Le Clergé

 

Sa petite histoire

Une église locale qui n'a pas de clergé diocésain risque sa survie. Elle ne peut compter indéfiniment sur le clergé d'outre-mer et de moins en moins en cette période difficile que traverse le recrutement du clergé en Occident. Les Spiritains canadiens le comprirent dès leur arrivée et firent tous les efforts nécessaires en ce sens.
Il y eut un prêtre Igala issu de la famille royale, Father Sani, qui fit un peu de ministère dans sa région natale durant la guerre 39-45, mais préféra travailler avec les Ibos, dans l'est du pays. Father John Anyogu déjà ordonné avant la guerre put assurer une présence en Igala après le départ des Spiritains allemands en 1940.

À l'arrivée des Spiritains canadiens en 1955, les paroisses de Lokoja, d'Okene et de Kabba, malgré leur ancienneté, ne comptaient pas encore de prêtres issus du milieu local. La paroisse de Lokoja datait du siècle dernier.

Le petit séminaire d'Oturkpo

La Préfecture de Benoué fondait son Petit Séminaire à Oturkpo en 1954 et choisit comme directeur, un Canadien français nouvellement arrivé au pays, le Père Horace Léonard.

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Dominic Aromeh

Le premier séminariste du diocèse d'Idah, Dominic Aromeh, originaire d'Echegno en Ibaji, fut ordonné prêtre à Idah par Monseigneur Delisle. Il travailla à Akpanya et à Dekina. L'abbé Aromeh vivait très modestement selon les coutumes de son peuple. Il habitait volontiers une maison ou une hutte dans le village; son "boy" lui préparait la nourriture sur un feu fait entre trois pierres, dans l'arrière-cour, selon la méthode de ses parents.

Father Dominic ne voulait pas se démarquer de son peuple dans sa manière de vivre. Combien de jeunes prêtres issus d'un milieu très pauvre, travaillant dans un milieu également très pauvre exigent de vivre à la manière canadienne ou comme leurs confrères de classe ayant choisi une profession libérale!

Dominic étudia à Antigonish, Nouvelle-Écosse. L'université St François Xavier, de renommée mondiale pour ses cours de sciences sociales favorisant le mouvement coopératif au tiers-monde, a déjà formé des centaines d'étudiants de plusieurs pays en voie de développement.

Father Dominic connut une fin tragique. D'abord, en 1978, voyageant en moto, un accident lui avait presque amputé une jambe qui mit bien du temps à guérir. Dans ces années où tout était permis sur les routes devenues la nouvelle jungle, voyager en moto était suicidaire.

Un matin, en 1980, Father Dominic partit pour Enugu, à quelque 130 milles de sa mission. Ne conduisant pas la voiture, il prenait le taxi pour les longs trajets; on lui avait fortement conseillé de ne pas prendre ce moyen de transport, tout aussi dangereux que l'usage de la moto.

En route pour Enugu, le chauffeur du taxi dans lequel prenait place Dominic aperçut un barrage de policiers; comme son permis de conduire n'était pas en règle, il tenta de faire un "U turn" pour l'éviter. Dans son désarroi, il ne vit pas le camion citerne qui le suivait de près dans la descente et comme il ne put freiner en temps, il happa le taxi. Le "boy" de Dominic s'en tira par miracle, quoique conduit à l'hôpital car il était passablement "amoché". Il s'enquit de Dominic qu'on avait perdu de vue. Deux jours après l'accident, les Soeurs du Saint-Rosaire d'Ayangba identifièrent le corps de Father Dominic à la morgue de l'hôpital de Nssukka; il état déjà dans un état de décomposition très avancé. Il fut inhumé sur le terrain de la nouvelle Mission d'Idah.


Alexius Makozi - Joseph Ohieku

Les candidats au sacerdoce faisaient leurs études secondaires au petit séminaire de Bénin, suivies de 3 ans de philosophie et 4 ans de théologie au grand séminaire d'Ibadan dirigé alors par les Dominicains de la branche américaine de Chicago. En décembre 1960, les deux premiers prêtres de la région de Lokoja, Alexius Makozi et Joseph Ohieku, Igbiras d'Okene, furent ordonnés dans leur village par l'archevêque de Lagos, Monseigneur Aggey, Monseigneur Delisle n'étant pas encore évêque (il le devint en juillet 1964).

La famille de Joseph Ohieku est musulmane et elle s'opposa vivement à sa vocation sacerdotale. Le jour de son premier départ pour le séminaire, il dut se cacher dans un sac servant au transport de la nourriture pour éviter la colère de sa famille qui se tenait près du camion en partance pour Bénin.

En janvier 1961, les deux jeunes prêtres furent envoyés en territoire Igala: Alexis Makozi à Egumé avec Bruno Godbout et Joseph Ohieku à Idah avec Hervé Thibault.

Ils connaissaient bien Idah et les Igalas puisqu'ils y avaient fait un stage d'un an comme complément de leur formation sacerdotale. Ils enseignèrent à l'école primaire et aidèrent le Père Adrien Thibault à mettre sur pied la fondation du pré-séminaire.

Quelques années plus tard, d'autres ordinations grossirent les rangs du clergé local: Fathers Lawrence Mofoloruncho et John Onahikan de Kabba, Joseph Ajomo d'Ogori et Joachim Onotu d'Okene.

Father Lawrence Mofoloruncho était une vocation tardive: professeur à l'école primaire de Lokoja, célibataire et guéri de la lèpre, il manifesta le désir de devenir prêtre à son curé le Père Horace Léonard qui lui donna des cours de latin pour le préparer au grand séminaire car, à cette époque, plusieurs livres de théologie étaient encore en latin.

Sa théologie terminée au grand séminaire d'Ibadan, il travailla à Lokoja avant de devenir curé de Kabba, sa paroisse d'origine. Il avait une bonne plume, parfois très agressive même à l'égard de certaines directives de l'Église, et il ne se gênait pas pour exprimer ses opinions dans les journaux locaux.

Dans les années 80, il dut subir une opération mineure à l'hôpital d'Egbe; des complications lui coûtèrent la vie. Ce fut une grande perte pour le diocèse de Lokoja.

En 1964, Alexius Makozi alla à Rome suivre un cours en communications sociales d'une durée de 6 mois. De retour au pays, il fut nommé directeur de l'Action Catholique diocésaine avec résidence à Lokoja avant de devenir responsable de l'important Secrétariat Catholique de Lagos.

En 1967, au début de la guerre civile, l'aumônier de l'armée nigériane fit appel aux évêques pour avoir un aumônier militaire. Lokoja, avec deux prêtres nigérians, se devait de répondre à l'appel. Un choix difficile: qui des deux irait? Monseigneur Delisle rencontra les deux candidats; Joseph jugea que son confrère Alexius serait plus utile à l'Église comme secrétaire au "Catholic Secretariat" et choisit de répondre à l'invitation. Promu major dans l'armée, il se tint au front durant toute la guerre. Ce fut une décision très généreuse de sa part.

Un jour, la toute petite Madame Makozi, la maman d'Alexius, alla se plaindre à Monseigneur Delisle des moqueries des gens de la paroisse qui lui disaient que son fils était nommé évêque. "Mama", ils ont raison" de rétorquer Monseigneur Delisle. Après sa consécration épiscopale, Alexius poursuivit son travail au secrétariat catholique de Lagos. En 1971, il remplaça Monseigneur Delisle comme évêque du diocèse de Lokoja.

Joseph Ajomo fit ses études théologiques et son doctorat en droit canon à Rome.

Parti en 1961, il revint en 1970, après la guerre civile, complètement dépaysé. Il se voua surtout à l'enseignement comme Principal d'un collège secondaire privé d'Okene et du collège Sainte Monique de Kabba. Il était supérieur du Grand Séminaire de Jos, dans la région du nord du pays, quand Rome le nomma évêque de Lokoja le 23 mai 1992.

John Onahikan fit ses études de théologie à Rome. De retour au pays, il fut professeur, et retourna à Rome pour un cours d'écriture sainte. Il était supérieur du grand séminaire d'Ibadan quand Rome le nomma évêque de Minna. Aujourd'hui, il est archevêque du diocèse d'Abuja avec résidence à Abuja, la nouvelle capitale nationale.

C'est un homme excessivement brillant qui, à la fin de son cours secondaire, aurait pu avoir une bourse d'études qui lui donnait accès à l'institut le plus prestigieux du pays, le King's College de Lagos. Il créa en effet une grande surprise aux finissants de sa classe en choisissant le Grand Séminaire. Les étudiants du collège Saint-Michael de Lafia ne comprenaient pas que John puisse renoncer à un avenir plus que prometteur dans la "high class" du pays.

Dans les deux diocèses, les ordinations se succédèrent assez pour suggérer aux Spiritains canadiens que c'était peut-être le temps de penser à chanter le "Nunc Dimittis". Oui, mission accomplie, puisqu'en 1978, Mgr Léopold Grimard fut à son tour remplacé par Monseigneur Silas Obot.

 

Le pré-séminaire d'Idah

Monseigneur Delisle comprit très tôt qu'il fallait prendre tous les moyens pour promouvoir la vocation sacerdotale chez les jeunes du diocèse. Un des moyens choisis pour éveiller cette vocation fut la fondation d'un pré-séminaire qui devint possible grâce à un octroi de la Sainte-Enfance.

Sur le terrain de la mission d'Idah, on bâtit un building pensionnat rudimentaire en forme d'équerre pour aménager un dortoir, une salle à manger, une salle d'études et une cuisine. Les candidats des 5 et 6ièmes années du cours primaire étaient admis sur recommandation de leur curé; tout en complétant leurs études primaires à l'école Saint-Boniface d'Idah, ils recevaient une formation plus poussée en instruction religieuse, chant liturgique, qui plus est, ils devaient apprendre à cohabiter car ils étaient de tradition et de langue différentes: en effet, ils venaient des quatre coins du diocèse et appartenaient à des ethnies différentes, Igala, Ibo, Igbira et Yoruba. Heureusement que tous parlaient l'anglais.

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Le pré-séminaire d'Idah (1959)
M. et Mme Simon, tuteur et cuisinière et le Père Bruno Godbout

On comprenait que les candidats de Lokoja, Okene et Kabba, issus de familles chrétiennes de longue date, cadraient bien dans ce programme, cependant on trouvait un peu prématuré d'accepter des candidats Igalas puisque leurs familles avaient des racines chrétiennes peu profondes ou inexistantes: dans la plupart des cas les parents étaient encore animistes. Un des candidats envoyés par sa paroisse n'était pas encore baptisé, même s'il n'allait pas au petit séminaire, se disait-on, il recevrait tout de même une formation chrétienne de choix, ce qui n'était pas mauvais. En fait, quelques finissants furent envoyés au petit séminaire d'Owerri et au séminaire spiritain d'Ihiala. Un seul choisit de devenir prêtre du clergé local, Inifu Adah, Igala du petit village d'Agbeji; Monseigneur Delisle l'ordonnait à Ayangba en 1969 et en 1995, il quittait le sacerdoce.

Le petit séminaire Saint-Clément

Quel évêque ne rêve pas d'avoir son propre petit séminaire? Est-ce vraiment la formule ou n'est-il pas mieux de faire la promotion du sacerdoce dans les collèges secondaires? On se rendit compte par exemple que le petit séminaire spiritain d'Ihiala, chez les Ibos, malgré un suivi religieux plus poussé, donnait moins de vocations à la congrégation du Saint-Esprit que les collèges secondaires privés ou gouvernementaux. Il en est de même des petits séminaires diocésains.

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Petit séminaire d'Idah

Le petit séminaire Saint-Clément s'établit à la mission d'Akpanya en 1965 avec le Père Fernand Pilon comme premier Directeur. Il était tout heureux de revenir vivre dans la mission qu'il avait bâtie en 1952. On aménagea des bâtiments plutôt temporaires pour recevoir une trentaine de candidats du diocèse et lancer une première année avec un personnel enseignant assez limité: le directeur du séminaire, aidé du Père Serge Hogue, spiritain, et de Monsieur Cyprien Okika, Ibo, excellent chrétien très engagé dans sa communauté chrétienne et directeur de l'école primaire d'Akpanya pendant plusieurs années. Cyprien considérait que devenir professeur au petit séminaire était un immense honneur et une bénédiction divine.

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Chapelle du petit séminaire d'Idah

Pourquoi le vocable Saint Clément? En l'honneur de Monsieur Clément, un grand ami américain de Monseigneur Delisle qui contribua financièrement au lancement de plusieurs projets dans le diocèse dont le petit séminaire qui témoigne de sa grande générosité.

Tout allait très bien jusqu'au début de la guerre civile de 1967; comme le séminaire se trouvait sur la frontière Igala-Ibo, il fallut déménager pour échapper aux dangers du conflit. On opta pour Lokoja et le séminaire continua à recevoir les candidats du grand territoire, même après la création du diocèse d'Idah en 1968. Plus tard, en 1979, Monseigneur Obot, successeur de Monseigneur Grimard en 1978, décida d'avoir son propre petit séminaire dans la région d'Idah.

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