Pérou

 
Pérou - 08-Jul-2010
Suspension provisoire de l'ordre d'expulsion d'un missionnaire britannique
Un juge de Maynas (Nord-est) a suspendu l'ordre d'expulsion délivré à l'encontre de frère Paul McAuley, missionnaire des Frères des écoles chrétiennes (dits lasalliens), accueillant le recours présenté par les avocats du religieux, qui opère au Pérou depuis 20 ans.

Frère Paul, qui est âgé de 62 ans et est président de l'organisation de la société civile Red Ambiental Loretana pour la défense des forêts et des peuples originels dans la région de Loreto, est accusé d'incitation à la révolte pour avoir participé à des manifestations contre la politique d'exploitation intensive des ressources naturelles promue par le gouvernement péruvien. La défense a maintenant 14 jours devant elle pour recourir contre le décret ministériel par lequel le permis de séjour de frère Paul a été révoqué. "Il s'est toujours dédié aux pauvres, aux laissés-pour-compte et à la protection de l'environnement", dit à la MISNA frère José Antolinez Cuesta, secrétaire général des lasalliens. "Je l'ai rencontré personnellement lorsqu'il était près de Lima, à El Zapallal, dans une région désertique où ne se trouve aucune source d'eau. Et pourtant, frère Paul était arrivé à y installer un jardin potager et à y faire pousser des plantes en se servant de la seule rosée du matin", poursuit frère José. Le décret ministériel "porte atteinte à plusieurs droits constitutionnels et à l'ordre établi dans les relations entre l'Église catholique et l'État péruvien formalisées dans la Constitution du Pérou", observe dans une lettre frère Miguel Luna García, visiteur provincial pour le Pérou. De son côté, la conférence des religieux du Pérou a exprimé son "indignation" pour l'ordre d'expulsion émis contre frère McAuley qui "a rendu des services inestimables dans le domaine de l'enseignement, palliant les lacunes de l'État. Nous sommes affligés de constater que ses activités auprès des minorités et de notre Église qui promeut la protection de la Création ont été jugées insuffisantes pour justifier sa présence sur notre territoire", d'autant plus que le gouvernement n'a pas fait preuve d'"éthique dans la gestion de l'environnement et de la protection des groupes indigènes, thèmes auxquels frère McAuley a dédié sa sagesse, son courage et son affection". Le vicaire apostolique de San José del Amazonas, Mgr Alberto Campos, s'est quant à lui dit "préoccupé" par la criminalisation d'activités que les missionnaires exercent à la demande de communautés et d'institutions et non pas de la déforestation, de la corruption et de la pollution des cours d'eau, telle la contamination du fleuve Tigre par la compagnie pétrolière argentine Pluspetrol dénoncée par frère Paul. À l'unisson, l'organisation Amnesty International est intervenue sur l'affaire du missionnaire, condamnant les tentatives des autorités pour éloigner les défenseurs des droits de l'homme et des communautés autochtones. Le gouvernement du président Alan Garcia a entrepris une massive campagne visant à attirer les investissements privés, ouvrant la voie à l'intensification des activités d'extraction minière et pétrolière en Amazonie. La politique du gouvernement a déclenché la réaction des peuples autochtones qui revendiquent la préservation de leurs terres ancestrales et leur droit à être consultés sur les décisions qui les concernent, donnant lieu le 5 juin 2009 à de violents heurts entre manifestants et policiers, soldés par plus de 30 victimes.
 

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