque chose de très significatif: après plusieurs années de formation "auto-gérée" organisée à partir de nos propres ressources, un expert nous arrive, un jésuite psychologue, très formé, de l'école de Luigi Rulla, la Grégorienne de Rome.  Il nous propose un programme intéressant et exigeant.  D'une part, je suis heureux de ce développement qui va sans doute aider beaucoup de formateurs et formatrices à acquérir des outils plus rigoureux et, surtout, à commencer un travail personnel sérieux.  D'autre part, ce n'est pas mon école, et j'ai beaucoup de réserves envers cette approche.  J'ai une semaine pour décider: appuyer et participer, ou alors commencer quelque chose avec mes propres outils et inviter d'autres formatrices et formateurs intéressés.  Cela voudrait dire me déclarer, afficher plus clairement mes couleurs et me lancer...

15 août 2007 - Différences

Aujourd'hui, fête de l'Assomption, je suis allé au Marché, comme à peu près tous les mercredis.  Je vous ai déjà décrit l'ambiance.  Un toit de tôle élevé au milieu du grand Marché, comme un hangar sans mur, abritant une petite maison, le sanctuaire, dont on ouvre la porte toute grande pour officier la liturgie devant l'assemblée qui reste dehors.  Tout autour, les transactions continuent, les déplacements de marchandises, la rumeur.  Ce matin, il y avait même un commerçant du bloc voisin qui avait mis sa musique à plein tube, et le sacristain est allé le voir pendant les lectures pour lui demander de baisser le volume.

Après la messe, nous sommes allés au milieu du "Bloc C" où la statue de la Vierge du Rosaire est en train de faire une grande tournée, passant d'un poste de fruits et légumes à l'autre.  Chaque déplacement est accompagné d'une petite procession et d'une prière, là où elle est laissée.  La bénédiction est transmise à tous, toutes et chacun-e.

Ça m'est venu pendant que je participais à ces événements: j'ai revu chez nous, nos maisons, notre hiver qui nous fait vivre à l'intérieur, avec des murs et des divisions très claires entre l'intérieur et l'extérieur, notre culture qui, pour un tas de raisons, sépare et distingue.  Je me suis vu très loin de mon monde, mal à l'aise dans les manifestations où les limites ne sont pas bien définies. Je voyais comment l'entourage d'ici, même s'il ne partage pas tout ce qui se passe, n'est pas hostile aux manifestations publiques.  Et ceux qui se manifestent, n'ont pas de problème pour s'exposer.  Il y a des manières de se comporter dans ces cas-là, empreintes de beaucoup de mécanismes psychologiques, qui font partie de l'air qu'on respire. Pour moi, c'est très difficile, justement parce que tout n'est pas bien délimité, ce n'est pas mon air à moi.

Ce n'est pas la première fois que je sens des malaises dans ce type de situation mais ce matin j'étais tranquille.  J'ai laissé venir les impressions et les sentiments.  Surtout j'ai senti que je pouvais participer en étant moi, que tout ce qui se passait ne me modelait pas nécessairement, que je n'avais pas à contrôler les expressions, l'important c'était d'être là.  L'expérience s'est poursuivie après le Marché quand, avec Chabela, nous sommes allés à la fête organisée par notre ami Ramón, le vendeur de citrons, sur la ruelle devant sa maison, à 10 minutes de là.  Il y a deux ans (voir blogue) je vous ai déjà parlé de la fête qu'il organise chaque 15 août en mémoire des parents de son épouse qui eux-mêmes organisaient un festin et des surprises pour les enfants, il y a plus de quarante ans, tout juste au même endroit.  Musique hyper-forte, la grande table et les chaises qui bloquent le chemin déjà étroit de la petite ruelle, un office religieux célébré par un diacre (?) qui profite de toutes les pauses et lectures pour moduler et faire sentir son onction, des pétards, des enfants qui piaillent dans tous les sens, des voisins, parents et ami-e-s venus parfois de loin pour passer un moment avec la famille, des personnes en difficulté aussi recueillies par Ramón qui ne sait pas laisser passer quelqu'un sans donner un coup de main, un repas abondant et savoureux, de l'exubérance, des émotions, du mouvement...  Bref pas vraiment selon mon caractère, ni selon le genre de formation que j'ai reçue mais, comme je vous dis, j'étais tranquille et j'ai goûté ces moments de grâce avec une simplicité que je ne me connaissais pas.

22 août 2007 - Alumuku

Il est avec nous depuis lundi, un nouveau confrère originaire du Nigéria, il s'appelle Alumuku Emmanuel.  En espagnol, il est un débutant-débutant, même s'il parle déjà cinq langues.  Le conseil a décidé qu'il vivrait avec nous puisque Sebastián et moi parlons un peu l'anglais.  Sebastián le connaissait déjà du temps de son stage missionnaire durant lequel il a vécu dans la maison de philosophie, au Ghana, où Alumuku était étudiant. C'est d'ailleurs ce contact et l'amitié qui en est née qui l'ont marqué et qui lui ont fait demander le Paraguay comme choix de première affectation.

Malgré le choc, malgré les incompréhensions, on sent un homme qui est heureux de voir son projet qui se réalise, et ça fait plaisir à voir.  Alumuku a été ordonné il y a un an, il a ensuite donné quelques mois de ministère dans une énorme paroisse de son coin de pays, le centre-nord du Nigéria, puis il s'est mis en route pour le Paraguay.  D'abord en passant toutes les épreuves des paperasseries qui lui ont permis de se rendre à Rome où il a demandé le visa pour le Paraguay qu'il a très vite obtenu.  Mais les lignes aériennes étaient surchargées, pas de vol, il fallait attendre.  Entre-temps, son père est décédé.  Il est reparti pour le Nigéria où il est resté dix jours.  Puis, il a repris son chemin.  Il est arrivé dimanche.

Sa présence cause une saine commotion à toute la communauté.  C'est une présence qui justement questionne les évidences qu'il faut désormais expliquer et traduire.  C'est une immense possibilité offerte d'ouverture.

23 août 2007 - Ña Ase s'en va

Je vous ai parlé d'elle il y a peu (voir blogue du 9 juin dernier).  Elle a passé quelques semaines à l'hôpital dont elle est ressortie avec un traitement à suivre que ni elle ni ses proches ne comprennent.  Sa soeur l'a prise en charge, à sa manière vigoureuse, un peu raide.  Et comme le traitement n'a pas été appliqué, son état a empiré.  On dirait que ces jours-ci elle arrive au bord du grand seuil...

Je vais la voir quand j'ai un petit trou dans mon horaire.  Je reste un moment avec elle puis je m'asseois avec sa soeur, sa fille, sa petite-fille, et son neveu, les membres de sa famille de fortune, réunis sans le vouloir pour l'accompagner dans les derniers pas de son voyage.  Elle vivait avec un mari qu'elle aime et qui l'aime mais incapable d'assumer la situation.

Nous avons essayé de l'inscrire à une clinique de soins palliatifs, une clinique ultra-moderne dans une paroisse, financée par de généreux dons de l'étranger.  La démarche a été longue et difficile et, au moment où elle semble aboutir, on dirait qu'elle devient inutile.  En toute rigueur de termes, jusqu'à tout récemment, Ña Ase n'était pas candidate à des soins palliatifs. Et c'est ça qui me fait le plus méditer: son problème médical n'est pas un problème insurmontable.  Il faudrait un peu d'attention et des contrôles réguliers, diète, médication.  Il faudrait surtout qu'elle comprenne ce qui se passe ou que quelqu'un en qui elle a confiance dans son entourage proche saisisse de quoi il retourne et l'aide à suivre le programme.  C'est impossible.  Ce sont deux mondes trop différents: celui de la médecine ultra-spécialisée qui prescrit ce qui lui semble simple et évident, et celui de la culture populaire qui voit et sent les choses tout autrement en plus de ne pas avoir les moyens économiques ni les bases techno-scientifiques pour participer au traitement.

J'ai déjà vécu des épisodes semblables mais je n'avais jamais senti ce décalage avec autant de force.  Il me donne l'impression que je n'ai pas assez fait pour elle.  Ce matin, je me suis assis à son côté et les mots de la Petite Philocalie de la Prière du Coeur me sont revenus: "Seigneur Jésus, Fils du Dieu Vivant, aie pitié de moi, pécheur."

30 août 2007 - En réunion

Une petite vite pendant notre réunion des formateurs d'Amérique Latine.  Nous sommes huit: du Brésil, du Mexique, d'Haïti, de Puerto Rico et du Paraguay, et c'est notre réunion annuelle.  Je campe avec le groupe au noviciat, à San Lorenzo, mais ce soir je suis venu chez moi car nous avons célébré et soupé avec la communauté du postulat.  Demain, je dois conduire une personne-ressource à notre rencontre.

L'événement est très significatif, l'ambiance simple et joyeuse, mais le travail est un peu lourd.  Nous sommes en train de composer un directoire de la formation pour l'Amérique Latine et c'est fatigant de peser les mots et les formules, en deux langues, et même trois avec notre collègue haïtien qui ne parle ni espagnol, ni portugais.  L'accueil est très attentif ainsi que le service des novices. 

Nous sommes là jusqu'à la semaine prochaine.  J'ai pris congé de mes engagements habituels, non seulement dans la maison mais aussi dans le quartier.  La vie continue cependant et elle m'a rattrapé ce soir: Ña Chela, notre voisine diabétique, avec une jambe amputée, est décédée hier soir.  Une autre de ces pauvres de Dieu dont la présence, la prière, l'appel et l'affection me touchent beaucoup.  Je dis "une autre" car Ña Ase aussi est partie...

Juillet 2007

 

6 juillet 2007 - Fin de semestre

Je devrais écrire plus souvent... mais les journées passent en courant.

La chaleur est revenue; depuis une semaine nous avons du temps très agréable.

Nous sommes en période d'examens de fin du premier semestre. Tout va assez bien pour tous. C'est aussi un temps de bilans et de "reprogrammation".

J'ai assisté à plusieurs funérailles, dont l'une poignante, la mort dans un accident de la route de Pedro, 47 ans, le mari de Maribel avec qui nous avons fait de nombreuses "missions" quand je travaillais dans le "campo". Demain ça fera une semaine que sa camionnette est passée au milieu d'un feu de champ et qu'à cause de la fumée il s'est trouvé pris dans une collision de quatre véhicules.

Je continue de visiter Ña Ase dont je vous parlais (voir blogue du 9 juin dernier). Elle est sortie de l'hôpital il y a deux semaines. Elle a beaucoup perdu en autonomie, en parole, en coordination. Sa soeur qui s'occupe d'elle est très fatiguée. Nous cherchons une solution du type "foyer" mais c'est quelque chose de très rare ici. Encore plus pour les pauvres.

Ce soir, les Gotas de Amor sont là terminant les préparatifs pour notre kermesse à célébrer demain soir. Beaucoup de travail vécu dans la joie. Ça promet pour demain. Mais on annonce de la pluie...

Demain ou après-demain, deux ans de blogues. Pas pire!

12 juillet 2007 - Recevoir Aparecida

Depuis mardi, nous sommes en "semaine nationale" de la Conférence des Religieuses et Religieux du Paraguay (Conferpar), une semaine de trois jours! Il fait un froid polaire. Il a neigé à Buenos Aires et dans d'autres villes de l'Argentine.

Cette année, le thème de la "semaine" c'est de recevoir le document de la 5e Assemblée Episcopale Latino-américaine qui a eu lieu au Brésil, au sanctuaire d'Aparecida, près de Sao Paulo en avril-mai dernier. Justement, la version définitive du document a été lancée hier en même temps qu'on a communiqué l'élection de l'évêque du diocèse d'Aparecida comme nouveau président du CELAM. Nous, nous n'avions pas encore le texte en main, mais le P. Mario de França Miranda, jésuite, théologien brésilien est venu nous le présenter avec son histoire, son possible impact, les ouvertures qu'il offre.

Je dois confesser ma paresse et mes résistances à propos des documents de l'Eglise. Je ne cours pas après... Je trouve qu'il y en a trop. Habituellement, leur langage me rebute et je me sens loin des problématiques qu'ils évoquent. Cette fois-ci, grâce au P. Mario, nous sommes entrés dans l'expérience de l'assemblée et de la production du texte, un véritable témoignage de catholicité. Beaucoup de différences, beaucoup de divergences, mais un objectif qui prenait chaque jour plus d'importance: faire l'unité à partir d'une "conversion pastorale". Les évêques latino-américains ont pris conscience de la mission au coeur de la vie de l'Eglise.

Je sens une forte confirmation des expériences que nous vivons ici et l'appel à les multiplier. J'ai vu combien la recherche, l'écoute, le discernement, les tentatives fructueuses et infructueuses, la prière, l'élaboration d'un projet qui va vers l'autre, et surtout le rapprochement concret des pauvres, de personnes rencontrées et reconnues comme personnes, ça nourrit la foi, ça nous fait Eglise. Je ne peux plus concevoir une communauté chrétienne qui n'a pas de mission. Le texte d'Aparecida va dans ce sens-là.

13 juillet 2007 - Réunion de groupe

Après la "semaine" de la Conferpar (voir ci-dessous) c'est la "fin de semaine" de notre groupe spiritain, notre troisième réunion de l'année. Celle-ci est particulièrement importante car nous sommes en processus de chapitre qui devrait culminer en janvier prochain. Aujourd'hui, nous nous sommes dit que nous devrions tenter d'exprimer davantage ce qui fait notre identité de spiritains au Paraguay en produisant un texte, une sorte de déclaration qui nous inspirerait et nous aiderait à garder le cap...

La réunion va se terminer demain et je vais avoir plein de devoirs à faire pour préparer et faciliter tout ça. Je m'y attendais et j'accepte...

18 juillet 2007 - Retraite au masculin

Depuis hier je suis dans la maison d'une congrégation masculine qui nous ressemble beaucoup par la taille et par les âges. Ils sont cependant moins "internationaux" que nous, moitié Espagnols (les plus vieux), moitié Paraguayens (les plus jeunes). Ma retraite ne "pogne" pas. Je les sens agités. Il y a pourtant de la sainteté dans ce groupe très généreux et engagé, qui vit une vraie fraternité et une vraie pauvreté. Comme beaucoup de religieux-hommes, comme nous les Spiritains, ils ont peine à faire silence et à entrer en eux-mêmes, avec du temps, sans produire, demeurant à l'affût de la rencontre avec soi-même et avec Dieu. Les hommes ont aussi une pudeur extrême quand il s'agit de parler de leur intérieur. Ils se défendent en rationalisant ou en faisant des blagues.  

J'ai préparé une démarche où ils doivent prendre de longs moments pour "regarder" leur expérience et celle de leur fondateur. Je sens qu'ils attendaient que j'occupe leur intelligence avec des conférences savantes. Malheureusement pour eux, je les tiens à peine dix minutes le matin et l'après-midi pour expliquer l'étape à suivre. La prochaine fois, si une autre congrégation m'invite à nouveau, il faudra que je les prévienne: je ne sais pas faire des conférences et ce qui ne touche pas l'expérience ne m'intéresse pas, me paraît être une perte de temps.

22 juillet 2007 - Projet pastoral

Vendredi, samedi soirs et aujourd'hui jusqu'à 16:00, nous étions une douzaine avec l'équipe de coordination et celle de liturgie de la communauté du quartier (Fátima).  Je chemine avec eux depuis le mois de février, une demi-journée par mois, pétrissant leurs objectifs, aidant à regarder leurs forces.  La dernière fois, je leur ai fait regarder l'expérience vécue des "ponts pour la paix" (voir blogues des 11 mars et 19 avril derniers) et j'ai lancé un défi: est-ce qu'il ne serait pas opportun de mettre en commun nos perceptions et visions pour essayer de forger un projet pastoral?  L'expérience des "ponts pour la paix" a permis de lancer toute la communauté dans un effort commun et a insufflé un sens plus vivant à la pratique liturgique. Ne pouvons-nous pas décider d'un projet semblable qui ferait vivre à la communauté une unité fondée dans l'ouverture?

Le processus est très intéressant.  Il permet aux membres des deux équipes de se parler et de regarder ensemble.  Je sens aussi qu'il en sortira des engagements plus profonds, pour eux et pour moi aussi.

25 juillet 2007 - Confusion

Le mot n'est pas assez fort pour décrire l'ambiance politique de ces jours-ci.  La Cour Suprême a décrété quelque chose comme la liberté conditionnelle de Lino Oviedo, condamné à dix ans de prison après avoir tenté un soulèvement en 1996.  Il est l'auteur moral le plus unanimement proclamé du meurtre du vice-président Luis María Argaña en 1999, l'homme qui serait derrière les tirs sauvages sur la foule durant le Mars Paraguayen de la même annnée, causant la mort de huit jeunes.

Je suis d'accord avec ses défenseurs que sa culpabilité est loin d'être prouvée et que le Mars Paraguayen est une affaire obscure qui a profité à d'autres bandits que lui, mais il n'est pas pour autant un enfant de choeur.  Grande fortune acquise dans les magouilles d'Itaipu (le plus grand barrage du monde), ex-général, populiste charismatique, il représente un des clans les plus puissants du parti Colorado, clan qui a été condamné à former son propre parti après sa condamnation.

Hier, les fils de la famille Argaña, fondateurs du mouvement politique qui a mis notre président en selle, ont proclamé leur indignation.  Ils lui retirent leur appui et vont sans doute se joindre à l'un des deux autres mouvements qui émergent actuellement dans le parti.  Ils accusent le président d'avoir mis la main dans le jugement de la Cour Suprême.  Les ministres de la Cour protestent.  Le président dit que cette décision profite bien plus à ses ennemis qu'à lui-même.  Mais personne n'est dupe.  Libérer Lino Oviedo maintenant, en pleine campagne en vue des présidentielles, n'est pas un simple hasard malencontreux.  Son mouvement est l'un des piliers de la "Concertation" qui propulse la candidature de mon ex-évêque, Fernando Lugo.  Libérer le leader c'est affaiblir la coalition ou, à tout le moins, semer la pagaille qui oblige tout le monde à révéler sa position en face du petit homme objet de la grande controverse.  Habile.  Machiavélique.

La "Concertation" ne va pas bien.  Le parti Libéral a en quelque sorte forcé la mise en votant de s'allier à Lugo avec la promesse d'un vice-président libéral.  Le parti "Patria Querida" se sent floué et son président entre en campagne pour être le candidat présidentiel de la "Concertation".  Il accuse les autres partis d'avoir rompu l'accord et de ne pas prendre le temps ni les moyens nécessaires de choisir l'équipe à présenter aux présidentielles de 2008.  Fernando Lugo voyage, fait des liens et obtient des crédits auprès des Paraguayens en exil dans plusieurs pays où il est reçu par des politiques éminentes.  Sur les graves déchirements dans la "Concertation", sur ses propres positions idéologiques, il continue de maintenir une surprenante réserve.  Le président de la République l'accuse d'être un terroriste qui a trempé dans le rapt et l'assassinat de Cecilia Cubas, de concert avec les membres exilés d'un parti d'extrême-gauche.  La presse a obtenu un "document secret" du ministère de l'Intérieur, il y a 15 jours, qui faisait état de ces complicités en plus de malversations dans son administration du diocèse de San Pedro quand il était évêque, d'être ami des trafiquants de drogue, d'avoir suscité le meurtre d'un agent de sécurité de San Pedro qui aurait été trop au courant de ses affaires, et, last but not least, d'être un père irresponsable qui a abandonné un enfant et sa mère, à la suite de quelque liaison clandestine.  Aucune preuve n'a été apportée.  Le "fiscal" chargé de l'enquête a déclaré hier à la radio qu'aucun élément nouveau n'a encore été manifesté.

Nous sommes entrés dans la phase "guerre sale" de la campagne.  Déjà!  Le ton monte et les coups bas pleuvent.  Qu'est-ce qui va se passer durant les neuf ou dix mois qui restent avant l'élection?  L'acteur le plus désespéré de tous, c'est le président Nicanor Duarte Frutos.  Une politicologue réputée commentait récemment: les acquis des derniers 18 ans, depuis la fin de la dictature, sont en danger.  Dans de telles conditions, aurons-nous un vote libre et transparent en avril ou mai prochain?

29 juillet 2007 - Une vue

Bonne fête papa!

Il fait froid.

Les gars reviennent de leurs vacances; nous irons en retraite cet après-midi, jusqu'à vendredi.

Avant-hier, avec Sebastián, nous avons profité de notre dernière soirée un peu tranquille pour regarder un film, Babel, d'Alejandro González Inárritu.  Les images et les sentiments du film m'habitent depuis deux jours.  J'ai particulièrement senti la description du contraste Nord-Sud et comment le Sud pauvre aide le Nord à rencontrer la mort qui est au coeur de toute vie, même si cette contribution ne lui est pas reconnue et qu'il continue de payer la facture de l'"ordre" implanté par les pays riches.  Je trouve très juste, très vrai, très bien évoqué, cet aspect du film.  C'est une réalité que je vis ici tous les jours et, par constraste, chaque fois que je retourne au pays.

Juillet 2007

 

6 juillet 2007 - Fin de semestre

Je devrais écrire plus souvent... mais les journées passent en courant.

La chaleur est revenue; depuis une semaine nous avons du temps très agréable.

Nous sommes en période d'examens de fin du premier semestre. Tout va assez bien pour tous. C'est aussi un temps de bilans et de "reprogrammation".

J'ai assisté à plusieurs funérailles, dont l'une poignante, la mort dans un accident de la route de Pedro, 47 ans, le mari de Maribel avec qui nous avons fait de nombreuses "missions" quand je travaillais dans le "campo". Demain ça fera une semaine que sa camionnette est passée au milieu d'un feu de champ et qu'à cause de la fumée il s'est trouvé pris dans une collision de quatre véhicules.

Je continue de visiter Ña Ase dont je vous parlais (voir blogue du 9 juin dernier). Elle est sortie de l'hôpital il y a deux semaines. Elle a beaucoup perdu en autonomie, en parole, en coordination. Sa soeur qui s'occupe d'elle est très fatiguée. Nous cherchons une solution du type "foyer" mais c'est quelque chose de très rare ici. Encore plus pour les pauvres.

Ce soir, les Gotas de Amor sont là terminant les préparatifs pour notre kermesse à célébrer demain soir. Beaucoup de travail vécu dans la joie. Ça promet pour demain. Mais on annonce de la pluie...

Demain ou après-demain, deux ans de blogues. Pas pire!

12 juillet 2007 - Recevoir Aparecida

Depuis mardi, nous sommes en "semaine nationale" de la Conférence des Religieuses et Religieux du Paraguay (Conferpar), une semaine de trois jours! Il fait un froid polaire. Il a neigé à Buenos Aires et dans d'autres villes de l'Argentine.

Cette année, le thème de la "semaine" c'est de recevoir le document de la 5e Assemblée Episcopale Latino-américaine qui a eu lieu au Brésil, au sanctuaire d'Aparecida, près de Sao Paulo en avril-mai dernier. Justement, la version définitive du document a été lancée hier en même temps qu'on a communiqué l'élection de l'évêque du diocèse d'Aparecida comme nouveau président du CELAM. Nous, nous n'avions pas encore le texte en main, mais le P. Mario de França Miranda, jésuite, théologien brésilien est venu nous le présenter avec son histoire, son possible impact, les ouvertures qu'il offre.

Je dois confesser ma paresse et mes résistances à propos des documents de l'Eglise. Je ne cours pas après... Je trouve qu'il y en a trop. Habituellement, leur langage me rebute et je me sens loin des problématiques qu'ils évoquent. Cette fois-ci, grâce au P. Mario, nous sommes entrés dans l'expérience de l'assemblée et de la production du texte, un véritable témoignage de catholicité. Beaucoup de différences, beaucoup de divergences, mais un objectif qui prenait chaque jour plus d'importance: faire l'unité à partir d'une "conversion pastorale". Les évêques latino-américains ont pris conscience de la mission au coeur de la vie de l'Eglise.

Je sens une forte confirmation des expériences que nous vivons ici et l'appel à les multiplier. J'ai vu combien la recherche, l'écoute, le discernement, les tentatives fructueuses et infructueuses, la prière, l'élaboration d'un projet qui va vers l'autre, et surtout le rapprochement concret des pauvres, de personnes rencontrées et reconnues comme personnes, ça nourrit la foi, ça nous fait Eglise. Je ne peux plus concevoir une communauté chrétienne qui n'a pas de mission. Le texte d'Aparecida va dans ce sens-là.

13 juillet 2007 - Réunion de groupe

Après la "semaine" de la Conferpar (voir ci-dessous) c'est la "fin de semaine" de notre groupe spiritain, notre troisième réunion de l'année. Celle-ci est particulièrement importante car nous sommes en processus de chapitre qui devrait culminer en janvier prochain. Aujourd'hui, nous nous sommes dit que nous devrions tenter d'exprimer davantage ce qui fait notre identité de spiritains au Paraguay en produisant un texte, une sorte de déclaration qui nous inspirerait et nous aiderait à garder le cap...

La réunion va se terminer demain et je vais avoir plein de devoirs à faire pour préparer et faciliter tout ça. Je m'y attendais et j'accepte...

18 juillet 2007 - Retraite au masculin

Depuis hier je suis dans la maison d'une congrégation masculine qui nous ressemble beaucoup par la taille et par les âges. Ils sont cependant moins "internationaux" que nous, moitié Espagnols (les plus vieux), moitié Paraguayens (les plus jeunes). Ma retraite ne "pogne" pas. Je les sens agités. Il y a pourtant de la sainteté dans ce groupe très généreux et engagé, qui vit une vraie fraternité et une vraie pauvreté. Comme beaucoup de religieux-hommes, comme nous les Spiritains, ils ont peine à faire silence et à entrer en eux-mêmes, avec du temps, sans produire, demeurant à l'affût de la rencontre avec soi-même et avec Dieu. Les hommes ont aussi une pudeur extrême quand il s'agit de parler de leur intérieur. Ils se défendent en rationalisant ou en faisant des blagues.  

J'ai préparé une démarche où ils doivent prendre de longs moments pour "regarder" leur expérience et celle de leur fondateur. Je sens qu'ils attendaient que j'occupe leur intelligence avec des conférences savantes. Malheureusement pour eux, je les tiens à peine dix minutes le matin et l'après-midi pour expliquer l'étape à suivre. La prochaine fois, si une autre congrégation m'invite à nouveau, il faudra que je les prévienne: je ne sais pas faire des conférences et ce qui ne touche pas l'expérience ne m'intéresse pas, me paraît être une perte de temps.

22 juillet 2007 - Projet pastoral

Vendredi, samedi soirs et aujourd'hui jusqu'à 16:00, nous étions une douzaine avec l'équipe de coordination et celle de liturgie de la communauté du quartier (Fátima).  Je chemine avec eux depuis le mois de février, une demi-journée par mois, pétrissant leurs objectifs, aidant à regarder leurs forces.  La dernière fois, je leur ai fait regarder l'expérience vécue des "ponts pour la paix" (voir blogues des 11 mars et 19 avril derniers) et j'ai lancé un défi: est-ce qu'il ne serait pas opportun de mettre en commun nos perceptions et visions pour essayer de forger un projet pastoral?  L'expérience des "ponts pour la paix" a permis de lancer toute la communauté dans un effort commun et a insufflé un sens plus vivant à la pratique liturgique. Ne pouvons-nous pas décider d'un projet semblable qui ferait vivre à la communauté une unité fondée dans l'ouverture?

Le processus est très intéressant.  Il permet aux membres des deux équipes de se parler et de regarder ensemble.  Je sens aussi qu'il en sortira des engagements plus profonds, pour eux et pour moi aussi.

25 juillet 2007 - Confusion

Le mot n'est pas assez fort pour décrire l'ambiance politique de ces jours-ci.  La Cour Suprême a décrété quelque chose comme la liberté conditionnelle de Lino Oviedo, condamné à dix ans de prison après avoir tenté un soulèvement en 1996.  Il est l'auteur moral le plus unanimement proclamé du meurtre du vice-président Luis María Argaña en 1999, l'homme qui serait derrière les tirs sauvages sur la foule durant le Mars Paraguayen de la même annnée, causant la mort de huit jeunes.

Je suis d'accord avec ses défenseurs que sa culpabilité est loin d'être prouvée et que le Mars Paraguayen est une affaire obscure qui a profité à d'autres bandits que lui, mais il n'est pas pour autant un enfant de choeur.  Grande fortune acquise dans les magouilles d'Itaipu (le plus grand barrage du monde), ex-général, populiste charismatique, il représente un des clans les plus puissants du parti Colorado, clan qui a été condamné à former son propre parti après sa condamnation.

Hier, les fils de la famille Argaña, fondateurs du mouvement politique qui a mis notre président en selle, ont proclamé leur indignation.  Ils lui retirent leur appui et vont sans doute se joindre à l'un des deux autres mouvements qui émergent actuellement dans le parti.  Ils accusent le président d'avoir mis la main dans le jugement de la Cour Suprême.  Les ministres de la Cour protestent.  Le président dit que cette décision profite bien plus à ses ennemis qu'à lui-même.  Mais personne n'est dupe.  Libérer Lino Oviedo maintenant, en pleine campagne en vue des présidentielles, n'est pas un simple hasard malencontreux.  Son mouvement est l'un des piliers de la "Concertation" qui propulse la candidature de mon ex-évêque, Fernando Lugo.  Libérer le leader c'est affaiblir la coalition ou, à tout le moins, semer la pagaille qui oblige tout le monde à révéler sa position en face du petit homme objet de la grande controverse.  Habile.  Machiavélique.

La "Concertation" ne va pas bien.  Le parti Libéral a en quelque sorte forcé la mise en votant de s'allier à Lugo avec la promesse d'un vice-président libéral.  Le parti "Patria Querida" se sent floué et son président entre en campagne pour être le candidat présidentiel de la "Concertation".  Il accuse les autres partis d'avoir rompu l'accord et de ne pas prendre le temps ni les moyens nécessaires de choisir l'équipe à présenter aux présidentielles de 2008.  Fernando Lugo voyage, fait des liens et obtient des crédits auprès des Paraguayens en exil dans plusieurs pays où il est reçu par des politiques éminentes.  Sur les graves déchirements dans la "Concertation", sur ses propres positions idéologiques, il continue de maintenir une surprenante réserve.  Le président de la République l'accuse d'être un terroriste qui a trempé dans le rapt et l'assassinat de Cecilia Cubas, de concert avec les membres exilés d'un parti d'extrême-gauche.  La presse a obtenu un "document secret" du ministère de l'Intérieur, il y a 15 jours, qui faisait état de ces complicités en plus de malversations dans son administration du diocèse de San Pedro quand il était évêque, d'être ami des trafiquants de drogue, d'avoir suscité le meurtre d'un agent de sécurité de San Pedro qui aurait été trop au courant de ses affaires, et, last but not least, d'être un père irresponsable qui a abandonné un enfant et sa mère, à la suite de quelque liaison clandestine.  Aucune preuve n'a été apportée.  Le "fiscal" chargé de l'enquête a déclaré hier à la radio qu'aucun élément nouveau n'a encore été manifesté.

Nous sommes entrés dans la phase "guerre sale" de la campagne.  Déjà!  Le ton monte et les coups bas pleuvent.  Qu'est-ce qui va se passer durant les neuf ou dix mois qui restent avant l'élection?  L'acteur le plus désespéré de tous, c'est le président Nicanor Duarte Frutos.  Une politicologue réputée commentait récemment: les acquis des derniers 18 ans, depuis la fin de la dictature, sont en danger.  Dans de telles conditions, aurons-nous un vote libre et transparent en avril ou mai prochain?

29 juillet 2007 - Une vue

Bonne fête papa!

Il fait froid.

Les gars reviennent de leurs vacances; nous irons en retraite cet après-midi, jusqu'à vendredi.

Avant-hier, avec Sebastián, nous avons profité de notre dernière soirée un peu tranquille pour regarder un film, Babel, d'Alejandro González Inárritu.  Les images et les sentiments du film m'habitent depuis deux jours.  J'ai particulièrement senti la description du contraste Nord-Sud et comment le Sud pauvre aide le Nord à rencontrer la mort qui est au coeur de toute vie, même si cette contribution ne lui est pas reconnue et qu'il continue de payer la facture de l'"ordre" implanté par les pays riches.  Je trouve très juste, très vrai, très bien évoqué, cet aspect du film.  C'est une réalité que je vis ici tous les jours et, par constraste, chaque fois que je retourne au pays.

Juin 2007

 

2 juin 2007 - Hiver

Chez vous-nous c'est l'été qui arrive. Ici depuis deux semaines, il fait froid et plus froid que par les années passées. Je vous ai déjà raconté que je sens plus l'hiver ici qu'au pays. Les maisons ne sont pas chauffées alors le froid entre partout, avec l'humidité. Le corps se raidit et ne trouve pas de détente. Et encore, nous, nous avons une grande et solide maison, nous sommes bien à l'abri. Nous pouvons connecter une petite chaufferette électrique dans la chambre ou le bureau ?et je n'en ai pas encore vraiment eu besoin. Mais inutile de vous dire qu'il y a des gens qui sont beaucoup plus exposés aux intempéries. On se promène avec des chandails, des manteaux, des ponchos, des foulards, des "capines", des gants... Dehors et dans les maisons, tout le temps. Je couche avec mes bas et ma tuque! Tout le monde cherche le soleil, le "poncho du pauvre".

Quand il pleut, il y a déjà du retard aux réunions et assemblées. Quand il fait froid, presque personne ne vient. Rester assis dans une grande salle, souvent avec des pans de murs entiers ouverts aux quatre vents, ça ne plaît pas beaucoup.

En été, c'est un plaisir de boire le téréré: l'herbe "ka'a" séchée et pilée qu'on imbibe d'eau fraîche et qu'on siphonne avec une sorte de paille. En hiver, c'est le maté, la boisson régionale de l'Argentine, de l'Uruguay, du sud du Brésil et du Paraguay; c'est la même chose que le téréré mais avec de l'eau chaude et plein d'autres herbes: de l'anis, de la camomille, du zeste d'orange, des feuilles amères et douces de toutes sortes. Dans les autobus, les salles d'attente, les bureaux, les magasins, sur la rue, on voit partout les gens avec leurs thermos et la "guampa", suçant le liquide fumant, et se réchauffant la main sur le petit contenant de bois ou de corne.

4 juin 2007 - Art

Hier soir nous sommes allés au théâtre. C'est la première fois que je fais ça, "toute la famille ensemble". Le Théâtre Municipal d'Asunción (rénové) présente une version originale et très bien montée de Yo el Supremo d'Augusto Roa Bastos.

L'auteur est l'éminence et le fleuron du Paraguay. Il est décédé il y a deux ans maintenant. Un grand écrivain qui a su porter l'âme du peuple paraguayen à un niveau de poésie et de réflexion très profondes. Son oeuvre maîtresse c'est justement le volumineux et difficile roman, Yo el Supremo (Moi le Suprême), un long soliloque du dictateur José Gaspar Rodríguez de Francia, le fondateur de la République et le premier, le plus fameux parce que le plus austère, le plus intellectuellement brillant, le plus implacable aussi, d'une multitude de dictateurs au cours de l'histoire. L'oeuvre est complexe: on ne sait pas toujours qui parle, si c'est Francia, Stroessner ou "le dictateur éternel". Roa Bastos a aussi fait une version théâtre. C'est ce que nous avons vu hier soir. Une très belle soirée.

Autre nouvelle. Des spiritains du Portugal ont publié une présentation pour l'animation vocationnelle. Un montage très simple et très beau.

9 juin 2007 - Ña Ase est malade

Ña Ase (pour Asención) est une personne connue par toute la paroisse de la Medalla Milagrosa où elle assiste à toutes les liturgies. Sa réputation va plus loin encore. Elle se promène d'une maison à l'autre, chargée de sacs avec Dieu sait quoi dedans, va d'un commerce à l'autre, d'une communauté religieuse à l'autre, d'un presbytère à l'autre, salue, transmet les nouvelles, fait des cadeaux (des herbes, des plantes), offre une pause de conversation et d'ouverture sur le quartier, là où elle s'arrête. Je ne sais pas son âge. Elle est très pauvre. Elle vient me voir une fois par semaine. Dernièrement, on ne la voyait plus. Elle est malade, à l'hôpital de Clínicas, l'hôpital des pauvres.

Elle m'a fait appeler. J'ai essayé de la rencontrer une première, puis une seconde fois. Je l'ai trouvée finalement dans une salle basse, bondée d'étudiantes et d'étudiants en médecine qui font leurs classes en apprenant à mesurer les signes des patient-e-s (c'est le département de "sémiologie"), avec six alitées qui me connaissaient toutes quand je suis arrivé: "C'est toi le Padre Pedro. La señora nous a parlé de toi." J'ai trouvé l'endroit aussi parce que j'ai rencontré une autre paroissienne qui la cherchait et, à deux, nous ne nous sommes pas découragés dans le labyrinthe de cette ville dans la ville. Plus tard, j'ai vu ça comme un signe. Pour le dire comme ça, Dieu voulait que je ne laisse pas tomber ma recherche, Dieu voulait que je la trouve et que je la rencontre.

Surtout: Dieu voulait que je prenne conscience du trésor que représente cette femme qu'il m'envoyait toutes les semaines à la maison pour me piquer une dose d'humanité. Elle m'aime. Il n'y a pas d'autre mot, elle m'aime, elle me voue une affection et un don que je ne mérite pas. Elle m'aime et elle mendie mon amour. Comme Dieu.

14 juin - Le Québec pêche

Lu dans les journaux ABC et Última Hora d'aujourd'hui.

Hier soir dans le grand salon de l'Alliance Française d'Asunción une représentante d'Immigration Québec est venue de Buenos Aires pour décrire les charmes de la belle province à un auditoire sélect mais nombreux. Elle a dû répéter deux fois sa conférence à cause de l'affluence de jeunes professionnels qui ne trouvent pas de débouchés ici et cherchent un avenir ailleurs. Je vous ai déjà raconté la saignée vers l'Espagne pour les plus déluré-e-s, le Brésil et surtout l'Argentine pour la main-d'oeuvre moins qualifiée et moins capable de supporter les frais de transport vers l'Europe.

Un des gars a dit à table, il y a deux ou trois jours, que la nouvelle a passé à la télé: le Québec chercherait à intéresser 55.000 professionnels d'Amérique Latine à émigrer. Hier soir, en tout cas, on leur a vanté notre régime d'assurance-maladie, celui d'assurance-chômage aussi, le style de vie, le PIB et les salaires incomparables avec ceux d'ici, tout en donnant une idée du coût de la vie.

Les flux et reflux de personnes dans le monde globalisé sont devenus normaux. Je ne peux cependant pas m'empêcher de sentir une sorte de tristesse pour cet exode obligé, économique, vendu comme une marchandise, et une sorte de honte pour ce qui ressemble fort à "crêmer" un pays de ses éléments les plus compétents.

18 juin 2007 - Triple anniversaire

Aujourd'hui c'est la fête de Gustavo (23 ans) de notre communauté mais c'est aussi l'anniversaire de Chabela, la coordinatrice du groupe Gotas de Amor et de Leticia, celle qui a été la plus jeune membre fondatrice et qui a donné son nom au groupe. Nous allons célébrer, ce soir, l'eucharistie puis un petit partage, pas bruyant parce que c'est lundi et que tout le monde travaille, et aussi parce que la grand-mère de Leti est décédée vendredi dernier.

Quand Leticia a commencé dans le groupe, elle avait 12 ans. Maintenant elle en a 16. Nous avons maintenant une demi-douzaine de jeunes de 15 à 17 ans, puis une bonne dizaine dans la vingtaine, en comptant les gars de la maison. Nous avons ensuite des représentants de toutes les tranches d'âge, jusque dans la soixantaine. A l'autre extémité, il y a Adriana qui a 11 ans, très active, et Fabián, 12 ans, silencieux et appliqué. Il faut aussi inclure Fernando qui n'a que cinq ans, Cecilio Miguel, quatre ans. Et une bébé toute neuve, née la semaine dernière. Cette jeunesse à différents étages m'a fait voir d'un autre oeil l'oeuvre et la vie du groupe. Quand des enfants rencontrent d'autres enfants (ceux qui travaillent dans le Marché), il se passe quelque chose, une ouverture. Quand des jeunes, et même très jeunes, grandissent dans un groupe d'adultes de tous les âges, ils apprennent à poursuivre un but en collaboration avec d'autres générations. Ils sont particulièrement touchés quand on leur confie une tâche; ils prennent le temps et l'espace pour la réaliser; ils sont fiers de présenter leur oeuvre. Et les plus grands sont heureux d'accueillir et d'encourager.

23 juin 2007 - Soubresauts

Jeudi matin, à la Chambre des Députés, le président (de la chambre) a tenté une manoeuvre pour reporter encore l'élection d'un nouveau président. Des députés se sont fâchés. Un véritable match de boxe a commencé, orchestré par le groupe qui se résiste au changement. En direct à la télé, nous avons vu le spectacle honteux des élites se bagarrant à coup de poings. Le susdit président a tenté de renvoyer les secrétaires, et d'éteindre le son et la lumière. Dans une ambiance de classe de secondaire en plein chahut, certains ont largué des bombes puantes. Malgré tout, l'opposition s'est unie et a réussi à faire élire une nouvelle direction.

Les analystes sont unanimes: il s'agit d'un effort desespéré de la ligne "officialiste", celle du président de la République, pour maintenir le contrôle sur les organes du pouvoir, malgré la brèche énorme qui existe maintenant entre les factions du Parti Colorado. Une fois de plus, ce parti ?qui est au pouvoir depuis 1949 (allons-nous passer la marque du PRI mexicain?)? prend en otage les institutions publiques pour monter la scène de ses divisions et luttes fratricides. Un vrai théâtre dont tout le monde connaît la fin: maintenant ils se déchirent, maintenant ils sont "de l'opposition" et s'allient avec d'autres partis, maintenant ils sont "pluralistes", mais six mois avant les élections ils referont l'unité monolithique inexpugnable, ils seront unanimes et solidaires comme des bandits, ils continueront de puiser sans sourciller dans les ressources de l'Etat pour alimenter leur campagne et soudoyer les "amis".

Point positif: le caractère feint et stratégique de leurs manoeuvres est de plus en plus évident. Et pathétique. De plus en plus en plus de gens sont conscients de la supercherie. Le danger c'est la violence sous-jacente, celle de la désespération, celle des gens qui s'agrippent au pouvoir, et qui sont prêts à tout pour le garder. Ça peut être réellement dangereux.

Contraste d'espérance: à peu près à la même heure où se produisaient ces tristes événements, nous étions en formation avec un groupe d'enseignantes de niveau supérieur qui découvraient très concrètement dans l'expérience leur capacité de multiplier la confiance en soi, l'ouverture aux autres, la paix, le goût de l'engagement, le sens à la vie.

29 juin 2007 - Je vais être prof

Ça s'est tout décidé en 24 heures. J'aurai une classe (3h/sem) à l'Institut de Vie Religieuse à partir du mois d'août, un cours sur la vie communautaire pour les novices des différentes congrégations qui sont dans la région d'Asunción. J'attends vos suggestions pour monter le programme! A première vue, une des questions qui me semble fondamentale c'est de regarder les rapports entre individu et communauté. Pas de vraie communauté sans des personnes libres et engagées.  Je médite: comment découvrir cela à travers un processus de prises de conscience dans l'expérience.

La secrétaire m'a téléphoné: une des profs ne pourra pas continuer au prochain semestre alors on cherchait désespérément. Ma première réaction a été que non, c'est pas possible, je ne suis pas prêt,... Puis j'ai demandé d'y penser. J'ai vu que je n'ai pas d'aspirant cette année et cela me donne de bonnes heures le matin où je peux travailler. Je me cherchais quelque chose qui me ferait lire, réfléchir et écrire davantage. Dieu a entendu ma prière même si je ne m'attendais vraiment pas à une réponse de ce genre. En plus, je vais rencontrer les jeunes de la vie religieuse paraguayenne.  Ma dernière expérience de classe, à part quelques rencontres éparses dans certains collèges, remonte à Kongolo, au Congo, il y a 20 ans quand j'enseignais les mathématiques!

A suivre...

Juin 2007

 

2 juin 2007 - Hiver

Chez vous-nous c'est l'été qui arrive. Ici depuis deux semaines, il fait froid et plus froid que par les années passées. Je vous ai déjà raconté que je sens plus l'hiver ici qu'au pays. Les maisons ne sont pas chauffées alors le froid entre partout, avec l'humidité. Le corps se raidit et ne trouve pas de détente. Et encore, nous, nous avons une grande et solide maison, nous sommes bien à l'abri. Nous pouvons connecter une petite chaufferette électrique dans la chambre ou le bureau ?et je n'en ai pas encore vraiment eu besoin. Mais inutile de vous dire qu'il y a des gens qui sont beaucoup plus exposés aux intempéries. On se promène avec des chandails, des manteaux, des ponchos, des foulards, des "capines", des gants... Dehors et dans les maisons, tout le temps. Je couche avec mes bas et ma tuque! Tout le monde cherche le soleil, le "poncho du pauvre".

Quand il pleut, il y a déjà du retard aux réunions et assemblées. Quand il fait froid, presque personne ne vient. Rester assis dans une grande salle, souvent avec des pans de murs entiers ouverts aux quatre vents, ça ne plaît pas beaucoup.

En été, c'est un plaisir de boire le téréré: l'herbe "ka'a" séchée et pilée qu'on imbibe d'eau fraîche et qu'on siphonne avec une sorte de paille. En hiver, c'est le maté, la boisson régionale de l'Argentine, de l'Uruguay, du sud du Brésil et du Paraguay; c'est la même chose que le téréré mais avec de l'eau chaude et plein d'autres herbes: de l'anis, de la camomille, du zeste d'orange, des feuilles amères et douces de toutes sortes. Dans les autobus, les salles d'attente, les bureaux, les magasins, sur la rue, on voit partout les gens avec leurs thermos et la "guampa", suçant le liquide fumant, et se réchauffant la main sur le petit contenant de bois ou de corne.

4 juin 2007 - Art

Hier soir nous sommes allés au théâtre. C'est la première fois que je fais ça, "toute la famille ensemble". Le Théâtre Municipal d'Asunción (rénové) présente une version originale et très bien montée de Yo el Supremo d'Augusto Roa Bastos.

L'auteur est l'éminence et le fleuron du Paraguay. Il est décédé il y a deux ans maintenant. Un grand écrivain qui a su porter l'âme du peuple paraguayen à un niveau de poésie et de réflexion très profondes. Son oeuvre maîtresse c'est justement le volumineux et difficile roman, Yo el Supremo (Moi le Suprême), un long soliloque du dictateur José Gaspar Rodríguez de Francia, le fondateur de la République et le premier, le plus fameux parce que le plus austère, le plus intellectuellement brillant, le plus implacable aussi, d'une multitude de dictateurs au cours de l'histoire. L'oeuvre est complexe: on ne sait pas toujours qui parle, si c'est Francia, Stroessner ou "le dictateur éternel". Roa Bastos a aussi fait une version théâtre. C'est ce que nous avons vu hier soir. Une très belle soirée.

Autre nouvelle. Des spiritains du Portugal ont publié une présentation pour l'animation vocationnelle. Un montage très simple et très beau.

9 juin 2007 - Ña Ase est malade

Ña Ase (pour Asención) est une personne connue par toute la paroisse de la Medalla Milagrosa où elle assiste à toutes les liturgies. Sa réputation va plus loin encore. Elle se promène d'une maison à l'autre, chargée de sacs avec Dieu sait quoi dedans, va d'un commerce à l'autre, d'une communauté religieuse à l'autre, d'un presbytère à l'autre, salue, transmet les nouvelles, fait des cadeaux (des herbes, des plantes), offre une pause de conversation et d'ouverture sur le quartier, là où elle s'arrête. Je ne sais pas son âge. Elle est très pauvre. Elle vient me voir une fois par semaine. Dernièrement, on ne la voyait plus. Elle est malade, à l'hôpital de Clínicas, l'hôpital des pauvres.

Elle m'a fait appeler. J'ai essayé de la rencontrer une première, puis une seconde fois. Je l'ai trouvée finalement dans une salle basse, bondée d'étudiantes et d'étudiants en médecine qui font leurs classes en apprenant à mesurer les signes des patient-e-s (c'est le département de "sémiologie"), avec six alitées qui me connaissaient toutes quand je suis arrivé: "C'est toi le Padre Pedro. La señora nous a parlé de toi." J'ai trouvé l'endroit aussi parce que j'ai rencontré une autre paroissienne qui la cherchait et, à deux, nous ne nous sommes pas découragés dans le labyrinthe de cette ville dans la ville. Plus tard, j'ai vu ça comme un signe. Pour le dire comme ça, Dieu voulait que je ne laisse pas tomber ma recherche, Dieu voulait que je la trouve et que je la rencontre.

Surtout: Dieu voulait que je prenne conscience du trésor que représente cette femme qu'il m'envoyait toutes les semaines à la maison pour me piquer une dose d'humanité. Elle m'aime. Il n'y a pas d'autre mot, elle m'aime, elle me voue une affection et un don que je ne mérite pas. Elle m'aime et elle mendie mon amour. Comme Dieu.

14 juin - Le Québec pêche

Lu dans les journaux ABC et Última Hora d'aujourd'hui.

Hier soir dans le grand salon de l'Alliance Française d'Asunción une représentante d'Immigration Québec est venue de Buenos Aires pour décrire les charmes de la belle province à un auditoire sélect mais nombreux. Elle a dû répéter deux fois sa conférence à cause de l'affluence de jeunes professionnels qui ne trouvent pas de débouchés ici et cherchent un avenir ailleurs. Je vous ai déjà raconté la saignée vers l'Espagne pour les plus déluré-e-s, le Brésil et surtout l'Argentine pour la main-d'oeuvre moins qualifiée et moins capable de supporter les frais de transport vers l'Europe.

Un des gars a dit à table, il y a deux ou trois jours, que la nouvelle a passé à la télé: le Québec chercherait à intéresser 55.000 professionnels d'Amérique Latine à émigrer. Hier soir, en tout cas, on leur a vanté notre régime d'assurance-maladie, celui d'assurance-chômage aussi, le style de vie, le PIB et les salaires incomparables avec ceux d'ici, tout en donnant une idée du coût de la vie.

Les flux et reflux de personnes dans le monde globalisé sont devenus normaux. Je ne peux cependant pas m'empêcher de sentir une sorte de tristesse pour cet exode obligé, économique, vendu comme une marchandise, et une sorte de honte pour ce qui ressemble fort à "crêmer" un pays de ses éléments les plus compétents.

18 juin 2007 - Triple anniversaire

Aujourd'hui c'est la fête de Gustavo (23 ans) de notre communauté mais c'est aussi l'anniversaire de Chabela, la coordinatrice du groupe Gotas de Amor et de Leticia, celle qui a été la plus jeune membre fondatrice et qui a donné son nom au groupe. Nous allons célébrer, ce soir, l'eucharistie puis un petit partage, pas bruyant parce que c'est lundi et que tout le monde travaille, et aussi parce que la grand-mère de Leti est décédée vendredi dernier.

Quand Leticia a commencé dans le groupe, elle avait 12 ans. Maintenant elle en a 16. Nous avons maintenant une demi-douzaine de jeunes de 15 à 17 ans, puis une bonne dizaine dans la vingtaine, en comptant les gars de la maison. Nous avons ensuite des représentants de toutes les tranches d'âge, jusque dans la soixantaine. A l'autre extémité, il y a Adriana qui a 11 ans, très active, et Fabián, 12 ans, silencieux et appliqué. Il faut aussi inclure Fernando qui n'a que cinq ans, Cecilio Miguel, quatre ans. Et une bébé toute neuve, née la semaine dernière. Cette jeunesse à différents étages m'a fait voir d'un autre oeil l'oeuvre et la vie du groupe. Quand des enfants rencontrent d'autres enfants (ceux qui travaillent dans le Marché), il se passe quelque chose, une ouverture. Quand des jeunes, et même très jeunes, grandissent dans un groupe d'adultes de tous les âges, ils apprennent à poursuivre un but en collaboration avec d'autres générations. Ils sont particulièrement touchés quand on leur confie une tâche; ils prennent le temps et l'espace pour la réaliser; ils sont fiers de présenter leur oeuvre. Et les plus grands sont heureux d'accueillir et d'encourager.

23 juin 2007 - Soubresauts

Jeudi matin, à la Chambre des Députés, le président (de la chambre) a tenté une manoeuvre pour reporter encore l'élection d'un nouveau président. Des députés se sont fâchés. Un véritable match de boxe a commencé, orchestré par le groupe qui se résiste au changement. En direct à la télé, nous avons vu le spectacle honteux des élites se bagarrant à coup de poings. Le susdit président a tenté de renvoyer les secrétaires, et d'éteindre le son et la lumière. Dans une ambiance de classe de secondaire en plein chahut, certains ont largué des bombes puantes. Malgré tout, l'opposition s'est unie et a réussi à faire élire une nouvelle direction.

Les analystes sont unanimes: il s'agit d'un effort desespéré de la ligne "officialiste", celle du président de la République, pour maintenir le contrôle sur les organes du pouvoir, malgré la brèche énorme qui existe maintenant entre les factions du Parti Colorado. Une fois de plus, ce parti ?qui est au pouvoir depuis 1949 (allons-nous passer la marque du PRI mexicain?)? prend en otage les institutions publiques pour monter la scène de ses divisions et luttes fratricides. Un vrai théâtre dont tout le monde connaît la fin: maintenant ils se déchirent, maintenant ils sont "de l'opposition" et s'allient avec d'autres partis, maintenant ils sont "pluralistes", mais six mois avant les élections ils referont l'unité monolithique inexpugnable, ils seront unanimes et solidaires comme des bandits, ils continueront de puiser sans sourciller dans les ressources de l'Etat pour alimenter leur campagne et soudoyer les "amis".

Point positif: le caractère feint et stratégique de leurs manoeuvres est de plus en plus évident. Et pathétique. De plus en plus en plus de gens sont conscients de la supercherie. Le danger c'est la violence sous-jacente, celle de la désespération, celle des gens qui s'agrippent au pouvoir, et qui sont prêts à tout pour le garder. Ça peut être réellement dangereux.

Contraste d'espérance: à peu près à la même heure où se produisaient ces tristes événements, nous étions en formation avec un groupe d'enseignantes de niveau supérieur qui découvraient très concrètement dans l'expérience leur capacité de multiplier la confiance en soi, l'ouverture aux autres, la paix, le goût de l'engagement, le sens à la vie.

29 juin 2007 - Je vais être prof

Ça s'est tout décidé en 24 heures. J'aurai une classe (3h/sem) à l'Institut de Vie Religieuse à partir du mois d'août, un cours sur la vie communautaire pour les novices des différentes congrégations qui sont dans la région d'Asunción. J'attends vos suggestions pour monter le programme! A première vue, une des questions qui me semble fondamentale c'est de regarder les rapports entre individu et communauté. Pas de vraie communauté sans des personnes libres et engagées.  Je médite: comment découvrir cela à travers un processus de prises de conscience dans l'expérience.

La secrétaire m'a téléphoné: une des profs ne pourra pas continuer au prochain semestre alors on cherchait désespérément. Ma première réaction a été que non, c'est pas possible, je ne suis pas prêt,... Puis j'ai demandé d'y penser. J'ai vu que je n'ai pas d'aspirant cette année et cela me donne de bonnes heures le matin où je peux travailler. Je me cherchais quelque chose qui me ferait lire, réfléchir et écrire davantage. Dieu a entendu ma prière même si je ne m'attendais vraiment pas à une réponse de ce genre. En plus, je vais rencontrer les jeunes de la vie religieuse paraguayenne.  Ma dernière expérience de classe, à part quelques rencontres éparses dans certains collèges, remonte à Kongolo, au Congo, il y a 20 ans quand j'enseignais les mathématiques!

A suivre...

Mai 2007

 

2 mai 2007 - Il est né...

Le nouveau blog de la commission théologique de la "Conferpar" (Conférence des religieuse et religieux du Paraguay). Et je ne suis pas mécontent de mon coup!  Faudrait juste pas que ça me fasse négliger les nouvelles que je vous donne ici.

6 mai 2007 - Pause-retraite

Notre système internet fonctionne par antenne et nous avons observé que ce qui cause le plus d'interférence ce ne sont pas les nuages ni la pluie mais plutôt du temps comme aujourd'hui, sec, vent du nord avec de la poussière et de la fumée dans l'air, le temps chargé qui habituellement précède les tempêtes. Dans ces moments-là, rien à faire, on dirait que les ondes sont absorbées par les particules, l'éther s'épaissit et pas moyen de "googler"!

Nous continuons nos samedis dans le marché. Déjà quatre fois, nous avons servi le repas de midi à 100-120-140 enfants, souvent des tout-petits. Nous passons dans le marché où les mamans nous reconnaissent, nous rentrons au local avec des guirlandes d'enfants qui marchent la main dans la main, comme à la maternelle, plus d'autres pendus au cou.

Parlant de local, cette semaine, si tout va bien, enfin, la mairesse d'Asunción viendrait inaugurer le nouveau, plus aéré et plus spacieux. Je n'y serai pas. J'ai la retraite avec les novices. Je rentrerai vendredi. Je ne sais pas quand j'afficherai ce blogue, probablement au retour avec d'autres nouvelles, celles de la retraite, si tant est qu'une retraite peut générer des "nouvelles".

12 mai 2007 - C'est pas ma faute

Décidément, le service internet est capricieux ces jours-ci. L'air se charge et se décharge. J'ai l'impression que le pourvoyeur n'est pas très fiable non plus; il y a beaucoup de plaintes à son égard. Le marché des connections internet est en pleine mutation à cause de la compagnie nationale qui baisse ses prix et offre de nouveaux services, plus performants. Les compagnies privées s'efforcent de capter la clientèle mais souvent n'ont pas l'infrastructure nécessaire pour bien la servir. Je ne rêverai pas des choses impossibles comme ces connections de mégabytes en fractions de secondes comme il y en dans d'autres pays, mais peut-être quelque chose d'un peu plus vite et un peu plus sûr. On verra.

Je n'ai pas écrit aussi parce que j'étais en retraite toute la semaine, mais j'ai essayé à partir d'un cyber-café bondé d'étudiants du secondaire qui jouaient à la course automobile, au football ou aux combats de lutte "raw", online s.v.p., et qui me soufflaient dans le cou en attendant que j'aie fini avec mes niaiseries de courrier électronique et de réviser des blogues plates.

Le temps s'est considérablement refroidi depuis la semaine dernière et, une fois de plus, je vérifie que maintenant la chaleur est mon milieu plus naturel. Dès que la température descend plus bas que 15º, mon corps se raidit et je sens mes articulations grincer.

Aujourd'hui, c'est samedi, notre premier dans le nouveau local, tout s'est très bien passé. Autour de 150 enfants et jeunes ont bouffé. Nous continuons de préparer ici, dans notre local du fond de la cour puis nous transportons le tout là-bas. En plus, Callescula a deux personnes qui font l'accompagnement "travail social"; c'est un précieux renfort.

La retraite a été très bonne. Sur le thème de l'ouverture: relire des expériences et nous voir capables d'ouverture, découvrir les richesses spirituelles de ces expériences d'ouverture, écouter l'appel à une ouverture plus radicale, plus gratuite, plus "pour l'autre". Les gars (les novices) ont fait de beaux cheminements. Et moi, j'ai profité du temps plus relax pour prier, pour regarder la vie qui passe aussi. Ça m'a fait beaucoup de bien. Pendant ce temps, ici, la maison n'a pas brûlé, tout le monde est en forme.

Ci-dessous, ce que j'ai essayé d'afficher la semaine dernière mais je n'ai pas pu.

17 mai 2007 - Quotidien

Temps occupé. Les gars ont des examens et des travaux de mi-session. En plus, la formation s'approfondit, le cheminement de chacun passe par des étapes où leurs discernements et leurs décisions sont sollicités; ça brasse, ça travaille. Nous sommes aussi à dix jours de la Pentecôte que nous avons choisi de célébrer à nouveau avec les gens de notre quartier; il y a plein de préparatifs, je ne dirais pas de dernière minute, mais bon, oui, avec un peu de pression et d'accélération maintenant que la date arrive.

Moi, j'ai repris les activités après la semaine de la retraite avec les novices qui m'a fait beaucoup de bien. A eux aussi, je crois bien. Je trouve que ça va vite mais, je vais faire une confession, je suis surpris du calme avec lequel je prends les choses. Une grâce.

Je cherche des échos un peu sérieux sur la 5e conférence du CELAM au Brésil et je reste sur ma faim. On ne verra sans doute clair qu'à la fin. Trouvé intéressant ce blogue d'un pasteur baptiste invité à la conférence.

 20 mai - Charisme

Cette année, notre préparation à la Pentecôte va dans le sens d'approfondir le charisme de nos fondateurs. Je suis la méthode et l'intuition de Marie-Marcelle Desmarais de l'IFHIM: le charisme ce n'est pas une idée c'est une expérience, il n'est pas dans des oeuvres définies par des règles, il est dans la vie des personnes comme le souffle qui les anime. C'est pour ça que le charisme ne s'enseigne pas: il se vit et se reconnaît dans la vie.

Marie-Marcelle a "inventé" une session d'approfondissement du charisme destinée à toutes les personnes intéressées. En 1999, j'ai eu la chance de vivre cette session-là qui m'a beaucoup marqué. Je me souviens: j'ai fait équipe avec Mariano, notre confrère paraguayen qui est maintenant en mission dans un camp de réfugiés burundais de la Tanzanie et deux spiritaines, Tonia du Nigéria et Marie-Louise de Centre-Afrique.

Huit ans plus tard, je sors ce trésor-là des boules à mites. Ce n'est pas la première fois que je prends un long temps entre un apprentissage vécu et la transmission décidée. Je croyais que c'était par crainte ou par paresse mais il y a autre chose, comme si les années m'aidaient à mûrir et à sentir davantage le processus. Donc je me suis lancé, avec les postulants et avec les membres du groupe Gotas de Amor.

C'est très simple. Dans un premier temps, il s'agit d'aider les personnes à se regarder, à voir le "bagage" qu'elles portent, les richesses qu'elles apportent dans leurs contributions. On limite, on ne peut pas tout voir, on prend une photo. Ensuite, on regarde la vie du fondateur de la même façon, en action, dans ses gestes et ses décisions, et on prend une seconde photo. Dans un troisième temps, on colle les deux photos sur la même page et on regarde "ce qui monte en soi". C'est plus qu'une analyse ou une comparaison. Il s'agit de regarder profondément la personne du fondateur à partir de ce que je suis moi comme personne. Cela mène à une prise de conscience extrêmement prenante de l'"esprit" qui m'habite, le charisme vivant de la congrégation qui continue d'inspirer des personnes aujourd'hui, qui empreint déjà ma propre vie. Il est particulièrement émouvant de sentir cette communication entre hier et aujourd'hui, de découvrir le fondateur non plus comme une statue rigidifiée ou un modèle inaccessible, sinon comme le partenaire d'un partage sur l'aventure humaine que nous vivons ensemble.

Avec le groupe Gotas de Amor, l'expérience a été particulièrement réussie. Je me demandais: qu'est-ce que des mères de famille, des jeunes, des travailleurs, vont bien pouvoir trouver dans le parcours de personnes si éloignées dans le temps et l'espace? Pourquoi forcer un intérêt qui ne compte que pour les membres de la congrégation? Mais je n'ai rien forcé du tout. Les vies se sont rencontrées profondément et naturellement. Nous avons regardé très simplement cinq épisodes de la vie des deux fondateurs, Claude Poullart des Places et François Libermann, et nous avons découvert des connections suprenantes avec nos engagements et avec la mission du groupe. Nous avons terminé par une eucharistie dépouillée et priante.

Une très belle rencontre.

28 mai 2007 - Pentecôte

Nous revenons d'une petite soirée à la "casa Laval", la maison centrale du groupe spiritain, où nous nous sommes réunis, les membres des communautés de la ville (casa Laval, noviciat, et postulat, plus deux confrères de Naranjito) pour une petite fête. Hier, c'était le 304e anniversaire de naissance de la congrégation. Nous l'avons fêté avec les gens de nos réseaux paroissiaux ou de quartier. Ici, au postulat, nous avons célébré dans les deux communautés chrétiennes du quartier (San Roque González et Virgen de Fátima) puis chez nous, dans notre grande cour: une présentation du charisme fondateur, un petit festival de talents et une bouffe ensemble. Il a fait très beau. Le froid a marqué une pause très appréciée, juste pour la journée d'hier ?cette nuit et demain soir on attend 3º!

Cette année, j'ai fait un lien qui me nourrit beaucoup entre le travail que nous avons fait sur le charisme ?qui a débouché sur une présentation (textes et photos) préparée par la communauté, surtout avec le concours de Gustavo? et la fête de la Pentecôte. L'Esprit, c'est l'esprit d'une personne. On le voit à l'oeuvre dans les actions de cette personne. C'est l'Esprit de Jésus, l'esprit des saints et saintes de l'histoire, celui des fondateurs aussi, en particulier, pour nous, Claude Poullart des Places et François Libermann. L'Esprit nous rejoint dans nos expériences, il est mémoire vivante des actions et des paroles de ces personnes, un souffle discret qui embaume de valeurs, de courage, de paix, d'audace. Il transforme le souvenir en engagement. A la casa Laval, nous avons partagé là-dessus durant l'eucharistie, puis soupé ensemble.

Mai 2007

 

2 mai 2007 - Il est né...

Le nouveau blog de la commission théologique de la "Conferpar" (Conférence des religieuse et religieux du Paraguay). Et je ne suis pas mécontent de mon coup!  Faudrait juste pas que ça me fasse négliger les nouvelles que je vous donne ici.

6 mai 2007 - Pause-retraite

Notre système internet fonctionne par antenne et nous avons observé que ce qui cause le plus d'interférence ce ne sont pas les nuages ni la pluie mais plutôt du temps comme aujourd'hui, sec, vent du nord avec de la poussière et de la fumée dans l'air, le temps chargé qui habituellement précède les tempêtes. Dans ces moments-là, rien à faire, on dirait que les ondes sont absorbées par les particules, l'éther s'épaissit et pas moyen de "googler"!

Nous continuons nos samedis dans le marché. Déjà quatre fois, nous avons servi le repas de midi à 100-120-140 enfants, souvent des tout-petits. Nous passons dans le marché où les mamans nous reconnaissent, nous rentrons au local avec des guirlandes d'enfants qui marchent la main dans la main, comme à la maternelle, plus d'autres pendus au cou.

Parlant de local, cette semaine, si tout va bien, enfin, la mairesse d'Asunción viendrait inaugurer le nouveau, plus aéré et plus spacieux. Je n'y serai pas. J'ai la retraite avec les novices. Je rentrerai vendredi. Je ne sais pas quand j'afficherai ce blogue, probablement au retour avec d'autres nouvelles, celles de la retraite, si tant est qu'une retraite peut générer des "nouvelles".

12 mai 2007 - C'est pas ma faute

Décidément, le service internet est capricieux ces jours-ci. L'air se charge et se décharge. J'ai l'impression que le pourvoyeur n'est pas très fiable non plus; il y a beaucoup de plaintes à son égard. Le marché des connections internet est en pleine mutation à cause de la compagnie nationale qui baisse ses prix et offre de nouveaux services, plus performants. Les compagnies privées s'efforcent de capter la clientèle mais souvent n'ont pas l'infrastructure nécessaire pour bien la servir. Je ne rêverai pas des choses impossibles comme ces connections de mégabytes en fractions de secondes comme il y en d