Inde

 
Inde - 09-Jan-2018
Lettre ouverte d'un prêtre : « Les chrétiens devraient-ils adorer l'Inde comme déesse hindoue ? »
« Les chrétiens indiens devraient-ils adorer la déesse Inde et offrir des rites hindous dans leurs églises ou leurs institutions ? ». Telle est la demande provocatrice posée par la Lettre ouverte envoyée aux Evêques et aux autorités civiles indiennes par le Père Anand Muttungal, théologien, activiste des droits fondamentaux et expert de communication au sein du Diocèse de Bhopal.

Le prêtre a ressenti le besoin d’écrire cette lettre ouverte, envoyée à l’Agence Fides, afin de signaler « l’impasse existant avec les organisations hindoues à propos de la question de l’accomplissement de rites d’adoration de la Mère Inde au sein des institutions chrétiennes ». Le prêtre se réfère au grave épisode dans le cadre duquel des militants d’organisations extrémistes hindoues ont cherché, ces jours derniers, de forcer l’entrée d’un Collège chrétien sis à Sagar, afin d’accomplir des rites hindouistes à l’intérieur du complexe.
Au sein du rituel hindou qu’ils voulaient accomplir, se trouve l’Arati – offrande et adoration au moyen de la lumière – au Bharat Mata, représentation de l’Inde sous la forme d’une déesse hindoue. La forme picturale du Bharat Mata est devenue le symbole du nationalisme indien et, ainsi que l’affirme l’écrivain connu K.D. Menon, « la vision de l’Inde en tant que Bharat Mata a de profondes implications en ce qui concerne la politique du nationalisme hindou ». Elle implique en effet « le devoir patriotique mais aussi le devoir religieux de tous les hindous de participer à la lutte nationaliste pour défendre la nation ». Aujourd’hui, note le Père Muttungal, les fondamentalistes hindous croient que tous ceux qui n’adhèrent pas à de telles pratiques – comme les indiens d’autres religions – sont « des ennemis et des antinationalistes ».
Le prêtre rappelle que « le concept de Terre Mère est originaire de la culture grecque classique » et se trouve « au-delà des petites idéologies ». Dans le monde catholique aussi, est en œuvre une action visant à « sauver la Terre du réchauffement mondial et des changements climatiques ». « Par suite, nous ne devons pas miner l’importance du concept de Terre Mère » ainsi que l’appelle également Saint François d’Assise, comme le remarque le Père Muttungal.
En rappelant les enseignements du Concile Vatican II et ceux de la Conférence chrétienne de l’Asie de l’est – événement œcuménique – tenue à Hong Kong, le Père Muttungal cite cinq points utile pour confesser la foi en Asie : les Eglises ont la responsabilité d’apprendre les cultures, de les interpréter, de réaliser des médiations avec elles, de créer des valeurs culturelles et par suite d’appartenir aux cultures.
Toutefois, « il est nécessaire de résister à toute tentative de la part d’organisations extrémistes hindoues visant à insister sur le fait que nous devons adorer le tableau de la déesse Inde. Il s’agit là d’une agression personnelle à la liberté d’un croyant » et de tous les croyants monothéistes, relève le prêtre.
Le Père Muttungal rappelle que l’Eglise en Inde « a introduit différentes valeurs culturelles typiquement indiens dans la construction des églises, dans les prières, dans l’habit des religieuses et dans tous les secteurs possibles » et de conclure par une proposition s’adressant aux liturgistes, aux théologiens et aux missiologues, à savoir la proposition de développer une prière spéciale pour la Terre en tant que Bharat Mata. « Ceci pourrait aider l’Eglise à s’enraciner encore davantage en évitant les méprises ». (PN) (Agence Fides 09/01/2018)
 

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