Libéria

 
Libéria - 19-Jul-2013
Voleurs de terres, avec l'aide des banques européennes
"Les plantations de palme à huile occupent les terres qui permettraient aux agriculteurs de survivre", déclare à la MISNA Silas Kpanan'Ayoung Siakor, coordinateur de l'Institut du Liberia pour le développement durable. La dernière bataille porte sur une licence de 310.000 hectares, qui aurait été délivrée selon la multitude de manière illégale.

Le contrat a été signé par le gouvernement libérien et la compagnie Sime Darby (Malaisie) le 23 juillet 2009. Il prévoit le transfert de la terre à l'entière disposition des locataires sans qu'aucune indemnisation ne soit versée aux propriétaires. "Les agriculteurs sont privés de leurs moyens de vivre – dénonce Silas Kpanan'Ayoung Siakor – et n'ont qu'à espérer qu'ils seront embauchés comme ouvriers agricoles". Sime Darby est une compagnie qui représente à elle seule 6% de la production mondiale d'huile de palme. Le contrat prévoit la location pour 63 ans d'une vaste portion de terres dans les districts de Gbarpolu et de Grand Cape Mount, dans le Nord-ouest du Liberia, pour un loyer d'à peine cinq dollars par hectare.

Selon l'Institut pour le développement durable, le premier point controversé réside dans la durée du contrat de location, qui est supérieure à la limite des 50 ans édictés par la loi. Mais ce n'est pas tout. Selon Siakor, "la licence est illégale parce qu'elle a été accordée sans qu'aucune étude de faisabilité et de l'impact environnemental ne soit effectuée au préalable et sans qu'aucun appel d'offres public ne soit organisé. Ce sont ces mêmes arguments qu'une société anglaise chargée par le gouvernement d'examiner le profil juridique de l'accord, a mis en avant. Pourtant, les tracteurs poursuivent leur travail. "Pour l'instant, il n'y a pas eu d'incident – ajoute le coordinateur de l'Institut pour le développement durable – mais la tension est à son apogée : les gens n'ont pas confiance dans la justice et essaient de convaincre les responsables de Sime Darby de négocier". En novembre, les agriculteurs des communautés concernées par la licence ont publié une lettre ouverte dans laquelle ils réaffirmaient leur droit à la terre et dénonçaient le fait de n'avoir été consultés en aucune façon par Sime Darby.

Leur bataille est également entravée par le fait que cette compagnie bénéficie également du soutien financier de l'Europe. certaines banques, fonds de retraite et fonds de private equity détiennent au sein de Sime Darby des parts s'élevant autour de 280 millions d'euros. Récemment, ils ont également facilité l'émission d'obligations de la compagnie malaisienne pour un total de 250.000 millions. Cette dernière opération a été en partie effectuée par les gouvernements des Pays-Bas et de Norvège, Deutsche Bank (Allemagne) et Hsbc et Standard Charter (Angleterre). Selon les militants de l'organisation non gouvernementale Re:Common, Banca Intesa (Italie) prendrait également part au match et possèderait des parts pour plus de 10 millions d'euros.

Dans tous les cas, ce match ne comprend ni les droits des agriculteurs ni la sauvegarde de l'environnement. Selon une étude de l'université britannique de Reading, ces plantations détruiront des dizaines de milliers d'hectares de forêts de la Haute Guinée, une zone immune où vivent des espèces d'oiseaux en voie d'extinction. Une autre conséquence, à moyen terme, est d'ordre social. "La perte des moyens de survie par les agriculteurs – écrivent les experts britanniques – risque de favoriser des flux migratoires des campagnes vers les villes". Une réalité dans laquelle, 10 ans après la fin de la longue guerre civile, la lutte pour le travail et la survie est déjà extrêmement difficile.

 

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