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International - 16-Nov-2015
De la Syrie à Paris, les ennemis de la paix (Interview)
Deux jours après l'attaque terroriste à Paris, l'indignation et les émotions des premiers moments commencent à céder la place aux innombrables questions relatives aux responsabilités de l'organisation de l'État Islamique (Ei), qui a revendiqué l'action, et les moyens pour le contrer. La MISNA a contacté Vittorio Emanuele Parsi, expert en Moyen-Orient et professeur de Relations Internationale à l'Université Catholique du Sacré-Cœur, à Rome, pour en savoir plus.

M. Parsi, est-ce que quelque chose a changé après les attaques de Paris dans la façon dont l'Occident considère la menace du terrorisme ? "À mon avis, les attentats de Paris montrent les progrès des terroristes, surtout du point de vue de leur organisation. Les responsables – du moins selon les premières informations dont nous disposons – sont en effet parvenus à enrôler des personnes qui n'avaient pas un passé militaire, à les former très rapidement et à infiltrer aussi les mouvements migratoires. Tout cela nous pose face à de nouveaux défis et rend encore plus difficile le travail de lutte et de prévention". Qu'est-ce que la Syrie a à voir avec ces attaques ? "Évidemment, s'il n'y avait pas le conflit en Syrie, l'Ei n'existerait pas tel que nous le connaissons aujourd'hui. C'est pourquoi on a encore plus de mal à comprendre les raisons pour lesquelles personne n'a rien fait pour mettre fin à cette guerre absurde. Mais il y a autre chose : les attaques de Paris étaient un message clair aux puissances internationales précisément rassemblées ce week-end pour débattre d'une issue à la guerre en Syrie et qui comptaient parmi elles les Saoudiens et les Iraniens assis à la même table, comme cela ne se vérifiait pas depuis des années. C'est une preuve du fait que certaines forces ne veulent pas la paix et trouvent dans le chaos et l'instabilité le milieu approprié pour se développer". À votre avis, l'Occident a-t-il des responsabilités dans le développement de l'extrémisme armé et du fondamentalisme ? "Quand on parle de Moyen-Orient, personne n'est innocent. Mais selon moi, ce n'est pas en se tournant vers le passé que nous réussirons à remporter le défi qui nous attend. Il ne fait aucun doute que le système économique global tel qu'il est à l'heure actuelle, avec ses écarts immenses, ne peut plus durer et doit être lourdement revu. Cependant, les attaques ne favorisent pas un tel processus, bien au contraire. Elles l'entravent car les conflits rendent impossible la réforme de tout système". L'Afrique se trouve elle aussi de plus en plus souvent victime de phénomènes liés au terrorisme, qui étaient autrefois complètement absents du continent. Serait-ce un signal d'alarme ? "L'Afrique – qui, avec ses islams tolérants, semblait il y a 15 ans encore représenter une alternative au radicalisme et au fanatisme moyen-oriental – se montre de nos jours lourdement infiltrée. Des mouvements extrémistes, apparus en premier lieu dans la Corne de l'Afrique, ont vu le jour jusqu'en Afrique de l'Ouest, berceau des confréries soufies. Cette propagation avait été favorisée par des discriminations diffuses à l'égard des musulmans (je pense par exemple au Kenya) et de communautés pour lesquelles le cadre étatique est fragile voire absent : Somalie, Mali, Libye et Nigeria. Là où l'État se retire, on voit arriver al Shabab, l'Ei, Boko Haram, l'Aqmi. Si on ajoute à cela le fait que dans 20 ou 30 ans, le continent sera le principal pôle démographique du monde, on peut se rendre compte que les risques qu'on court sont plus qu'élevés. Si on commence à s'en occuper dès aujourd'hui, de par des politiques ciblées, on pourrait mettre les futures générations à l'abri de nouvelles menaces".
 

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