Benin

 
Benin - 19-Jan-2012
Suppression de subventions au Nigéria: L'essence chère attise la crise sociale
« Cette nouvelle année a débuté dans un climat économique difficile et un malaise social profond liés à la forte hausse du prix du carburant suite à la suppression des subventions dans le Nigéria voisin, à la réduction des quantités de carburant mises en vente et, par conséquent, à l'augmentation des tarifs des transports publics et privés », a dit à la MISNA Urbain Amegbedji, représentant de la société civile béninoise contacté à Cotonou, la capitale économique.

Une situation présentée par les médias locaux comme une véritable “crise pétrolière”, mais qui est en réalité un problème affectant cycliquement l'ex colonie française. En effet le marché intérieur du carburant est surtout alimenté par la vente informelle et par des trafics illicites de produits provenant en bonne partie du Nigéria, premier producteur africain d'or noir.

Depuis le 1er janvier, lorsqu'Abuja a révoqué la subvention sur les prix du carburant, au Bénin le prix de l'essence vendue au marché noir (une pratique appelée en langue locale ‘kpayo') a enregistré une hausse de 58%, passant de 300 à 700 francs Cfa le litre en trois semaines seulement.

Si auparavant l'achat informel d'essence pouvait se révéler intéressant, aujourd'hui ce n'est plus le cas vu que dans les stations-service elle est en vente à 570 francs Cfa. « En raison de la forte demande de longues queues se forment aux pompes à essence et le carburant fait souvent défaut. Malgré tous les efforts déployés par la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop), les Béninois ont des difficultés à circuler », a expliqué le site d'information ‘Sonangnon'.

L'essence chère et la difficulté accrue à faire le plein de carburant ont de lourdes retombées socio-économiques dans un pays où la majorité de la population vit dans la pauvreté. « Les chauffeurs des moto-taxis et la compagnie de transport public ont presque redoublé le tarif des courses. Dans les régions isolées les commerçants ont du mal à faire transporter leurs marchandises vers les points de vente. Cette situation a déclenché une augmentation en chaîne des prix des biens de première nécessité », a ajouté la même source de presse.

Des représentants de la société civile locale critiquent le “silence” du président Thomas Boni Yayi, qui « a le devoir d'informer les citoyens béninois à l'égard des grandes décisions d'État pour chercher à freiner la crise pétrolière », a conclu ‘Sonangnon'.

Une crise intervenant dans un contexte économique globalement difficile. Une récente analyse de l'évolution du développement économique entre 2001 et 2010 a mis en évidence une croissance annuelle moyenne de 3,8%, tandis que la pression démographique se situe autour de 3,25% ; par conséquent, le Produit intérieur brut par habitant a seulement augmenté de 0,5%. Lundi dernier le ministre de l'Économie et des Finances, Marthys Adidjatou, a annoncé la mise en place par le gouvernement d'un programme de relance économique pour accélérer la croissance, en tablant sur 8%, et pour réduire le niveau de pauvreté. Un plan visant les secteurs de l'agriculture, de l'éducation, des infrastructures et du développement local.

Boni Yayi, économiste et ancien président de la Banque de développement d'Afrique occidentale, a été élu pour la première fois en 2006 et réélu à la présidence en mars dernier.

 

PDF