Midi 2

 

39. La belle vie en commun


Pendant un certain temps, il arrive que nous sommes six à la salle à manger d'Utonkon. En plus de nous deux: un chien, un chat, un perroquet et un singe.

C'est la belle vie en commun dans la belle nature de Dieu.

Le chien est près de moi, le singe près de Frank, le perroquet dans sa cage sur l'armoire et le chat qui tourne autour avec la queue à la verticale comme tous ses congénères.

Le singe a très peur de moi, je ne sais pourquoi. Je ne lui ai pourtant jamais rien fait, n'étant pas l'homme à maganer les animaux.

Est-ce ma barbe? Je l'ignore. Mais c'est ainsi.

Un après-midi que je reviens de brousse, j'aperçois de loin le curé, en soutane toute fraîche, prenant le thé, dehors, avec le singe sur les genoux.

Je m'approche. Le singe pique une de ces crises et prend Frank par le cou, en le serrant.

L'autre trouve ça fin et rit. Flatte le singe.

"T'as ben raison, t'as ben raison". Flatte le singe.

"Qui n'aurait pas peur d'une grande affaire sale de même?" Flatte le singe.

À peine parti pour aller garer mon vélo, j'entends un cri de mort.

"Get out". Et je vois la pauvre bête s'enfuir en bondissant.

C'est qu'elle avait laissé, sur la soutane immaculée de mon confrère... le fruit de sa frayeur.

À mon tour, je trouve ça fin et ris.

"Ça va faire deux grandes affaires sales «asteur»."

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C'est au cours de la tournée... qu'on se salit

40. Mirages


Il arrive parfois des choses bien étranges dans la vie; nous ne sommes pas capables de les expliquer.

Je ne suis pourtant pas un visionnaire!!

Un jour, j'ai 14 ans, et j'attends mon tramway au coin des rues Ste-Catherine et Maisonneuve (aujourd'hui Alexandre De Sève).

Je m'en vais au Collège et j'ai ma serviette de livres en main, au bout du bras.

Soudain, je sens comme une présence à côté. Je regarde. C'est un petit enfant blond qui tient une des courroies de mon sac, et qui, en souriant et comme pour jouer, tire dessus.

"Qu'est-ce que tu fais là?" Et je donne un coup pour le faire lâcher, mais il tient et rit. Je me penche pour voir si mon tramway s'en vient (deux secondes) et je sens que ça ne tire plus. Il a disparu.

J'ai cherché, cherché, regardé les rues. Toujours rien.

Ce qui me fait penser à cette fois, c'est une autre situation similaire, en Afrique.

Dans la cour de l'école, en un village de brousse, des fillettes dansent.

Parmi elles, j'en aperçois une, à la mâchoire exactement comme la mienne à son âge.

Surpris, vous comprenez, je veux m'approcher d'elle et prendre son visage dans mes mains pour m'assurer que je ne rêve pas, en palpant ses joues et ses tempes, comme autrefois pour moi, le Dr Baxter.

Mais elle s'enfuit, je ne la revois jamais.

Le catéchiste fait enquête, demande aux autres petites si elles la connaissent, personne.

Je ne suis pourtant pas un visionnaire!

Cette fois, ça doit être la malaria.

 


41. Nouveau décor


Après quatre ans à Utonkon, je suis nommé à une autre Mission, comme responsable, cette fois.

Frank est malade, en repos, chez-lui en Écosse, un autre le remplace ici.

Je trouve très pénible, ce départ.

Toute une délégation du village, fanfare en tête, vient me reconduire à la gare.

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Debout, sur la passerelle reliant les wagons, je regarde tout ce monde auquel je suis tellement attaché.

Le sifflet aigu de la locomotive annonce un départ imminent, et ce ne sont pas les oreilles qu'il me perce.

Mais je n'ai pas honte de mes sentiments et je me penche jusqu'à la première courbe des rails.

Ne pas s'attacher, sous prétexte que ça fait mal quand on quitte, je trouve ça "niaiseux".

À moins d'être un grand saint qui ne s'attache qu'à Dieu seul, ce qui n'est pas mon cas.

 

 

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Allons nous attacher ailleurs!
L'autre Mission, c'est Ankpa, que je connais déjà pour y avoir visité mon confrère Rodrigue, auquel je succède et qui est parti en vacances au Québec.

 

Moi aussi, je dois être à la veille d'y aller.

Ankpa: c'est un tout autre paysage, sur les hauteurs, avec une vue superbe, il va sans dire. On est bien, il fait frais le soir.

Et puis, j'ai maintenant deux vicaires!!

 


42. Okenyi


Un village de brousse, tout petit, minable, délabré.

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Personne ne semble intéressé à l'éducation. Le toit de l'école coule et l'instituteur a bien d'autres soucis que celui d'instruire.

C'est du reste dans sa maison que je trouve sur les murs beaucoup de photos osées, très osées. Il se rince la rétine, le Monsieur. Je lui en fais la remarque musclée.

À ma visite suivante, lesdits murs sont tapissés (où les avait-il prises?) d'images du Sacré-Coeur et de la Bonne Sainte-Anne.

Je ne sais pas encore si c'est la contrition, ou la pensée qui lui vient: "On va lui fermer la gueule une fois pour toutes, à celui-là."

C'est de cet endroit, du reste, que j'écris dans le journal de la Communauté:

"Si jamais l'inspecteur du Gouvernement passe, on va se faire couper la zizloune!!"

C'est de cet endroit toujours, qu'un de mes vicaires, dans un moment de courbature et de découragement, me confie:

"Je pense que je vais me marier et publier mes propres bans... à Okenyi!!"

 


43. Fais du feu dans la cheminée (Ferland)


Et que voilà le temps qui passe! C'est déjà celui du retour au pays.

Après cinq ans, nous ne sommes pas fâchés de revenir, sinon nous réchauffer à l'âtre, du moins "prendre la fraîche" au milieu des nôtres, ce qui n'enlève en rien le souvenir merveilleux de ce premier séjour en Afrique.

Le voyage, cette fois, est beaucoup moins long que le premier, deux semaines au lieu de sept, et nous ne sommes que deux à le faire, le frère ne devant nous rejoindre que plus tard, et Rodrigue, auquel j'avais succédé à Ankpa, étant rendu depuis un bon moment.

Nous descendons à Boston; une lettre m'est aussitôt remise avec l'en-tête:

Cour Supérieure
Chambre des juges 29/05/52

Mon cher André,

Sois le bienvenu sur le continent américain. J'espère que tu ne seras pas trop désappointé de ne trouver personne pour te recevoir là-bas, nous le sommes bien davantage, mais je n'ai pu arranger mon affaire en conséquence. Téléphone-nous, si c'est possible, à frais virés, pour nous aviser de la gare et de l'heure de ton arrivée à Montréal. Ta mère a reçu, avant-hier, pour sa fête, ton radiogramme: elle en fut bien heureuse. Rodrigue est en panne à l'Hôtel-Dieu, rien de grave; je crois plutôt qu'il s'est trouvé une raison pour t'attendre. Je t'écris ces lignes à la course, avant de monter en Cour. Le coeur me bat en pensant que tu approches de plus en plus de nous. Ne t'amuse pas à Boston. Bonjour à Lionel.

    Ton vieux,

        Pop.

La gare, c'est la gare Windsor, comme au départ. En ce 1er juin 1952, à 13 h 00.

La même gare, en effet, mais pas les mêmes sentiments; quelle joie que celle des retrouvailles!

Mon confrère Lionel, qui est avec moi, connaîtra cette joie dans quelques heures, puisqu'il continue jusqu'à chez lui, étant l'un des deux solides gaillards de l'Abitibi, à la fièvre précoce.

Pour moi, une ombre au tableau, cependant, l'absence de mon frère, hospitalisé. Je vais le voir le lendemain et aurai l'occasion d'en reparler.

Deux choses me frappent au retour: la variété des menus et la multiplicité des questions posées.

À propos de la table, depuis cinq ans, c'est un peu toujours la même chose, à moins de Fêtes ou de circonstances spéciales: poule, oeuf, igname ? oeuf, igname, poule ? igname, poule, oeuf, pour faire changement.

L'igname est un légume qui sert de pomme de terre et qui va de la grosse carotte au melon d'eau, comme dimension.

Quelques jours après mon arrivée:

"J'entends dire que l'estomac vous rétrécit en Afrique; c'est pas long que le tien a retrouvé son élasticité!"

Naturellement, c'est une remarque de mon paternel.

Quant aux questions, une véritable mitraille. On a beau avoir écrit, il n'y a rien comme le bouche à oreille.

À ce sujet, Rodrigue me devance, lui qui vient voir mes parents, alors que je suis encore là-bas. Ils sont tous les trois dans la cour.

Papa, toujours intéressé à tout: "Qu'est-ce qu'ils font, ces gens-là, la nuit?"

Et Rodrigue, de se retourner vers maman:

"Madame, voulez-vous vous retirer."

 


44. Vers de nouveaux rivages


La Maison provinciale, à Montréal depuis 1946, est maintenant rendue, depuis deux ans près de notre Scolasticat de Daulac; on passe de l'une à l'autre par un petit sentier qui descend ou monte, c'est selon.

C'est là que j'apprends, sans consultation ni enquête préliminaire (ça ne se fait pas dans le temps), ma nomination comme propagandiste et recruteur.

Je n'aime pas beaucoup ces deux appellations, mais enfin!

Ça consistera à aller dans les collèges classiques pour l'animation missionnaire et vocationnelle, d'une part, et, d'autre part, dans les paroisses, pour l'animation missionnaire et monétaire (les fameuses quêtes!).

Animateur, donc, c'est beaucoup mieux comme nom. Et pour 3 ans. Je n'en mourrai pas, et, à la fin de mon mandat, j'aurai 35 ans; et encore capable, j'espère, de retourner en Afrique, ce que je préférerais faire tout de suite.

Mais, "L'homme propose et Dieu sourit", comme disent les Africains.

Dieu a souri pour moi, ça c'est certain.

De mes deux animations, commencées en même temps, la première dure 20 ans, et la deuxième, 45 ans. Un vrai scandale!

Mais à bien y penser, un scandale enrichissant pour moi, puisqu'il m'apprend la vie.

Il faut de tout pour faire un monde, a-t-on dit, que ce monde soit laïc, ecclésiastique ou religieux.

J'ai été bien servi à le connaître.

D'entrée de jeu, je dois dire que partout, qu'il s'agisse de collèges, d'écoles, de presbytères ou d'églises, l'accueil reçu est très cordial.

Il y a les petites surprises, bien sûr, mais elles ne font que mettre du piment dans le métier.

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Les premiers mois sont plus difficiles, c'est vrai.

Je ne sais pas au juste comment manoeuvrer, comment prendre les rendez-vous, à qui m'adresser exactement, mais, j'arrive à m'y faire.

Et, dans un collège, par exemple, je rencontre les élèves à la chapelle ou en salle d'étude et je reste en disponibilité une journée ou deux, au cas où l'un ou l'autre étudiant voudrait prolonger la rencontre.

Il y en a plusieurs.

Le fait, aussi, qu'un missionnaire en récréation puisse lancer quelques balles difficiles à déchiffrer, même pour les bons frappeurs du Collège, ça vaut autant qu'une conférence, sinon plus.

Mais je ne peux faire ça que pendant les temps du début, et ça se comprend. L'âge.

Il y a une chose que j'aime moins: le réfectoire, avec sa longue table. Je suis toujours au milieu, à côté du Supérieur ou de l'un ou l'autre chanoine, tranché de rouge. Il n'y a pas de folie à faire là.

Je représente la Congrégation, après tout.

Et à l'autre bout, les jeunes prêtres de mon âge qui semblent avoir beaucoup de plaisir. Je voudrais bien être avec eux.

Une fois, ça m'arrive et, amicalement, joyeusement, je suis la victime de leurs boutades.

Je me fais dire, entre autres choses, qu'ils sont dans le plus beau diocèse du Québec, le seul où il n'y a pas de Pères!

Et c'est vrai qu'il n'y avait aucune communauté religieuse de prêtres à cet endroit.

L'un d'entre eux me demande des renseignements sur notre Fondateur. Me voici parti en grande, sur M. Poullart des Places et le P. Libermann.

On m'écoute, semble-t-il, avec intérêt.

À la fin, celui qui m'avait posé la question, prend l'air à peu près le plus humble, le plus piteux qu'un homme peut prendre, et, les yeux baissés: "Nous autres, notre Fondateur, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ."

Mon regard lui dit: "Toi, avant que je te donne d'autres détails à ce sujet, t'as besoin de te lever de bonne heure."

Quand je regarde aujourd'hui le fruit de tous ces voyages, je vois que ceux qui sont entrés dans la Congrégation à la suite de mes visites, je peux les compter sur mes doigts. Mais tel n'est pas mon but premier.

C'est la Mission de l'Église qui est importante, peu importe la manière dont elle se continue. "Mon clocher, je l'aime, mais il y en a bien d'autres.
Et les fruits invisibles sont bien plus nombreux que ceux qu'on voit."

Cette conviction m'a toujours accompagné.

Un jour, je m'apprête à commencer l'homélie dans une paroisse. Le curé m'enlève le micro des mains:

"Le Père qui va vous parler, un jour est venu dans mon collège. Je n'ai pas fait un Spiritain, mais c'est à partir de cette visite que j'ai pensé devenir prêtre."

Et il me remet le micro.

L'invisible, pour une fois, devenu visible.

 


45. Mots d'enfants


Dans une cuisine, au temps où je passe dans les familles pour le recrutement du petit Séminaire.

Je parle avec la maman.

Dans sa chaise haute, un bambin me regarde. Il me regarde sans dire un mot.

Je suppose qu'après chaque repas, sa mère lui essuie le bec.

C'est du moins ce que j'ai pensé en entendant sa remarque.

"T'en as ben mangé, toi, du poil"!

* * *

"L'aimes-tu, toi, le P. Vigneault?" que demande à sa petite nièce, un de mes confrères.

"Oh! oui."

"Même avec cette barbe-là?"

"Oui, oui."

"Et quand il y a de la soupe dessus?"

(Les yeux commencent à clignoter).

"Oui."

"Et l'hiver, avec des glaçons dedans?"

(Les yeux sont mi-clos et la voix de moins en moins audible).

"Oui."

"Et quand il a le rhume et que ça coule sur la moustache?"

(Le petit visage est tout plissé, les yeux complètement fermés et comme dans un souffle)

"Oui."

Aujourd'hui, elle est la maman d'une belle famille, et je crois même, grand-maman. Si la même question lui était posée:

"Et avec cette barbe-là, toute pleine de neige?"

J'ai l'impression que ce serait la même réponse.

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Je n'ai que deux vrais neveux et deux vraies petites nièces, mais "par alliance", ils sont légion.

Ce sont ceux et celles de mes confrères, qu'avec tous mes voyages, j'ai quasiment vu grandir.

À l'un d'eux, un jour, j'apporte un plein sac de petits soldats en figurines, avec chevaux et canons: une armée, quoi.

Je lui donne mon cadeau, et pour pouvoir parler en paix avec sa mère, dans la cuisine:

"Va tout me préparer dans le salon et quand ce sera prêt, tu viendras me le dire, j'irai voir ça."

Au bout d'un certain temps, il arrive:

"C'est prêt."

Il avait tout mis ça, en rangées, sur la table. Soigneusement. Je fais mine d'être déçu.

"Des soldats sur une table! En as-tu déjà vu des soldats sur une table? C'est sur le plancher que ça va, des soldats, pour la bataille. Recommence-moi tout ça." ("Ça va encore me donner une vingtaine de minutes", me dis-je.)

Le temps venu, il revient me chercher:

"Bon, là, ça a du bon sens.

Maintenant, fais-y attention à tes soldats; je ne pourrai pas t'en apporter chaque fois. Remets-les comme il faut dans leur sac."

Il me regarde.

"En avez-vous déjà vu des soldats dans un sac?"

Et vlan!

* * *

 

Elle en avait 127, dans le pot en verre: des sous noirs, amassés un à un pour acheter une poupée.

Un beau dimanche, à la sacristie, elle vient me porter son trésor.

Pour les petits enfants d'Afrique.

Pauline.

* * *

Dans une petite sucrerie, je me berce près du poêle avec une bambine sur les genoux.

Examen de vocabulaire.

Je lui touche le front ? Elle dit: front.

Le nez ? Nez.

La joue ? Joue.

Une mèche de cheveux ? Cheveux.

Elle me regarde:

"T'en as pu"!

"C'est vrai, je n'en ai plus, c'est parce que je suis vieux. Toi, tu es jeune, tu as de beaux cheveux. Moi aussi, j'en avais et ils étaient aussi noirs que les tiens mais ils sont tombés."

Explication satisfaisante: on continue.

Oreilles ? Oreilles.

Elle me regarde encore:

"I sont pas tombées".

* * *

Cette fois, j'en ai encore une sur moi, mais c'est l'été, et dans une balançoire avec ses frères et soeurs.

Ces derniers savent qu'elle a de la misère à prononcer les B.

Alors:

"Qu'est-ce qu'il a dans l'visage mon oncle?"

"D'la marde".

Si c'est drôle, ça!

Et on demande encore, pour rire encore.

Pauvre petite innocente!

 

 
46. L'apéritif, peut-être?


Dans une paroisse du Lac St-Jean, le curé me demande si le lendemain, dimanche, je pourrais aller dire la messe dans une maison d'accueil pour personnes âgées, à proximité de l'église. C'est à dix heures, entre les deux célébrations de la paroisse.

"Tu vas les voir par la vitrine, c'est de biais avec l'hôtel. D'habitude, elles se bercent dans le salon en attendant."

"Bien volontiers."

Et le lendemain, sur le trottoir et lentement, je regarde pour ne pas passer tout droit. C'est là. Je sonne.

Une dame vient me répondre, le bec pincé, très pincé.

"Oui Monsieur." (Mon col romain est caché par un léger foulard, car c'est frisquet). "Qu'est-ce que je peux faire pour vous?"

"Vous pourriez peut-être assister à la messe, votre curé m'a demandé de venir la célébrer ici."

"Oh! Entrez." Je n'ai jamais vu un visage changer d'expression aussi vite.

Après la messe, je jase avec les pensionnaires et la dame est avec nous. Un Monsieur me dit en la regardant:

"Vous ne savez pas ce qu'il s'est passé tantôt, vous. Elle vous a vu venir par la fenêtre et nous a dit: tiens, encore un autre qui est «pacté» et qui ne sait pas où il va. Il doit sortir de l'hôtel, c'est comme rien. En tout cas, s'il vient sonner ici, je vais le recevoir, moi."

Tout le monde rit, mais la Madame est rouge comme une pivoine.

Je l'excuse. Elle ne pouvait pas savoir, et je lui dis: "Pour célébrer cette méprise, peut-être pourriez-vous offrir l'apéritif à tout le monde?" Tous sont d'accord.

Et elle le fait en souriant: un apéritif au bleuet.