Fin d'une époque


Comment en sommes-nous arrivés là?

 

Même si la guerre civile fut une cause de désordre et de calamité dans le pays, l'Église connut un développement qui n'a pas fléchi malgré de nombreux inconvénients. En septembre 1968, le diocèse de Lokoja cède une partie de son territoire, l'Igala, pour former le nouveau diocèse d'Idah. Il y avait plusieurs années que Monseigneur Delisle, élu Préfet Apostolique de la Préfecture de Kabba en 1955, travaillait à cette division ecclésiastique.
Le fleuve Niger était un obstacle de taille et les communautés chrétiennes, se multipliant rapidement, surtout en Igala, rendaient très difficile une saine administration.


Monseigneur Léopold Grimard

Le Père Léopold Grimard, spiritain, fut nommé Préfet du nouveau diocèse. Ordonné en 1948, il exerça d'abord son ministère pastoral au collège Saint-Alexandre. Il fut tour à tour professeur, préfet de discipline, directeur du petit séminaire spiritain et supérieur du Collège.

Voulant réaliser sa vocation missionnaire il demanda de rejoindre ses confrères canadiens au Nigéria.

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Monseigneur Léopold Grimard
Préfet apostolique du diocèse d'Idah

Il y arriva en 1961. Il passa quelques temps à la Mission de Kabba pour s'initier à ce nouveau genre de vie et accepta de devenir curé de la difficile mission de Bassakomo encore au stade de fondation. Lui et son confrère durent vivre quelque temps dans une salle de classe pendant la construction d'un gîte temporaire. En arrivant au pays, le Père Grimard trouvait que le missionnaire-prêtre perdait trop de temps à surveiller la construction des "buildings", au lieu de s'occuper davantage de pastorale. Selon lui, il fallait faire exécuter les travaux par contrat: c'est ainsi que le contrat de la maison temporaire fut donné à un menuisier: la construction complétée manquait tellement de fini que même les clous mal fixés au plafond empêchaient le curé de jouir de sa sieste. Il comprit qu'il fallait une surveillance assez étroite pour avoir une construction qui respecte le niveau et le fil à plomb. Il surveilla de très près la construction de la résidence à deux étages. La lourde chaleur de Shéria demandait une bonne aération et un deuxième étage répondait bien à cette exigence.

Le Père Léopold fut d'abord nommé Supérieur du district religieux d'Oturkpo comprenant les territoires des deux diocèses de Makurdi et de Lokoja avant de devenir premier supérieur du nouveau district de Kabba. D'entente avec Monseigneur Delisle, toujours évêque du territoire Igala, il choisit la mission d'Egoumé comme résidence spiritaine et se réserva le ministère dans le village de Olafia à quelque milles de là où il y construisit une jolie petite église. Léopold voulut faire d'Égumé un centre spiritain de rassemblement et de repos; il avait même commencé la construction d'un court de tennis, son sport favori.

Le diocèse de Lokoja mit au service des Spiritains une résidence réservé au personnel du collège Saint Augustin. On la baptisa "Castel"!!!.

En 1968, le Père Léopold Grimard devint Préfet fondateur du nouveau diocèse d'Idah; son centre administratif et la résidence de l'évêque ne pouvaient pas être ailleurs qu'à Idah.

De 1968 à 1978, beaucoup de projets virent le jour et sont encore bien vivants aujourd'hui.

Toute l'attention fut donnée à un centre de pastorale avec directeur à plein temps pour continuer la coordination des activités déjà bien lancées, et en planifier de nouvelles. Le Père Fernando Côté devint le premier directeur; le Père Étienne Rivet le remplaça quand Fernando fut nommé supérieur religieux du District de Kabba, fonction qu'il exerça durant neuf ans.

Monseigneur donna à Soeur Nora McNamara, de la Congrégation du Saint-Rosaire, toute la latitude nécessaire pour lancer un projet d'aide aux fermiers et travailler à améliorer la condition sociale de la femme Igala.

Le dispensaire d'Ayangba, commencé en 1960 par les infirmières du mouvement Mundo, continua à se développer avec l'aide des Soeurs du Saint-Rosaire, surtout de Soeur Bertilla une des premières du groupe qui est toujours sur place.

Les soeurs du Saint-Esprit s'établirent dans le diocèse avec résidence à Ankpa. Elles ne perdirent pas de temps à construire un noviciat pour recevoir les jeunes filles qui voulaient s'initier à la vie religieuse et aux oeuvres de l'institut.

La promotion de la vocation sacerdotale n'a certes pas été négligée puisque plusieurs prêtres Igalas ont déjà pris les commandes de la plupart des paroisses et missions du Diocèse.

Avec l'aide de son vicaire général, le Père Pierre Bergeron, Monseigneur mit sur pied une équipe de constructeurs pour libérer les curés de ce fardeau matériel.

Le dernier projet de Monseigneur fut la construction de l'hôpital d'Ayangba qu'il ne put compléter avant son départ définitif; aujourd'hui il est terminé et porte le nom de "Grimard Memorial Hospital."

Plusieurs de ses confrères spiritains s'attendaient à ce qu'il fût promu à l'épiscopat. Il avait indiqué au Délégué Apostolique que, peut-être, il était temps qu'un évêque nigérian prenne la relève; ce fut fait en 1978 avec la nomination de Monseigneur Ephrem Obot, alors auxiliaire du Cardinal Ikandem, à Calabar.

La situation devenait difficile pour un évêque blanc. S'il était encore bien reçu par le laïcat , le clergé montrait des signes d'impatience et souhaitait un Nigérian à la tête du diocèse, c'était normal. Les séminaristes et quelques prêtres devenaient très exigeants et se livraient facilement au chantage si leurs désirs n'étaient pas comblés: "C'est que nous sommes noirs!". Pourtant Monseigneur traitait son clergé avec beaucoup d'égards.

Même si officiellement les évêques du nord du Nigéria semblaient soutenir la candidature de Monseigneur Grimard comme futur évêque d'Idah, en fait ils souhaitaient ardemment qu'un Nigérian prit la place et les candidats nigérians ne manquaient certainement pas.

La bourgeoisie d'Idah n'accepta pas la nomination du nouvel évêque nigérian. Leur opposition fut telle qu'il fallut reporter la date de la cérémonie d'intronisation. Cet incident créa un remous de réprobation dans les milieux ecclésiastiques du pays. Les journaux catholiques tels que l'"Independent" et le "Leader" traitèrent les Spiritains canadiens de racistes qui ne voulaient pas céder leur place au clergé nigérian et refusèrent de publier les articles qui tentaient d'éclaircir la situation.

En fait, les Spiritains encouragèrent les paroisses à recevoir leur nouveau pasteur qui, Nigérian, était le témoin vivant d'une Église mature qui se prend en main. Ils firent comprendre à leurs fidèles que le rôle du missionnaire en est un de passage, transitoire: lorsque une mission est accomplie, il se retire gentiment et progressivement. Dans le diocèse d'Idah, le clergé autochtone pouvait assurer le ministère paroissial.

Les esprits se calmèrent et l'intronisation du nouvel évêque devint possible; elle fut présidée par feu le cardinal Ikandem. Dans sa très longue homélie, le prélat ne manqua pas de blâmer à mots couverts l'attitude des Spiritains canadiens et de souligner qu'il était peut-être temps pour le clergé missionnaire de penser à se retirer puisque l'Église nigériane pouvait enfin former ses prêtres ... même plus, un séminaire fut fondé à Abeokuta près de Lagos, pour préparer ses prêtres d'origine nigériane désireux d'aller en Mission.

Si Monseigneur Grimard avait eu une promotion dans la hiérarchie au Nigéria ou ailleurs, il n'y aurait pas eu de difficulté; mais, on n'acceptait pas que Monseigneur reprenne son rang de simple prêtre spiritain qu'il avait avant d'être nommé Préfet Apostolique. Pour les gens, c'était une disgrâce qu'il ne méritait pas.

Monseigneur Grimard manifesta toujours une très grande sollicitude à l'égard de ses prêtres diocésains et de ses confrères spiritains. Il savait leur faire pleine confiance et les appuyer dans les moments difficiles. Un homme très aimé de tous ceux qui le rencontraient et qui laissa le souvenir d'un prêtre zélé pour l'Église d'Igala et très soucieux du progrès social du peuple.

Pour laisser le champ libre au nouvel évêque, plusieurs Spiritains plus âgés crurent bon de quitter définitivement. Ils furent remplacés par un clergé autochtone bien formé qui assure une relève encourageante. Il y a parfois des faux pas, mais qui n'en fait pas? Les jeunes prêtres du clergé local, aidés des Spiritains nigérians, sont en train de trouver leur voie d'apostolat plus adapté à leur milieu local.

Le clergé Igala est maintenant responsable des missions d'Idah, d'Ankpa, d'Ayangba et d'Akpanya. La mission d'Egumé, centre spiritain depuis 1964, connut un développement presque miraculeux depuis sa fondation par le Père Bruno Godbout, en juillet 1960. François Morency est le dernier curé spiritain. Durant son terme de 1980 à 1994, avec l'aide des Soeurs de la congrégation nigériane des "Daughters of the Divine Love" qui bâtirent leur couvent derrière le presbytère, il put consolider la pastorale du grand territoire où se sont ouverts plusieurs autres postes de brousse; François dota la Mission d'Egumé de la plus grosse église du diocèse. Voilà pourquoi la Mission et la maison des Spiritains furent tant convoitées par le clergé qui eut gain de cause en 1994. Les Spiritains se retirèrent et bâtirent une maison vraiment spiritaine à quelques milles de là, dans le village d'Okura. Ce geste de l'évêque et de son clergé montre à quel point ils apprécient les Spiritains!!!

Si la quarantaine de Spiritains canadiens des années 60 est réduite à six en 1997, le supérieur du district Ghislain Duchesne et ses cinq confrères, il faut se réjouir de constater que l'Église nigériane, surtout en pays Ibo, donne tous les ans de huit à dix prêtres spiritains à la Congrégation. Depuis quelques années,la Congrégation est toute heureuse de constater qu'il est possible d'avoir des candidats spiritains originaires des diocèses de Lokoja et d'Idah. Leur noviciat complété à Awomama, dans l'est du pays, ils reçoivent leur formation philosophique et théologique au grand séminaire d'Isienu, également en pays Ibo, ancien Biafra. La Congrégation peut continuer à épauler le clergé local des diocèses d'Idah et de Lokoja avec ses membres nigérians, sans oublier les autres pays africains qui n'ont pas encore la chance d'avoir un clergé diocésain nombreux. La moisson est encore très abondante et les ouvriers autochtones deviennent de plus en plus nombreux. Dieu a vraiment béni les diocèses de Lokoja et d'Idah.


Monseigneur Auguste Delisle

Monseigneur Delisle, de son côté, se retirait définitivement en faveur de Monseigneur Alexius Makozi, consacré évêque en 1970 et promu au siège de Lokoja en 1971.

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Monseigneur Auguste Delisle
Évêque du diocèse de Lokoja

Monseigneur Auguste connut une carrière missionnaire très respectable. Ordonné prêtre spiritain en 1931, il partit pour le Cameroun comme la plupart des Canadiens de son temps. Après 18 ans de travail là-bas, il fut muté au Nigéria.

Cette nouvelle obédience demandait beaucoup de souplesse et de courage car il laissait des missions très bien organisées pour s'embarquer dans une pastorale bien différente. Le Nigéria n'était pas le Cameroun. Il fallait se mettre à l'anglais qu' il possédait déjà très bien.

Au Nigéria, une grande partie de l'effort missionnaire était ciblée sur l'éducation selon une politique bien établie par Monseigneur Shanahan et suivie très fidèlement par tous les diocèses. Le Père Auguste s'adapta très bien dans un pays où il fallait construire des écoles surtout; il adorait ce genre d'apostolat

Dès son arrivée au Nigéria, ses confrères voyaient en lui le futur Préfet ou évêque du diocèse de Lokoja et ils avaient pensé juste car, en 1955, il fut nommé Préfet de la Préfecture de Kabba, nom de la province que couvrait le territoire ecclésiastique qui devint diocèse de Lokoja en 1964. Monseigneur Delisle reçut la consécration épiscopale à la cathédrale de Hull, le 24 août, 1964, des mains du Délégué Apostolique au Canada, Monseigneur Sergio Pignodelli, qui occupait la même fonction au Nigéria avant d'être nommé au pays. Il connaissait bien ce ministère puisqu'il avait consacré presque tous les évêques nigérians, prenant bien garde de partager cet honneur avec ses frères évêques du pays. Les deux évêques co-consécrateurs furent Monseigneur Charbonneau, évêque de Hull, et l'auxiliaire d'Ottawa, ancien étudiant du collège Saint-Alexandre, Monseigneur Windle qui deviendra évêque le 15 février 1971 du diocèse de Pembrooke, en Ontario.

Des administrateurs anglais avaient laissé entendre au nouveau Préfet Apostolique, Monseigneur Auguste, qu'il avait à peine dix ans pour mettre sur pied son plan éducationnel. Il comprit le message et c'est toujours avec grande confiance en la Providence qu'il lança ses nombreux projets menés à terme malgré des périodes parfois très difficiles à traverser. Il savait toujours surmonter les contraintes financières pour rebondir avec un nouveau développement.

Les réalisations furent nombreuses: aux paroisses déjà existantes, il ajouta Égumé, Odomomoh, Shéria et Imani, en Igala et Isanlu, Ossisi, Koton Karifi dans Lokoja. De plus, il présida à la fondation de l'École Normale d'Ayangba, du collège secondaire de Saint-Pierre à Idah et du petit séminaire Saint Clément à Akpanya, du côté Igala; des collèges Saint-Augustin et Sainte Monique à Kabba; d'un collège à Ponyan, du collège Saint Kizito à Isanlu et du collège Youville pour filles d'Egbe du côté de Lokoja ; et ce, sans compter les douzaines d'écoles primaires dans les paroisses des deux côtés du fleuve.

Il lança les dispensaires d'Ayangba et de Kabba et les quatre hôpitaux de Kabba, Okene, Isanlu et Koton Karifi...ainsi qu'un poulailler à Lokoja qui, parce que seule oeuve du genreseul, fut un désastre!!! Il fut un évêque missionnaire du type Monseigneur Augouard, renommé au Congo français pour sa dynamique missionnaire et son zèle intempestif. Comme lui, Monseigneur Delisle n'avait qu'une ambition: le développement des institutions de l'Église le plus rapidement possible par tous les moyens nobles tandis qu'il était encore temps, parfois au détriment de ses confrères qui n'arrivaient pas toujours à le suivre. Il leur donnait des responsabilités et savait faire confiance à qui les assumait, sinon, il était très porté à les "organiser". On reconnaissait en Monseigneur Delisle un homme d'une grande foi en la Providence et d'une envergure intellectuelle remarquable qui lui permit de voir juste et grand .Il n'était jamais dépourvu d'idée pour solutionner la plupart des problèmes; et comme il le disait souvent; "C'est une question d'organisation". Il fut un homme admirable qui a été pour l'Église naissante du diocèse de Lokoja et d'Idah l'évêque de l'heure, l'envoyé de la Providence.

Après sa démission comme évêque de Lokoja en 1971, il se retira à la Mission d'Okene où il fut curé durant quelques années, se gardant bien de s'immiscer dans l'administration de son successeur. Il quitta le Nigéria pour de bon en 1977. Il a aimé son apostolat mais il n'a jamais oublié son cher Cameroun. Au Canada, ses études de la langue espagnole lui permirent de travailler au Chili. Il fut curé de la paroisse de Chacao sur l'île de Chiloé pendant 12 années, de 1979 à 1991.

Pour conclure, voici une chanson qu'écrivait le Père Rhéaume Saint-Louis sur l'air de "La Manic" de Georges d'Or, elle peint avec beaucoup d'humour la vie de ses confrères spiritains en Igala:

1. Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala.
Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala, là-bas!
Oh! vous venez de temps en temps
En avez-vous pour votre argent, en Igala?
Vous en repartez bien contents,
Mais d'y rester, c'est différent, en Igala...a!

2. Y'a d'la laveuse, c'est effrayant, en Igala!
Y'a d'la poussière, c'est écoeurant, en Igala, là-bas
Certes, on n'voyage pas très souvent
Pour nous, c'est trop loin, Ibadan, en Igala!
Et ce ferry déconcertant !
Mon Dieu, quelle perte de temps, en Igala...a!

3. Pour c'qui est du beurre et des patates, en Igala
C'est aussi rare que "d'la marde de Pape"(ou du lait d'vache) en Igala, là-bas
De riz, d'ignames on se nourrit
Quand y'a d'la bière, ça suffit, en Igala,
Mais qu'elle vienne à manquer, l'ami
Alors on entend des haut cris, en Igala...a!

4. On s'habitue à la misère, en Igala
On s'habitue même aux confrères, en Igala, là-bas
Y'a des missions hospitalières
Y'en a d'autres qui ont d'autres choses à faire, en Igala
Qui qu'vous soyez, laïcs ou Pères
Vous y trouverez un repaire, en Igala...a!

5. On dit que la première vertu, en Igala
C'est la patience, bien entendu! en Igala, là-bas!
Moi, j'dirai plutôt qu'c'est la foi,
La foi toujours, toujours la foi, en Igala
La foi de croire sans trop bien voir
Que not'présence est bonne aux Noirs, en Igala...a!

6. A vivre pauvre, on devient riche, en Igala
Imaginez tous nos mérites, en Igala, là-bas!
On vit tous comme des vieux garçons
Pas de féminines consolations ! en Igala
Ça c'est normal, comme de raison
Disons qu'on en dit pas plus long...en Igala...a!

7. Ne soyez pas scandalisés, en Igala
Si par hasard, vous entendiez, en Igala, là-bas
"Mon char", "ma mission", "mon lorry",
"Mon collège","mes filles bien-aimées", en Igala"
"Ma piscine" est organisée...
Ça c'est à moé, pis ça, c'ta toé, en Igala...a!

8. Si vous venez nous visiter, en Igala
Venez le soir, prenez pitié, en Igala, là-bas!
Moins de saleté vous verrez
Y'en aura bien toujours assez, en Igala"!
Et si vous êtes impressionnés,
Mon Dieu, tâchez de l'publier, en Igala...a!

9. Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala
Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala, là-bas
Vous viendriez p't'être plus souvent
Nous consoler dans nos tourments, en Igala!
Car vot'présence est un onguent,
Un baume sur nos coeurs lan-guis-sants...en Igala...a


Conclusion

Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala!
Si vous saviez ce qu'est la vie
En Igala, là-bas.

Texte écrit à Pâques 1968

Le Père Claude Van Nieuwenhove, alors curé d'Egumé, avait fait aménager une baignade le long de la rivière Anambra, à 4 milles de la Mission, avec petit quai pour accommoder les baigneurs. Il se faisait un plaisir d'y amener ses visiteurs surtout quand il faisait bien chaud.

Rhéaume composa une autre chanson qui décrivait les nombreux voyages du Père Fernand Pilon qui arriva au Nigéria en 1948. Fernand fonda la mission d'Akpanya avec Benoît Audet et plus tard il fut muté à Kabba pour la construction de l'hôpital et des écoles secondaires tout en étant curé de la paroisse. Il revint en Igala comme professeur au collège Saint-Pierre d'Idah et principal du collège Saint Charles d'Ankpa pour un temps, Il fut directeur-fondateur du petit séminaire d'Akpanya et termina son apostolat à Ayangba en amorçant la construction de l'hôpital. Il avait à voyager souvent à Ibadan et faisait les courses d'un peu tout le monde pour rendre service. Ibadan, dans l'Ouest du pays, est la métropole nigériane qui comptait plus d'un million d'habitants déjà en 1954. Fernand est décédé à Montréal le 2 avril 1996 à l'âge de 75 ans.

Ibadan

(Musique:"Qu'on est bien dans les bras.." de Guy Béart.

1. Qu'il fait bon d's'en aller vers la grand'Ibadan.
Qu'il fait bon d's'en aller là!
Qu'il fit bon d'oublier les palabres dont je suis écoeuré
Qu'il fait bon d'oublier ça !
À Kabba y'a le vicaire, faut qu'y apprenne à se débrouiller
J'ai mis quat' "pounds" en caisse
Sur la bière c'est autant d'épargné

2. Qu'il fait bon de rentrer dans un monde où y'a pas de party
Qu'il fait bon de rentrer là !
Pas de fondue, pas de cury, d'ailleurs je n'étais invité
Qu'il fait bon d'oublier ça!
L'shopping c'est une fête: Leventis, Adonis, Kingsway
Bookshop où j'ai des dettes"Never mind, after all," c'est funny"!

3. Trois journées pour Chartier, rien qu'un avant-midi pour moé
Y'a moyen d'dépenser ça
Y'a tant de choses à acheter, et Kabba est tellement éloigné
Et l'argent, c'est fait pour ça !
Voyez ces étalages, c'est quasiment comme Eaton chez nous.
J'vous dis ça me rend malade dee n'pas pouvoir emporter le tout..!

4. Qu'il fait bon en soirée au théâtre doucement s'encanter
Qu'il fait bon de goûter ça !
Ou la télé regarder, chez les Pères pas question de payer
Qu'il fait bon de rester là !
La mission d'Kabba veille, moé j'suis ben dans mon lit couché
Surtout quelle merveille..D'main matin pas de moteur à lancer !

5. Qu'il fait bon de penser qu'on n'a rien de spécial à penser
Qu'il fait bon de penser ça !
Qu'il fait bon d's'éveiller sans cadran pour vous faire sursauter
Qu'il fait bon d's'éveiller là !
Après dix jours de fête, faut penser à s'en retourner
Dommage car ma pauv'tête commençait à se remplumer...

6. Ibadan, Ibadan, Ibadan, oh ma ville adorée
Ibadan, je reviendrai..
Y'a tant de choses à acheter, y'a le lorry à faire réviser
Ibadan, je reviendrai..
Ibadan, ça finit...là! Kabba, Pâques 1963.


Un retour

Après 23 ans d'absence, Le Père André Vigneault, ouvrier de la première heure eut la chance de revoir son champ d'apostolat en 1975. Depuis son retour au Canada, il est responsable de la prédication missionnaire et des vocations. André était accompagné d'un autre vétéran, Henri de Carufel. Le récit de son voyage avec ses commentaires amusants publiés dans la revue Mission-Air nous révèle tout son étonnement devant tant de chemin parcouru et tant de réalisations à tout point de vue, depuis 1952.

En voici quelques extraits:

"Lagos...les formalités à l'aéroport se font assez rondement, pendant que nous parvenons à évincer la nuée de "porteurs" qui se disputent le travail de trimbaler nos valises. Petit déjeuner à l'hôtel attenant pendant lequel je m'absente un moment pour faire tomber les sous-vêtements d'hiver; je regarde ma montre: 5 h 25. Notre prochain avion est à 8 heures, nous approchons du but. Naïfs que nous sommes! De retour à l'aéroport, section domestique cette fois, nous assistons au tohu-bohu le plus indescriptible qu'il m'est donné de voir. Dans une pièce relativement exiguë, une foule de voyageurs anxieux de monter à bord. Ça crie, ça se bouscule, ça se chevauche...et le comptoir qui est encore à 5 mètres.. Qu'à cela ne tienne: je fonce dans la promiscuité pendant qu'Henri, de la rondeur de ses 120 kilos protège nos impedimenta. Quelques dizaines de coups de coude et de coups de hanche après, j'arrive..et je m'agrippe d'une main pendant que de l'autre, je brandis nos "titres de transport" comme disent les Français! Mais "brandis....brandis pas" la préposée (belle fille au demeurant, habillée en jaune) a bien d'autres soucis. À force d'agiter nos billets en éventail, je finis par attirer son attention: elle consulte sa liste et me fait: "Your name is not on the manifest" "Mais enfin, mademoiselle, notre voyage est confirmé depuis un mois". Elle rejette un coup d'oeil sur son papier: "Your name is not on the manifest" "Mais n'y aurait-il pas moyen..." Cette fois sans rien consulter, mais en répondant à un autre client: "Your name is not on the manifest"! Et tout ça, ça prend du temps...des moteurs grondent...un avion lève! Thank you! "Et maintenant, qu'allons-nous faire...maintenant que tu es parti!!!? Le prochain départ: demain. Et qui nous dit que ce ne sera pas la même cérémonie? Alors, autour d'un café en compagnie d'un Écossais qui est dans la même situation que nous, la décision est prise de continuer le voyage...en taxi: 649 km, un détail...et un problème que de trouver le fameux taxi qui nous mènera à destination sans nous ruiner. Nous nous rendons au centre-ville, (ballade d'une heure) et là, au Motor Park (lisez: terminus des véhicules de transport) nous finissons par nous entendre sur un prix raisonnable, au milieu d'un enfer de klaxon et sous un soleil qui a,depuis belle lurette, vaincu les nuages du matin. À midi, nous nous ébranlons sur une route qui tantôt, ressemble à l'auto route des Laurentides, tantôt devient beaucoup plus modeste en largeur et en qualité. Mais notre chauffeur est adroit, la voiture est bonne: nous sommes en sécurité. À 11 heures, du haut de la montagne, nous finissons par voir les lumières de la ville: ENUGU et devant l'hôtel présidentiel, après avoir pris congé de notre compagnons écossais, nous n'avons pas de plus grande hâte que celle de rejoindre notre chambre et dormir".


Ankpa

"Nous ne sommes plus qu'à 160 km de notre destination, ce qui nous donne, ce matin, le courage de retourner au Motor Park et de nous louer un kit-car, qui malgré son âge, nous mène à Ankpa sur une route abominable: un étroit ruban d'asphalte plein de nids de poule et duquel il faut descendre de quelques quinze centimètres chaque fois qu'il y a rencontre. Je remercie Henri d'être au centre de la banquette: ça stabilise!!! Quatre heures comme ça et enfin, nous y sommes: Ankpa, où jadis, il y a 23 ans, j'avais terminé mon séjour en Afrique. Je n'ai pas assez de mes yeux...qui reconnaissent fort peu de choses, si bien que je suis obligé de demander le chemin de la résidence, bordé qu'il est devenu de toutes sortes de maisons qui le rende ni plus ni moins comme une autre rue de la ville...mais bien lui, car tout là-bas, je reconnais le carré de l'habitation. Il n'est pas de pire heure que celle du début de l'après-midi pour arriver chez quelqu'un en Afrique. La chape de plomb qui tombe sur les têtes invite à la sieste qu'il ne serait pas médical du tout de ne point faire. Le bruit du moteur qui s'arrête et celui de nos exclamations tirent François de la sieste et il nous apparaît, les reins ceints d'une immense serviette et le visage, d'un non moins grand sourire: "Welcome! nous vous attendions! Comme il est doux à mes oreilles ce "welcome" mille fois répété au cours de mon voyage.

Les premières larmes de joie séchées, on nous montre nos chambres, proprettes et spacieuses avec lavabo et douche! Ça alors! C'est le temps du rafraîchissement externe après lequel, on procède à l'autre, celui du gosier...car rien n'est plus mortel ici que la déshydratation!! Jacques et Ghislain arrivent, c'est le "Quam bonum" dans une salle à manger tellement plus vaste qu'autrefois, elle comprenait en plus de deux chambres, l'oratoire: signe de l'ouverture des temps!

Nous profitons ensuite du soleil qui baisse pour faire le tour des environs. Que de bâtiments!, une aile ici, des chambres, une aile là, des bureaux, une autre encore, la cuisine, sans compter les locaux scolaires qui entourent le "compound" mais qui malheureusement rétrécissent l'horizon. Il n'y a véritablement que l'église et le vieux manguier à m'être familiers. Toutes ces améliorations ne sont que matérielles, bien sûr, mais ce sont celles qui me frappent d'abord et je me dis tout de suite que je vais en apprendre bien d'autres au fur et à mesure que se déroulera mon voyage.

Mais la nuit est venue. J'entends un teuf-teuf-teuf, celui du moteur diesel et voilà que la lumière se fait partout. Je regarde Henri, Henri me regarde et je suis sûr que tous deux, nous pensons à la même chose, nous pensons au temps de jadis où à tour de rôle, nous pompions la "tilley lamp" pour lui redonner une certaine intensité...quand ce n'était pas tout simplement la mèche du fanal que nous remontions!. Après le repas du soir, on veille sur la terrasse d'où il fait si bon voir les étoiles et entendre de loin tam-tams et cantilènes. Puis, dans ma chambre je me couche sur un lit sans moustiquaire parce que maintenant, portes et fenêtres étant soigneusement grillagées, il n'est plus besoin de s'emprisonner dans un filet qui, la plupart du temps, dégageait une odeur de moisi. On en apprend des choses, en 25 ans. Des 12 jours que je passe à Ankpa, je retiens l'immense travail de ceux qui, à tour de rôle, nous ont remplacés, le souci de ceux qui sont actuellement présents d'être à l'écoute des différentes communautés locales et ça, au prix de déplacements nombreux (sur trois il y en a toujours deux de partis) et cette part qu'ont commencé à prendre les gens dans leur développement et leur évangélisation".


Ayangba

"C'était un petit village avec une petite école le long de la route rouge! C'est maintenant une ville, une vraie, avec tout ce que cela peut comporter de bourdonnement, d'activités, de développement. Il y a même un rond-point et tournent, tournent camions, voitures et bicyclettes.

La minuscule Morris de Fernando venu nous chercher à Ankpa (45 km) nous dépose devant un imposant bâtiment en longueur devant lequel nous accueillent Jean-Claude avec une exubérance toute charismatique et le Frère Elzéar Soucy, une simplicité, qui tout de suite nous donnent le goût de la communication.

Depuis le temps que j'entends parler d'Ayangba...eh bien! je vois! je vois un hôpital reluisant de propreté (ce qui est remarquable) avec un personnel de religieuses et de laïcs tout à fait spécialisé; je vois un collège dont les classes, les dortoirs et les réfectoires sont joliment disposés dans la verdure, un dispensaire et une maternité d'où nous viennent de temps à autre les échos de la vie qui commence; je vois les jolies petites maisons des coopérants, l'église aux dimensions modestes mais aux murs ajourés, le Centre de Pastorale, les salles de réunions, l'atelier du visuel, bref tout une kyrielle de moyens qui me font dire: "ça doit bouger ici"... effectivement, ça bouge. Ça bouge et tout le monde fait bouger. Il n'est plus tellement question de curé, de Father-in-Charge, de supérieur mais chacun met la main à la roue et ça tourne.

Une surprise marque mon séjour à Ayangba. Au sortir d'une messe, un mercredi de février, un monsieur que j'avais entrevu à l'église s'approche: il est d'un certain âge et d'une distinction certaine. "Bonsoir Père Vigneault". Pendant que ma mémoire travaille le plus vite possible pour avoir l'air intelligent, on me le présente: "M. le juge Anthony Abah". Anthony!...le professeur du petit village dans la petite école, le long de la route rouge!".


Égoumé

"À quelques kilomètres d'Ayangba, de chaque côté de la route asphaltée, s'alignent des maisons proprettes où vivent des gens qui s'organisent. Et au bout du village, la Mission d'Egumé. Je n'avais rien vu de si beau: un immense parc de palmiers au milieu desquels se dresse une église sans mur: rien que des piliers..ce qui donne, en arrivant, une impression de fraîcheur et de liberté.

Un véritable écrin. Et dans l'écrin une perle: Bruno Godbout: pasteur, journaliste, catéchète, supérieur religieux, mécanicien, ancien maître de novices, gastronome...à ses heures (celles de ses visites) et j'en passe. Mais en arrivant ce sont les pieds du mécanicien que j'aperçois sous son camion-citerne. C'est dimanche, mais quand même, demain, il faudra continuer la distribution d'eau aux villageois et les réparations ne peuvent pas attendre. La main est donc un peu huileuse qui vient serrer la mienne, ce qui n'enlève rien à la chaleur de l'accueil: c'est du vrai, de l'authentique. Dans la conversation qui suit au grand salon (une immense pièce sobre, amicale...et un peu poussiéreuse!!!) Je le sens intensément engagé au milieu de sa population qu'il invective volontiers et qu'il aime profondément".


Odomomoh

"Odomomoh est un endroit bien particulier: un immense terrain piqué d'habitations, d'écoles, d'un dispensaire sur le bord du lac, une bande de terre cultivée longeant le fleuve Niger. Et tout ça devient Venise à la saison des pluies!!!. "J'ai fleuri ma pirogue, nids discrets de nos émois"...comme disait la chanson. Mais pour avoir les pieds dans l'eau, il faut d'abord les voir à terre et c'est justement le portrait de Denis Guertin qui se mouille là depuis 15 ans. Il ne suffit pas que le message de l'Évangile soit crédible en soi, il faut que le Messager le soit aussi. Et pour l'être, il doit coller à la vérité quotidienne de ses gens, avec au coeur l'espérance (cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout) que la vérité de l'homme et celle de Dieu arrivent à se fusionner par la puissance de l'Esprit.

Parmi les nombreux projets de Denis, par lesquels il s'est ancré au coeur de sa population, il en est un, actuellement en cours, qu'il m'invite à visiter. C'est à Aya et c'est un projet d'eau: 4 kilomètres d'Odomomoh, un gros village. C'est dans la fraîcheur du matin que nous nous ébranlons à bicyclette. Denis devant, Bruno ensuite et..grand-papa, (car ils m'appellent grand-papa, même si nous n'avons que huit ans de différence, mais ça les amuse tellement.) Et grand-papa tient le coup: bon sens de l'équilibre et de la direction, pied solide sur la pédale et coeur rajeuni surtout à la vue du sentier d'autrefois, de la peau verte du marais, des insectes patineurs, du tronc noueux qui fait faire un détour, de la fougère qui dégoutte de rosée; coeur rajeuni à la senteur des branches brûlées et de la fraîcheur du sol qui essaie encore, à cette heure de la journée, de se défendre contre le gros soleil qui monte...

Une grande tranchée avec des tuyaux non encore reliés les uns aux autres et à chaque bout, deux immenses réservoirs en béton armé munis de pompes qui tireront l'eau de la rivière et la feront venir jusqu'au village, un bon kilomètre et demi, c'est ça le projet. C'est déjà beaucoup de voir où il en est rendu, mais quand on pense à tout ce que ça représente de travail, de démarches, de demandes d'octrois, de palabres, d'incitations renouvelées à mettre la main à la pâte, on n'est pas surpris de la place que Denis tient dans la région à cause de son intérêt au mieux-être de tous. Et à différents endroits du village, il y a sept robinets, déjà installés, qui attendent de faire des heureux. C'est pour dans un mois. Il y aura fête, alors, à Aya: la fête de l'Eau".


Idah

"C'est le siège de la Préfecture Apostolique avec Mgr. Grimard comme titulaire et Pierre Bergeron comme vicaire général et c'est dans leur maison que je séjourne tout le temps que je passe à Idah. De la ville d'Idah, je ne reconnais que la vieille maison des Pères, habitée maintenant par un Principal d'école. Tout le reste pour moi est du nouveau sauf la rue des manguiers; mais les manguiers, on est en train de les couper tous, pour que l'électricité passe: l'écologie en prend pour son grade: c'est la rançon du progrès.

Je suis très à l'aise avec Mgr. Grimard, Léopold pour les amis; n'avons-nous pas fait notre noviciat ensemble et ramassé des haricots? C'est l'homme de la nuance, Il dit une phrase...et sa deuxième vient corriger ce que la première pourrait avoir de trop absolu. Une chose est certaine, c'est que pareille souplesse et ouverture sont très précieuses dans une recherche commune de ce qu'il pourrait y avoir de mieux pour la population. C'est d'elle, surtout qu'il me parle dans son bureau ou sur le gazon... cette population qu'ils accompagnent tous sans trop savoir pour combien d'années encore. En attendant, il y a les fermiers, les malades, la jeunesse, les vocations, les groupes de prière, l'oecuménisme, l'intérêt des Québécois pour ce qu'ils font, les relations à entretenir avec les parents et les amis, et surtout, sous-jacente à tout cela, la véritable Évangélisation et la préoccupation de préparer tout le monde à prendre en main sa propre destinée. Nous faisons le tour de la ville ensemble et même qu'un soir, il m'offre une grande ballade sur le Niger dans son bateau moteur, à l'heure où, avec élégance, le piroguier lance son filet, comme autrefois, le pêcheur de Tibériade".


Kabba

"Kabba, c'est une ville, ou si vous aimez mieux, un énorme village. Collège, couvent, hôpital, dispensaires, hôtels, casernes, école d'agriculture, magasins, lieux de différents cultes, centre de pastorale, bibliothèque... que sais-je encore ? Et la Mission, très grand presbytère relié directement à l'église, prend à elle seule un immense morceau du terrain. Il faut dire que l'église, c'est plutôt une cathédrale avec ses 1,500 places assises et son transept capable de soutenir la comparaison avec ce que nous avons de mieux, au Québec, à ce propos.

Il y a des haies, il y a des fleurs tout autour et même un patio d'où, aux heures de cours, nous entendons épeler les élèves du primaire d'à côté. Mais ça, après tout ce sont les lieux... il faut rencontrer l'animateur de l'endroit: Rhéaume Saint-Louis... Fada Sainte-Lousse comme disent les paroissiens, incapables de prononcer ce nom.

Dans la quarantaine pas avancée, avec de l'entregent et du chic dans l'allure, Rhéaume est à l'aise avec tous, résidents et visiteurs. Son équilibre lui permet de passer des choses sérieuses à la gaudriole avec une facilité incroyable. Personne ne s'ennuie avec lui et la responsabilité qui est sienne ne ressemble en rien à un récipient trop plein qu'il transporterait sur sa tête. Je dirais qu'il est engagé...dégagé!!! Et c'est bien précieux à un endroit où, à côté de la première Évangélisation, il faut aussi s'adonner à une pastorale d'entretien qu'exige une chrétienté dont une partie est ancrée dans la Tradition. C'est bien précieux pour les contacts à avoir avec des gens de toutes confessions et de toutes nationalités, et Dieu sait si, à Kabba, il en passe. ...c'est ainsi que je rencontre Monseigneur Delisle à Okene, jeune de tous ses projets de constructions. Il faut voir son futur centre de rencontres pour catéchistes, son immense salle de conférence et d'exposition, pour réaliser qu'il ne vit pas dans le passé

Il y a aussi Guy Malette perché sur son Cap-Diamant, à Ossisi, dans "une manière de chalet" d'où la vue est magnifique. Mais il n'est pas souvent là, pris qu'il est par son enseignement et surtout par son atelier de tissage où une trentaine de jeunes filles fabriquent les plus jolies choses".

Noir


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Peter Ujah, Clement Onogu, Simeon Adejo,
Dominic Adama, Bishop Obot, Barnabas offer,
Mathias Ayiaba, John Iyere, Joseph Abah

 

Sur Blanc


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3e rangée:
B. Godbout, R. Roberge, A. Larose, H. Thibeault, B. Audet
2e rangée: C. E. Nicole, M. Delisle, L. Bélec
G. Bouthillette, U. Pellerin, F. Pilon, H. Léonard, P. E. Champagne
Assis: R. Thériault, R. Duxbury (Sup. religieux), Mgr A. Delisle, E. MacKay, J.C. Roy

 


Comment en sommes-nous arrivés là?

 

Même si la guerre civile fut une cause de désordre et de calamité dans le pays, l'Église connut un développement qui n'a pas fléchi malgré de nombreux inconvénients. En septembre 1968, le diocèse de Lokoja cède une partie de son territoire, l'Igala, pour former le nouveau diocèse d'Idah. Il y avait plusieurs années que Monseigneur Delisle, élu Préfet Apostolique de la Préfecture de Kabba en 1955, travaillait à cette division ecclésiastique.
Le fleuve Niger était un obstacle de taille et les communautés chrétiennes, se multipliant rapidement, surtout en Igala, rendaient très difficile une saine administration.


Monseigneur Léopold Grimard

Le Père Léopold Grimard, spiritain, fut nommé Préfet du nouveau diocèse. Ordonné en 1948, il exerça d'abord son ministère pastoral au collège Saint-Alexandre. Il fut tour à tour professeur, préfet de discipline, directeur du petit séminaire spiritain et supérieur du Collège.

Voulant réaliser sa vocation missionnaire il demanda de rejoindre ses confrères canadiens au Nigéria.

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Monseigneur Léopold Grimard
Préfet apostolique du diocèse d'Idah

Il y arriva en 1961. Il passa quelques temps à la Mission de Kabba pour s'initier à ce nouveau genre de vie et accepta de devenir curé de la difficile mission de Bassakomo encore au stade de fondation. Lui et son confrère durent vivre quelque temps dans une salle de classe pendant la construction d'un gîte temporaire. En arrivant au pays, le Père Grimard trouvait que le missionnaire-prêtre perdait trop de temps à surveiller la construction des "buildings", au lieu de s'occuper davantage de pastorale. Selon lui, il fallait faire exécuter les travaux par contrat: c'est ainsi que le contrat de la maison temporaire fut donné à un menuisier: la construction complétée manquait tellement de fini que même les clous mal fixés au plafond empêchaient le curé de jouir de sa sieste. Il comprit qu'il fallait une surveillance assez étroite pour avoir une construction qui respecte le niveau et le fil à plomb. Il surveilla de très près la construction de la résidence à deux étages. La lourde chaleur de Shéria demandait une bonne aération et un deuxième étage répondait bien à cette exigence.

Le Père Léopold fut d'abord nommé Supérieur du district religieux d'Oturkpo comprenant les territoires des deux diocèses de Makurdi et de Lokoja avant de devenir premier supérieur du nouveau district de Kabba. D'entente avec Monseigneur Delisle, toujours évêque du territoire Igala, il choisit la mission d'Egoumé comme résidence spiritaine et se réserva le ministère dans le village de Olafia à quelque milles de là où il y construisit une jolie petite église. Léopold voulut faire d'Égumé un centre spiritain de rassemblement et de repos; il avait même commencé la construction d'un court de tennis, son sport favori.

Le diocèse de Lokoja mit au service des Spiritains une résidence réservé au personnel du collège Saint Augustin. On la baptisa "Castel"!!!.

En 1968, le Père Léopold Grimard devint Préfet fondateur du nouveau diocèse d'Idah; son centre administratif et la résidence de l'évêque ne pouvaient pas être ailleurs qu'à Idah.

De 1968 à 1978, beaucoup de projets virent le jour et sont encore bien vivants aujourd'hui.

Toute l'attention fut donnée à un centre de pastorale avec directeur à plein temps pour continuer la coordination des activités déjà bien lancées, et en planifier de nouvelles. Le Père Fernando Côté devint le premier directeur; le Père Étienne Rivet le remplaça quand Fernando fut nommé supérieur religieux du District de Kabba, fonction qu'il exerça durant neuf ans.

Monseigneur donna à Soeur Nora McNamara, de la Congrégation du Saint-Rosaire, toute la latitude nécessaire pour lancer un projet d'aide aux fermiers et travailler à améliorer la condition sociale de la femme Igala.

Le dispensaire d'Ayangba, commencé en 1960 par les infirmières du mouvement Mundo, continua à se développer avec l'aide des Soeurs du Saint-Rosaire, surtout de Soeur Bertilla une des premières du groupe qui est toujours sur place.

Les soeurs du Saint-Esprit s'établirent dans le diocèse avec résidence à Ankpa. Elles ne perdirent pas de temps à construire un noviciat pour recevoir les jeunes filles qui voulaient s'initier à la vie religieuse et aux oeuvres de l'institut.

La promotion de la vocation sacerdotale n'a certes pas été négligée puisque plusieurs prêtres Igalas ont déjà pris les commandes de la plupart des paroisses et missions du Diocèse.

Avec l'aide de son vicaire général, le Père Pierre Bergeron, Monseigneur mit sur pied une équipe de constructeurs pour libérer les curés de ce fardeau matériel.

Le dernier projet de Monseigneur fut la construction de l'hôpital d'Ayangba qu'il ne put compléter avant son départ définitif; aujourd'hui il est terminé et porte le nom de "Grimard Memorial Hospital."

Plusieurs de ses confrères spiritains s'attendaient à ce qu'il fût promu à l'épiscopat. Il avait indiqué au Délégué Apostolique que, peut-être, il était temps qu'un évêque nigérian prenne la relève; ce fut fait en 1978 avec la nomination de Monseigneur Ephrem Obot, alors auxiliaire du Cardinal Ikandem, à Calabar.

La situation devenait difficile pour un évêque blanc. S'il était encore bien reçu par le laïcat , le clergé montrait des signes d'impatience et souhaitait un Nigérian à la tête du diocèse, c'était normal. Les séminaristes et quelques prêtres devenaient très exigeants et se livraient facilement au chantage si leurs désirs n'étaient pas comblés: "C'est que nous sommes noirs!". Pourtant Monseigneur traitait son clergé avec beaucoup d'égards.

Même si officiellement les évêques du nord du Nigéria semblaient soutenir la candidature de Monseigneur Grimard comme futur évêque d'Idah, en fait ils souhaitaient ardemment qu'un Nigérian prit la place et les candidats nigérians ne manquaient certainement pas.

La bourgeoisie d'Idah n'accepta pas la nomination du nouvel évêque nigérian. Leur opposition fut telle qu'il fallut reporter la date de la cérémonie d'intronisation. Cet incident créa un remous de réprobation dans les milieux ecclésiastiques du pays. Les journaux catholiques tels que l'"Independent" et le "Leader" traitèrent les Spiritains canadiens de racistes qui ne voulaient pas céder leur place au clergé nigérian et refusèrent de publier les articles qui tentaient d'éclaircir la situation.

En fait, les Spiritains encouragèrent les paroisses à recevoir leur nouveau pasteur qui, Nigérian, était le témoin vivant d'une Église mature qui se prend en main. Ils firent comprendre à leurs fidèles que le rôle du missionnaire en est un de passage, transitoire: lorsque une mission est accomplie, il se retire gentiment et progressivement. Dans le diocèse d'Idah, le clergé autochtone pouvait assurer le ministère paroissial.

Les esprits se calmèrent et l'intronisation du nouvel évêque devint possible; elle fut présidée par feu le cardinal Ikandem. Dans sa très longue homélie, le prélat ne manqua pas de blâmer à mots couverts l'attitude des Spiritains canadiens et de souligner qu'il était peut-être temps pour le clergé missionnaire de penser à se retirer puisque l'Église nigériane pouvait enfin former ses prêtres ... même plus, un séminaire fut fondé à Abeokuta près de Lagos, pour préparer ses prêtres d'origine nigériane désireux d'aller en Mission.

Si Monseigneur Grimard avait eu une promotion dans la hiérarchie au Nigéria ou ailleurs, il n'y aurait pas eu de difficulté; mais, on n'acceptait pas que Monseigneur reprenne son rang de simple prêtre spiritain qu'il avait avant d'être nommé Préfet Apostolique. Pour les gens, c'était une disgrâce qu'il ne méritait pas.

Monseigneur Grimard manifesta toujours une très grande sollicitude à l'égard de ses prêtres diocésains et de ses confrères spiritains. Il savait leur faire pleine confiance et les appuyer dans les moments difficiles. Un homme très aimé de tous ceux qui le rencontraient et qui laissa le souvenir d'un prêtre zélé pour l'Église d'Igala et très soucieux du progrès social du peuple.

Pour laisser le champ libre au nouvel évêque, plusieurs Spiritains plus âgés crurent bon de quitter définitivement. Ils furent remplacés par un clergé autochtone bien formé qui assure une relève encourageante. Il y a parfois des faux pas, mais qui n'en fait pas? Les jeunes prêtres du clergé local, aidés des Spiritains nigérians, sont en train de trouver leur voie d'apostolat plus adapté à leur milieu local.

Le clergé Igala est maintenant responsable des missions d'Idah, d'Ankpa, d'Ayangba et d'Akpanya. La mission d'Egumé, centre spiritain depuis 1964, connut un développement presque miraculeux depuis sa fondation par le Père Bruno Godbout, en juillet 1960. François Morency est le dernier curé spiritain. Durant son terme de 1980 à 1994, avec l'aide des Soeurs de la congrégation nigériane des "Daughters of the Divine Love" qui bâtirent leur couvent derrière le presbytère, il put consolider la pastorale du grand territoire où se sont ouverts plusieurs autres postes de brousse; François dota la Mission d'Egumé de la plus grosse église du diocèse. Voilà pourquoi la Mission et la maison des Spiritains furent tant convoitées par le clergé qui eut gain de cause en 1994. Les Spiritains se retirèrent et bâtirent une maison vraiment spiritaine à quelques milles de là, dans le village d'Okura. Ce geste de l'évêque et de son clergé montre à quel point ils apprécient les Spiritains!!!

Si la quarantaine de Spiritains canadiens des années 60 est réduite à six en 1997, le supérieur du district Ghislain Duchesne et ses cinq confrères, il faut se réjouir de constater que l'Église nigériane, surtout en pays Ibo, donne tous les ans de huit à dix prêtres spiritains à la Congrégation. Depuis quelques années,la Congrégation est toute heureuse de constater qu'il est possible d'avoir des candidats spiritains originaires des diocèses de Lokoja et d'Idah. Leur noviciat complété à Awomama, dans l'est du pays, ils reçoivent leur formation philosophique et théologique au grand séminaire d'Isienu, également en pays Ibo, ancien Biafra. La Congrégation peut continuer à épauler le clergé local des diocèses d'Idah et de Lokoja avec ses membres nigérians, sans oublier les autres pays africains qui n'ont pas encore la chance d'avoir un clergé diocésain nombreux. La moisson est encore très abondante et les ouvriers autochtones deviennent de plus en plus nombreux. Dieu a vraiment béni les diocèses de Lokoja et d'Idah.


Monseigneur Auguste Delisle

Monseigneur Delisle, de son côté, se retirait définitivement en faveur de Monseigneur Alexius Makozi, consacré évêque en 1970 et promu au siège de Lokoja en 1971.

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Monseigneur Auguste Delisle
Évêque du diocèse de Lokoja

Monseigneur Auguste connut une carrière missionnaire très respectable. Ordonné prêtre spiritain en 1931, il partit pour le Cameroun comme la plupart des Canadiens de son temps. Après 18 ans de travail là-bas, il fut muté au Nigéria.

Cette nouvelle obédience demandait beaucoup de souplesse et de courage car il laissait des missions très bien organisées pour s'embarquer dans une pastorale bien différente. Le Nigéria n'était pas le Cameroun. Il fallait se mettre à l'anglais qu' il possédait déjà très bien.

Au Nigéria, une grande partie de l'effort missionnaire était ciblée sur l'éducation selon une politique bien établie par Monseigneur Shanahan et suivie très fidèlement par tous les diocèses. Le Père Auguste s'adapta très bien dans un pays où il fallait construire des écoles surtout; il adorait ce genre d'apostolat

Dès son arrivée au Nigéria, ses confrères voyaient en lui le futur Préfet ou évêque du diocèse de Lokoja et ils avaient pensé juste car, en 1955, il fut nommé Préfet de la Préfecture de Kabba, nom de la province que couvrait le territoire ecclésiastique qui devint diocèse de Lokoja en 1964. Monseigneur Delisle reçut la consécration épiscopale à la cathédrale de Hull, le 24 août, 1964, des mains du Délégué Apostolique au Canada, Monseigneur Sergio Pignodelli, qui occupait la même fonction au Nigéria avant d'être nommé au pays. Il connaissait bien ce ministère puisqu'il avait consacré presque tous les évêques nigérians, prenant bien garde de partager cet honneur avec ses frères évêques du pays. Les deux évêques co-consécrateurs furent Monseigneur Charbonneau, évêque de Hull, et l'auxiliaire d'Ottawa, ancien étudiant du collège Saint-Alexandre, Monseigneur Windle qui deviendra évêque le 15 février 1971 du diocèse de Pembrooke, en Ontario.

Des administrateurs anglais avaient laissé entendre au nouveau Préfet Apostolique, Monseigneur Auguste, qu'il avait à peine dix ans pour mettre sur pied son plan éducationnel. Il comprit le message et c'est toujours avec grande confiance en la Providence qu'il lança ses nombreux projets menés à terme malgré des périodes parfois très difficiles à traverser. Il savait toujours surmonter les contraintes financières pour rebondir avec un nouveau développement.

Les réalisations furent nombreuses: aux paroisses déjà existantes, il ajouta Égumé, Odomomoh, Shéria et Imani, en Igala et Isanlu, Ossisi, Koton Karifi dans Lokoja. De plus, il présida à la fondation de l'École Normale d'Ayangba, du collège secondaire de Saint-Pierre à Idah et du petit séminaire Saint Clément à Akpanya, du côté Igala; des collèges Saint-Augustin et Sainte Monique à Kabba; d'un collège à Ponyan, du collège Saint Kizito à Isanlu et du collège Youville pour filles d'Egbe du côté de Lokoja ; et ce, sans compter les douzaines d'écoles primaires dans les paroisses des deux côtés du fleuve.

Il lança les dispensaires d'Ayangba et de Kabba et les quatre hôpitaux de Kabba, Okene, Isanlu et Koton Karifi...ainsi qu'un poulailler à Lokoja qui, parce que seule oeuve du genreseul, fut un désastre!!! Il fut un évêque missionnaire du type Monseigneur Augouard, renommé au Congo français pour sa dynamique missionnaire et son zèle intempestif. Comme lui, Monseigneur Delisle n'avait qu'une ambition: le développement des institutions de l'Église le plus rapidement possible par tous les moyens nobles tandis qu'il était encore temps, parfois au détriment de ses confrères qui n'arrivaient pas toujours à le suivre. Il leur donnait des responsabilités et savait faire confiance à qui les assumait, sinon, il était très porté à les "organiser". On reconnaissait en Monseigneur Delisle un homme d'une grande foi en la Providence et d'une envergure intellectuelle remarquable qui lui permit de voir juste et grand .Il n'était jamais dépourvu d'idée pour solutionner la plupart des problèmes; et comme il le disait souvent; "C'est une question d'organisation". Il fut un homme admirable qui a été pour l'Église naissante du diocèse de Lokoja et d'Idah l'évêque de l'heure, l'envoyé de la Providence.

Après sa démission comme évêque de Lokoja en 1971, il se retira à la Mission d'Okene où il fut curé durant quelques années, se gardant bien de s'immiscer dans l'administration de son successeur. Il quitta le Nigéria pour de bon en 1977. Il a aimé son apostolat mais il n'a jamais oublié son cher Cameroun. Au Canada, ses études de la langue espagnole lui permirent de travailler au Chili. Il fut curé de la paroisse de Chacao sur l'île de Chiloé pendant 12 années, de 1979 à 1991.

Pour conclure, voici une chanson qu'écrivait le Père Rhéaume Saint-Louis sur l'air de "La Manic" de Georges d'Or, elle peint avec beaucoup d'humour la vie de ses confrères spiritains en Igala:

1. Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala.
Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala, là-bas!
Oh! vous venez de temps en temps
En avez-vous pour votre argent, en Igala?
Vous en repartez bien contents,
Mais d'y rester, c'est différent, en Igala...a!

2. Y'a d'la laveuse, c'est effrayant, en Igala!
Y'a d'la poussière, c'est écoeurant, en Igala, là-bas
Certes, on n'voyage pas très souvent
Pour nous, c'est trop loin, Ibadan, en Igala!
Et ce ferry déconcertant !
Mon Dieu, quelle perte de temps, en Igala...a!

3. Pour c'qui est du beurre et des patates, en Igala
C'est aussi rare que "d'la marde de Pape"(ou du lait d'vache) en Igala, là-bas
De riz, d'ignames on se nourrit
Quand y'a d'la bière, ça suffit, en Igala,
Mais qu'elle vienne à manquer, l'ami
Alors on entend des haut cris, en Igala...a!

4. On s'habitue à la misère, en Igala
On s'habitue même aux confrères, en Igala, là-bas
Y'a des missions hospitalières
Y'en a d'autres qui ont d'autres choses à faire, en Igala
Qui qu'vous soyez, laïcs ou Pères
Vous y trouverez un repaire, en Igala...a!

5. On dit que la première vertu, en Igala
C'est la patience, bien entendu! en Igala, là-bas!
Moi, j'dirai plutôt qu'c'est la foi,
La foi toujours, toujours la foi, en Igala
La foi de croire sans trop bien voir
Que not'présence est bonne aux Noirs, en Igala...a!

6. A vivre pauvre, on devient riche, en Igala
Imaginez tous nos mérites, en Igala, là-bas!
On vit tous comme des vieux garçons
Pas de féminines consolations ! en Igala
Ça c'est normal, comme de raison
Disons qu'on en dit pas plus long...en Igala...a!

7. Ne soyez pas scandalisés, en Igala
Si par hasard, vous entendiez, en Igala, là-bas
"Mon char", "ma mission", "mon lorry",
"Mon collège","mes filles bien-aimées", en Igala"
"Ma piscine" est organisée...
Ça c'est à moé, pis ça, c'ta toé, en Igala...a!

8. Si vous venez nous visiter, en Igala
Venez le soir, prenez pitié, en Igala, là-bas!
Moins de saleté vous verrez
Y'en aura bien toujours assez, en Igala"!
Et si vous êtes impressionnés,
Mon Dieu, tâchez de l'publier, en Igala...a!

9. Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala
Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala, là-bas
Vous viendriez p't'être plus souvent
Nous consoler dans nos tourments, en Igala!
Car vot'présence est un onguent,
Un baume sur nos coeurs lan-guis-sants...en Igala...a


Conclusion

Si vous saviez ce qu'est la vie, en Igala!
Si vous saviez ce qu'est la vie
En Igala, là-bas.

Texte écrit à Pâques 1968

Le Père Claude Van Nieuwenhove, alors curé d'Egumé, avait fait aménager une baignade le long de la rivière Anambra, à 4 milles de la Mission, avec petit quai pour accommoder les baigneurs. Il se faisait un plaisir d'y amener ses visiteurs surtout quand il faisait bien chaud.

Rhéaume composa une autre chanson qui décrivait les nombreux voyages du Père Fernand Pilon qui arriva au Nigéria en 1948. Fernand fonda la mission d'Akpanya avec Benoît Audet et plus tard il fut muté à Kabba pour la construction de l'hôpital et des écoles secondaires tout en étant curé de la paroisse. Il revint en Igala comme professeur au collège Saint-Pierre d'Idah et principal du collège Saint Charles d'Ankpa pour un temps, Il fut directeur-fondateur du petit séminaire d'Akpanya et termina son apostolat à Ayangba en amorçant la construction de l'hôpital. Il avait à voyager souvent à Ibadan et faisait les courses d'un peu tout le monde pour rendre service. Ibadan, dans l'Ouest du pays, est la métropole nigériane qui comptait plus d'un million d'habitants déjà en 1954. Fernand est décédé à Montréal le 2 avril 1996 à l'âge de 75 ans.

Ibadan

(Musique:"Qu'on est bien dans les bras.." de Guy Béart.

1. Qu'il fait bon d's'en aller vers la grand'Ibadan.
Qu'il fait bon d's'en aller là!
Qu'il fit bon d'oublier les palabres dont je suis écoeuré
Qu'il fait bon d'oublier ça !
À Kabba y'a le vicaire, faut qu'y apprenne à se débrouiller
J'ai mis quat' "pounds" en caisse
Sur la bière c'est autant d'épargné

2. Qu'il fait bon de rentrer dans un monde où y'a pas de party
Qu'il fait bon de rentrer là !
Pas de fondue, pas de cury, d'ailleurs je n'étais invité
Qu'il fait bon d'oublier ça!
L'shopping c'est une fête: Leventis, Adonis, Kingsway
Bookshop où j'ai des dettes"Never mind, after all," c'est funny"!

3. Trois journées pour Chartier, rien qu'un avant-midi pour moé
Y'a moyen d'dépenser ça
Y'a tant de choses à acheter, et Kabba est tellement éloigné
Et l'argent, c'est fait pour ça !
Voyez ces étalages, c'est quasiment comme Eaton chez nous.
J'vous dis ça me rend malade dee n'pas pouvoir emporter le tout..!

4. Qu'il fait bon en soirée au théâtre doucement s'encanter
Qu'il fait bon de goûter ça !
Ou la télé regarder, chez les Pères pas question de payer
Qu'il fait bon de rester là !
La mission d'Kabba veille, moé j'suis ben dans mon lit couché
Surtout quelle merveille..D'main matin pas de moteur à lancer !

5. Qu'il fait bon de penser qu'on n'a rien de spécial à penser
Qu'il fait bon de penser ça !
Qu'il fait bon d's'éveiller sans cadran pour vous faire sursauter
Qu'il fait bon d's'éveiller là !
Après dix jours de fête, faut penser à s'en retourner
Dommage car ma pauv'tête commençait à se remplumer...

6. Ibadan, Ibadan, Ibadan, oh ma ville adorée
Ibadan, je reviendrai..
Y'a tant de choses à acheter, y'a le lorry à faire réviser
Ibadan, je reviendrai..
Ibadan, ça finit...là! Kabba, Pâques 1963.


Un retour

Après 23 ans d'absence, Le Père André Vigneault, ouvrier de la première heure eut la chance de revoir son champ d'apostolat en 1975. Depuis son retour au Canada, il est responsable de la prédication missionnaire et des vocations. André était accompagné d'un autre vétéran, Henri de Carufel. Le récit de son voyage avec ses commentaires amusants publiés dans la revue Mission-Air nous révèle tout son étonnement devant tant de chemin parcouru et tant de réalisations à tout point de vue, depuis 1952.

En voici quelques extraits:

"Lagos...les formalités à l'aéroport se font assez rondement, pendant que nous parvenons à évincer la nuée de "porteurs" qui se disputent le travail de trimbaler nos valises. Petit déjeuner à l'hôtel attenant pendant lequel je m'absente un moment pour faire tomber les sous-vêtements d'hiver; je regarde ma montre: 5 h 25. Notre prochain avion est à 8 heures, nous approchons du but. Naïfs que nous sommes! De retour à l'aéroport, section domestique cette fois, nous assistons au tohu-bohu le plus indescriptible qu'il m'est donné de voir. Dans une pièce relativement exiguë, une foule de voyageurs anxieux de monter à bord. Ça crie, ça se bouscule, ça se chevauche...et le comptoir qui est encore à 5 mètres.. Qu'à cela ne tienne: je fonce dans la promiscuité pendant qu'Henri, de la rondeur de ses 120 kilos protège nos impedimenta. Quelques dizaines de coups de coude et de coups de hanche après, j'arrive..et je m'agrippe d'une main pendant que de l'autre, je brandis nos "titres de transport" comme disent les Français! Mais "brandis....brandis pas" la préposée (belle fille au demeurant, habillée en jaune) a bien d'autres soucis. À force d'agiter nos billets en éventail, je finis par attirer son attention: elle consulte sa liste et me fait: "Your name is not on the manifest" "Mais enfin, mademoiselle, notre voyage est confirmé depuis un mois". Elle rejette un coup d'oeil sur son papier: "Your name is not on the manifest" "Mais n'y aurait-il pas moyen..." Cette fois sans rien consulter, mais en répondant à un autre client: "Your name is not on the manifest"! Et tout ça, ça prend du temps...des moteurs grondent...un avion lève! Thank you! "Et maintenant, qu'allons-nous faire...maintenant que tu es parti!!!? Le prochain départ: demain. Et qui nous dit que ce ne sera pas la même cérémonie? Alors, autour d'un café en compagnie d'un Écossais qui est dans la même situation que nous, la décision est prise de continuer le voyage...en taxi: 649 km, un détail...et un problème que de trouver le fameux taxi qui nous mènera à destination sans nous ruiner. Nous nous rendons au centre-ville, (ballade d'une heure) et là, au Motor Park (lisez: terminus des véhicules de transport) nous finissons par nous entendre sur un prix raisonnable, au milieu d'un enfer de klaxon et sous un soleil qui a,depuis belle lurette, vaincu les nuages du matin. À midi, nous nous ébranlons sur une route qui tantôt, ressemble à l'auto route des Laurentides, tantôt devient beaucoup plus modeste en largeur et en qualité. Mais notre chauffeur est adroit, la voiture est bonne: nous sommes en sécurité. À 11 heures, du haut de la montagne, nous finissons par voir les lumières de la ville: ENUGU et devant l'hôtel présidentiel, après avoir pris congé de notre compagnons écossais, nous n'avons pas de plus grande hâte que celle de rejoindre notre chambre et dormir".


Ankpa

"Nous ne sommes plus qu'à 160 km de notre destination, ce qui nous donne, ce matin, le courage de retourner au Motor Park et de nous louer un kit-car, qui malgré son âge, nous mène à Ankpa sur une route abominable: un étroit ruban d'asphalte plein de nids de poule et duquel il faut descendre de quelques quinze centimètres chaque fois qu'il y a rencontre. Je remercie Henri d'être au centre de la banquette: ça stabilise!!! Quatre heures comme ça et enfin, nous y sommes: Ankpa, où jadis, il y a 23 ans, j'avais terminé mon séjour en Afrique. Je n'ai pas assez de mes yeux...qui reconnaissent fort peu de choses, si bien que je suis obligé de demander le chemin de la résidence, bordé qu'il est devenu de toutes sortes de maisons qui le rende ni plus ni moins comme une autre rue de la ville...mais bien lui, car tout là-bas, je reconnais le carré de l'habitation. Il n'est pas de pire heure que celle du début de l'après-midi pour arriver chez quelqu'un en Afrique. La chape de plomb qui tombe sur les têtes invite à la sieste qu'il ne serait pas médical du tout de ne point faire. Le bruit du moteur qui s'arrête et celui de nos exclamations tirent François de la sieste et il nous apparaît, les reins ceints d'une immense serviette et le visage, d'un non moins grand sourire: "Welcome! nous vous attendions! Comme il est doux à mes oreilles ce "welcome" mille fois répété au cours de mon voyage.

Les premières larmes de joie séchées, on nous montre nos chambres, proprettes et spacieuses avec lavabo et douche! Ça alors! C'est le temps du rafraîchissement externe après lequel, on procède à l'autre, celui du gosier...car rien n'est plus mortel ici que la déshydratation!! Jacques et Ghislain arrivent, c'est le "Quam bonum" dans une salle à manger tellement plus vaste qu'autrefois, elle comprenait en plus de deux chambres, l'oratoire: signe de l'ouverture des temps!

Nous profitons ensuite du soleil qui baisse pour faire le tour des environs. Que de bâtiments!, une aile ici, des chambres, une aile là, des bureaux, une autre encore, la cuisine, sans compter les locaux scolaires qui entourent le "compound" mais qui malheureusement rétrécissent l'horizon. Il n'y a véritablement que l'église et le vieux manguier à m'être familiers. Toutes ces améliorations ne sont que matérielles, bien sûr, mais ce sont celles qui me frappent d'abord et je me dis tout de suite que je vais en apprendre bien d'autres au fur et à mesure que se déroulera mon voyage.

Mais la nuit est venue. J'entends un teuf-teuf-teuf, celui du moteur diesel et voilà que la lumière se fait partout. Je regarde Henri, Henri me regarde et je suis sûr que tous deux, nous pensons à la même chose, nous pensons au temps de jadis où à tour de rôle, nous pompions la "tilley lamp" pour lui redonner une certaine intensité...quand ce n'était pas tout simplement la mèche du fanal que nous remontions!. Après le repas du soir, on veille sur la terrasse d'où il fait si bon voir les étoiles et entendre de loin tam-tams et cantilènes. Puis, dans ma chambre je me couche sur un lit sans moustiquaire parce que maintenant, portes et fenêtres étant soigneusement grillagées, il n'est plus besoin de s'emprisonner dans un filet qui, la plupart du temps, dégageait une odeur de moisi. On en apprend des choses, en 25 ans. Des 12 jours que je passe à Ankpa, je retiens l'immense travail de ceux qui, à tour de rôle, nous ont remplacés, le souci de ceux qui sont actuellement présents d'être à l'écoute des différentes communautés locales et ça, au prix de déplacements nombreux (sur trois il y en a toujours deux de partis) et cette part qu'ont commencé à prendre les gens dans leur développement et leur évangélisation".


Ayangba

"C'était un petit village avec une petite école le long de la route rouge! C'est maintenant une ville, une vraie, avec tout ce que cela peut comporter de bourdonnement, d'activités, de développement. Il y a même un rond-point et tournent, tournent camions, voitures et bicyclettes.

La minuscule Morris de Fernando venu nous chercher à Ankpa (45 km) nous dépose devant un imposant bâtiment en longueur devant lequel nous accueillent Jean-Claude avec une exubérance toute charismatique et le Frère Elzéar Soucy, une simplicité, qui tout de suite nous donnent le goût de la communication.

Depuis le temps que j'entends parler d'Ayangba...eh bien! je vois! je vois un hôpital reluisant de propreté (ce qui est remarquable) avec un personnel de religieuses et de laïcs tout à fait spécialisé; je vois un collège dont les classes, les dortoirs et les réfectoires sont joliment disposés dans la verdure, un dispensaire et une maternité d'où nous viennent de temps à autre les échos de la vie qui commence; je vois les jolies petites maisons des coopérants, l'église aux dimensions modestes mais aux murs ajourés, le Centre de Pastorale, les salles de réunions, l'atelier du visuel, bref tout une kyrielle de moyens qui me font dire: "ça doit bouger ici"... effectivement, ça bouge. Ça bouge et tout le monde fait bouger. Il n'est plus tellement question de curé, de Father-in-Charge, de supérieur mais chacun met la main à la roue et ça tourne.

Une surprise marque mon séjour à Ayangba. Au sortir d'une messe, un mercredi de février, un monsieur que j'avais entrevu à l'église s'approche: il est d'un certain âge et d'une distinction certaine. "Bonsoir Père Vigneault". Pendant que ma mémoire travaille le plus vite possible pour avoir l'air intelligent, on me le présente: "M. le juge Anthony Abah". Anthony!...le professeur du petit village dans la petite école, le long de la route rouge!".


Égoumé

"À quelques kilomètres d'Ayangba, de chaque côté de la route asphaltée, s'alignent des maisons proprettes où vivent des gens qui s'organisent. Et au bout du village, la Mission d'Egumé. Je n'avais rien vu de si beau: un immense parc de palmiers au milieu desquels se dresse une église sans mur: rien que des piliers..ce qui donne, en arrivant, une impression de fraîcheur et de liberté.

Un véritable écrin. Et dans l'écrin une perle: Bruno Godbout: pasteur, journaliste, catéchète, supérieur religieux, mécanicien, ancien maître de novices, gastronome...à ses heures (celles de ses visites) et j'en passe. Mais en arrivant ce sont les pieds du mécanicien que j'aperçois sous son camion-citerne. C'est dimanche, mais quand même, demain, il faudra continuer la distribution d'eau aux villageois et les réparations ne peuvent pas attendre. La main est donc un peu huileuse qui vient serrer la mienne, ce qui n'enlève rien à la chaleur de l'accueil: c'est du vrai, de l'authentique. Dans la conversation qui suit au grand salon (une immense pièce sobre, amicale...et un peu poussiéreuse!!!) Je le sens intensément engagé au milieu de sa population qu'il invective volontiers et qu'il aime profondément".


Odomomoh

"Odomomoh est un endroit bien particulier: un immense terrain piqué d'habitations, d'écoles, d'un dispensaire sur le bord du lac, une bande de terre cultivée longeant le fleuve Niger. Et tout ça devient Venise à la saison des pluies!!!. "J'ai fleuri ma pirogue, nids discrets de nos émois"...comme disait la chanson. Mais pour avoir les pieds dans l'eau, il faut d'abord les voir à terre et c'est justement le portrait de Denis Guertin qui se mouille là depuis 15 ans. Il ne suffit pas que le message de l'Évangile soit crédible en soi, il faut que le Messager le soit aussi. Et pour l'être, il doit coller à la vérité quotidienne de ses gens, avec au coeur l'espérance (cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout) que la vérité de l'homme et celle de Dieu arrivent à se fusionner par la puissance de l'Esprit.

Parmi les nombreux projets de Denis, par lesquels il s'est ancré au coeur de sa population, il en est un, actuellement en cours, qu'il m'invite à visiter. C'est à Aya et c'est un projet d'eau: 4 kilomètres d'Odomomoh, un gros village. C'est dans la fraîcheur du matin que nous nous ébranlons à bicyclette. Denis devant, Bruno ensuite et..grand-papa, (car ils m'appellent grand-papa, même si nous n'avons que huit ans de différence, mais ça les amuse tellement.) Et grand-papa tient le coup: bon sens de l'équilibre et de la direction, pied solide sur la pédale et coeur rajeuni surtout à la vue du sentier d'autrefois, de la peau verte du marais, des insectes patineurs, du tronc noueux qui fait faire un détour, de la fougère qui dégoutte de rosée; coeur rajeuni à la senteur des branches brûlées et de la fraîcheur du sol qui essaie encore, à cette heure de la journée, de se défendre contre le gros soleil qui monte...

Une grande tranchée avec des tuyaux non encore reliés les uns aux autres et à chaque bout, deux immenses réservoirs en béton armé munis de pompes qui tireront l'eau de la rivière et la feront venir jusqu'au village, un bon kilomètre et demi, c'est ça le projet. C'est déjà beaucoup de voir où il en est rendu, mais quand on pense à tout ce que ça représente de travail, de démarches, de demandes d'octrois, de palabres, d'incitations renouvelées à mettre la main à la pâte, on n'est pas surpris de la place que Denis tient dans la région à cause de son intérêt au mieux-être de tous. Et à différents endroits du village, il y a sept robinets, déjà installés, qui attendent de faire des heureux. C'est pour dans un mois. Il y aura fête, alors, à Aya: la fête de l'Eau".


Idah

"C'est le siège de la Préfecture Apostolique avec Mgr. Grimard comme titulaire et Pierre Bergeron comme vicaire général et c'est dans leur maison que je séjourne tout le temps que je passe à Idah. De la ville d'Idah, je ne reconnais que la vieille maison des Pères, habitée maintenant par un Principal d'école. Tout le reste pour moi est du nouveau sauf la rue des manguiers; mais les manguiers, on est en train de les couper tous, pour que l'électricité passe: l'écologie en prend pour son grade: c'est la rançon du progrès.

Je suis très à l'aise avec Mgr. Grimard, Léopold pour les amis; n'avons-nous pas fait notre noviciat ensemble et ramassé des haricots? C'est l'homme de la nuance, Il dit une phrase...et sa deuxième vient corriger ce que la première pourrait avoir de trop absolu. Une chose est certaine, c'est que pareille souplesse et ouverture sont très précieuses dans une recherche commune de ce qu'il pourrait y avoir de mieux pour la population. C'est d'elle, surtout qu'il me parle dans son bureau ou sur le gazon... cette population qu'ils accompagnent tous sans trop savoir pour combien d'années encore. En attendant, il y a les fermiers, les malades, la jeunesse, les vocations, les groupes de prière, l'oecuménisme, l'intérêt des Québécois pour ce qu'ils font, les relations à entretenir avec les parents et les amis, et surtout, sous-jacente à tout cela, la véritable Évangélisation et la préoccupation de préparer tout le monde à prendre en main sa propre destinée. Nous faisons le tour de la ville ensemble et même qu'un soir, il m'offre une grande ballade sur le Niger dans son bateau moteur, à l'heure où, avec élégance, le piroguier lance son filet, comme autrefois, le pêcheur de Tibériade".


Kabba

"Kabba, c'est une ville, ou si vous aimez mieux, un énorme village. Collège, couvent, hôpital, dispensaires, hôtels, casernes, école d'agriculture, magasins, lieux de différents cultes, centre de pastorale, bibliothèque... que sais-je encore ? Et la Mission, très grand presbytère relié directement à l'église, prend à elle seule un immense morceau du terrain. Il faut dire que l'église, c'est plutôt une cathédrale avec ses 1,500 places assises et son transept capable de soutenir la comparaison avec ce que nous avons de mieux, au Québec, à ce propos.

Il y a des haies, il y a des fleurs tout autour et même un patio d'où, aux heures de cours, nous entendons épeler les élèves du primaire d'à côté. Mais ça, après tout ce sont les lieux... il faut rencontrer l'animateur de l'endroit: Rhéaume Saint-Louis... Fada Sainte-Lousse comme disent les paroissiens, incapables de prononcer ce nom.

Dans la quarantaine pas avancée, avec de l'entregent et du chic dans l'allure, Rhéaume est à l'aise avec tous, résidents et visiteurs. Son équilibre lui permet de passer des choses sérieuses à la gaudriole avec une facilité incroyable. Personne ne s'ennuie avec lui et la responsabilité qui est sienne ne ressemble en rien à un récipient trop plein qu'il transporterait sur sa tête. Je dirais qu'il est engagé...dégagé!!! Et c'est bien précieux à un endroit où, à côté de la première Évangélisation, il faut aussi s'adonner à une pastorale d'entretien qu'exige une chrétienté dont une partie est ancrée dans la Tradition. C'est bien précieux pour les contacts à avoir avec des gens de toutes confessions et de toutes nationalités, et Dieu sait si, à Kabba, il en passe. ...c'est ainsi que je rencontre Monseigneur Delisle à Okene, jeune de tous ses projets de constructions. Il faut voir son futur centre de rencontres pour catéchistes, son immense salle de conférence et d'exposition, pour réaliser qu'il ne vit pas dans le passé

Il y a aussi Guy Malette perché sur son Cap-Diamant, à Ossisi, dans "une manière de chalet" d'où la vue est magnifique. Mais il n'est pas souvent là, pris qu'il est par son enseignement et surtout par son atelier de tissage où une trentaine de jeunes filles fabriquent les plus jolies choses".

Noir


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Peter Ujah, Clement Onogu, Simeon Adejo,
Dominic Adama, Bishop Obot, Barnabas offer,
Mathias Ayiaba, John Iyere, Joseph Abah

 

Sur Blanc


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3e rangée:
B. Godbout, R. Roberge, A. Larose, H. Thibeault, B. Audet
2e rangée: C. E. Nicole, M. Delisle, L. Bélec
G. Bouthillette, U. Pellerin, F. Pilon, H. Léonard, P. E. Champagne
Assis: R. Thériault, R. Duxbury (Sup. religieux), Mgr A. Delisle, E. MacKay, J.C. Roy