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Quelques points de repères importants

 

Les Spiritains Canadiens Français
Missionnaires au Nigéria 
(1947 - 1997)

Qui sont les Spiritains, Pères et Frères, membres de la Congrégation du Saint-Esprit? Voici quelques jalons pour mieux faire leur connaissance et mieux apprécier le travail que firent, de 1947 à nos jours,les Spiritains canadiens français au Nigéria, pays de l'ouest africain, de 1947 à nos jours.

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Claude Poullart des Places
1679-1709
Fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit

La Société du Saint-Esprit fut fondée en 1703 par l'abbé Claude Poullart des Places, mystérieux personnage qui était déjà avocat à l'âge de 21 ans quand il décida d'entrer dans les Ordres. Il se pencha d'abord sur la misère des étudiants parisiens qui avaient de la difficulté à se loger et à payer leurs études. Il fonda la Société du Saint-Esprit pour continuer son oeuvre: ce qui lui valut le sobriquet de chiffonnier de la sainte Église. Cette société vint en aide aussi aux petits ramoneurs de Paris originaires de la Savoie.

Plus tard, cette Société reçut du Gouvernement français le mandat de former un clergé destiné à exercer son ministère dans les colonies. C'était un mandat très intéressant car le gouvernement savait qu'il serait, avec l'aide de l'Église, peut-être plus en mesure de négocier avec les gens des colonies dont plusieurs étaient encore esclaves. Le Séminaire colonial fut construit sur la rue Lhomond en plein coeur de Paris. Il devint plus tard la Maison généralice de la Congrégation et, actuellement, il est centre de l'administration de la Province spiritaine de France, tout en étant une maison de passage très accueillante.

C'est ainsi qu'on retrouve des Messieurs du Saint-Esprit en Acadie et dans les Antilles et même à Québec tels que Monsieur René-Jean Allenou qui devint Vicaire général de Monseigneur de Pontbriand et Monsieur Jean-Louis Le Loutre, qui, en 1737, était activement recherché par l'armée anglaise comme étant un hors-la-loi dangereux puisque, en collaboration avec des Acadiens et des Amérindiens, il fomentait des troubles et provoquait des soulèvements dans la population qui n'acceptait pas les conséquences de la conquête.

Au fil des années, le recrutement de nouveaux membres à la Société vint à manquer.

En 1848, la Société du Saint-Esprit, réduite à sept membres tous très âgés, était menacée d'extinction. La Providence mit sur le chemin de Poullart un certain Monsieur François Libermann, juif converti, qui venait de fonder une congrégation connue sous le vocable du Saint-Coeur-de-Marie. Cette nouvelle fondation, vouée au travail pastoral dans les Missions, était dans l'embarras car elle n'avait pas accès aux colonies françaises contrôlées par le Gouvernement. Pourquoi alors ne pas fusionner avec la Société du Saint-Esprit qui avait tout sauf le personnel? Ce fut la suggestion de Rome; la fusion se réalisa en 1848. La Société du Saint-Esprit devint la Congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Coeur-de-Marie dont les membres sont communément appelés "Spiritains". Grâce à cette entente, les portes furent grandes ouvertes et les Spiritains relancèrent l'évangélisation chez les peuples noirs d'Afrique.

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François-Marie-Paul Libermann
1802-1852
Fondateur de la Société du Saint-Coeur-de-Marie
11e supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit

Les Spiritains au Canada
C'est un peu par accident que les Spiritains s'établirent au Canada, plus précisément à Limbour (aujoud'hui Gatineau) dans l'Outaouais, où se trouve encore aujourd'hui le collège Saint-Alexandre. Lors de sa fondation, le territoire du collège comprenait l'ancien domaine de Monsieur Alonzo Wright, député du Haut-Canada. Ce territoire avait été acheté par le Père Amet Limbour, grâce à un legs substantiel de Madame Jules Lebaudy, une richissime parisienne. Le Père Limbour, bon Breton, dut faire preuve de finesse et de ruse pour acquérir ce domaine qui, en 1905, appartenait à l'héritière de Monsieur Alonzo. Elle ne voulait absolument pas céder la propriété à des catholiques français, pour respecter une entente tacite faite entre familles anglaises de certaines régions de l'Outaouais et du Pontiac. Il fallait à tout prix éviter la présence des "nègres-blancs" à titre de propriétaires. N'étaient-ils pas nés pour être porteurs d'eau?

Le but de la fondation n'était pas très clair. On pensa d'abord à une école technique pour jeunes Français: le projet avorta. Il en fut de même pour celui d'une école d'agriculture qui ne dura que sept ans. Finalement le projet d'un collège classique l'emporta: ce sera le Collège Saint- Alexandre de la Gatineau, en l'honneur de Monseigneur Alexandre Le Roy, Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit qui avait lancé l'oeuvre en 1904.

Cette fondation s'avéra un apport précieux à la région de l'Outaouais qui n'offrait pas ce service, dépendante qu'elle était d'Ottawa pour la formation classique de ses jeunes gens. La même situation prévalait dans tout l'Ouest québécois. Le Collège Saint-Alexandre était le seul pensionnat-classique de la région jusqu'en juillet 1948, date de la fondation de l'Externat classique Marie-Médiatrice à Hull.

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Le Collège St-Alexandre de la Gatineau

L'évêque de Rimouski, Monseigneur Joseph Romuald Léonard (1919-1926) semble avoir connu les Spiritains par l'entremise du Père Piacentini, supérieur du collège Saint-Alexandre qu'il connaisait bien. Celui-ci lui écrivait un mot d'amitié le 26 novembre, à l'occasion de son rappel en France: "Monseigneur, un des meillleurs souvenirs que j'emporterai est celui de la bienveillance que vous m'avez témoigné personnellement et je me crois tenu en prenant congé de votre grandeur de vous en exprimer ma reconnaissance". Son diocèse n'ayant pas encore de petit séminaire, il envoya ses aspirants au sacerdoce à Saint-Alexandre, convaincu qu'ils recevraient une excellente formation. Ce fut un gain pour la Congrégation, car la majorité des premiers Spiritains venaient du Bas St-Laurent et dix-neuf d'entre eux travaillèrent dans les colonies françaises d'Afrique telles que le Gabon, le Congo, l'Oubangui-Charri, le Sénégal, la Guinée française; les Iles Maurice et Rodriguès, dans l'Océan Indien; dans les Antilles: la Martinique, Haïti et la Guadeloupe. Les Canadiens faisaient équipe avec leurs confrères européens surtout français.

La deuxième guerre mondiale bouscula bien des choses dans la vie de la Congrégation spiritaine qui tenait beaucoup à ce que ses aspirants soient formés en France. Cette formation comprenait l'année du noviciat à Langonnet et six ans d'études en philosophie et en théologie au Séminaire spiritain de Chevilly situé tout près de l'aéroport d'Orly; aujourd'hui, il est voisin des Halles de Paris. Chevilly formait à cette époque une grande communauté des nations où les Français étaient en majorité mais on y retrouvait aussi des étudiants anglais, irlandais, polonais, allemands, hollandais et portugais. Tous les Spiritains de cette époque parlent très bien le français.

Le conflit mondial mit fin à cet état de choses et les provinces spiritaines devinrent responsables de la formation de leurs candidats. Pour faciliter le recrutement des Spiritains au Canada, on pensait qu'au lieu d'envoyer les jeunes missionnaires canadiens en colonies françaises, il serait avantageux d'avoir un territoire missionnaire bien à soi pour faciliter la promotion spiritaine au Québec. Rome accorda à la Province du Canada un territoire: le Nigéria, colonie en Afrique occidentale, sous protectorat anglais depuis 1885. Ce fut une déception pour plusieurs Spiritains qui étaient loin d'être familiers avec la langue anglaise.

Mais où était donc ce Nigéria et qui était-il?


On avait beaucoup entendu parler des colonies françaises, surtout du Cameroun où les Canadiens auraient souhaité travailler. Le Nigéria était une des colonies anglaises de l'Ouest africain situé au 10ième parallèle nord. Ce géant de l'Afrique Noire, avec une population très dense de 35 millions d'habitants dans les années 50 et 90 millions selon un recensement des années 70, acquit son indépendance le 1er octobre 1960.

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Ce pays est limité au nord par la République du Niger, à l'est par le Tchad et le Cameroun anglais et à l'ouest par le Bénin. Son climat malsain lui valait la renommée de tombeau de l'homme blanc; on qualifiait sa capitale Lagos, en face du port d'Apapa, comme la ville la plus sale du monde après Bombay aux Indes. Selon la revue Time Magazine du temps, en 1954, le revenu annuel du Nigérian moyen était d'environ 75$. Il n'y avait pas de folles dépenses à faire!

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Le Nigéria

Malgré ses centaines d'ethnies, ce protectorat anglais vivait en paix et savait mater rapidement la plus petite émeute avec une armée et un corps de police formés à l'anglaise, donc très disciplinés. Tout était contrôlé avec discrétion par les Britanniques qui donnaient tout de même beaucoup de responsabilités aux Nigérians dans tous les départements de l'administration. En fait, les Britanniques gouvernaient selon la méthode adoptée par l'un de leurs grands colonisateurs, Lord Luggard: l'"indirect rule" qui, au lieu de faire sentir le joug colonial, permettait de gouverner par le truchement d'une administration indigène locale et bien rodée, riche d'une expérience séculaire.

Au huitième siècle on parlait déjà des royaumes du Nord et au quinzième siècle, les Yorubas jouissaient de sociétés bien structurées, les Ibos un peu moins. Les grands chefs étaient respectés et gardaient la place qui leur revenait dans la société, tout en étant soumis au gouverneur de l'état et à l'administrateur local jusqu'à l'indépendance en 1960. Le Nigéria comptait trois grandes régions: le Nord, l'Ouest, l'Est. Le nord était habité par les Haussas et les Fulanis, redoutables guerriers; les Yorubas de la région de l'Ouest jouissent d'une civilisation raffinée, le fameux masque d'Ife en est un signe éclatant; la région de l'Est comprenant surtout les Ibos, gens très laborieux, qualifiés de juifs du pays tant ils maîtrisent le commerce avec courage et habileté: partout où il y a une piastre à faire, ils y sont; c'est ainsi qu'on les rencontrait partout dans le pays. Quant à la région Centre-Ouest plus petite que les autres, elle aurait bien voulu jouir d'un statut égal à ses soeurs, mais elle n'y arrivait pas.

L'anglais était imposé comme véhicule d'unité, les langues principales du pays demeuraient toujours bien vivantes telles que le Yoruba, l'Ibo et surtout le Haussa que tout administrateur anglais devait maîtriser s'il voulait travailler au Nigéria. Les dialectes se comptent toujours par centaines. Quant aux religions, les animistes formaient la majorité; venaient ensuite les musulmans qui couvraient une bonne partie du nord et l'ouest du pays: ils avaient la faveur des Britanniques à ce point qu'un expatrié pris à faire du prosélytisme auprès d'eux pouvait être expulsé du pays.

Les chrétiens beaucoup moins nombreux se manifestaient déjà dans les années 40 pour leur souci de l'éducation. On se souvient qu'au 15e siècle, les Franciscains portugais tentèrent une percée évangélique dans l'ouest du Nigéria mais furent éconduits par les Yorubas. Des signes de cet embryon de présence catholique apparaissent encore dans les vêtements d'apparat des grands chefs Yorubas. On reconnaît facilement l'aube, la chape, l'étole et la couronne ou mitre. Les vêtements amples masculins du genre toge gardent toujours à l'encolure une broderie en biseau de couleur différente du vêtement, rappelant l'étole du diacre, dit-on.

C'est vers ce pays mystérieux et plein d'avenir que partaient nos premiers Canadiens à l'automne 1947.

Un premier départ
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Ils étaient quatre à partir en 1947: Rodrigue Roberge, André Vigneault, Lionel Grondin et le frère Robert de Carufel. 

Pour marquer leur départ vers ce pays lointain, le Collège Saint-Alexandre profita de la fête de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, patronne des Missions, célébrée le 3 octobre, pour souligner cet événement. L'archevêque d'Ottawa, Monseigneur Alexandre Vachon présida la célébration en présence des Spiritains, des élèves du collège, des fidèles de la jeune paroisse de Limbour et de quelques membres du clergé local, surtout des anciens du collège. On profita de l'occasion pour louer la vocation missionnaire, son héroïcité et lancer une invitation aux jeunes à épauler un jour leurs aînés au Nigéria; cet appel a, en fait, retenti dans le coeur de plusieurs collégiens.

À la fin du discours, on procéda au baisement des pieds des missionnaires, geste très populaire en ce temps-là.

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Tous les ans, durant l'été, au Cap-de-la-Madeleine, ce rituel était mis en évidence. On invitait les missionnaires canadiens, surtout ceux et celles qui en étaient à leur premier départ, à le célébrer en compagnie de leurs parents et amis.

Durant la cérémonie, ils étaient invités à prendre place au kiosque de la "vénération des pieds" qui était une rotonde dont la hauteur du plancher permettait facilement aux gens de rendre hommage à leurs héros. "Qu'ils sont beaux les pieds des messagers..."

Dans les années 50, voyager par cargo permettait de transporter beaucoup de marchandises. On tâchait d'apporter tout ce qu'il fallait pour aider à meubler une maison de Mission, des outils de menuiserie et de mécanique, ignorant alors que les marchés locaux offraient ces mêmes outils. On apportait aussi des vêtements souvent très inadaptés, convaincu qu'il n'existait rien de bien convenable sur ce territoire de brousse de 800 milles carrés. Un confrère avait trouvé génial de s'acheter une douzaine de pantalons de base-ball en flanelle se disant que ce vêtement mi-jambe serait à la fois pantalon court et long. Quand il apparut avec cet accoutrement, il provoqua l'hilarité de ses confrères et des commentaires parfois saugrenus: "je n'irais même pas ch....avec ça". Pour tout le comique qu'il a suscité, l'achat en valait la peine. L'autre qui pensait faire un bon coup en apportant une centaine de robes dans ses bagages. Les dames nigérianes les disqualifièrent, les trouvant très étroites et trop sombres pour le pays du soleil. La cargaison de nos premiers Canadiens comprenait aussi un camion Fargo, demi-tonne. Plusieurs camionnettes américaines furent ainsi transportées au Nigéria jusqu'au moment où on réalisa que la voiture française ou anglaise donnait un meilleur rendement. Quelle surprise de découvrir qu'on pouvait trouver pas mal tout sur place! Un confrère était tout heureux d'épater un groupe de curieux en exhibant son tourne-disque. Un Nigérian ne tarda pas à lui présenter un modèle plus récent et de qualité supérieure.

 

Les grandes villes nigérianes en 1947

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Marina de Lagos


Dans les années 50, Lagos, la capitale du pays, était un gros village où l'on pouvait circuler en voiture très librement et sans perdre de temps. Aujourd'hui, la situation est bien différente. Malgré tout un réseau de voies rapides et d'autoroutes construit dans les années 70, la circulation est tellement dense que, pour l'alléger, on en vint à prendre la décision suivante: qui a une plaque immatriculée dont le dernier chiffre est pair peut circuler à certains jours de la semaine, qui a un chiffre impair profite des autres jours. Plusieurs ont contourné le problème en ayant deux voitures ...ou deux plaques.

Depuis longtemps Lagos est dotée d'une marina bien entretenue. Il y a dans la ville des églises assez imposantes de style européen comme les cathédrales catholique Holy Cross et anglicane de style victorien. Le "Tinubu Square", le plus important de la ville, étonnait car il rendait honneur à Madame Tinubu, une dame Yoruba passée maître dans le commerce de l'esclavage alors que les Nigérians de tendance raciste ne manquaient pas de rappeler aux Blancs leur pratique honteuse et inhumaine; on sait que ce trafic ne pouvait se faire sans la collaboration étroite des autochtones.

Les magasins


Déjà dans les années 40-50, il y avait des chaînes de magasins dans les grandes villes nigérianes tels que les Kingsways très anglais; les différents départements étaient très bien pourvus de nourriture importée, de vins et liqueurs de toutes sortes; ils étalaient une lingerie tropicale de qualité et même européenne pour les gens en partance vers les pays tempérés. C'était G.B. Ollivent ou Leventis, les magasins indiens Shellaram et Shanrai qui tenaient un peu les mêmes inventaires en alimentation, lingerie, musique, etc. Les librairies C.M.S. (Church Mission Society) et S.I.M (Soudan Interior Mission) offraient un beau choix de livres pour écoles primaires et secondaires et tout l'équipement scolaire allant jusqu'au football. Les concessionnaires de voitures étaient nombreux: la C.F.A.O. ( Compagnie Française de l'Afrique Occidentale) spécialisée dans les produits anglais Morris et Austin et la machinerie lourde; la S.C.O.A (Société Commerciale de l'Ouest Africain) vendeur de la voiture française Peugeot qui supplanta ses concurrents anglais; Jos Allen représentait la compagnie Ford et l'agence U.T.C.(United Trading Company) vendait des produits General Motor dont l'un devint très populaire, le camion Opel allemand d'une tonne et demie qui servit nos missions pendant longtemps; les plus nantis allaient chez Mandillas & Karabery , concessionnaire des voitures Mercedes. Tous ces comptoirs possédaient des garages bien montés pour réparations de tous genres.

Dans tous les villages d'importance, on trouvait toujours, côte à côte, les inséparables comptoirs d'importation et d'exportation: U.A.C. (United African Company) et John Holt, réputé pour sa flotte de cargos marchands dont le Tamele sur lequel plusieurs Spiritains canadiens voyagèrent, de Liverpool à Lagos et à Port Harcourt.

Les hôtels

En 1950, les hôtels n'étaient pas nombreux car le pays ne se prêtait guère au tourisme; il ne s'y prête pas encore aujourd'hui. Pour accommoder les voyageurs, surtout les fonctionnaires anglais, on y trouvait toujours dans les villes et les villages d'importance une "Rest House" construite selon un plan bien précis. Le building central comprenait la salle à manger, une salle de jeu ou de détente et un bar toujours très bien fréquenté en pays chaud. Chacune des résidences construites autour du bloc central offrait une chambre à coucher, un petit salon et une salle de toilette toujours très bien entretenus. La pension et la nourriture préparée à l'européenne étaient très abordables. On pouvait avoir un bon dîner avec nourriture à profusion pour 1,50$. Les expatriés surtout fréquentaient ces "Rest Houses". Ce mode d'hébergement très particulier au Nigéria disparut graduellement avec le départ de l'administration anglaise et complètement après la guerre civile de 1967-70.

Les communications

On pouvait voyager en toute sécurité de l'est à l'ouest du pays sur des routes pavées mais très étroites. Le train offrait un service lent mais sûr, assurant la liaison entre Lagos et Port Harcourt via le Nord; le tablier du seul pont franchissant la rivière Bénoué, à Makurdi, est à la fois emprunté par les trains et les voitures. Onitsha, Sapele et Lokoja offraient les services de traversiers.

C'est ainsi que nos trois premiers Spiritains, arrivant à Lagos par cargo, prirent le train pour Oturkpo tandis que le quatrième arrivait en camionnette Fargo.

En 1950, la plupart des grandes villes nigérianes étaient électrifiées par de puissantes génératrices. L'électrification des villes de l'Est telles que Énugu, Onitsha, Aba, Port Harcourt était fournie par une génératrice située à Oji River à une vingtaine de milles d'Enugu et alimentée avec le charbon qui arrivait de la mine d'Enugu par transport bien spécial. En effet, le minerai chargé dans des nacelles suspendues à un monocâble téléphérique s'acheminait à destination en passant à travers champs et forêts, contournant collines et ravins. Durant la guerre civile de 1967, ce mode de transport fut abandonné.

Le service téléphonique existait dans les grandes villes quoique limité aux services gouvernementaux, aux firmes commerciales et à quelques individus.

Les hôpitaux


Les soins de santé, assez accessibles dans les grands centres et les chefs-lieux du pays, étaient donnés gratuitement dans les hôpitaux et cliniques. Le personnel médical se composait de médecins européens surtout et d'infirmières nigérianes. Un réseau de dispensaires de brousse, avec aides- infirmiers nigérians à peine initiés à subvenir aux premiers soins, répondait très partiellement à la demande locale. Il n'était pas question d'y accoucher ni de subir une intervention chirurgicale mineure. On n'était même pas équipé pour prendre la pression artérielle.

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