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Nous sommes partis samedi à 5:00 et nous n'avons pas pris la route plus directe vers le sud-ouest. Nous sommes allés vers le sud-est au travers de la steppe aride de cette partie du Kénya. En nous approchant de la frontière avec la Tanzanie, nous avons commencé à passer au travers d'un sable de plus en plus fin, une sorte de poudre, de la poussière volcanique. Le relief s'est aussi accidenté.
De l'autre côté de la frontière, c'était un autre décor. Nous contournions le Kilimanjaro. Nous ne l'avons qu'entrevu au petit matin, puis le soir avant le coucher du soleil. Durant le reste de la journée, le sommet restait coiffé d'un nuage dense fréquent en cette saison. Ce contour de l'ancien volcan est le pays des Chagas, un peuple fier, travailleur, une Eglise florissante. Plusieurs spiritains viennent de cette région où sont nées aussi les premières coopératives d'agriculteurs dans la première moitié du 20e siècle. Florentine et Justi, spiritains originaires de cette région étaient nos guides à Henri, du Cameroun missionnaire au Philippines, et moi. Nous allions dans un petit village sur le flanc sud, à 40-50 km de Moshi, pour accompagner un confrère qui vient de perdre sa mère. Un enterrement.
Je ne sais pas exactement à quelle altitude nous nous maintenions pendant notre tournée autour de la montagne, mais les degrés étaient facilement observables. Tout en bas, la même steppe avec des arbres rachitiques et la même couleur blé sec, quelques animaux qu'on a la chance de voir parfois, girafes, zèbres. Quand on arrive à une certaine altitude, les arbres sont plus hauts et plus denses. Il y a plus de monde, en fait il y a du monde partout. Des bananiers, beaucoup. Des chèvres. Dans les articulations de la montagne, des sources, des ruisseaux.
"La montagne donne l'eau, abondante, pure," me dit Justi. Je sens qu'il m'en parle avec un respect admiratif. Je pose la question: cette montagne, elle a un rôle religieux? "Absolument! Les religions traditionnelles offrent les sacrifices en regardant la montagne. Dans les maisons, on oriente les lits en direction de la montagne et, pour le repos éternel, la tombe aussi est orientée en direction du sommet."
Le rituel a été long et rigoureux. Une messe en grande pompe avec du très beau chant. Depuis que nous avons quitté l'enceinte de la réunion à Nairobi, et même parfois dans nos liturgies là-bas, tout se passe en kiswahili, une langue dont j'ai déjà pu parler la version congolaise et que j'ai beaucoup oubliée. Je peux comprendre un mot par-ci par-là. Donc, une messe, elle-même entrecoupée de fréquents discours par l'évêque qui préside, les deux autres évêques qui sont venus, plusieurs prêtres, et plusieurs membres de la famille. La messe finie, l'assemblée reste une autre heure dans l'église pour chanter et prier, puis c'est la procession, avec le cercueil, jusqu'à la maison, une propriété, grande si on la considère comme propriété urbaine, petite pour un lot agricole. C'est là qu'on enterre les parents. "Pas comme chez vous... nous on n'abandonne pas nos parents dans la mort," me dit Florentine. Tout le village est là, deux ou trois mille personnes. Une longue série de discours reprend. Puis chaque groupe, chaque famille, chaque association (la défunte est la mère aussi d'un politicien local), vient déposer son offrande de fleurs. A la fin, c'est le repas pour tout le monde, abondant, savoureux. Nous avons réussi à nous arracher à cette grande célébration de village pour reprendre la route. Nous sommes arrivés à Arusha après 20:00 heures.
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