Libéria

 
Libéria - 12-Jun-2015
À Monrovia après Ébola: "Nous nous relèverons"
“C'est comme si l'on respirait un aire plus pur et comme si l'on pouvait vivre enfin sans avoir peur”, a déclaré père Nicola Ciarapica, missionnaire salésien opérant à Monrovia, pour décrire à la MISNA un pays qui se relève peu à peu après le cauchemar Ébola.

Animateur du Centre juvénile Sean Devereux où il œuvre avec ses confrères salésiens en faveur de 1200 adolescents et adolescentes “pour qu'ils ne finissent pas dans la rue”, le religieux accueille, fait confluer les énergies, organise. “Nous aidons les familles les plus démunies – dit-il – pour payer les impôts et acheter des livres pour leurs enfants : cette année, nous avons obtenu 253 sponsorisations !”. Le Libéria est l'un des pays les plus pauvres d'Afrique. De 1989 à 2003, la guerre civile avait causé près de 250.000 morts. De ce point de vue-là, Ébola n'a été qu'une nouvelle urgence à gérer et qui a été affrontée avec dignité mais aussi avec amour, tel qu'en témoigne le courage des nombreux jeunes des centres salésiens de Monrovia pour combattre la contamination à travers l'information, la prévention, la distribution de matériel sanitaire et de vivres. “Les voir – souligne don Nicola – a été un grand motif d'espérer”. Il est maintenant possible de revoir ces mois-là de manière plus équilibrée, en les comprenant et en les expliquant mieux. Le missionnaire observe : “C'est comme si l'on respirait un air plus pur et comme si l'on pouvait vivre enfin sans avoir peur : peur d'être contaminés par une maladie incurable, d'avoir besoin d'un hôpital et de ne pas en trouver, de devoir secourir un ami ou un parent contaminé, d'être emmené par une “task force” et transféré dans un centre d'isolement, de finir dans un incinérateur au lieu d'avoir une sépulture honorable”. La fin de l'urgence nationale, proclamée il y a un mois par l'Organisation Mondiale de la Santé (Oms) après plus de 4600 victimes, apparaît en réalité plus semblable au début d'une convalescence caractérisée par l'espoir. “Les bureaux rouvrent peu à peu – poursuit don Nicola – les personnes ont recommencé à se déplacer et le commerce est progressivement revenu à la normale. Les écoles ont repris les cours et tout le monde fait en sorte que les hôpitaux reprennent leurs activités à plein régime”. Les mesures préventives restent nombreuses, comme l'obligation de se laver souvent les mains avec de l'eau chlorée et de désinfecter les lieux publics. Les gens ont conscience – explique le missionnaire – que “l'urgence a encore plus affaibli les familles les plus pauvres et amplifié des situations à risque préexistantes”. Selon une récente étude, citée par don Nicola, la frange de la société la plus démunie sont les jeunes filles mineures, déjà enceintes ou mères dans un cas sur quatre si l'on considère celles âgées de 15 à 18 ans. Une autre catégorie sont les orphelins. Selon Unicef, plus de 3000 enfants ont perdu un ou leurs deux parents à cause d'Ébola. Mais leur urgence ne fait que s'ajouter à la longue liste des situations problématiques. Il suffit de penser, comme le rappelle le missionnaire, que selon les chiffres diffusés en mars, 31% des écoles n'ont pas de toilettes qui marchent au Libéria alors que seuls 60% ont l'eau potable dans un rayon de 500 mètres. Selon don Nicola, cependant, le Libéria semble actuellement plus préparé sur le plan sanitaire. “En cas d'un éventuel retour du virus – souligne le missionnaire – de nouveaux centres ont été instaurés avec plus de 400 lits. Pendant ce temps, certains d'entre eux sont utilisés comme des cliniques à disposition de tous les Libériens”.
 

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