Le Service Médical

 

Qu'en est-il?


Le domaine du service médical se classait bien comme la deuxième priorité de développement dans les deux diocèses de Lokoja et d'Idah. Jésus s'est fait connaître et aimer par sa présence auprès des pauvres et des malades. "Il proclamait la Bonne Nouvelle et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple" (Matthieu 4: 23). Les Églises de Lokoja et d'Idah ne faillirent pas dans ce domaine; promouvoir les soins de santé était vraiment répondre à une attente cruciale de la population en butte à la maladie, la plupart du temps par manque d'eau potable. Un cercle vicieux qui décourageait les infirmières! "On donne des traitements aux gens atteints de maladies provoquées par l'eau infecte et ils retournent à la source de leur mal". Les gens peuvent difficilement se sortir de cette situation; à moins de faire bouillir l'eau pour la rendre potable: une pratique encore loin de faire partie des habitudes de vie de la population surtout quand le bois de chauffage se fait rare.


Les dispensaires

 

Dans les années 40, le gouvernement possédait déjà des hôpitaux dans les grandes villes et les chefs-lieux comme Lokoja et Idah. Ces hôpitaux, desservant une population très dense, n'étaient pas situés au centre du territoire; pour les gens de la campagne, leur accès était très difficile pour ne pas dire souvent impossible en cas d'urgence à cause du manque de transport et de la mauvaise condition des routes, surtout en Igala. Rattachés à l'hôpital, les dispensaires de l'administration locale pouvaient donner les premiers soins, distribuer des médicaments pour maladies usuelles tels malaria, ulcères, rhume et autres, mais ils étaient loin d'être équipés pour faire face à des accouchements; l'infirmier responsable du dispensaire de brousse recevait une formation très primaire. Il faut dire que tous les soins dispensés dans les hôpitaux et cliniques médicales du gouvernement étaient "officiellement" gratuits. Dans les années 50, une infirmière religieuse du Saint-Rosaire, soeur Marie de Montfort, travaillait à l'hôpital d'Idah; elle vivait avec sa consoeur venue à Idah pour fonder le centre d'art ménager; encore aujourd'hui, elle reçoit des centaines de malades dans les dispensaires de brousse de la région d'Ankpa qu'elle visite régulièrement. Elle est admirable!

L'arrivée de Marie-Rose Belval à Ayangba, en 1959, lançait l'oeuvre des cliniques sur le territoire Igala. Infirmière d'expérience qui avait travaillé en Uganda, elle flairait rapidement le bobo et donnait le traitement approprié. Sa corpulence en imposait et inspirait confiance aux gens. Elle acheta une voiture Vauxhall genre "station" pour transporter les médicaments en brousse. Partout on réclamait Marie-Rose. Elle était d'une résistance physique et d'une patience à toute épreuve. En une journée elle pouvait rencontrer des groupes de plus de 100 personnes qui patiemment attendaient leur tour. Souvent les aiguilles dont elle se servait pour donner des injections n'arrivaient pas à percer la peau trop coriace des cultivateurs et pliaient. Marie-Rose se servait d'aiguilles de plus fort calibre... utilisées par les vétérinaires.

Un jour de clinique dans un petit village, un vieux monsieur se présenta à Marie-Rose pour se faire extraire une grosse dent qui le faisait souffrir énormément. Marie-Rose avait le bras ferme et la prise solide dans ce genre d'exercice. Comme il n'y avait pas de local pour donner les traitements, sauf une petite case école assez sombre, tout se faisait à l'extérieur en présence de la communauté, même l'extraction d'une dent. Le patient, assis au milieu du groupe, fut invité à ouvrir la bouche; grand silence, on observait très scrupuleusement tous les gestes de Marie-Rose munie de sa pince. Cette femme avait-elle la force de faire l'extraction de cette grosse dent , oui vraiment grosse? "Je vais vous montrer ce que je suis capable de faire" de dire Marie-Rose en elle-même. En un tour de main suivi d'un "ouaque" retentissant car l'extraction se fit à froid. Marie-Rose exhiba avec fierté le trophée qu'elle tenait au bout de la pince, ce qui provoqua un éclat de rire général. Le petit vieux se tordait de douleur mais, le gros du mal passé, il riait avec tout le monde, enfin délivré... Marie-Rose ne suffisait plus à la tâche: trop de demandes. Il fallait penser à mieux s'organiser avec un personnel plus nombreux.

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Dispensaire d'Ayangba avec Marie-Rose

On logea Marie-Rose dans une petite maison, à quelques pieds de la Mission où vivait le personnel du collège. Seule femme blanche du groupe canadien de la région, elle trouvait normal d'aller prendre le café avec les Pères, leur préparer des desserts et faire des bouts de vie de communauté avec eux quand le moment s'y prêtait. Elle se buta à un mur. En 1960, la communauté du collège n'était pas habituée à de telles fantaisies et Marie-Rose comprit qu'elle n'était pas la bienvenue. Elle ne renouvela pas son mandat de deux ans et fut remplacée par d'autres infirmières canadiennes, toutes d'un grand dévouement et très responsables. Comme la plupart d'entre elles ne faisait qu'un séjour de deux ans, le suivi de l'oeuvre des dispensaires en souffrait à cause d'un manque de stabilité.

Les Soeurs infirmières du Saint-Rosaire d'Irlande prirent la relève à Ayangba et purent assurer une présence continue et un suivi aux tournées de brousse. Les soeurs Berthilla et Raphaël furent les premières religieuses à travailler au dispensaire central et à coordonner le travail médical dans la région avec des moyens très limités.

Si depuis peu de temps au Québec et avec beaucoup d'hésitation et d'appréhension de la part du collège des médecins, une maman peut accoucher dans une maison de naissance avec l'aide d'une sage-femme, la profession de sage-femme qualifiée était tout à l'honneur au Nigéria. Quelques-unes de nos infirmières canadiennes se qualifièrent en Irlande puisqu'il était impossible de le faire au Québec. S'il y avait des complications, on recourait au médecin de l'hôpital gouvernemental d'Idah à 45 milles d'Ayangba. Il y avait bien l'hôpital d'Ochadam que dirigeait le docteur Holley dans les années 50: c'était en fait une léproserie à laquelle se rattachait un dispensaire qui pouvait dépanner dans les cas d'urgence.

Un jour, le Père Jean-Claude Audet, alors jeune missionnaire, voulut donner l'onction des malades à un patient. Il s'était fait "ramasser" par le Docteur Holley de confession protestante: "We don't do those things here".

Une autre rencontre avec le docteur révéla le même esprit d'oecuménisme!!!; au volant de sa voiture sur la route d'Idah, il faillit avoir une collision frontale avec la voiture du Père Roberge. Les deux arrêtèrent pour s'expliquer ou s'engueuler. Le docteur de faire la remarque suivante: "What kind of mad driving is that"? Rodrigue de répliquer: "You mean your own". En fait Rodrigue avait tort.


Dans la région de Lokoja

Même si la partie nord de la province de Kabba se prétendait plus avancée que la partie sud de l'autre côté du fleuve, le problème médical devenait très difficile dans les régions d'Okene et de Kabba qui devaient recourir aux services du seul et vieil hôpital gouvernemental de Lokoja.


L'hôpital d'Okene

Monseigneur Delisle lança le projet d'un hôpital à Okene qui sera réalisé conjointement par le diocèse de Lokoja et le ministère de la santé. Celui-ci se portant garant des subsides et celui-là responsable des travaux de construction et du personnel médical.

Les Soeurs "Missionaries of our Lady"

On invita une jeune congrégation canadienne, les Soeurs "Missionaries of Our Lady" à prendre part à la fondation de l'hôpital d'Okene; ce nouvel institut récemment fondé à Alexandria en Ontario se vouait à la pastorale paroissiale et aux soins médicaux. C'était une excellente occasion de se lancer dans le travail missionnaire qui faisait rêver un peu toutes les congrégations. Malheureusement cette jeune congrégation n'avait pas de tradition missionnaire et n'acceptait pas facilement les conseils; elle s'acclimata aussi difficilement au pays. Les trois religieuses firent d'abord un stage à l'hôpital de Lokoja avant d'habiter le couvent d'Okene mis en chantier dès leur arrivée. Elles faisaient un travail de dispensaire dans la ville en attendant l'ouverture de l'hôpital que construisait le frère André Blais, spiritain, ancien missionnaire au Cameroun. C'était en 1958.

Le premier médecin de l'hôpital fut le docteur De Valero, un italien qui, avec son épouse infirmière, passa deux ans à Okene. L'ouverture officielle se fit en avril 1960.


L'Hôpital Saint John de Kabba

Dans les mêmes années, le diocèse a lancé l'oeuvre médicale chez les Yorubas de Kabba dont la paroisse couvrait un territoire assez respectable et les soins hospitaliers se donnaient seulement à Lokoja ou à l'hôpital protestante d'Egbe. La nécessité d'un hôpital à Kabba s'imposait et on le voulait privé et bien catholique, contrairement à l'hôpital général d'Okene qui vit le jour grâce aux subsides du ministère de la santé.

Comme tout hôpital, celui de Kabba commença au bas de l'échelle par une clinique tenue par les Soeurs de la Charité du diocèse de Boston. Monseigneur Delisle les avait délivrées de l'emprise du terrible Cardinal Cushing qui prétendait qu'il pouvait, avec ses millions, se permettre de décider du travail des institutions missionnaires de son diocèse.

Lors d'un voyage à Boston pour visiter les Religieuses, Monseigneur Delisle pensa qu'il serait de bon aloi de rencontrer son Éminence et de faire appel à sa générosité ou plutôt à celle du diocèse. Ce matin-là, Monseigneur Delisle se rendit bien humblement à la salle d'audience pour se joindre au groupe afin d'être présenté au prélat par le secrétaire. À la mention de l'évêque de Kabba, le "saint homme" devint aussi rouge que sa pourpre et, furieux, il l'engueula devant tout le monde pour avoir osé intéresser des Religieuses à son diocèse alors qu'il les destinait à une mission de l'Amérique latine. L'évêque de Lokoja tout éberlué, ne savait plus quoi dire et penser. La visite s'est rapidement terminée en catastrophe.

Monseigneur Delisle n'avait pas beaucoup de chance avec les cardinaux. Il fut aussi reçu en audience par le Cardinal Paul-Émile Léger, Archevêque de Montréal; celui-ci daigna bien écouter sans trop d'intérêt les propos de Monseigneur Auguste Delisle qui, avec l'enthousiasme qui le caractérisait, lui exposait ses problèmes avec l'espoir d'avoir un petit soutien financier du Diocèse. Le Cardinal, du haut de sa grandeur, lui fit comprendre que Montréal avait aussi ses problèmes d'argent et de développement et que malheureusement il ne pouvait rien faire. Un fois au Cameroun, le cardinal se rendit vite compte des nombreux problèmes auxquels devait faire face un évêque missionnaire.

Heureusement que les Soeurs de la Charité, plus intelligentes que leur cardinal Cushing, ne ménagèrent rien pour donner à l'hôpital et à l'école secondaire Sainte-Monique une croissance rapide et vivante. "Sister" Alice, infirmière qui passa plusieurs années à Kabba, choisit de continuer son travail missionnaire en Colombie. Elle avouera à Monseigneur Delisle que la pauvreté de Kabba est un luxe comparée aux conditions dans lesquelles elle exerce sa profession.

Le docteur-chirurgien Jean-Guy Martel de Québec fit la renommée de l'hôpital de Kabba par son habileté et ses tours de force en chirurgie. La population excusait très souvent ses écarts de langage. Il parlait d'Alice "la Chriss" même s'il lui vouait une confiance et une admiration sans borne. Un de ses sports favoris était d'aller à la chasse à la perdrix dans la savane avoisinante pour se détendre après une opération de plusieurs heures.

Une organisation s'était formée à Boston pour venir en aide à l'hôpital de Kabba. On avait payé et envoyé une voiture américaine de style Van qui servit longtemps d'ambulance. On ne manqua pas d'inscrire en très grosses lettres sur les parois de la cabine: "Gift of the Friends of America to the Friends of Kabba". C'est tout à fait dans le genre américain: "Sachez-le! on est généreux".

Les Religieuses de Boston arrivèrent avec tout un ameublement américain. En fait, on transportait les États-Unis à Kabba. Ce fut un casse-tête quand il fallut réparer la dynamo de fabrication américaine pour laquelle on ne pouvait trouver de pièces de rechange au pays.

L'hôpital privé Saint John de Kabba déclina rapidement dans les années 80 quand le nouvel hôpital gouvernemental fut mis en service; celui-ci dispense gratuitement les soins médicaux et jouit d'un personnel nombreux et compétent.


Docteur Clathworhty

Pour lancer un réseau de dispensaires, il fallait un médecin qui, aux yeux du gouvernement, se rendait responsable des activités médicales tant à Kabba qu'à Okene. On ne peut faire l'histoire des hôpitaux d'Okene, de Kabba, des dispensaires en Igala sans mentionner le travail de Madame la docteur Clathworthy qui, par sa supervision et son travail, permit la réalisation du programme de service médical. Tout un personnage! Une "scholar" très anglaise! Elle était une amie personnelle du Docteur Fisher, alors archevêque anglican et primat d'Angleterre. Elle se convertit au catholicisme tout en gardant un profond respect et la nostalgie de son Église d'origine. Elle voulut se faire religieuse mais son caractère très spécial ne lui permit pas cette aventure. Après un séjour dans l'est africain, elle décida de travailler ou plutôt de "missionner" au Nigéria dans le diocèse de Bénin d'abord où elle fonda l'hôpital d'Uromi.

Dès 1956, elle visitait régulièrement Okene et Kabba; plus tard, elle élira domicile avec toute sa ménagerie à Kabba. Elle rencontra aussi les malades des dispensaires d'Ayanga et d'Odmomoh, toujours accompagnée d'un des animaux de son zoo: un chat, une biche, un chien ou un singe qu'elle nourrissait au biberon, s'il refusait de boire à la bouteille, elle vérifiait la qualité du lait à même le biberon et lui remettait la suce dans la gueule, lui expliquant qu'il n'avait pas raison d'être capricieux. Un steward-infirmier l'accompagnait dans ses tournées pour l'assister dans son travail médical, conduire sa voiture ...et nourrir les animaux.

Lors de ses visites à Okene, la doctoresse se retirait au couvent des "Missionaries of Our Lady". Comme leur règle de vie ne leur permettait pas de recevoir un visiteur laïc à leur table, elle devait prendre ses repas seule et n'arrivait pas à comprendre cette façon de faire. N'était-ce pas pour elle une occasion de rencontrer des femmes de sa culture et de sa profession? Elle choisit alors de prendre ses repas à la résidence des Pères Spiritains à quelques pas du couvent, et y reçut l'accueil cordial qu'elle s'attendait à trouver chez les Religieuses. Les Pères d'Okene étaient renommés pour leur hospitalité. Que d'aberrations se mêlent à la pratique de la bonne vie chrétienne!

Si le docteur Shweitzer a fondé l'hôpital de Lambaréné et sut se faire connaître dans une partie du monde occidental par ses concerts d'orgue, ses conférences philosophiques et théologiques, Docteur Clathworthy fonda trois hôpitaux: Uromi, Sapele et Kabba dans des conditions les plus difficiles. Elle opéra même sur la véranda de sa maison privée et donnait certains traitements médicaux aux femmes à l'aide d'une pompe à vélo pour faciliter la fécondité. Elle vivait seule et disait que, sans sa ménagerie, elle deviendrait folle. Une fois que l'hôpital d'Okene devint autonome, elle concentra ses efforts à Kabba pour lancer l'hôpital.

Sa mission terminée et prenant de l'âge, elle retourna à Uromi. Sachant que son cancer progressait et qu'il aurait bientôt raison d'elle, elle fit demander le Père Denis Guertin d'Odomomoh qu'elle aimait bien afin de se faire accompagner dans ses derniers moments. Denis reçut le message trop tard.

Elle fut une femme extraordinaire qui apporta une aide vitale aux diocèses de Kabba et de Bénin. Elle repose dans le cimetière catholique d'Uromi.


Le dispensaire de Magongo

Magongo est un petit village situé à quelques milles de la ville d'Okene. Sa population et celle des villages avoisinants justifiaient les services d'un dispensaire que les gens réclamaient depuis longtemps. La population construisit son dispensaire sous la surveillance du Père Guy Malette. L'ouverture officielle eut lieu en mars 1965. Le personnel médical de Kabba en assurait la direction.

L'hôpital St Pius (Koton Karifi)

 

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Père Antonio Massé, curé fondateur de la paroisse

Le promoteur de l'hôpital de Koton Karifi est sans contredit le Père Antonio Massé, curé fondateur de la paroisse.

Dans ce coin du diocèse de Lokoja où les musulmans sont rois et maîtres, même si plusieurs villages sont encore animistes, les projets progressaient pouce par pouce; tout devait être débattu longuement tant pour la fondation d'écoles primaires que pour le projet d'un dispensaire qui devait devenir l'hôpital Saint Pius X.

La collaboration des villages fut nulle. Dans ces situations, le moyen le plus facile d'arriver à quelque chose était peut-être de défrayer tout le coût des dépenses d'un projet si on avait l'argent. Avec ses nombreux bienfaiteurs, le Père Massé pouvait se permettre ce moyen.

Le dispensaire se construisit aux portes du village de Koton; cette fondation n'était vraiment pas un luxe. Là comme dans tous les autres coins de brousse, les femmes enceintes, les adultes et les enfants malades par centaines réclamaient ce service depuis longtemps. En 1970, le Père Massé vint au Canada pour recruter un médecin. Il convainquît le docteur Gilles Murray et son épouse Myrta, infirmière, de passer une couple d'années à Koton pour lancer le petit hôpital de 12 lits.

L'inauguration officielle eut lieu le 4 juillet 1971. Le général Bamigboye, gouverneur militaire de l'État de Kwara, présida à la cérémonie et loua très gentiment l'Église Catholique et la mission de Koton pour cette réalisation qui, avec des moyens si limités, tenait du miracle. Comme il pleuvait ce jour-là, le grand chef musulman et toute sa cour ne se dérangèrent pas pour l'événement. Si le missionnaire mise trop sur la reconnaissance des gens, il peut être drôlement déçu. Ce jour-là, le Père Massé, doyen spiritain, reçut la décoration papale "Pro Ecclesia et Pontifice".

Le docteur Serge Moisan remplaça Gilles Murray et prit part très activement à la fondation de l'hôpital d'Isanlu. Cette oeuvre commença humblement par un dispensaire servant Isanlu et les villages avoisinants. Garde Agathe Desmarais et l'infirmier André Tremblay du Saguenay - Lac St-Jean, se dépensèrent beaucoup pour mettre l'hôpital sur pied. En 1975, Agathe épousa Serge.

Un peu plus tard, le Père Léo Leblanc, alors curé de la paroisse, lança la construction d'un petit village près d'Isanlu dans le but de rendre la vie plus humaine aux lépreux qui, malgré leur guérison, arrivaient difficilement à s'intégrer à leur communauté.

Dans la région d'Igala
Le dispensaire d'Odomomoh

Un endroit qui nécessitait grandement un dispensaire était bien le territoire des marais d'Ibaji. Un aide-infirmier du petit dispensaire d'Onyedega, chef-lieu de la région, donnait des traitements très élémentaires; c'était tout à fait insuffisant pour l'étendue du territoire aux communications si difficiles. Dans les années 50, il n'y avait que des sentiers. Tous les ans, et encore aujourd'hui, ces petits sentiers et la seule route qui traverse le territoire sont inondés par la crue des eaux du fleuve Niger à la fin de la saison des pluies. Ce fut un coup d'as du Père Armand Larose, fondateur de l'Église d'Ibaji, d'avoir lancé le projet d'un dispensaire-maternité, complété par son remplaçant Denis Guertin qui est à Odomomoh depuis 1960 ...et y est toujours en 1999. Un record de longévité chez les Spiritains canadiens.

On construisit un dispensaire de peine et de misère avec la seule contribution des gens qui y tenaient énormément. Plus tard, tout près de la résidence des Pères, Denis bâtit une maison capable de loger deux infirmières. Pour faciliter la communication, il poussa la fantaisie jusqu'à installer une ligne téléphonique reliant les deux résidences et le dispensaire avec de vieux appareils téléphoniques canadiens qui, alimentés par de petites piles, offraient un réseau très convenable.

Pour aider au transport des infirmières qui avaient à visiter des postes de brousse le long du fleuve Niger, Denis leur construisit un bateau hors-bord.


La "Maternity home" d'Égumé

Les gens d'Egumé soupiraient depuis longtemps après un dispensaire avec services d'accouchement. Egumé, village de quelque 10,000 âmes, le plus populeux de la région et chef lieu du territoire, se développait très difficilement car son voisin Ayangba, à six milles de là, jouissait d'une situation géographique très avantageuse et attirait toujours les nouveaux développements.

Dans les années 60, quand les Religieuses du Saint-Rosaire visitaient le village d'Egumé pour faire la promotion de leur couvent d'Idah, elles provoquaient toujours sur le terrain de l'école catholique de gros rassemblements de gens qui suppliaient les Religieuses de lancer un dispensaire dans le village le plus vite possible. Une année, un haut représentant du gouvernement qui visitait le village en même temps que soeur Philippe ne put rencontrer la population qui jugea plus important de présenter une fois de plus leur requête à la Religieuse et lui faire valoir l'urgence d'un dispensaire. La bonne Mère se livrait au chantage alléguant qu'elle ferait tout en son possible pour mousser le projet à condition d'avoir des filles du village dans son école d'Idah.

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Maternité d'Égumé

Le Père Claude Van Nieuwenhove devint curé d'Egumé et prit la chose en main avec beaucoup de coeur comme dans tout ce qu'il faisait d'ailleurs. C'était bien écrit noir sur blanc qu'il devait avoir la collaboration des gens du village pour réaliser ce projet. Claude leur fit comprendre que c'était leur clinique et qu'il fallait mettre la main à la pâte et à la terre glaise. On ne devait pas compter sur la mission pour défrayer tout le coût du projet. Les gens firent des levées de fonds, ils ramassèrent la pierre pour faire les fondations du bâtiment et moulèrent des blocs de terre glaise. Finalement, le petit dispensaire vit le jour et, plus tard, offrit les services d'accouchement. Les Soeurs du Saint-Rosaire virent à la bonne marche de l'oeuvre et réussirent à embaucher une sage-femme nigériane qui fit un excellent travail à la grande satisfaction du Père Van tellement fier de cette réalisation communautaire. On s'amusait à qualifier le dispensaire-maternité de la "Maternité à Van". Claude put chanter enfin son "nunc dimittis" car sa "maternité" fut officiellement inaugurée en octobre 1970.

Le dispensaire-maternité d'Awo Akpali

Awo Akpali, un poste très dynamique de la Mission d'Ankpa, encouragé par le projet médical d'Egumé, voulut avoir aussi son dispensaire avec services d'une sage-femme pour les accouchements. Soeur Marie de Montfort, soeur du Saint Rosaire, toujours prête à rendre service, assura les gens de son soutien. Le dispensaire fut ouvert en 1975, trois ans après le début de la construction qui se fit péniblement. Les Soeurs nigérianes de la congrégation "Immaculate Heart of Mary", une fondation de l'évêque spiritain Monseigneur Okoye, s'installèrent à Awo et assurèrent les soins médicaux.


L'hôpital d'Ayangba

L'hôpital d'Ayanba connu depuis 1979 sous le vocable de "Grimard Memorial Hospital" s'avéra une bénédiction pour le centre d'Igala qui, on se l'imagine bien, commença lui aussi par être un dispensaire sur le domaine de la Mission d'Ayangba, desservi tour à tour par des infirmières canadiennes avant d'être pris en charge par les Soeurs du Saint Rosaire en 1965. Les locaux du dispensaire, qui servirent d'abord de logement aux étudiants du collège d'Ayangba, devenaient de plus en plus fréquentés par une clientèle venant d'Ayangba et des villages environnants. Les soins dispensés n'arrivaient pas à répondre aux besoins de la population qui réclamait un hôpital. En fait, ce projet cadrait bien dans les plans de Monseigneur Delisle qui prévoyait cette fondation.

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Hôpital d'Ayangba, Grimard Hospital

Nommé Préfet du diocèse d'Idah en septembre 1968, Monseigneur Léopold Grimard ne perdit pas de temps à faire des plans pour commencer la construction le plus tôt possible.

Il s'adressa à l'ACDI (Aide Canadienne De Développement International) qui ne se montra pas des plus enthousiastes à l'égard du projet; Misereor, lui, approuva le projet rapidement et assura un octroi substantiel. Le Père Fernand Pilon, très habile constructeur, accepta la responsabilité des travaux. On commença par le théâtre opératoire et une couple de pavillons qu'on équipa de tous les services qu'exige un hôpital décemment organisé. Une fois la salle d'opération achevée, Soeur Rosaire et Soeur Agnès, toutes deux chirurgiennes, ne tardèrent pas à exercer leur profession. Soeur Berthilla devint directrice de l'hôpital: une infirmière très compétente qui remporta la médaille d'or d'Irlande de sa promotion en technique infirmière. Sage-femme dès les débuts de sa carrière, elle devint anesthésiste.

Si les hôpitaux gouvernementaux de la région manquaient toujours de médicaments, Ayangba pouvait faire face à toute éventualité. Tout était propre, bien ordonné. La matrone avait les yeux ouverts, voyant à ce qu'on ne s'approprie pas indûment des médicaments ou des pièces de literie; c'est tellement tentant! Même si aujourd'hui l'hôpital est régi par le gouvernement, il demeure toujours propriété du diocèse sous la direction des Religieuses du Saint-Rosaire dont la réputation n'est plus à faire. Elles maintiennent encore l'oeuvre des cliniques mobiles dans les villages du territoire.

Soeur Rosaire avait formé un jeune homme pour l'assister à la salle d'opération. Il devint tellement compétent qu'on le surnommait Docteur John. Il lui arriva de venir à la rescousse des jeunes chirurgiens. Le jour où l'hôpital dut se soumettre aux exigences du gouvernement, John perdit son emploi car il n'était pas qualifié.


MUNDO

Dans les années 60, M.U.N.D.O de l'Université Laval.(Mouvement Universitaire de Développement Outre-Mer), fondé par le Père Parent, O.M.I., se montra un partenaire de qualité en favorisant beaucoup le développement des cliniques externes dans le diocèse de Lokoja par la présence d'un personnel médical de choix aux hôpitaux d'Okene et de Kabba. Animé d'une spiritualité profonde d'amour, de partage et d'engagement à l'égard des démunis du monde en voie de développement, le mouvement sut inculquer à ses membres jeunes et dynamiques le sens de la responsabilité et du dévouement. On se souvient des infirmières Madeleine Blais, Louisette Leclerc, Marie-Claire Gagnon, Claudette Giasson, Rita Duguay, Jacqueline Charbonneau, Mariette Poirier, Madeleine Rondeau , Pauline Sénéchal,de l'infirmier André Tremblay, des médecins Roger Belleau, Paul-Emile Roux et son épouse Françoise Roy également médecin, Jacques Gagnon, Jean-Marc Perron, Gilles Murray et Serge Moisan, qui épousa Agathe elle aussi de M.U.N.D.O.

À son départ pour le Nigéria, Louisette Leclerc, de la paroisse Saint-Sauveur de Québec où travaillait son père, reçut des paroissiens un don assez substantiel pour s'acheter une voiture Peugeot 404 qu'on baptisa "Louisette".

Madeleine, fille du docteur Blais, médecin psychiatre à Saint-Michel-Archange, naquit au Bazutoland, aujourd'hui le Lesotho. Le jeune médecin Blais donna quelques années de service à la Mission catholique fondée par les Pères Oblats et, surpris par la guerre de 39-45, il ne put retourner au Canada avant la fin du conflit.

D'autres membres du personnel médical, sans appartenir à M.U.N.D.O, donnèrent quelques années de service; mentionnons les noms de Claude Caron médecin et son épouse, infirmière, Rachel Ruelland, Madeleine Rondeau, Mariette Poirier, Jacqueline Charbonneau, Pierrette Cadorette, Christiane Michaud, Eugénie (Gigi) Marchessault, Bazil et Ginette Wakulczyk, le Docteur Jean Guy Martel qui, tous rivalisèrent de dévouement soit à l'hôpital, soit dans le service des cliniques externes. Pour donner une petite idée de l'achalandage des dispensaires, deux infirmières dans la région d'Ayangba traitèrent 1,050 patients en une semaine. Malheureusement ou heureusement, le gouvernement prit le contrôle de tous les hôpitaux en mai 1975. Le service personnalisé s'est dégradé, les pots-de-vin devinrent monnaie courante à l'hôpital d'Okene, même aux soins intensifs, sinon... Les médicaments gratis devinrent introuvables dans les pharmacies des hôpitaux et il fallait se les procurer en ville.


MISEREOR

Le mouvement Misereor en Allemagne est le pendant de "Développement et Paix" au Canada. Le centre de Misereor à Aaken ou Aix-la-Chapelle reçoit tous les ans la visite de centaines d'évêques ou de leurs représentants qui soumettent leurs plans d'aide humanitaire dans les domaines de la santé, de l'éducation ou de l'agriculture. Misereor est très généreux et très efficace; c'est grâce à son aide que les hôpitaux comme Ayangba et Kabba, des dispensaires et des projets d'agriculture dans les deux diocèses purent voir le jour comme dans ces centaines d'autres endroits dans le monde. On n'est pas si heureux avec ACDI qui redouble de prudence pour épauler des projets qui sont souvent étouffés par une bureaucratie trop lourde ou qui cède aux avantages politiques.

Les diocèses reçurent beaucoup de "Développement et Paix" et de plusieurs autres organismes irlandais et même autrichiens: le mouvement MIVA organise des parties de cartes dont les profits servent à payer le transport des missionnaires, que ce soit des voitures, des bateaux ou même de petits avions pour les Philippines et l'Amérique du Sud. Le diocèse de Lokoja reçut une Volkswagen pour faciliter les déplacements nombreux du directeur de l'Action Catholique.

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Qu'en est-il?


Le domaine du service médical se classait bien comme la deuxième priorité de développement dans les deux diocèses de Lokoja et d'Idah. Jésus s'est fait connaître et aimer par sa présence auprès des pauvres et des malades. "Il proclamait la Bonne Nouvelle et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple" (Matthieu 4: 23). Les Églises de Lokoja et d'Idah ne faillirent pas dans ce domaine; promouvoir les soins de santé était vraiment répondre à une attente cruciale de la population en butte à la maladie, la plupart du temps par manque d'eau potable. Un cercle vicieux qui décourageait les infirmières! "On donne des traitements aux gens atteints de maladies provoquées par l'eau infecte et ils retournent à la source de leur mal". Les gens peuvent difficilement se sortir de cette situation; à moins de faire bouillir l'eau pour la rendre potable: une pratique encore loin de faire partie des habitudes de vie de la population surtout quand le bois de chauffage se fait rare.


Les dispensaires

 

Dans les années 40, le gouvernement possédait déjà des hôpitaux dans les grandes villes et les chefs-lieux comme Lokoja et Idah. Ces hôpitaux, desservant une population très dense, n'étaient pas situés au centre du territoire; pour les gens de la campagne, leur accès était très difficile pour ne pas dire souvent impossible en cas d'urgence à cause du manque de transport et de la mauvaise condition des routes, surtout en Igala. Rattachés à l'hôpital, les dispensaires de l'administration locale pouvaient donner les premiers soins, distribuer des médicaments pour maladies usuelles tels malaria, ulcères, rhume et autres, mais ils étaient loin d'être équipés pour faire face à des accouchements; l'infirmier responsable du dispensaire de brousse recevait une formation très primaire. Il faut dire que tous les soins dispensés dans les hôpitaux et cliniques médicales du gouvernement étaient "officiellement" gratuits. Dans les années 50, une infirmière religieuse du Saint-Rosaire, soeur Marie de Montfort, travaillait à l'hôpital d'Idah; elle vivait avec sa consoeur venue à Idah pour fonder le centre d'art ménager; encore aujourd'hui, elle reçoit des centaines de malades dans les dispensaires de brousse de la région d'Ankpa qu'elle visite régulièrement. Elle est admirable!

L'arrivée de Marie-Rose Belval à Ayangba, en 1959, lançait l'oeuvre des cliniques sur le territoire Igala. Infirmière d'expérience qui avait travaillé en Uganda, elle flairait rapidement le bobo et donnait le traitement approprié. Sa corpulence en imposait et inspirait confiance aux gens. Elle acheta une voiture Vauxhall genre "station" pour transporter les médicaments en brousse. Partout on réclamait Marie-Rose. Elle était d'une résistance physique et d'une patience à toute épreuve. En une journée elle pouvait rencontrer des groupes de plus de 100 personnes qui patiemment attendaient leur tour. Souvent les aiguilles dont elle se servait pour donner des injections n'arrivaient pas à percer la peau trop coriace des cultivateurs et pliaient. Marie-Rose se servait d'aiguilles de plus fort calibre... utilisées par les vétérinaires.

Un jour de clinique dans un petit village, un vieux monsieur se présenta à Marie-Rose pour se faire extraire une grosse dent qui le faisait souffrir énormément. Marie-Rose avait le bras ferme et la prise solide dans ce genre d'exercice. Comme il n'y avait pas de local pour donner les traitements, sauf une petite case école assez sombre, tout se faisait à l'extérieur en présence de la communauté, même l'extraction d'une dent. Le patient, assis au milieu du groupe, fut invité à ouvrir la bouche; grand silence, on observait très scrupuleusement tous les gestes de Marie-Rose munie de sa pince. Cette femme avait-elle la force de faire l'extraction de cette grosse dent , oui vraiment grosse? "Je vais vous montrer ce que je suis capable de faire" de dire Marie-Rose en elle-même. En un tour de main suivi d'un "ouaque" retentissant car l'extraction se fit à froid. Marie-Rose exhiba avec fierté le trophée qu'elle tenait au bout de la pince, ce qui provoqua un éclat de rire général. Le petit vieux se tordait de douleur mais, le gros du mal passé, il riait avec tout le monde, enfin délivré... Marie-Rose ne suffisait plus à la tâche: trop de demandes. Il fallait penser à mieux s'organiser avec un personnel plus nombreux.

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Dispensaire d'Ayangba avec Marie-Rose

On logea Marie-Rose dans une petite maison, à quelques pieds de la Mission où vivait le personnel du collège. Seule femme blanche du groupe canadien de la région, elle trouvait normal d'aller prendre le café avec les Pères, leur préparer des desserts et faire des bouts de vie de communauté avec eux quand le moment s'y prêtait. Elle se buta à un mur. En 1960, la communauté du collège n'était pas habituée à de telles fantaisies et Marie-Rose comprit qu'elle n'était pas la bienvenue. Elle ne renouvela pas son mandat de deux ans et fut remplacée par d'autres infirmières canadiennes, toutes d'un grand dévouement et très responsables. Comme la plupart d'entre elles ne faisait qu'un séjour de deux ans, le suivi de l'oeuvre des dispensaires en souffrait à cause d'un manque de stabilité.

Les Soeurs infirmières du Saint-Rosaire d'Irlande prirent la relève à Ayangba et purent assurer une présence continue et un suivi aux tournées de brousse. Les soeurs Berthilla et Raphaël furent les premières religieuses à travailler au dispensaire central et à coordonner le travail médical dans la région avec des moyens très limités.

Si depuis peu de temps au Québec et avec beaucoup d'hésitation et d'appréhension de la part du collège des médecins, une maman peut accoucher dans une maison de naissance avec l'aide d'une sage-femme, la profession de sage-femme qualifiée était tout à l'honneur au Nigéria. Quelques-unes de nos infirmières canadiennes se qualifièrent en Irlande puisqu'il était impossible de le faire au Québec. S'il y avait des complications, on recourait au médecin de l'hôpital gouvernemental d'Idah à 45 milles d'Ayangba. Il y avait bien l'hôpital d'Ochadam que dirigeait le docteur Holley dans les années 50: c'était en fait une léproserie à laquelle se rattachait un dispensaire qui pouvait dépanner dans les cas d'urgence.

Un jour, le Père Jean-Claude Audet, alors jeune missionnaire, voulut donner l'onction des malades à un patient. Il s'était fait "ramasser" par le Docteur Holley de confession protestante: "We don't do those things here".

Une autre rencontre avec le docteur révéla le même esprit d'oecuménisme!!!; au volant de sa voiture sur la route d'Idah, il faillit avoir une collision frontale avec la voiture du Père Roberge. Les deux arrêtèrent pour s'expliquer ou s'engueuler. Le docteur de faire la remarque suivante: "What kind of mad driving is that"? Rodrigue de répliquer: "You mean your own". En fait Rodrigue avait tort.


Dans la région de Lokoja

Même si la partie nord de la province de Kabba se prétendait plus avancée que la partie sud de l'autre côté du fleuve, le problème médical devenait très difficile dans les régions d'Okene et de Kabba qui devaient recourir aux services du seul et vieil hôpital gouvernemental de Lokoja.


L'hôpital d'Okene

Monseigneur Delisle lança le projet d'un hôpital à Okene qui sera réalisé conjointement par le diocèse de Lokoja et le ministère de la santé. Celui-ci se portant garant des subsides et celui-là responsable des travaux de construction et du personnel médical.

Les Soeurs "Missionaries of our Lady"

On invita une jeune congrégation canadienne, les Soeurs "Missionaries of Our Lady" à prendre part à la fondation de l'hôpital d'Okene; ce nouvel institut récemment fondé à Alexandria en Ontario se vouait à la pastorale paroissiale et aux soins médicaux. C'était une excellente occasion de se lancer dans le travail missionnaire qui faisait rêver un peu toutes les congrégations. Malheureusement cette jeune congrégation n'avait pas de tradition missionnaire et n'acceptait pas facilement les conseils; elle s'acclimata aussi difficilement au pays. Les trois religieuses firent d'abord un stage à l'hôpital de Lokoja avant d'habiter le couvent d'Okene mis en chantier dès leur arrivée. Elles faisaient un travail de dispensaire dans la ville en attendant l'ouverture de l'hôpital que construisait le frère André Blais, spiritain, ancien missionnaire au Cameroun. C'était en 1958.

Le premier médecin de l'hôpital fut le docteur De Valero, un italien qui, avec son épouse infirmière, passa deux ans à Okene. L'ouverture officielle se fit en avril 1960.


L'Hôpital Saint John de Kabba

Dans les mêmes années, le diocèse a lancé l'oeuvre médicale chez les Yorubas de Kabba dont la paroisse couvrait un territoire assez respectable et les soins hospitaliers se donnaient seulement à Lokoja ou à l'hôpital protestante d'Egbe. La nécessité d'un hôpital à Kabba s'imposait et on le voulait privé et bien catholique, contrairement à l'hôpital général d'Okene qui vit le jour grâce aux subsides du ministère de la santé.

Comme tout hôpital, celui de Kabba commença au bas de l'échelle par une clinique tenue par les Soeurs de la Charité du diocèse de Boston. Monseigneur Delisle les avait délivrées de l'emprise du terrible Cardinal Cushing qui prétendait qu'il pouvait, avec ses millions, se permettre de décider du travail des institutions missionnaires de son diocèse.

Lors d'un voyage à Boston pour visiter les Religieuses, Monseigneur Delisle pensa qu'il serait de bon aloi de rencontrer son Éminence et de faire appel à sa générosité ou plutôt à celle du diocèse. Ce matin-là, Monseigneur Delisle se rendit bien humblement à la salle d'audience pour se joindre au groupe afin d'être présenté au prélat par le secrétaire. À la mention de l'évêque de Kabba, le "saint homme" devint aussi rouge que sa pourpre et, furieux, il l'engueula devant tout le monde pour avoir osé intéresser des Religieuses à son diocèse alors qu'il les destinait à une mission de l'Amérique latine. L'évêque de Lokoja tout éberlué, ne savait plus quoi dire et penser. La visite s'est rapidement terminée en catastrophe.

Monseigneur Delisle n'avait pas beaucoup de chance avec les cardinaux. Il fut aussi reçu en audience par le Cardinal Paul-Émile Léger, Archevêque de Montréal; celui-ci daigna bien écouter sans trop d'intérêt les propos de Monseigneur Auguste Delisle qui, avec l'enthousiasme qui le caractérisait, lui exposait ses problèmes avec l'espoir d'avoir un petit soutien financier du Diocèse. Le Cardinal, du haut de sa grandeur, lui fit comprendre que Montréal avait aussi ses problèmes d'argent et de développement et que malheureusement il ne pouvait rien faire. Un fois au Cameroun, le cardinal se rendit vite compte des nombreux problèmes auxquels devait faire face un évêque missionnaire.

Heureusement que les Soeurs de la Charité, plus intelligentes que leur cardinal Cushing, ne ménagèrent rien pour donner à l'hôpital et à l'école secondaire Sainte-Monique une croissance rapide et vivante. "Sister" Alice, infirmière qui passa plusieurs années à Kabba, choisit de continuer son travail missionnaire en Colombie. Elle avouera à Monseigneur Delisle que la pauvreté de Kabba est un luxe comparée aux conditions dans lesquelles elle exerce sa profession.

Le docteur-chirurgien Jean-Guy Martel de Québec fit la renommée de l'hôpital de Kabba par son habileté et ses tours de force en chirurgie. La population excusait très souvent ses écarts de langage. Il parlait d'Alice "la Chriss" même s'il lui vouait une confiance et une admiration sans borne. Un de ses sports favoris était d'aller à la chasse à la perdrix dans la savane avoisinante pour se détendre après une opération de plusieurs heures.

Une organisation s'était formée à Boston pour venir en aide à l'hôpital de Kabba. On avait payé et envoyé une voiture américaine de style Van qui servit longtemps d'ambulance. On ne manqua pas d'inscrire en très grosses lettres sur les parois de la cabine: "Gift of the Friends of America to the Friends of Kabba". C'est tout à fait dans le genre américain: "Sachez-le! on est généreux".

Les Religieuses de Boston arrivèrent avec tout un ameublement américain. En fait, on transportait les États-Unis à Kabba. Ce fut un casse-tête quand il fallut réparer la dynamo de fabrication américaine pour laquelle on ne pouvait trouver de pièces de rechange au pays.

L'hôpital privé Saint John de Kabba déclina rapidement dans les années 80 quand le nouvel hôpital gouvernemental fut mis en service; celui-ci dispense gratuitement les soins médicaux et jouit d'un personnel nombreux et compétent.


Docteur Clathworhty

Pour lancer un réseau de dispensaires, il fallait un médecin qui, aux yeux du gouvernement, se rendait responsable des activités médicales tant à Kabba qu'à Okene. On ne peut faire l'histoire des hôpitaux d'Okene, de Kabba, des dispensaires en Igala sans mentionner le travail de Madame la docteur Clathworthy qui, par sa supervision et son travail, permit la réalisation du programme de service médical. Tout un personnage! Une "scholar" très anglaise! Elle était une amie personnelle du Docteur Fisher, alors archevêque anglican et primat d'Angleterre. Elle se convertit au catholicisme tout en gardant un profond respect et la nostalgie de son Église d'origine. Elle voulut se faire religieuse mais son caractère très spécial ne lui permit pas cette aventure. Après un séjour dans l'est africain, elle décida de travailler ou plutôt de "missionner" au Nigéria dans le diocèse de Bénin d'abord où elle fonda l'hôpital d'Uromi.

Dès 1956, elle visitait régulièrement Okene et Kabba; plus tard, elle élira domicile avec toute sa ménagerie à Kabba. Elle rencontra aussi les malades des dispensaires d'Ayanga et d'Odmomoh, toujours accompagnée d'un des animaux de son zoo: un chat, une biche, un chien ou un singe qu'elle nourrissait au biberon, s'il refusait de boire à la bouteille, elle vérifiait la qualité du lait à même le biberon et lui remettait la suce dans la gueule, lui expliquant qu'il n'avait pas raison d'être capricieux. Un steward-infirmier l'accompagnait dans ses tournées pour l'assister dans son travail médical, conduire sa voiture ...et nourrir les animaux.

Lors de ses visites à Okene, la doctoresse se retirait au couvent des "Missionaries of Our Lady". Comme leur règle de vie ne leur permettait pas de recevoir un visiteur laïc à leur table, elle devait prendre ses repas seule et n'arrivait pas à comprendre cette façon de faire. N'était-ce pas pour elle une occasion de rencontrer des femmes de sa culture et de sa profession? Elle choisit alors de prendre ses repas à la résidence des Pères Spiritains à quelques pas du couvent, et y reçut l'accueil cordial qu'elle s'attendait à trouver chez les Religieuses. Les Pères d'Okene étaient renommés pour leur hospitalité. Que d'aberrations se mêlent à la pratique de la bonne vie chrétienne!

Si le docteur Shweitzer a fondé l'hôpital de Lambaréné et sut se faire connaître dans une partie du monde occidental par ses concerts d'orgue, ses conférences philosophiques et théologiques, Docteur Clathworthy fonda trois hôpitaux: Uromi, Sapele et Kabba dans des conditions les plus difficiles. Elle opéra même sur la véranda de sa maison privée et donnait certains traitements médicaux aux femmes à l'aide d'une pompe à vélo pour faciliter la fécondité. Elle vivait seule et disait que, sans sa ménagerie, elle deviendrait folle. Une fois que l'hôpital d'Okene devint autonome, elle concentra ses efforts à Kabba pour lancer l'hôpital.

Sa mission terminée et prenant de l'âge, elle retourna à Uromi. Sachant que son cancer progressait et qu'il aurait bientôt raison d'elle, elle fit demander le Père Denis Guertin d'Odomomoh qu'elle aimait bien afin de se faire accompagner dans ses derniers moments. Denis reçut le message trop tard.

Elle fut une femme extraordinaire qui apporta une aide vitale aux diocèses de Kabba et de Bénin. Elle repose dans le cimetière catholique d'Uromi.


Le dispensaire de Magongo

Magongo est un petit village situé à quelques milles de la ville d'Okene. Sa population et celle des villages avoisinants justifiaient les services d'un dispensaire que les gens réclamaient depuis longtemps. La population construisit son dispensaire sous la surveillance du Père Guy Malette. L'ouverture officielle eut lieu en mars 1965. Le personnel médical de Kabba en assurait la direction.

L'hôpital St Pius (Koton Karifi)

 

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Père Antonio Massé, curé fondateur de la paroisse

Le promoteur de l'hôpital de Koton Karifi est sans contredit le Père Antonio Massé, curé fondateur de la paroisse.

Dans ce coin du diocèse de Lokoja où les musulmans sont rois et maîtres, même si plusieurs villages sont encore animistes, les projets progressaient pouce par pouce; tout devait être débattu longuement tant pour la fondation d'écoles primaires que pour le projet d'un dispensaire qui devait devenir l'hôpital Saint Pius X.

La collaboration des villages fut nulle. Dans ces situations, le moyen le plus facile d'arriver à quelque chose était peut-être de défrayer tout le coût des dépenses d'un projet si on avait l'argent. Avec ses nombreux bienfaiteurs, le Père Massé pouvait se permettre ce moyen.

Le dispensaire se construisit aux portes du village de Koton; cette fondation n'était vraiment pas un luxe. Là comme dans tous les autres coins de brousse, les femmes enceintes, les adultes et les enfants malades par centaines réclamaient ce service depuis longtemps. En 1970, le Père Massé vint au Canada pour recruter un médecin. Il convainquît le docteur Gilles Murray et son épouse Myrta, infirmière, de passer une couple d'années à Koton pour lancer le petit hôpital de 12 lits.

L'inauguration officielle eut lieu le 4 juillet 1971. Le général Bamigboye, gouverneur militaire de l'État de Kwara, présida à la cérémonie et loua très gentiment l'Église Catholique et la mission de Koton pour cette réalisation qui, avec des moyens si limités, tenait du miracle. Comme il pleuvait ce jour-là, le grand chef musulman et toute sa cour ne se dérangèrent pas pour l'événement. Si le missionnaire mise trop sur la reconnaissance des gens, il peut être drôlement déçu. Ce jour-là, le Père Massé, doyen spiritain, reçut la décoration papale "Pro Ecclesia et Pontifice".

Le docteur Serge Moisan remplaça Gilles Murray et prit part très activement à la fondation de l'hôpital d'Isanlu. Cette oeuvre commença humblement par un dispensaire servant Isanlu et les villages avoisinants. Garde Agathe Desmarais et l'infirmier André Tremblay du Saguenay - Lac St-Jean, se dépensèrent beaucoup pour mettre l'hôpital sur pied. En 1975, Agathe épousa Serge.

Un peu plus tard, le Père Léo Leblanc, alors curé de la paroisse, lança la construction d'un petit village près d'Isanlu dans le but de rendre la vie plus humaine aux lépreux qui, malgré leur guérison, arrivaient difficilement à s'intégrer à leur communauté.

Dans la région d'Igala
Le dispensaire d'Odomomoh

Un endroit qui nécessitait grandement un dispensaire était bien le territoire des marais d'Ibaji. Un aide-infirmier du petit dispensaire d'Onyedega, chef-lieu de la région, donnait des traitements très élémentaires; c'était tout à fait insuffisant pour l'étendue du territoire aux communications si difficiles. Dans les années 50, il n'y avait que des sentiers. Tous les ans, et encore aujourd'hui, ces petits sentiers et la seule route qui traverse le territoire sont inondés par la crue des eaux du fleuve Niger à la fin de la saison des pluies. Ce fut un coup d'as du Père Armand Larose, fondateur de l'Église d'Ibaji, d'avoir lancé le projet d'un dispensaire-maternité, complété par son remplaçant Denis Guertin qui est à Odomomoh depuis 1960 ...et y est toujours en 1999. Un record de longévité chez les Spiritains canadiens.

On construisit un dispensaire de peine et de misère avec la seule contribution des gens qui y tenaient énormément. Plus tard, tout près de la résidence des Pères, Denis bâtit une maison capable de loger deux infirmières. Pour faciliter la communication, il poussa la fantaisie jusqu'à installer une ligne téléphonique reliant les deux résidences et le dispensaire avec de vieux appareils téléphoniques canadiens qui, alimentés par de petites piles, offraient un réseau très convenable.

Pour aider au transport des infirmières qui avaient à visiter des postes de brousse le long du fleuve Niger, Denis leur construisit un bateau hors-bord.


La "Maternity home" d'Égumé

Les gens d'Egumé soupiraient depuis longtemps après un dispensaire avec services d'accouchement. Egumé, village de quelque 10,000 âmes, le plus populeux de la région et chef lieu du territoire, se développait très difficilement car son voisin Ayangba, à six milles de là, jouissait d'une situation géographique très avantageuse et attirait toujours les nouveaux développements.

Dans les années 60, quand les Religieuses du Saint-Rosaire visitaient le village d'Egumé pour faire la promotion de leur couvent d'Idah, elles provoquaient toujours sur le terrain de l'école catholique de gros rassemblements de gens qui suppliaient les Religieuses de lancer un dispensaire dans le village le plus vite possible. Une année, un haut représentant du gouvernement qui visitait le village en même temps que soeur Philippe ne put rencontrer la population qui jugea plus important de présenter une fois de plus leur requête à la Religieuse et lui faire valoir l'urgence d'un dispensaire. La bonne Mère se livrait au chantage alléguant qu'elle ferait tout en son possible pour mousser le projet à condition d'avoir des filles du village dans son école d'Idah.

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Maternité d'Égumé

Le Père Claude Van Nieuwenhove devint curé d'Egumé et prit la chose en main avec beaucoup de coeur comme dans tout ce qu'il faisait d'ailleurs. C'était bien écrit noir sur blanc qu'il devait avoir la collaboration des gens du village pour réaliser ce projet. Claude leur fit comprendre que c'était leur clinique et qu'il fallait mettre la main à la pâte et à la terre glaise. On ne devait pas compter sur la mission pour défrayer tout le coût du projet. Les gens firent des levées de fonds, ils ramassèrent la pierre pour faire les fondations du bâtiment et moulèrent des blocs de terre glaise. Finalement, le petit dispensaire vit le jour et, plus tard, offrit les services d'accouchement. Les Soeurs du Saint-Rosaire virent à la bonne marche de l'oeuvre et réussirent à embaucher une sage-femme nigériane qui fit un excellent travail à la grande satisfaction du Père Van tellement fier de cette réalisation communautaire. On s'amusait à qualifier le dispensaire-maternité de la "Maternité à Van". Claude put chanter enfin son "nunc dimittis" car sa "maternité" fut officiellement inaugurée en octobre 1970.

Le dispensaire-maternité d'Awo Akpali

Awo Akpali, un poste très dynamique de la Mission d'Ankpa, encouragé par le projet médical d'Egumé, voulut avoir aussi son dispensaire avec services d'une sage-femme pour les accouchements. Soeur Marie de Montfort, soeur du Saint Rosaire, toujours prête à rendre service, assura les gens de son soutien. Le dispensaire fut ouvert en 1975, trois ans après le début de la construction qui se fit péniblement. Les Soeurs nigérianes de la congrégation "Immaculate Heart of Mary", une fondation de l'évêque spiritain Monseigneur Okoye, s'installèrent à Awo et assurèrent les soins médicaux.


L'hôpital d'Ayangba

L'hôpital d'Ayanba connu depuis 1979 sous le vocable de "Grimard Memorial Hospital" s'avéra une bénédiction pour le centre d'Igala qui, on se l'imagine bien, commença lui aussi par être un dispensaire sur le domaine de la Mission d'Ayangba, desservi tour à tour par des infirmières canadiennes avant d'être pris en charge par les Soeurs du Saint Rosaire en 1965. Les locaux du dispensaire, qui servirent d'abord de logement aux étudiants du collège d'Ayangba, devenaient de plus en plus fréquentés par une clientèle venant d'Ayangba et des villages environnants. Les soins dispensés n'arrivaient pas à répondre aux besoins de la population qui réclamait un hôpital. En fait, ce projet cadrait bien dans les plans de Monseigneur Delisle qui prévoyait cette fondation.

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Hôpital d'Ayangba, Grimard Hospital

Nommé Préfet du diocèse d'Idah en septembre 1968, Monseigneur Léopold Grimard ne perdit pas de temps à faire des plans pour commencer la construction le plus tôt possible.

Il s'adressa à l'ACDI (Aide Canadienne De Développement International) qui ne se montra pas des plus enthousiastes à l'égard du projet; Misereor, lui, approuva le projet rapidement et assura un octroi substantiel. Le Père Fernand Pilon, très habile constructeur, accepta la responsabilité des travaux. On commença par le théâtre opératoire et une couple de pavillons qu'on équipa de tous les services qu'exige un hôpital décemment organisé. Une fois la salle d'opération achevée, Soeur Rosaire et Soeur Agnès, toutes deux chirurgiennes, ne tardèrent pas à exercer leur profession. Soeur Berthilla devint directrice de l'hôpital: une infirmière très compétente qui remporta la médaille d'or d'Irlande de sa promotion en technique infirmière. Sage-femme dès les débuts de sa carrière, elle devint anesthésiste.

Si les hôpitaux gouvernementaux de la région manquaient toujours de médicaments, Ayangba pouvait faire face à toute éventualité. Tout était propre, bien ordonné. La matrone avait les yeux ouverts, voyant à ce qu'on ne s'approprie pas indûment des médicaments ou des pièces de literie; c'est tellement tentant! Même si aujourd'hui l'hôpital est régi par le gouvernement, il demeure toujours propriété du diocèse sous la direction des Religieuses du Saint-Rosaire dont la réputation n'est plus à faire. Elles maintiennent encore l'oeuvre des cliniques mobiles dans les villages du territoire.

Soeur Rosaire avait formé un jeune homme pour l'assister à la salle d'opération. Il devint tellement compétent qu'on le surnommait Docteur John. Il lui arriva de venir à la rescousse des jeunes chirurgiens. Le jour où l'hôpital dut se soumettre aux exigences du gouvernement, John perdit son emploi car il n'était pas qualifié.


MUNDO

Dans les années 60, M.U.N.D.O de l'Université Laval.(Mouvement Universitaire de Développement Outre-Mer), fondé par le Père Parent, O.M.I., se montra un partenaire de qualité en favorisant beaucoup le développement des cliniques externes dans le diocèse de Lokoja par la présence d'un personnel médical de choix aux hôpitaux d'Okene et de Kabba. Animé d'une spiritualité profonde d'amour, de partage et d'engagement à l'égard des démunis du monde en voie de développement, le mouvement sut inculquer à ses membres jeunes et dynamiques le sens de la responsabilité et du dévouement. On se souvient des infirmières Madeleine Blais, Louisette Leclerc, Marie-Claire Gagnon, Claudette Giasson, Rita Duguay, Jacqueline Charbonneau, Mariette Poirier, Madeleine Rondeau , Pauline Sénéchal,de l'infirmier André Tremblay, des médecins Roger Belleau, Paul-Emile Roux et son épouse Françoise Roy également médecin, Jacques Gagnon, Jean-Marc Perron, Gilles Murray et Serge Moisan, qui épousa Agathe elle aussi de M.U.N.D.O.

À son départ pour le Nigéria, Louisette Leclerc, de la paroisse Saint-Sauveur de Québec où travaillait son père, reçut des paroissiens un don assez substantiel pour s'acheter une voiture Peugeot 404 qu'on baptisa "Louisette".

Madeleine, fille du docteur Blais, médecin psychiatre à Saint-Michel-Archange, naquit au Bazutoland, aujourd'hui le Lesotho. Le jeune médecin Blais donna quelques années de service à la Mission catholique fondée par les Pères Oblats et, surpris par la guerre de 39-45, il ne put retourner au Canada avant la fin du conflit.

D'autres membres du personnel médical, sans appartenir à M.U.N.D.O, donnèrent quelques années de service; mentionnons les noms de Claude Caron médecin et son épouse, infirmière, Rachel Ruelland, Madeleine Rondeau, Mariette Poirier, Jacqueline Charbonneau, Pierrette Cadorette, Christiane Michaud, Eugénie (Gigi) Marchessault, Bazil et Ginette Wakulczyk, le Docteur Jean Guy Martel qui, tous rivalisèrent de dévouement soit à l'hôpital, soit dans le service des cliniques externes. Pour donner une petite idée de l'achalandage des dispensaires, deux infirmières dans la région d'Ayangba traitèrent 1,050 patients en une semaine. Malheureusement ou heureusement, le gouvernement prit le contrôle de tous les hôpitaux en mai 1975. Le service personnalisé s'est dégradé, les pots-de-vin devinrent monnaie courante à l'hôpital d'Okene, même aux soins intensifs, sinon... Les médicaments gratis devinrent introuvables dans les pharmacies des hôpitaux et il fallait se les procurer en ville.


MISEREOR

Le mouvement Misereor en Allemagne est le pendant de "Développement et Paix" au Canada. Le centre de Misereor à Aaken ou Aix-la-Chapelle reçoit tous les ans la visite de centaines d'évêques ou de leurs représentants qui soumettent leurs plans d'aide humanitaire dans les domaines de la santé, de l'éducation ou de l'agriculture. Misereor est très généreux et très efficace; c'est grâce à son aide que les hôpitaux comme Ayangba et Kabba, des dispensaires et des projets d'agriculture dans les deux diocèses purent voir le jour comme dans ces centaines d'autres endroits dans le monde. On n'est pas si heureux avec ACDI qui redouble de prudence pour épauler des projets qui sont souvent étouffés par une bureaucratie trop lourde ou qui cède aux avantages politiques.

Les diocèses reçurent beaucoup de "Développement et Paix" et de plusieurs autres organismes irlandais et même autrichiens: le mouvement MIVA organise des parties de cartes dont les profits servent à payer le transport des missionnaires, que ce soit des voitures, des bateaux ou même de petits avions pour les Philippines et l'Amérique du Sud. Le diocèse de Lokoja reçut une Volkswagen pour faciliter les déplacements nombreux du directeur de l'Action Catholique.

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