8 octobre 2008 - Avant un autre départ
Plutôt silencieux dernièrement. C'est que je me suis mis à la routine, qui n'en est pas une, de ma nouvelle demeure, de mes cours, de Montréal. Je vis à la maison provinciale, avec Michel Last, André Bédard et Janick Beaulieu. Il y a aussi souvent de la visite. Depuis une petite semaine, Oscar Ngoy, évêque de Kongolo, le diocèse de mon stage en 85-87, ancien supérieur de la fondation du Congo (RDC), est avec nous. Aujourd'hui, le Conseil provincial se réunit: Rhéaume Saint-Louis, Ghislain Duchesne, Michel Boutot sont là.
Les cours à l'IFHIM vont au-delà de tout ce que j'attendais. Je crois que j'arrivais avec une sorte de confusion, n'ayant pas fait totalement l'option d'une démarche personnelle qui me brasse et m'engage. J'avais vraiment besoin d'une intégration, de regarder mes engagements au Paraguay à un niveau très profond et de me ramasser pour mieux donner, pour mieux me donner. C'est ça que je vis maintenant.
Donc je suis là tous les jours, dans le nord de la ville, tout près de la rivière. J'ai deux cours qui touchent à l'intervention, l'une la regardant du côté de l'intervenant lui-même, l'autre du point de vue des personnes aidées. C'est extrêmement éclairant. Je participe aussi à des séminaires: sur l'identité psycho-sexuelle, sur l'hostilité et ses répercussions, sur la formation initiale à la vie religieuse, sur les "vraies et fausses représentations",... Je participe avec les trois années du programme d'immersion. Cette semaine, c'est la "semaine intensive", un survol de toute la démarche mais pas de façon théorique: nous sommes invités à nous ouvrir à l'humanité qui est entre nous, presqu'une centaine d'étudiantes et étudiants de nombreux pays de tous les continents. Je n'essaie même pas de les nommer ou de les compter. L'Afrique est la plus représentée. C'est extrêmement riche.
L'ouverture ne se limite pas à l'intérieur de la communauté, la "communauté éducative" comme on dirait dans les milieux d'enseignement. Nous sommes invités aussi à nous ouvrir à notre milieu et au monde qu'embrasse l'IFHIM. Hier nous avons eu des nouvelles très directes d'Haïti où des anciens de l'Institut sont engagés à venir en aide aux sinistrés des quatre ouragans qui ont déferlé sur l'île. Ensuite, nous sommes partis à la découverte de Montréal, pas comme des touristes sinon comme des "personnes cherchant des personnes". En petites grappes, des "caravanes", les uns sont allés à une bouche de métro, d'autres dans un centre d'achat, deux groupes sont entrés dans un hôpital, un autre est allé au marché, dans un parc, sur une rue passante,... Nous nous sommes ensuite raconté nos rencontres, nos découvertes et nos dépassements, vécus dans l'expérience de "partir vers l'inconnu".
Cette formation nous invite vraiment à nous sentir "au service de nos peuples et, au-delà de nos peuples, engagés dans l'humanisation du monde". Ce n'est pas un titre ronflant, c'est très concret. Beaucoup d'expériences passées au Paraguay me sont remontées, en particulier des formations vécues avec les paysans de San Pedro et l'initiative avec les enfants du Marché. Je n'ai jamais senti aussi fort que maintenant combien c'est important, combien la corruption, l'exploitation, l'indifférence, la violence, causent de vraies destructions ?nous avons partagé des récits "live" de partout dans le monde? et combien l'engagement peut apporter de la vraie vie, même quand la réplique et les "rapports de force", comme on dit dans le jargon, semblent dérisoires.
Avec ça, je suis en contact étroit avec le Paraguay. Je me suis vraiment initié aux chat et à Skype. Plusieurs heures par semaine, j'ai repris mes entretiens réguliers avec les postulants et les gens de la maison. Ils ont vécu, et moi aussi avec eux, un événement qui nous a tous secoués: Sebastián a décidé de partir, de quitter la congrégation. Chacun accuse l'impact à sa façon. Nous essayons de profiter de cette occasion pour approfondir notre formation et nos engagements.
Je vis à Montréal, je retrouve mon pays d'origine. J'écoute la radio, je suis les campagnes électorales, celle du pays et celle de nos voisins, je visite un peu des gens de ma famille et des amis. Pas beaucoup mais c'est profond et intense. Je me sens comme le titre du livre d'Hubert Reeves, et la chanson de Fugain: "Je n'aurai pas le temps." J'accepte que je suis dans la finale de la quarantaine et que le temps n'est plus ni court, ni rapide, il est limité, il faut choisir et chaque choix a de l'importance.
Demain soir, je pars pour Rome. Je vais animer la retraite du Conseil général. Un honneur! Oui, un service aussi: les "supérieurs" au-delà des titres sont aussi des personnes. Ce sera une occasion de m'ouvrir en partageant avec ces confrères qui vivent intensément la congrégation. Après la retraite, je ferai des contacts pour notre groupe du Paraguay, puis je vivrai un pèlerinage "sur les pas des fondateurs" en France. Oui, je suis bien chanceux! Je vous en reparle bientôt.
12 octobre 2008 - De Rome
Depuis hier après-midi, je suis dans la ville éternelle. J'aurais dû y arriver la veille au soir mais, alors que le voyage marchait très bien et que je me disais que ces réservations par internet dans des compagnies aériennes "low cost", décidément, malgré mes craintes, ça fonctionnait, juste à ce moment-là donc, alors que nous étions dans la zone d'embarquement pour faire le trajet Paris-Rome, on nous annonce que notre parcours est annulé. Oui, annulé, pas d'avion, kapout! A Rome, Serge et Eduardo m'ont attendu jusqu'à la quasi-fermeture de l'aéroport. A Orly, vous pouvez imaginer les frustrations chez les voyageurs. Nous nous sommes précipités aux comptoirs et l'entreprise n'a pas pu nous relocaliser, il ne restait plus qu'à passer la nuit dans un hôtel tout près, aux frais de la compagnie. A minuit, j'étais dans ma chambre après avoir soupé. Redépart au petit matin. J'ai accepté de remplacer mon billet par un vol vers Pise et de faire la suite du voyage en train. J'étais accompagné d'un gars très sympathique, qui travaille dans les arts dramatiques, un italien qui a vécu et voyagé sur la moitié de la planète, dont les propos animés sur le sens qu'il donne à sa vie, sur sa recherche spirituelle passionnée, m'ont fait sentir déjà mon voyage comme un pèlerinage.
Arrivé donc à la maison généralice, j'ai été chaudement accueilli par Serge et par les membres du Conseil et de la communauté. Il fait très beau. Cet après-midi, nous partons vers la maison de retraite, à une cinquantaine de kilomètres de la ville. A la semaine prochaine!
18 octobre 2008 - La retraite
Bien sûr, on ne diffuse pas aux quatre vents l'intimité d'une retraite. En plus c'était celle du Conseil général de la congrégation, des gens qui animent des personnes et des communautés, avec un très grand rayonnement. Je peux quand même vous raconter quelques détails.
L'endroit, à une cinquantaine de kilomètres hors de Rome, vers le nord-ouest, est une grande maison des religieuses de "Marie Consolatrice" qui sert surtout en été pour des familles qui viennent y passer leurs vacances. La mer est dans la cour, pas une super-plage, mais quand même c'est la mer, avec de magnifiques couchers de soleil (j'ai même vu le "rayon vert"). Nous étions seuls, neuf personnes, à occuper cet immeuble qui peut en recevoir cent et plus. Une maison avec beaucoup de céramique et de marbre, des surfaces luisantes très bien tenues par les religieuses! Les chambres étaient confortables. Pour moi, le "prédicateur", on a réservé une véritable "suite" avec un grand bureau, une grande chambre et une grande salle de bain. J'imagine que pendant la forte saison, le même espace peut loger une famille entière, papa, mama et bambini! Il a fait très beau.
J'ai présenté le thème de l'alliance, non pas d'un point de vue biblique, sinon à partir de ma formation de l'IFHIM, l'alliance, les alliances qui nous ont fait et celles que nous tissons avec d'autres. Pour moi, c'est la base de nos relations, de nos "missions" aussi. On crée des relations dans lesquelles on cherche à apporter à l'autre, lui donner le meilleur de soi-même, pour qu'il grandisse. Après l'introduction de dimanche soir dernier, j'ai présenté une dizaine de thèmes: l'objectif de croissance, l'ouverture et la liberté, la fécondité et la paternité, la mutualité, la présence et l'absence, le sens à la vie, la récupération et l'attention au corps, les défis d'aujourd'hui, l'autorité et l'institution. Nous avions une session d'environ trois quarts d'heure le matin et une autre l'après-midi en plus des offices et de l'eucharistie. L'ambiance était très détendue et chaleureuse, je suis content d'avoir pu rencontrer ces confrères spiritains, des hommes engagés dans un service difficile, avec de grands défis, mais aussi plein de richesses que nous avons pu contempler et partager.
19 octobre 2008 - Rome encore
J'ai commencé mon pèlerinage. Hier, je suis allé plutôt en touriste avec Serge pour faire une reconnaissance du terrain. À une heure de marche de la maison généralice on est au coeur du vieux Rome, la Piazza Navona, le Panthéon, des tas de vieilles églises avec des histoires fantastiques, des petite rues étroites en courbe avec un pavé de dallages anciens, les immeubles à deux et trois étages avec des façades tout en couleur ocre, des voitures et des motos qui passent à toute vitesse mais que les piétons peuvent stopper en s'élançant avec foi sur les passages cloutés, ça et là des expositions ou des chantiers avec des fouilles de ruines antiques, les milliers d'étourneaux qui piaillent dans les arbres sur le bord du Tibre, beaucoup de touristes aussi sur la rue, aux terrasses, partout, par ce très beau mois d'octobre.
Aujourd'hui, nous sommes retournés presqu'aux mêmes endroits, cette fois sur les pas, plus d'un siècle et demi plus tard, de François Libermann. Il est resté un an à Rome, de janvier 1840 à janvier 1841 pour présenter le projet de fondation de la Société du Saint-Coeur de Marie. Il vivait dans une petite mansarde, pas loin du Panthéon, sur le toit d'une maison patricienne qui a été démolie. Nous sommes allés là où, d'après ses lettres, il allait prier: la grande basilique Santa Maria Maggiore, la chapelle de Saint-Augustin, devant une statue de la Vierge de l'accouchement (je trouve ça très significatif, c'était au moment où lui-même, non sans douleur, "accouchait" de la congrégation), et une autre chapelle Sainte-Marie de la Paix. Nous n'avons pas fait de visite guidée avec session d'histoire de l'art qui nous aurait permis de discerner toutes les couches de construction et de reconstruction. Je suis simplement resté quelques instants, là où il a prié pour prier moi aussi, avec lui.
23 octobre 2008 - Bruxelles
J'ai écrit aussi les deux billets suivants mais je ne les avais pas encore affichés. Cet après-midi, j'ai le temps de le faire depuis Bruxelles où je suis arrivé ce matin. J'ai rencontré notre confrère responsable du secrétariat européen de solidarité, un homme très disponible et efficace, avec qui nous avons échangé sur la situation de notre petit groupe du Paraguay très fragile et économiquement très dépendant. Je dois maintenant faire mes devoirs et rédiger un rapport écrit. Je prends quelques minutes pour mettre mes blogues à jour.
Lundi et mardi derniers, j'ai passé de longs moments au Généralat surtout avec Eduardo, notre correspondant. Nous avons échangé sur la réalité de notre groupe du Paraguay et essayé de poser quelques jalons de planification. Cet échange m'a fait du bien. Je vois un peu plus clair et ça me donne du courage. Lundi soir, je suis sorti avec Jim, un autre conseiller et ancien du Paraguay, il m'a invité à aller dans une autre église très appréciée de Libermann, encore dédiée à Marie, dans le fameux quartier du Trastevere. Nous aurions dû y retrouver la communauté de Sant'Egidio qui s'y réunit tous les soirs pour célébrer les vêpres. Tous les soirs sauf celui-là car ils étaient réunis dans une autre église pour un événement oecuménique. Nous avons quand même prié, puis nous sommes allés partager une pizza et avons longuement échangé. C'était comme retrouver un frère que dont j'avais su l'existence mais n'avais jamais rencontré.
La maison généralice était sans liaison internet depuis cinq jours quand je suis parti. Je ne suis même pas sûr que la panne soit réparée maintenant. Le mardi, après encore une longue conversation avec Eduardo, nous sommes allés dans la maison voisine, des religieuses comboniennes pour envoyer rapidement quelques courriers. Le soir, nous avons fait une dernière sortie dans Rome, cette fois pour célébrer deux anniversaires.
Fort heureusement, mon voyage Rome-Paris s'est déroulé sans incident. Une petite heure de retard seulement. Jean-Pierre, un ami de longue date, m'attendait à Orly. Je me suis senti tout de suite chez moi en retrouvant des morceaux d'images, des coins de rue, des façades, une certaine lumière d'automne, et surtout plusieurs confrères connus il y a déjà presque vingt ans. J'y retourne demain.
28 octobre 2008 - Retrouvailles
J'ai oublié de mentionner que mon séjour à Paris a commencé par une réunion de famille très agréable, très chaleureuse. C'était mercredi dernier, tout près de chez Michel (mon cousin), avec Céline (ma tante) en fin de vacances, et plusieurs autres.
Samedi, Denis est arrivé pour me rejoindre dans les prochains jours de pèlerinage. Lui aussi est un ami de longue date de Jean-Pierre et des Spiritains du Canada et d'ailleurs. Nous avons commencé à célébrer tout ça en rencontres, en bonnes bouffes, en taquineries, en visites. C'est bon de nous retrouver.
Paris s'est attifée d'automne. Les grosses feuilles rouilles et jaunes jonchent les trottoirs. Il pleuviotte, il fait beau, le temps fraîchit.
Dimanche matin, Gabriel, le provincial de France, m'a fait faire le tour du quartier de notre maison-mère. Nous avons visité les sites des maisons où la congrégation a commencé. D'abord deux résidences sur des rues qui n'existent plus, tout près de la Sorbonne ?et quand je dis "tout près" ça veut dire "collées dessus", avec le Collège Louis-le-Grand juste en face, l'ancienne institution des Jésuites où Poullart des Places a étudié. C'est dans ces petites rues (des Cordiers, des Poirées) que notre fondateur a commencé par loger des "pauvres écoliers" en assurant leur loyer à partir de sa propre petite rente.
Claude-François Poullart des Places a ensuite quitté sa pension du Collège Louis-le-Grand pour partager la condition de ses compagnons d'études. Le jour de la Pentecôte 1703 (27 mai), ils sont cinq à faire leur "consécration" dans l'église voisine, Saint-Etienne-des-Grès, au pied de la statue de Notre-Dame de la Bonne Délivrance. Le groupe a grandi rapidement. En 1705, ils sont déménagés sur la rue Neuve Sainte-Geneviève, maintenant rue Rollin. Jusqu'en 1709, précisément le 1er octobre, date où ils sont passés sur la rue Tournefort, avec une autre sortie sur la rue Mouffetard. Le lendemain, Claude-François mourait. Le déménagement l'a achevé, c'est le cas de le dire. Il est enterré dans la fosse commune de l'église Saint-Etienne-du-Mont. Avec Gabriel, nous avons passé sur tous ces sites.
Hier, je suis allé jusqu'à Neuilly, dans la chapelle des religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve où se trouve la statue de Notre-Dame de la bonne délivrance, sauvée des saccages de la Révolution. Avec Denis nous avons ensuite traversé Paris, presque d'ouest en est. Une bonne marche. Le soir nous sommes sortis avec Jean-Pierre jusqu'à notre maison de Chevilly où nous avons soupé avec Joseph, un ami de longue date.
Ce matin, je suis allé avec le P. Paul Grasser chez les Spiritaines, pour la messe. Je suis resté un petit moment après la célébration, avec plusieurs soeurs rencontrées à diverses étapes. Encore des retrouvailles émouvantes.